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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Éloge de la France rurale

Posté par francesca7 le 28 juillet 2014

IL Y A CENT ANS DANS LE FIGARO – Tous les week-ends, Le Figaro explore ses archives de l’année 1913. Le 8 avril, un chroniqueur du journal célèbre le charme pittoresque des scènes de campagne.

Article paru dans le Figaro du 8 avril 1913.

téléchargement (6)Le village. Le village lorsqu’on l’aperçoit de loin, se distingue à peine des champs et des pentes pierreuses au flanc desquelles il est appliqué. On sent en le regardant qu’il n’est que l’humble refuge d’une espèce. La grande ville abuse l’homme en l’enfermant dans tous les artifices qu’il a créés, la petite ville elle-même fait un effort d’orgueil: le village seul, dans sa simplicité fruste et nue, dévoile les choses de sa vie et de sa mort. Très ancien, il ne garde pourtant rien qu’il puisse montrer de tout le passé dont il sort, et, dans son antiquité sans gloire et sans couleur, il nous représente seulement la morne succession des destinées ignorées, à jamais pareilles à travers des sociétés différentes. C’est au village qu’on revoit la suite des générations, qu’on ne discernait plus à la ville, dans le fleuve confus des passants. À l’entrée on rencontre les enfants: drôles et courtauds, gauches et solides, et criant entre eux comme de petits sauvages, ils se taisent brusquement, devant l’étranger. Les garçons jouent; les filles apprennent déjà leur rôle de mères et surveillent chacun un marmot dont elles répondent. Les hommes et les femmes travaillent, aux champs ou dans les maisons. Mais, près des portes, ou sur la place, on voit les vieillards. Après toute une vie de peines, leur décrépitude leur vaut enfin de l’oisiveté. Pauvres et propres, ils marchent à petits pas saccadés ou restent assis contre la muraille ils tiennent dans leur main un bâton noueux et tors qui ne se distingue pas d’elle. Les vieux paysans ne meurent pas de la même façon que l’homme des villes ils se dessèchent insensiblement, et, comme s’ils sortaient de la vie par une métamorphose insaisissable, ils ont l’air de se transformer peu à peu en branches et en racines. Entre ces vieillards hébétés, à l’heure où elles ont un peu de relâche, viennent se promener les jeunes filles. Elles chantent, et rient en se tenant par le bras; avec une coquetterie hardie et naïve, elles se sont parées d’un fichu au ton criard ou d’un foulard clair; sur plusieurs d’entre elles brille une beauté passagère, que flétriront bientôt les durs travaux: mais elles songent à l’avenir, sans penser au leur: leurs voix, leurs regards provoquent les jeunes gens et, derrière elles, à quelque distance, dressant ses cyprès, apparaît le petit cimetière.

Mais les personnages les plus solennels du village, ce sont les vieilles; l’âge, le temps, leur prêtent une sorte de majesté qui les fait ressembler à des déesses primitives: elles demeurent au fond des familles comme des figures de leur durée; elles vont chercher l’eau, soignent le feu, se livrent à toutes ces antiques occupations qui ont gardé quelque chose de presque sacré. Lorsqu’un événement imprévu appelle aux fenêtres tous les visages, le leur est le dernier à y paraitre, succinct et sévère. Elles ressemblent à des Parques. Ayant tout subi, elles connaissent les quelques lois qui dominent les accidents de la vie et, sans consentir à de vains débats, se contentent de prononcer les paroles brèves où leur sagesse se résume. J’en ai vu une qui, assise au pied d’un escalier extérieur appliqué à une maison, écoutait les réclamations d’une jeune femme. Celle-ci se plaignait de son mari; brune, assez belle, elle parlait d’un air sombre et d’une voix rauque, et semblait agiter toutes les résolutions de la violence et de la colère; la vieille ne l’interrompait point; mais, levant les yeux vers elle, elle lui répondait seulement avec une gravité fatidique, par le mot de toutes les destinées: «Patience, ma fille»

Dans le village survivent aussi les vieux métiers qu’on n’a pas encore gâtés. Son peu d’importance l’a préservé des magasins prétentieux de la petite ville: on n’y trouverait pas de pâtisserie ni de bazar. Seul, dans sa boutique caverneuse où les denrées ont l’air d’avoir son âge, le vieil épicier débite une marchandise douteuse, qui lui vient de loin. Mais le boulanger vend un pain dur et doré tout proche encore des moissons et des meules; le savetier cogne et creuse le bois et, parmi tous les sabots don il est entouré, semble travailler dans un chantier de navires.

Le maréchal-ferrant pratique son art selon des règles fixées depuis des siècles et des millénaires. Ce soir, au fond de la ruelle obscure, une carriole s’est arrêtée devant sa maison, pour qu’il remît à un cheval le fer que celui-ci venait de perdre. Aussitôt il a commencé à travailler. Le feu s’est élevé dans la forge, boiteux et dansant, comme du temps qu’il était un dieu; l’enclume a tinté quelquefois; le fer a rougi comme un croissant lunaire; le maréchal lui-même, qui besognait sans parler, avait cet air de ruse et de finesse que la Fable de tous les pays attribue à ceux qui collaborent avec la flamme. Le cheval patient ne remuait pas; quelques enfants obscurs s’étaient assemblés et ne bougeaient pas plus que lui. Sur tout cela flottait une poésie douce et vénérable, sortie de ce métier qui n’a point changé depuis très longtemps. C’était l’heure où se répand l’ombre, où tout semble être emporté dans son onde: et, pour n’y être pas entraîné, le petit village se fixait et se piquait au flanc du coteau par quelques lumières.

images (7)La ruine. Loin des chétives maisons des hommes, ample, droite, superbe, la reine de la solitude trône au sommet de sa colline inculte. Sur elle passe le souffle subtil des hauteurs. Elle dresse encore ses tours, ses murailles, et sur ses terrasses démantelées des pins ont poussé, des cyprès montent d’un seul jet comme pour la défendre. De loin, elle paraît dédaigneuse; de près, elle rit. Ornée et fleurie avec une sorte de faste sauvage, toutes les plantes rudérales foisonnent entre ses pierres et dans ses fossés. Les renoncules ouvrent leurs calices vernis, les orchidées dressent leurs hampes, la pâquerette abonde, la violette et la primevère se promènent et se rencontrent dans l’herbe; le lierre vorace s’applique aux murs, y suspend ses profondes draperies, où bougent et filtrent quelques oiseaux. Un d’eux s’envole avec un cri bizarre; un autre, plus mystérieux, s’inquiète sans vouloir s’enfuir, et sans doute est-ce l’âme enchantée d’un ancien châtelain, qui ne peut se détacher des lieux où elle vécut. Quelques corbeaux croassent d’un air noble sur une corniche. Deux petits faucons, du haut d’une tour, se jettent brusquement dans l’azur et, après y avoir voleté quelques instants, y restent suspendus et immobiles, les ailes raides comme de petites épées. Au loin un village exhale sa fumée bleuâtre. La ruine ne fumera jamais plus: elle oublie et dépose sa vieillesse humaine dans l’enfance de ses fleurs; elle se redonne à la nature. On retrouve encore, sur des chapiteaux, les feuillages taillés dans la pierre; mais partout la plante vivante rejoint et enguirlande, comme pour la relever de sa longue captivité, la plante sculptée. Le paysage bouche seul les grandes fenêtres vides, à travers lesquelles la ligne pure des lointaines montagnes neigeuses se répand comme une mélodie, tandis que les plus hautes de ces baies ouvertes n’ont, pour les remplir, qu’un pâle et suave vitrail d’azur.

Le pays. Je me suis assis au haut du coteau pauvre et fleuri, d’où je vois toute la variété de l’espace et d’où j’aperçois au loin les caprices sauvages du printemps. De larges nuées oppressent les montagnes certaines manœuvrent lourdement pour se grouper; d’autres se vaporisent en pluie. L’ombre et le soleil se disputent un pays palpitant; sur une pente traîne un arc-en-ciel déchiré, tandis que d’un autre côté apparaît un azur aussi suave qu’un visage de convalescente. Sur une crête, se détache une statue ferme et noire, qui est un berger; et jeune, candide, audacieux, jeté en avant et ouvrant les bras, un arbre en fleurs semble, en face des nuées obscures, l’épouvantail divin qui fera fuir l’hiver.

images (8)Je reste immobile, étendu, l’âme distraite: l’espace vague endort mes yeux et je ne choisis point entre mes sensations confuses. J’écoute le vent: il ne couvre pas d’un souffle égal tout le paysage: il voyage ici et là; tantôt il passe en m’effleurant dans la vieille herbe blanchie; tantôt je l’entends ailleurs, près de la rivière ou dans les pins. Alentour les friches fleurissent; le jaune épais des ajoncs alterne le jaune léger des genêts. Près de moi, j’aperçois les plaques bleues du polygala; la pervenche ouvre son œil sérieux pour regarder tout le printemps. Fleurs chétives et tenaces, petites princesses rustiques, dames de la terre et du vent, je vous connais je sais que de chacune de vous relève une maladie à laquelle vous portez remède; il y a l’herbe-aux-verrues et le casse-lunettes; l’une de vous guérit la migraine, une autre le rhume; mais je sais surtout qu’à vous toutes, quand on ne fait que contempler les étendues que vous recouvrez modestement et respirer vos parfums mêlés, vous guérissez l’inquiétude humaine. L’oreille, au bord de l’espace, s’amuse à recueillir et à sauver les bruits qui s’y perdent. Par moments une petite troupe d’oiseaux s’élance, en plongeant d’une pente à l’autre. Quand je ne les vois plus, j’entends leurs chants monter çà et là. Ils répètent avec grand soin une petite phrase modeste, comme une leçon qu’ils veulent savoir, et ainsi ils donnent l’idée d’artisans au travail, plutôt que d’artistes inspirés. Soudain un vrai chant s’élève. Quel est cet oiseau caché? On sent dans son hymne la complaisance légère et presque inévitable du poète pour ses accents, mais on y sent bien autre chose. Un chant est toujours une demande. Pourtant, c’est en vain que celui-ci se répand, et les appels qu’échangent toujours les autres oiseaux ne font que rendre plus frappante la solitude du chant magnifique. Soudain, du fond de l’espace, un autre chant semblable perce et arrive jusqu’ici, et cette réponse faible, obstinée, lointaine, a quelque chose de si émouvant qu’elle met les larmes aux yeux.

Par Abel Bonnard

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Les bains et la nudité au Moyen-âge

Posté par francesca7 le 28 juillet 2014

 

Au Moyen Age, le mari, la femme, les enfants, mais aussi les serviteurs, voire les étrangers de passage, partagent des lits immenses. Et la plupart du temps, ils ne se parent pour la nuit que de leur seule nudité. Et d’un bonnet de nuit.
Se laver devient un acte habituel comme doivent être fréquentes la confession et la bonne pratique dévote afin de s’assurer le salut de l’âme.

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Les bains communs restent appréciés durant tout le Moyen Age. Charlemagne, qui séjournait volontiers dans les villes de cure, invite ses amis dans sa piscine d’Aix-la-Chapelle, et quelquefois même les soldats de sa garde, ajoute Eginhard, de sorte que souvent cent personnes et plus se baignent à la fois. Le maillot n’avait alors pas lieu d’être. Notons qu’ici aussi, il suffit pour sauvegarder la morale que la séparation des sexes soit assurée. Personne ne s’offusque de la nudité commune, pourvu qu’elle ne rassemble que des hommes, ou des femmes.

Les statuts des étuveurs de Paris donnés par le prévôt le 11 février 1399 fixent, par exemple, le prix payé par le client pour le drap. Il est donc permis de ne pas en vouloir ! 

A Baden, en 1415, les femmes se baignent nues, mais dans une piscine séparée des hommes. Ceux-ci, raconte le Pogge, peuvent cependant y accéder revêtus d’un drap de lin. Dans d’autres bassins, les femmes portent un vêtement si lâche qu’il ne cache pas grand-chose. Depuis la galerie, quelques hommes leur lancent des pièces pour voir s’entrouvrir leurs vêtements. Le drap semble donc le premier vêtement mentionné en ces lieux.

Dans la culture monastique du haut Moyen Age, le bain n’a pas vraiment bonne réputation. Saint Benoît, fondateur de la règle bénédictine, conseille aux membres de la communauté de ne pas trop en user car ses délices conduisent facilement à la perversion et au péché. Il faut donc se baigner au maximum une fois par semaine.

Plus tard, chez les clunisiens, la pratique n’est conseillée que deux fois par an, à Noël et à Pâques. La toilette personnelle n’est pas une préoccupation première des moines qui se consacrent entièrement à la méditation et à la prière, évitant ainsi toute tentation de coquetterie et n’accordant au corps qu’une fonction physiologique primaire. Pourtant, Le recours au bain ne cesse de se développer. Les habitudes et les lieux se diversifient. Il y a tout d’abord le bain privé que l’on prend chez soi à condition, bien sûr, d’en avoir les moyens. Modeste ou luxueux, il fait partie intégrante de la maison ; il est normalement installé dans la chambre, près du lit et près de la cheminée afin de profiter de la chaleur ambiante. 

Le récipient peut être rond ou rectangulaire, de petite ou de grande dimension, en bois, en métal, en argent ou même en or, chez les plus fortunés. 

Froissart, par exemple, raconte dans ses Chroniques que le comte de Flandre dispose d’une superbe baignoire en argent et en or. Les registres du roi René d’Anjou font état, entre 1451 et 1481, d’au moins cinq baignoires dans son château d’Angers. Toujours dans les milieux aristocratiques, le bain peut avoir des formes plus sophistiquées et être amélioré par certains éléments qui en enrichissent le confort : des dais de velours installés tout autour pour une meilleure conservation de la chaleur.

On se baigne seul, à deux ou même à plusieurs. L’eau est chauffée sur des poêles puis versée dans la cuve. On utilise du savon, et on n’hésite pas à parfumer l’eau en y introduisant des plantes, des fleurs et des sels, ce qui procure une sensation olfactive des plus agréables. 

1De précieuses enluminures, comme celles qui illustrent les manuscrits de Valère Maxime, auteur romain des Faits et dicts mémorables, montrent la grande diversité des usages. On y voit des hommes et des femmes qui se baignent, discutent, mangent aussi, dans un mélange sulfureux de soin du corps, de sociabilité et de coquetterie. Les médecins répètent l’importance d’une hygiène corporelle pour le maintien d’une bonne santé. Les petits enfants, en particulier, doivent être lavés avec régularité trois fois par jour, en les frottant délicatement, dans une eau ni trop froide ni trop chaude.

Métier à part entière, la gestion de l’étuve est soumise à des règlements et des ordonnances précises sous contrôle du prévôt de Paris. Dans le Livre des métiers d’Etienne Boileau, composé vers 1268, qui recense tous les métiers exercés en ville, un chapitre est dédié exclusivement au métier d’étuveur : « Quiconque veut être estuveur en la ville de Paris, il peut l’être franchement, pour tant qu’il oeuvre selon les us et les costumes du métier, faites par l’accord commun qui sont les suivantes. » 

Cinq rubriques réglementent son exercice : on ne peut « crier les étuves », autrement dit, on ne peut pas faire d’annonce publique pour telle ou telle maison tant que le jour n’est pas levé ; il est également interdit de faire fonctionner les étuves le dimanche, jour consacré au Seigneur, ni aucun autre jour de fête. Le prix est fixé : le client doit s’acquitter d’une entrée de deux deniers. L’utilisation des bains chauds  coûte plus cher car ils nécessitent de grandes quantités de charbon ou de bois. Tous ceux qui ne respectent pas ces obligations doivent payer une amende de dix sous parisis. 

Dans les étuves urbaines, on ne fait pas que se laver, transpirer et se relaxer au chaud. Les étuveurs donnent aussi à manger et à boire aux baigneurs sur des planches de bois permettant ainsi de consommer tout en demeurant dans l’eau. Ces étuves, comme les tavernes, sont des lieux de grande sociabilité.

 

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Le Tango est interdit en 1914

Posté par francesca7 le 28 juillet 2014

IL Y A CENT ANS DANS LE FIGARO – Tous les week-ends, Le Figaro explore ses archives de l’année 1914. Dans la semaine du 10 au 17 janvier, l’Église catholique interdit à ses fidèles de pratiquer cette danse «gravement offensante pour la pudeur».

Faith, hope, and charity, these three; but the greatest of t

Le tango interdit

Article paru dans le Figaro du 10 janvier 1914.

La Semaine religieuse du diocèse de Dijon publiera demain, 11 janvier 1914, un mandement par lequel l’évêque de Dijon condamne en termes sévères le tango, qu’il qualifie de «mode empruntée aux vachers de Buenos-Ayres».

Nous nous élevons contre cette danse, ajoute le prélat, au nom de la dignité humaine, de la morale et de la religion. Ces abus sont réprouvés déjà par la bonne société des divers pays. Nous avons la ferme assurance qu’ils ne seront pas acceptés par les familles sérieuses de la Côte-d’Or.

La Semaine religieuse du diocèse d’Arras publiera également demain un mandement de l’évêque d’Arras condamnant le tango comme un divertissement dangereux, interdit aux fidèles.

Mgr Chesnelong, archevêque de Sens, interdit aussi le tango à ses fidèles.

Un avis publié dans la Semaine religieuse de Sens et d’Auxerre estime que cette danse est redoutable aux âmes chrétiennes.

Le tango de salon

Publicité parue dans le Figaro du 14 janvier 1914.

Il y a tango et tango: celui qui se danse dans les établissements de second ordre et celui qui est admis dans les salons. C’est ce dernier qui a été adopté par la clientèle select et élégante du Dancing-Palace de Luna-Park. C’est pourquoi le somptueux Palais fleuri est devenu le lieu de réunion des familles. Vendredi soir, grand gala, et mardi prochain, 20 janvier, aura lieu la grande soirée rose, pour laquelle, les robes roses ou blanches seront obligatoires pour les dames. L’habit ou le smoking pour les messieurs. Vendredi 23, grande fête orientale.

Le tango

Brève parue dans le Figaro du 16 janvier 1914.

L’Osservatore Romano doit publier, ce soir, une circulaire aux curés des paroisses du diocèse de Rome «contre -dit la circulaire – la danse inconvenante venue d’outre-mer, laquelle est gravement offensante pour la pudeur et a déjà été condamnée par de nombreux évêques et interdite même dans les pays protestants».

 

Les derniers soirs d’un condamné

Article paru dans le Figaro du 23 janvier 1914.

Il ne semblait pourtant avoir la vie dure et rien ne faisait prévoir une fin si prochaine.

Depuis bientôt trois ans, il avait résisté à tous les assauts. La raillerie glissait sur lui sans prise et la colère tombait désarmée. Aux plaisanteries des ironistes, aux anathèmes des gens austères il ne répondait que par des conquêtes nouvelles.

Impudent, cynique, triomphant, il avait envahi cet été toutes nos côtes, tous nos pics, toutes nos plaines, tous nos vallons. Et se riant des décrets de proscription dont le frappaient au dehors les souverains, dès la rentrée méthodiquement il reprenait l’invasion de Paris.

Il n’avait qu’à parler pour voir s’ouvrir les coffre-forts et les portes. Un bel appartement à louer le tentait; aussitôt on lui en livrait les clefs. Un local de théâtre était à son goût; on l’aménageait pour ses offices sur l’heure. Et partout une cohue de fidèles, des temples combles à étouffer…

Quant aux ministres de son culte, peu de desservants qui connussent pareils hommages. Devant eux, les deux maîtres légendaires de la femme devaient souvent baisser pavillon. Le professeur de tango finissait presque par les primer.

Sa science infuse, la réserve sibylline que lui imposait parfois son ignorance de la langue, sa huitaine sévérité qu’encourageaient encore les surenchères des clientes, tout l’avait peu à peu investi d’une sorte de caractère sacerdotal et supra-terrestre. II faudrait une Desbords-Valmore pour chanter l’extase asservie où il jetait la plupart de ses pénitentes. Avec un sourire d’éloge, il leur faisait voir le ciel, comme par un geste de blâme il les plongeait dans le désespoir. Plus d’une pleurait en secret de ses réprimandes; et si dans une dancing-house il daignait honorer telle autre d’un corte public, c’était, pour la bien-heureuse, en même temps qu’un inoubliable souvenir, une indicible félicité.

Assuré d’un fanatisme si fervent, aguerri par la résistance, enhardi par les succès, le tango pouvait désormais se croire hors de toute atteinte. Et l’on conçoit son accueil narquois au mandement de Mgr Amette. Les foudres de l’Église, qu’avait-il à en craindre avec tant de paratonnerres: l’engouement général, la popularité, pour lui toutes les femmes, toute la jeunesse sans parler des importantes délégations fournies par l’âge mûr et la décrépitude? Alléguer les droits de l’art, la pureté des pas, se défendre, polémiquer, à quoi bon? Tel Don Juan au Commandeur, le tango ne riposta à Mgr Amette que par le sourire.

Mais ce que c’est que de nous! Un mois s’écoule. Changement à vue. Voilà le tango en détresse, avouant publiquement sa défaite, en appelant aux lois.

Hier, tous les journaux retentissaient de la plainte qu’il déposait contre Mgr Amette: cent mille francs réclamés pour dommages causés dans l’exercice de son culte. Et faits à l’appui: au lieu des deux ou trois repenties qu’on s’attendait à perdre, les fidèles qui désertent en masse, les temples du tango qui se vident, le désastre qui menace de s’étendre, bref la faillite à bref délai.

Quels que soient le dévouement et la foi de M. Spilson le distingué professeur qui assuma cette initiative, on conviendra qu’elle dénote chez lui une connaissance plus approfondie de la média lunaque de nos moeurs fashionables.

Car, grâce aux attendus de sa plainte, voici révélé au public ce qui n’était hier que le secret de quelques initiés: Mgr Amette triomphe, la haute société s’incline, elle bannit sans appel le tango de ses salons.

images (6)Les blagues, la morale, les principes, le tango s’en tirait encore. Mais une consigne partie des grands salons, qui oserait maintenant l’enfreindre? Étant donnée même la rigueur de la discipline mondaine et la sorte de volupté que ses adeptes ressentent à s’y plier, il est probable que le tango sera lâché avec plus de frénésie peut-être qu’on n’avait mis à l’adopter. Un péché, on s’y risquerait, quitte à s’en faire absoudre ensuite. Tandis qu’une danse qui vous déclasse, jamais. Nous assisterons sans doute, là, à une émulation dans le reniement qui pro- met avec le passé les plus agréables contrastes.

Émulation d’autant plus vive qu’on s’éloignera des sommets aristocratiques ou orthodoxes. Ainsi, nous lisions hier les interviews de deux éminents pasteurs protestants et du grand rabbin, tous unanimes à flétrir le tango. Certes, cet avis sévère ne pouvait manquer un jour ou l’autre d’influer sur leurs ouailles. Mais pour qui connaît l’empressement qu’apportent celles-ci à se signaler au premier rang, dans l’observance des règles mondaines, le coup d’épaule de Mgr Amette comme le coup de balai des grands salons n’auront sûrement pas retardé la séparation du tango et de ces deux classes.

De telle sorte qu’où tout avait échoué, la religion va aboutir par l’intermédiaire du snobisme! N’est-ce pas le cas de rappeler avec Malebranche que la Providence n’agit que par volontés générales? On lui reprochait presque le snobisme. On y voyait une création oiseuse sans portée, sans utilité. Nous voilà punis de ces blasphèmes. Nous savons aujourd’hui à quoi devait servir le snobisme. Il était désigné pour tomber le tango.

Adieu donc, infortuné tango, et tes charmants refrains. Adieu El Tigre, Como il va, Anda Banyo, Mi amigo! Retournez à votre point de départ, rentrez à vos guinguettes d’origine, refaites la joie des Hurons, qui dansent avec ingénuité, dans l’ignorance des pas licites ou non.

Nous ne nous mêlerons plus à vos couples, dehors. Nous ne suivrons plus vos cadences, chez nous. Nous n’aurons plus pour vos pratiquants que des regards où l’indulgence masquera tout juste le dédain.

Et si, par une vieille habitude, aux accents de vos mandolines, nos muscles tressaillent encore, nos jarrets esquissent un corte, ce sera machinalement, sans regret, sans envie. Car pour les mondains qui se respectent, un plaisir ne cesse-t-il pas d’être un plaisir dès qu’il est mal noté, mal porté, mal vu?

Par Fernand Vandèrem

 

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