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    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Les Pâques chargées de légendes

Posté par francesca7 le 4 mai 2014

 

(D’après « Les fêtes légendaires », paru en 1866
et « Le Petit Journal illustré », paru en 1932)

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Fête célèbre entre toutes, Pâques marque la résurrection du Christ, et s’accompagne d’une renaissance de la nature elle-même, longtemps engourdie sous son immense linceul de neige. Comme toute fête, elle est caractérisée par des symboles, que ce soit l’agneau, les oeufs — rouges à l’origine —, mais encore de nombreuses légendes parmi lesquelles celle de ces cloches qui arrachées de leur église sous la Révolution y revinrent miraculeusement, ou encore celle de ces possédés du diable venant chaque année à la Sainte-Chapelle pour s’en délivrer

D’où vient son nom ?… Demandons-le aux savants… Ils nous répondront que le mot hébreu paschah signifie « passage », et que la Pâque fut créée par Moïse pour rappeler la sortie d’Egypte et le passage de la mer Rouge. Pâques fut donc une fête juive avant de devenir une fête chrétienne. Ce jour-là, dans les familles juives, on tuait le mouton gras et on le mangeait en famille. Les traditions de bonne chère sont celles qui se transmettent le plus sûrement d’âge en âge. Celle du mouton passa d’une religion à l’autre. Jusqu’au XVIesiècle, on apportait dans les églises des agneaux tout rôtis que le prêtre bénissait et qui servaient de plat de résistance le jour de Pâques.

Œufs de Pâques
Plus tard, l’usage se répand, parmi la noblesse, d’échanger des oeufs qui sont de véritables joyaux. Le roi en distribue de pleines corbeilles à ses courtisans. Boucher adorna de compositions libertines des œufs de Pâques destinés à Mme Victoire, fille de Louis XV. Pourquoi les oeufs de Pâques sont-ils traditionnellement rouges ?… Voici ce que conte, à ce propos, un ancien membre de l’Ecole d’Athènes, savant avisé et grand voyageur. Ce savant, au cours d’un voyage de recherches archéologiques en Epire, s’arrêta un jour au couvent grec des Saints-Pères. Conduit par un moine, il vit, dans l’église dit monastère, toute une série de-tableaux dont les sujets étaient empruntés à l’Ancien et au Nouveau Testament.

« Afin de ne pas scandaliser le bon Père, racontait-il, je m’efforçais de lui montrer que tous les sujets que représentaient ces peintures m’étaient familiers ; et l’excellent religieux qui d’abord avait pris un air soupçonneux, commençait à me considérer avec sympathie, lorsqu’un dernier tableau me fit hésiter. J’apercevais bien un personnage présentant le type traditionnel de saint Pierre. En face de lui, une femme tenait à deux mains un tablier relevé et l’ouvrait pour montrer au prince des apôtres un objet que je ne distinguais pas dans la demi-obscurité de l’église.

— Et celui-ci, demandai-je, que représente-t-il ?
— Comment ! tu ne le connais-pas ?
— Non !
— Tu ne vois pas que c’est sainte Madeleine montrant à saint Pierre ses œufs rouges ?
— Quels oeufs rouges ?
— Tu ne sais donc pas que saint Pierre, allant en hâte au tombeau, se croisa avec sainte Madeleine qui en revenait ?
— Certes si, je sais cela… Mais les œufs ?
— Alors, tu sais que sainte Madeleine dit à saint Pierre que le Christ était ressuscité ?… Mais que répondit-il ?… Il répondit — car tu sais qu’il était incrédule — il répondit qu’il croirait cela quand les œufs de poule seraient rouges. Or, la sainte femme portait des œufs dans son tablier. (Le bon moine n’expliquait pas pourquoi elle s’était chargée de ces objets fragiles pour courir au tombeau… Mais n’importe !… il n’y aurait plus de légende possible s’il fallait tout expliquer). Madeleine ouvrit donc son tablier : les oeufs étaient devenus rouges, et saint Pierre fut forcé de croire à la résurrection. Voilà, conclut le révérend Père, pourquoi, à Pâques, on fait des oeufs rouges. »

cloches de Pâques - par Grandville

Cloches de Pâques
Mais Pâques n’est pas seulement le jour des œufs, c’est aussi le jour des cloches, le jour où, après un long silence, elles recommencent à frapper l’air de leurs chants harmonieux. Les habitants des grandes villes ne s’aperçoivent guère que les cloches se sont tues. A Paris, même au voisinage des églises, c’est à peine si l’on entend les plus gros bourdons. Mais, dans les campagnes, la voix des cloches est une voix familière, et leur silence, non plus que leur réveil, ne passent inaperçus.

La cloche est d’invention très ancienne : il est probable qu’elle est de provenance orientale et qu’elle ne fit son apparition en Occident que vers l’an 400 de notre ère. L’Italie, ou plutôt la Campanie, province de l’Italie méridionale, lui donna d’abord asile, et de là vint que les cloches prirent le nom de cette province, et que le clocheton où on les suspendait s’appelait « campanile ».

L’usage des cloches se généralisa en Europe vers le VIIIe siècle, dans les églises et les monastères ; mais c’est seulement à partir des XIIe et XIIIe siècles qu’on leur donna de grandes dimensions et un poids considérable pour obtenir des sons graves et puissants.

Pâques est donc, depuis au moins huit ou neuf siècles, la fête des cloches et le jour solennel où les sonneurs, de toute la force de leurs bras, mettent en branle campanes et bourdons. Le sonneur, ce jour-là, est le maître des régions éthérées ; il les emplit de la voix sonore de son carillon. En dépit d’un vieux dicton qui le représente comme un fervent ami de la dive bouteille, c’est surtout de musique aérienne que le sonneur se grise ce jour-là.

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Légendes autour de Pâques
Au temps jadis, quand on fondait les cloches au pied même du clocher où elles devaient être logées, c’est l’époque qui précédait la fête de Pâques qu’on choisissait pour ce travail, et c’est le jour de Pâques qu’on baptisait la cloche et qu’on l’inaugurait. Le fondeur besognait dans le mystère ; la nuit, on voyait rougeoyer les lueurs de son fourneau gigantesque ; et maintes histoires miraculeuses couraient sur sou compte. Les légendes sont nombreuses sur la fabrication des cloches autrefois. Citons-en une entre cent.

C’est l’histoire étrange et tragique de la cloche de Breslau. En 1386, le plus vieux fondeur de cette ville avait cru trouver la formule d’un alliage merveilleux. Le métal avait été versé dans le moule et le vieillard, voulant se reposer quelques instants, avait laissé son jeune apprenti auprès du moule, en lui recommandant de ne pas toucher au métal.

Mais le jeune garçon, désirant faire jaillir de belles gerbes d’étincelles, plongea dans l’alliage liquide une grosse barre de fer. Aussitôt, le métal, au contact de cet objet froid, se mit fit bouillonner, et l’enfant poussa des cris de terreur. Le fondeur, éveillé en sursaut, accourut ; et, croyant son chef-d’œuvre perdu, il entra dans une si violente colère qu’il empoigna son apprenti et le jeta dans le métal fondu. Or, les habitants de Breslau assuraient que le son de cette cloche avait quelque chose de pénétrant, de douloureux. Quand elle sonnait, on eut dit que l’espace s’emplissait de sanglots.

L’amour que les gens d’autrefois avaient pour leurs cloches s’exprimait ainsi par toutes sortes de légendes. Contons-en une haute, celle des cloches d’une vieille abbaye de Flandre, que les sans-culottes enlevèrent, en 1792, pour en faire des canons. On les avait descendues à grand peine du clocher où, depuis des siècles, elles chantaient de matines jusqu’à vêpres, et on les avait déposées sur un lourd chariot garni d’un épais lit de paille. Il s’agissait de les conduire à la fonderie de Douai. En route, le charretier jurait, sacrait sans relâche, et les cloches frémissaient d’entendre de tels blasphèmes.

Et voilà qu’un beau soir — c’était justement le samedi saint, veille de Pâques — comme le mécréant sacrait plus fort que de coutume, les cloches, tout à coup, s’ébranlèrent, s’entrechoquèrent dans un déchaînement de sonorités furibondes, s’enlevèrent d’elles-mêmes et disparurent dans la nuit. L’homme fut retrouvé, inanimé, auprès de son attelage. Quant aux cloches, elles s’en étaient revenues au clocher abbatial ; et, le lendemain, dimanche de Pâques, dès l’aube, les gens du pays ne furent pas peu surpris de les entendre sonner à- toute volée.

C’étaient là de belles histoires qui, jadis, faisaient frissonner les paysans à la veillée, et que seuls se rappellent aujourd’hui les fervents des traditions populaires et aussi les poètes qui aiment la voix des cloches et le pittoresque dès clochers.

Une vieille chronique nous raconte un fait curieux qui se passa le jour de Pâques. Burchard, dit le Barbu, tige de la maison de Montmorency, possédait un fort dans l’île de Seine (devenue l’île Saint-Denis). Il partait de ce fort pour faire des incursions sur l’abbaye de Saint-Denis, qu’il pillait et dévastait fréquemment. Si Vivien, abbé de ce monastère, s’en plaignit au roi qui ordonna au noble baron de mettre fin à ses brigandages, Burchard n’obéit pas et se vengea sur les propriétés de l’abbaye et sur les pauvres habitants qui les cultivaient. Le roi, impuissant à contenir ce redouble brigand, imagina de lui faire consentir un accord avec l’abbé de Saint-Denis, accord qui eut lieu en 1008.

Il fut convenu que Burchard serait autorisé à construire un château dans un lieu appelé Montmorency, près de la fontaine de Saint-Valery, à trois milles de Saint-Denis ; qu’il ferait hommage à l’abbé pour le fief qu’il possédait dans l’île Saint-Denis ; que ses chevaliers habitant son château de Montmorency seraient tenus de se rendre, deux fois par an, le jour de Pâques et le jour de saint Denis, dans l’abbaye de ce nom, et d’y rester en otages jusqu’à ce que les objets volés par ledit Burchard, les dommages faits par lui aux biens de l’abbaye, fussent restitués ou réparés ; après quoi, on se donnait le baiser de paix et les chevaliers retournaient à Montmorency.

La fête de Pâques était donc choisie comme terme de restitution, de réparation et d’oubli des injures. Dans beaucoup d’actes de ce genre on voit ce jour figurer comme date de paix et de pardon. Voici ce qui advint dans le palais de la Cité, le jour de Pâques de l’an 995, cependant que régnait Robert le pieux, ce roi célèbre dans les légendes. Tout le monde sait qu’un jour, voyant un voleur qui coupait le gland d’or de sa robe, pendant qu’il était en prières, il se retourna et pria le larron de n’en voler que la moitié, afin d’en laisser un morceau pour un autre malheureux.

Par son ordre, disent les vieilles chroniques, un palais fut construit : c’est le palais de la Cité. Robert voulant l’inaugurer le jour de Pâques, des tables furent dressées pour un festin, où les pauvres de Paris étaient invités ; et avant de commencer le repas, Robert se lava les mains. Alors, de la foule des mendiants qui le suivaient s’avança un aveugle qui lui demanda l’aumône ; le roi en badinant, lui jeta de l’eau au visage ; aussitôt, à la grande admiration des assistants, l’aveugle recouvra la vue. Ce miracle, accompli le jour de Pâques de 995, attira un grand concours de peuple dans le palais de la Cité.

Dans la Sainte-Chapelle, que saint Louis fit bâtir pour loger les reliques qu’il amassait de toutes parts, on célébrait, pendant la nuit du vendredi au samedi-saint, une cérémonie assez bizarre pour être racontée. Tous les possédés du diable y venaient régulièrement chaque année pour être délivrés de l’obsession de cet esprit maudit. C’était un affreux charivari, mêlé de contorsions, de cris et de hurlements qui ébranlaient le Châtelet jusque dans sa base. Quand ce vacarme était à son comble, le grand chantre apparaissait armé du bois de la vraie croix. A son aspect tout rentrait dans l’ordre, les convulsions cessaient, et aux cris de rage succédait le calme le plus parfait. Le lendemain, jour de Pâques, tous ceux qui avaient eu le diable au corps et qui avaient éprouvé la vertu de la précieuse relique, allaient en troupe à Notre-Dame ; ils se tenaient dans une chapelle latérale, et l’officiant venait les asperger d’eau bénite pour compléter la guérison. Cette coutume subsista jusque sous Louis XV.

Cérémonie de la Gargouille à Rouen

 

Si c’était l’usage à la Pentecôte de donner la liberté aux colombes dans les églises en mémoire de l’Esprit-Saint qui descendit sur les apôtres sous forme de colombe, il y avait à Pâques une tradition plus généreuse. On délivrait des prisonniers, on les ressuscitait à la vie ; ils sortaient de la prison comme du tombeau. La joie était tellement grande qu’elle devait pénétrer partout, même dans les cachots. Cette délivrance se rattache à plusieurs légendes, dont la plus célèbre est celle de saint Romain, au VIIe siècle. Un dragon qu’on nommait Gargouille tempêtait en rivière de Seine et faisait naufrager les bateaux ; sur les rives, il mangeait les chevaux et les bœufs des pauvres laboureurs. Déjà plusieurs chevaliers sans paour avaient essayé de le tuer, mais ils avaient trouvé la mort.

Saint Romain, alors archevêque de Rouen, se crut assez bien avec Dieu pour tenter l’entreprise. Il se rendit d’abord dans les prisons de l’officialité et emmena avec lui deux prisonniers, condamnés à mort. Suivi d’une grande foule de peuple, il se rend au repaire du monstre qui, à sa voix, devient docile. Il lui met son étole et une corde au cou, et les deux prisonniers le conduisirent ainsi, comme un chien tenu en laisse, sur la place publique, où il fut brûlé incontinent. La Gargouille, sentant le feu, essaya de l’éteindre en vomissant beaucoup d’eau sur le bûcher, mais elle ne put y parvenir, saint Romain était là. Le monstre fut réduit en cendres. Disons en passant que c’est depuis cet événement qu’on donna le nom de gargouilles aux animaux chimériques, sculptés autour des basiliques, qui rejettent loin d’elles les eaux sales, comme pour empêcher les souillures de pénétrer dans la maison de Dieu.

En mémoire de cette délivrance miraculeuse, on octroya aux archevêques de Rouen le droit de descendre tous les ans à l’officialité et, sur le rapport du geôlier, de donner la liberté à deux prisonniers. Cette délivrance se faisait à Pâques. A Paris, c’était à Notre-Dame que s’accomplissait celte cérémonie : l’archidiacre brisait un anneau de la chaîne, et le prisonnier, après promesse de meilleure vie, était mis en liberté.

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la légende bourbonnaise de Jeanne et Robert

Posté par francesca7 le 4 mai 2014

L’Oeuf  rouge maléfique de Pâques 

(D’après « Les fêtes légendaires », paru en 1866)

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Symbole très prisé que l’on retrouve dans de nombreuses légendes, l’œuf, et particulièrement celui de Pâques, passe pour être le catalyseur de puissances magiques et maléfiques. Ainsi en va de l’histoire terrifiante de Jeanne croisant le chemin d’une mendiante lui remettant un jour de Pâques un œuf d’un rouge éclatant censé lui porter bonheur, et à n’ouvrir que la première nuit de noces venue…

Au Moyen Age, on prêtait aux magiciens la capacité de se servir de l’œuf pour leurs conjurations diaboliques : ils le vidaient adroitement, et traçaient dans l’intérieur des caractères cabalistiques dont la puissance causait beaucoup de mal. C’est même de cette superstition que vient la coutume de briser la coque des œufs que l’on a mangés, afin de détruire le charme et ne pas offrir à ses ennemis un moyen de maléfice.

Dans beaucoup de campagnes, le curé de la paroisse, selon la vieille coutume, aux époques de Pâques, venait bénir chaque maison et, en échange de ce bonheur qu’il apportait, on lui offrait également des œufs enjolivés. Dans d’autres, on affirmait que les cloches, dans la semaine de deuil qui précède Pâques, partent pour Rome pour se faire bénir par le Pape. Dans cette semaine lugubre, où les chants de l’Église ne parlent que de mort, où des tentures noires aux larmes d’argent tapissent les murs sacrés, les cloches sont muettes et tristes dans le vieux clocher. Aussi, comme on ne les entend pas sonner, les cloches passent pour avoir quitté leur demeure aérienne afin d’effectuer leur pieux pèlerinage, et ne reviennent qu’à Pâques pour jeter leurs plus joyeux carillons en l’honneur de la résurrection.

On ne revient pas d’un si long voyage sans rapporter quelque cadeau aux enfants sages. La cloche des fêtes rapportait toujours les plus beaux joujoux et revenait la première. La cloche des morts revenait la dernière et ne donnait jamais rien. Ce jour-là, c’était donc un petit jour de l’an, et les cadeaux de la vieille cloche étaient toujours bien accueillis. Le pauvre donnait à son enfant un œuf rouge comme la robe des cardinaux romains, puisqu’il était censé venir de Rome. C’est ainsi que se continua la pieuse coutume des œufs de Pâques.

C’est lorsque les cloches jettent leurs plus joyeux éclats qui vont jusqu’aux cieux, que de beaux anges blancs aux ailes d’azur entr’ouvrent les portes du ciel bleu, portant devant eux des corbeilles de fleurs remplies d’œufs, et voltigent au-dessus des maisons de leur choix, où ils déposent leur offrande, affirme encore la tradition populaire. Mais aussi l’esprit du mal, toujours à l’affût d’une proie, glisse quelquefois son œuf maudit parmi ceux de Dieu. Témoin cette vieille légende :

Jadis, dans un humble village du Bourbonnais, vivaient une veuve et sa fille ; une honnête aisance leur assurait une vie calme et heureuse. Jeanne, tel était le nom de la jeune fille, venait d’atteindre vingt printemps ; belle comme les anges, elle en avait les vertus : aussi les pauvres la bénissaient, car c’était elle souvent qui faisait luire la joie et le bonheur dans leurs tristes chaumières. De nombreux épouseurs se présentaient, mais la mère retardait toujours le moment douloureux qui devait la séparer de sa fille. Encore une année, disait-elle, et Jeanne restait toujours heureuse et pure sous l’aile maternelle.

Un jour de Pâques, au sortir de la messe, Jeanne trouva à la porte du logis une vieille mendiante inconnue du village, qui implora sa charité. Elle lui fit l’aumône, et en la recevant, l’étrangère dont elle ne put voir le visage caché par un capuchon tout déguenillé, lui dit d’une voix chevrotante : « Belle damoiselle, c’est aujourd’hui la plus grande fête de l’année, si vous ne dédaignez pas le pauvre cadeau d’une vieille mendiante, prenez cet œuf, il vous portera bonheur. Avant que la Pâques prochaine arrive, un jeune et gentil seigneur viendra vous demander pour épouse, vous deviendrez châtelaine, ma belle enfant, car c’est écrit là haut. Le jour de votre union, brisez cet œuf, vous trouverez dans sa frêle coquille mon présent de noce. »

En disant ces mots, elle lui remit un œuf plus gros que ceux que l’on voit ordinairement, et d’un rouge éclatant. Jeanne le prit en riant de la prédiction et, sans parler à sa mère de cette singulière rencontre, le plaça dans sa chambre virginale au fond d’un coffret. Sa vie continua ainsi quelque temps, calme et monotone. Cependant, sa mère la surprenait souvent dans des rêveries profondes ; des passions inconnues bouillonnaient dans son cœur ; des rêves enchanteurs troublaient son sommeil ; plusieurs fois même elle vit dans ses nuits agitées l’œuf de la mendiante briller d’un rouge sinistre et rayonner comme un charbon de feu ; elle se remémorait avec joie la prédiction qui flattait son amour-propre.

Plus d’une fois, elle fut tentée de le briser pour connaître l’avenir, mais elle refoula la curiosité au fond de son cœur et se laissa aller au cours de sa destinée, s’abandonnant à la main de celui qui dirige tout. Dans les environs du village s’élevait un vieux castel à moitié disloqué par la guerre et les orages et abandonné depuis plusieurs siècles. On vit un jour arriver un gentilhomme qui, se disant héritier des anciens seigneurs, le fit restaurer et l’habita. Il s’entoura de nombreux amis. Tous les jours voyaient se succéder chasses, fêtes et festins. Il se nommait le sire Robert de Volpiac.

Dans une de ses excursions, le hasard mit Jeanne sur sa route. Il la vit ; sa beauté le frappa ; il s’enquit auprès de ses fermiers de son nom et de sa demeure. Bref, il la demanda en mariage. La mère, étourdie par cette brusque proposition, refusa d’abord. Mais l’ambition, cette fois, l’emporta sur l’amour maternel. Jeanne était pressante ; elle assurait que c’était le bonheur, et que, châtelaine et riche, elle pourrait faire des aumônes plus nombreuses et plus utiles. Enfin, l’union du très haut et très noble sire Robert de Volpiac et de Damoiselle Jeanne se célébra dans la chapelle du manoir, en présence d’un chapelain inconnu et des amis de Robert.

téléchargement (2)Une fête brillante remplit toute la journée, on fit d’abondantes aumônes et un. festin général réunit tous les habitants du village, servis parles valets du château. Jeanne, au milieu des splendeurs de la fête, n’avait pas oublié l’œuf de Pâques, ni la prédiction qui se réalisait. Aussi eut-elle soin de le faire apporter dans son coffret et de le déposer dans la chambre nuptiale. La nuit arriva, les fêtes cessèrent, et peu à peu les invités se retirèrent. Le sire de Volpiac fit conduire dans la plus belle chambre la jeune châtelaine qui, tremblante d’émotion, renvoya ses suivantes et resta seule en proie à un affreux pressentiment.

Que va-t-elle apprendre ? Minuit sonnait à la haute tour quand Robert entra. Il s’avança vers Jeanne et voulut lui donner le premier baiser d’époux ; mais elle se recula et lui dit :

— Mon beau seigneur, avant de vous appartenir, ainsi que je l’ai juré devant le chapelain, je veux savoir ce que contient cet œuf mystérieux, qui, il y a près d’un an, me fut donné par une mendiante en me prédisant le sort qui me favorise aujourd’hui. J’ai promis de le casser la première nuit de mes noces, car il doit me donner le mot de l’énigme, qui, depuis quelque temps, enveloppe mon existence et m’a rendue châtelaine de céans.

— A quoi bon, reprit le gentilhomme, perdre un temps précieux ? Aujourd’hui, c’est le bonheur… Demain, ne serait-il pas assez tôt ?… demain dès…

Mais, sans même attendre la fin de ses paroles, Jeanne, d’une main fiévreuse, avait pris l’œuf entre ses jolis doigts. Il était tellement brûlant qu’elle le jeta brusquement par terre. Il se brisa. Aussitôt, un énorme crapaud en sortit et sauta sur le lit de noces, en vomissant des flammes qui mirent le feu aux courtines ; puis, d’un bond fabuleux, passant par une ogive, il propagea le feu de toutes parts. L’incendie envahit tout, et un cri formidable ébranla le vieux manoir qui s’écroula dans un immense embrasement. Satan avait une âme de plus…

Depuis, affirme la légende, dans les nuits sombres, on voit rôder dans les ruines sinistres du château maudit, la pauvre châtelaine, dont la voix lamentable demande des prières aux pauvres du village, en souvenir des nombreuses aumônes qu’elle leur avait faites de son vivant. Telle est notre vieille légende qui nous montre ce que peut contenir un œuf de Pâques.

C’est un avertissement aux jeunes filles qui, dans ce jour de fête, reçoivent des œufs de Pâques remplis de cadeaux : « Pensez à la pauvre châtelaine de la légende et prenez garde que, de la frêle coquille que vous brisez aujourd’hui d’une main aussi impatiente que joyeuse, il ne s’échappe de mauvaises pensées qui, réveillant des passions inconnues à vos jeunes cœurs, vous conduiraient tôt ou tard à la perdition. »

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Produire BIO. En France

Posté par francesca7 le 2 mai 2014

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Des plantations de nectarines et d’abricots à n’en plus finir. Des cerisiers et des pommiers à perte de vue. Et, au bout d’un sentier, une pancarte qui annonce : « Le temps bio ». Au-dessous, on peut lire : « Agriculture biologique : je protège mon environnement ». Nous sommes, ici, en territoire protégé, en plein coeur de la vallée de la Têt, à Saint-Féliu-d’Avall, sur l’exploitation de Dominique Courtial. Ce soir, après les travaux des champs, il a convoqué d’autres producteurs, bio comme lui. De retour de Paris, où il s’est rendu au siège du distributeur Biocoop, il a une bonne nouvelle à leur annoncer : « Cette réunion est une belle avancée : la bataille des marges de la grande distribution, nous la remporterons. Ce prix moyen d’achat, nous le fixerons », leur lance-t-il, optimiste.

Ces petits producteurs, à la tête d’exploitations familiales de 2 à 5 hectares, pour la plupart issus de l’agriculture conventionnelle, sont membres deTerroirs bio Languedoc-Roussillon, une association créée en 2003 sous l’impulsion d’Alterbio, un bureau de vente et d’expédition associé à Biocoop. L’intérêt ? Écouler, sous une même marque, Couleur Midi, et selon un strict cahier des charges, leur production, à travers 340 magasins en France. « Cette organisation nous assure la possibilité de vivre dignement de notre travail », confie Vincent Mignot.

Ce maraîcher de Thuir, qui produit 150 000 pieds de salades, 30 tonnes de tomates, 25 de concombres, 20 d’aubergines, 15 de céleri, et même des blettes, du chou-rave et du fenouil, se souvient, il y a vingt ans, de sa décision de se lancer dans le bio : « On nous traitait de fous, personne n’y croyait. Et surtout pas les banques.  » Depuis, les temps ont changé : la filière a fructifié et nombreux sont les candidats à vouloir les rejoindre. »Nous accompagnons 30 à 40 conversions chaque année », confie Patrick Marcotte, à la tête de Civam bio 66, l’association qui, chargée de promouvoir l’agriculture biologique dans les Pyrénées-Orientales, fédère 300 producteurs. »Ceux qui ne sont attirés que par des raisons économiques ne tiennent pas longtemps », prévient-il.

Ingéniosité. 

images (17)L’agriculture biologique est une lutte quotidienne, un combat acharné contre les éléments naturels. Autant dire que, cette année, Dame nature n’a pas été tendre : il y a eu les inondations automnales, les neiges hivernales, le gel tardif du printemps. Et c’en était fini des pieds de salades et brocolis de Jacques Ey, producteur à Banyuls-dels-Aspres. « Sans produits chimiques et pesticides comme béquilles, nous sommes plus vulnérables aux attaques », dit-il. Jacques aurait pu baisser les bras. Et pourtant, il croit dur comme fer à sa petite affaire. »Comme ces marins qui malgré les tempêtes aiment la mer, nous aimons notre terre », justifie-t-il. Vincent Mignot, plus rationnel : « En vingt ans, il n’y a pas eu le moindre signe d’essoufflement, juste quelques petits phénomènes conjoncturels, ici et là. »

Alors, les producteurs bio retroussent leurs manches sans moufter. Et même, cela leur plaît. »Dans l’agriculture conventionnelle, nous appliquions machinalement les calendriers de production, pondus par la chambre d’agriculture et les fabricants de pesticides. Notre métier n’avait plus de sens, déplore Vincent Mignot.En agriculture biologique, les défis sont permanents et notre savoir-faire est constamment sollicité. » Pour venir à bout des ravageurs, ils ont trouvé l’Amblyseius swirskii, un acarien, prédateur de thrips, une petit cigale dévastatrice, et l’Aphidius colemani, la star des parasitoïdes. Voilà deux ans, en coopération avec le réseau d’expérimentation transfrontalier Redbio, Vincent Mignot a accueilli des populations de Tuta absoluta, un ravageur de solanacées qui fait des miracles.

Préservation. 

Et puis, il y a ces méthodes pleines de bon sens, des anciens, qu’ils se sont réappropriées. A commencer par la rotation des cultures, qui protège les sols des maladies, et la solarisation triennale, dont Vincent Mignot est un expert : « Elle permet de diminuer sensiblement le stock de graines adventices et de limiter les pathogènes », assure-t-il. Hier, il a fait le plein en eau de sa parcelle en prévision du jour où l’ensoleillement sera le plus fort : il la couvrira alors d’un film plastique qui chauffera le sol et anéantira les indésirables. Tous ont compris la nécessité de replanter des haies pour protéger leurs vergers des vents et attirer de nouveaux prédateurs, comme les mésanges bleues, capables d’anéantir jusqu’à 15 kilos d’insectes. »Ecoutez donc ce battement d’ailes, se félicite Alain Pigeon, au milieu de ses 3 hectares de terres maraîchères, à Argelès-sur-Mer. Cela signifie que mes nichoirs ont bien fonctionné. » Au déversement systématique d’engrais et de pesticides ils ont préféré le laisser-faire et l’observation. Et ne le regrettent pas : « La nature est bien faite et nous y sommes plus attentifs », ajoute Alain Pigeon, fier de participer à la préservation de l’environnement. »La filière bio, nous l’exploitons jusque sous nos serres, assure Vincent Mignot,l’arrosage se fait au goutte-à-goutte et nos tuteurs sont couverts de ficelle biodégradable. » L’avenir ? Ils l’envisagent avec optimisme. »Avec cette agriculture pleine d’espoirs, nous pouvons nous projeter », assurent-ils. Dominique Courtial vient d’intégrer une Amap pour développer des circuits courts ; Alain Pigeon, lui, projette de lancer une nouvelle production de plantes aromatiques et médicinales ; Vincent Mignot, d’accroître ses productions. Cette année, il a même monté de nouvelles serres, avec l’aide… de son banquier.

images (18)Le boom du bio

En agriculture biologique, on comptait 25 producteurs, en 1980, dans le département. Aujourd’hui, ils sont 500. Avec 2200 exploitations, 74596 hectares (dont 48 316 certifiés bio et 26280 en conversion), 8% de sa surface agricole en bio, le Languedoc-Roussillon est la deuxième région bio en France. C’est aussi le premier vignoble bio, avec 1000 viticulteurs et 16500 hectares de vignes, et la première région de production pour les fruits à noyaux: en 2013, la production régionale d’abricots, pêches et nectarines devrait atteindre 6000 tonnes. Parmi les légumes, il existe des produits leaders comme la salade, dont 10 millions de pieds sont produits chaque hiver.

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la plante miraculeuse des Pyrénées

Posté par francesca7 le 2 mai 2014

 

 
 
téléchargement (9)Selon la légende, c’est parce qu’il fut le théâtre d’un drame mettant en scène deux fils bravant vent des glaciers, soleil ardent, fatigue et animaux hostiles pour quérir aux sommets des montagnes pyrénéennes l’herbe qui sauve afin d’arracher leur père à une mort certaine, que le pays des Quatre Vallées a cessé de donner vie à cette plante miraculeuse…

Autrefois au pays de la Neste d’Aure – pays également appelé pays des Quatre Vallées et formé des quatre vallées : d’Aure, de la Neste, de la Barousse et de Magnoac -, on se répétait, non sans frémir, cette histoire, comme celle d’Abel et de Caïn chez les patriarches, celle de Rémus et de Romulus chez les Romains.

A l’époque primitive où tout était encore et mystère et enchantement, une famille de montagnards vivait tranquille et heureuse dans sa maisonnette flanquée en plein mont. Le père et la mère étaient unis d’une affection sainte et les deux fils grandissaient vigoureux et forts. Devant eux ils avaient le plus beau des spectacles ; les cirques de montagnes éternellement blanches et miroitantes, ou brunes. ou vertes les entouraient à perte de vue et les plaçaient dans un monde a part ; monde immense et ferme, surnaturel et splendide que les yeux, si longue que soit la vie, ne sont jamais las de contempler. La terre subvenait avec largesse tous leurs besoins, leur champ de blé tout en bas, en terrain presque plat, leur donnait plus que le grain nécessaire à leur pain : ce grain écrasé entre deux grosses meules e ! cuit ensuite dans la « fournère » sombre, derrière la maison.

Le cresson poussait au bord de la source claire qui dans leur verger était d’abord leur fontaine, et un peu plus bas leur salle de bain, puis leur buanderie. Les légumes, sans grand soin, montaient vivaces, nombreux, les fruits mûrissaient aux poiriers, aux pommiers, aux châtaigniers, aux noisetiers, sans qu’on s’en aperçût, et au printemps et en été toute la montagne embaumait de l’odeur des fraises, des framboises et des aoyous !

Les prairies naturelles où le foin n’était coupé que pour donner un regain encore plus dense nourrissaient leur bétail. Avec le lait des vaches, des chèvres et des brebis ils faisaient du fromage, et les poules, dont ils n’avaient même pas besoin de s’occuper, leur donnaient leurs œufs. Avec la laine que leur fournissait leurs troupeaux, ou la peau des bêtes, ils avaient des vêtements et des chaussures, avec le lin des champs, la mère filait à la quenouille le fil dont elle tissait la toile de tout le linge de la maison. Avec le bois des forêts sans fin, ils faisaient l’hiver des feux merveilleux.

Et les saisons se succédaient toutes généreuses et agréables, leur apportant leurs inépuisables dons et leur charme particulier. Les jours, que le grand soleil dardant les fît immenses, ou que lui absent, ils fussent trop brefs, passaient remplis d’une tâche égale, empreints d’une paix parfaite. Un bonheur régulier semblait donc devoir être le lot de cette sage famille, pendant des suites d’années, comme il l’était alors, comme il l’avait été dans le passé.

Mais, un soir, le père rentra à sa maison, le pas pesant, l’air morose, malade en un mot de cette maladie étrange qui fait qu’on est tout fièvre, tout tristesse et qu’on se sent chaque jour plus lourd sur la terre et plus près de s’anéantir. Il n’y avait pas de doute, chaque heure qui passait emportait un peu des forces du père et le laissait sur son lit plus pâle et plus alangui. Quelque temps encore et la mère au désespoir, les fils en larmes auraient à fermer ses chers yeux pour l’éternité.

Cela ne pouvait être, sans que tous trois aient au moins tenté une lutte sans trêve. On donna au malade tous les soins usités aux pays des montagnes. On mit à son bras le « sang boit », irritant emplâtre de feuilles, mais on le renouvelait sans qu’un mieux, le moindre fût-il, se produisît. On lui fit boire le vin pur, chauffé et parfumé, on lui donna du lait de chèvre et des infusions d’hysope et de racines de plantain ; mais il restait toujours blême et sans force.

La mère, les deux fils, rivaux dans leur amour pour le père vénéré, se disputaient à son chevet ; mais les yeux de la mère avaient beau fondre de larmes, ceux des deux garçons avaient beau jeter des éclairs de défi et de colère impuissante, le malade semblait comme s’effacer chaque jour davantage. Rien ne pouvait plus le sauver, rien ! et voilà qu’à l’instant où l’on s’y attendait le moins, il ouvrit tout grands ses yeux de fièvre et qu’il appela sa femme et ses fils. Pendant leur absence, était-ce un esprit des montagnes ? Etait-ce quelque vieille fée ? Mais une apparition indéfinissable ; il ne savait qui, lui avait dit, en réalité ou en rêve, que sur les montagnes, plus loin, plus haut, croissait l’herbe salvatrice qui guérissait ces âpres maux.

Aux jeunes fils vigoureux, dont l’affection pour lui était si grande, incombait la rude tâche d’aller à sa recherche. Le père en connaissait et le nom et l’aspect, c’était l’herbe « qe sauvo », si difficile à trouver, et il la décrivit si exactement aux adolescents attentifs qu’ils croyaient déjà l’avoir tenue dans leurs mains.

Pourtant, cette herbe merveilleuse était étrangement rare. Auprès d’elle, le romarin, l’herbe prime (sorte de thym), même la couronne de roi (sorte de splendide saxifrage qui ne croît qu’aux Pyrénées et tombe en pendeloques et en couronnes de roches arides) pouvaient s’oublier, et la nature sévère ne la laissait pousser qu’aux endroits les plus inaccessibles. Comme tout ce qui a une valeur très grande, elle était presque impossible à acquérir.

Rassemblant ses forces mourantes, le père apprit à ses fils les chemins de montagnes par où ils atteindraient avec le moins de peines et le moins de danger les lieux escarpés où peut-être ils pourraient la cueillir. Il leur recommanda de s’entraider. de ne se séparer que par nécessité et pour explorer plus vite deux endroits différents et non très distants. Puis, tandis que s’agenouillaient les enfants, il leva, au-dessus de leurs têtes respectueuses et baissées, ses mains défaillantes et il les bénit en leur disant adieu et leur souhaitant au revoir.

Les deux fils partirent, leur bâton de montagnard à la main, leur gourde pleine à la ceinture, sur l’épaule la courroie de leur sac rempli de provisions et leur grand manteau de laine blanche. Ils allèrent longtemps par des chemins montueux, ils franchirent des ruisseaux où l’eau transparente laissait voir les pierres de leur fond, les anguilles glissantes, les truites argentées qui nageaient et se cachaient entre les gros cailloux. L’un des deux frères, infatigable, rasséréné par cette grande espérance, par l’action qui le rendait utile, tandis qu’à la maison il n’avait plus qu’à pleurer, marchait sans relâche, entraînant l’autre qui par instant se trouvait las.

Ils campèrent peu, ils dormirent seulement quand la nuit était obscure et les chemins diminuaient vite sous leurs pieds. Bientôt ils ne rencontrèrent plus nulle part ni châtaigniers, ni noisetiers : les hêtraies vertes ou pourpres faisaient place aux chênaies séculaires, les chants d’oiseaux du départ se faisaient plus rares ; tantôt ils se trouvaient dans des espaces pierreux, tantôt ils arrivaient dans de verdoyantes prairies.

Quand les pierres déchiraient leurs pieds, l’un plus courageux redoublait ses pas pour arriver plus tôt aux tapis d herbes, mais son frère, qui l’aurait cru ? – se laissait aller à se plaindre et à trouver par trop terrible la tâche imposée. Dans les forêts de sapins sombres et silencieuses, perchés souvent sur des pentes dont un côté à pic s’enfonçait dans un précipice sans fond, empêtrés dans les fougères, écartant les plantes sauvages pour y chercher déjà l’herbe promise, ils étouffaient d’une chaleur insoutenable.

Mais soudain la forêt s’ouvrait sur un col entre de hauts pics, le vent des glaciers y soufflait, puissant et large, et un froid presque polaire faisait claquer leurs dents ; ils couraient s’abriter derrière quelque roche hors du passage du vent où une tiède température les ranimait. L’un, de plus en plus joyeux, de plus en plus ardent à la recherche à mesure qu’il approchait du but, l’autre plus maussade et plus furieux à mesure que se doublaient fatigues et dangers.

Après avoir entendu les grognements des sangliers, les grondements des ours, après avoir évité les morsures des grands scorpions, des vipères et des aspics, les deux frères n’apercevaient plus guère que quelque isard farouche ou quelque aigle planant. Ils traversaient les nuages, l’orage tonnait sous leurs pieds ou sur leur tête, ils étaient brûlés de l’ardent soleil, ils tutoyaient les abîmes sur des rebords de mont de la largeur de leurs semelles mais ils atteignaient pourtant les sommets où naissent les sources, où limpides elles sortent goutte a goutte du roc colossal et perpendiculaire, où grondantes elles jaillissent en torrent de la terre entrouverte et s’en vont bondissantes, tantôt entre des bords de marbre, tantôt entre des rives fleuries d’herbes embaumées.

 

Les deux jeunes montagnards saluèrent avec des cris de joie la verdure des rochers. L’un, toujours le même, suivait, sans plus s’arrêter, le long des vertes rives, ses yeux irradiés semblaient avoir acquis une double vue, ses mains prestes et habiles écartaient, fouillaient tes tiges fragiles, accrochées aux pierres branlantes, débordant de leurs fissures.

Il chercha. Longtemps, longtemps il chercha ; accroupi, penché ou suspendu lui-même aux bords des eaux et des grondants abîmes ; mais enfin, tandis que ses doigts tremblants montraient au ciel l’herbe de guérison, l’écho des montagnes, roulant joyeusement de proche en proche son cri de bonheur et de triomphe, l’apporta au fils lassé qui depuis longtemps, longtemps se reposait et qui maintenant bondissait de jalousie.

téléchargement (10)Sur son lit, le père, depuis le départ de ses fils, semblait n’avoir plus fait un geste ni plus parlé. Toujours inanimé, toujours blême il était resté dans un état absolument semblable à celui où il était à la minute même où ses enfants avaient franchi la porte. La mère, ombre inquiète et attentive, allait silencieuse du lit au seuil de sa maison et ses yeux ne quittaient le visage de son mari que pour regarder le lointain par où ses fils devaient revenir.

Des jours, des nuits interminables avaient passé sur la triste demeure et rien n’y avait apporté le plus petit changement. Mais, par ce jour d’ombre grise, ce jour où les nuages, en couronne de deuil autour des montagnes, n’avaient pas voulu se dissiper, tandis que le père, statue humaine, sans voix, sans mouvement, mettait le peu de vie qui lui restait à contempler sa femme abîmée de tristesse, la porte de la chambre s’ouvrit. Un des fils, un paquet d’herbes à la main, était debout sur le seuil, la mine sombre et le regard perdu.

 Où est ton frère ? cria la mère palpitante, en serrant son enfant dans ses bras.
– Où est ton frère ? dit le père, ranimé par la vue de son fils.
– Mon père, dit le jeune voyageur, non sans trouble, nous nous sommes séparés pour trouver plus vite l’herbe merveilleuse, je suis revenu aussitôt pour vous sauver plus vite, mon frère sans doute ne sera pas long à rentrer.

Le père, avant de saisir l’herbe, leva cette fois encore ses mains tremblantes et bénit son fils, celui à l’effort duquel il devait à son tour la vie. Et la vie lui revint en effet ; peu à peu une jeunesse nouvelle sembla s’épanouir en lui, ses membres retrouvaient toute leur force passée et son visage reprenait sa belle expression de fière énergie, mais il gardait pourtant l’empreinte d’un tenace souci. Une pensée douloureuse ne le quittait plus, le hantait à tout moment.

Un de ses fils, son fils si courageux, si vaillant n’avait pas reparu. Et cela mettait- dans son bonheur de reconnaissance envers son autre enfant, un chagrin, un regret ineffaçable. Dans quels lieux sauvages errait-il encore ? Ou plutôt, malédiction ! Sur quels rochers s’était brisé l’enfant valeureux, quelle eau traîtresse avait enseveli son jeune corps souple, quel animal malfaisant avait détruit cette vie en fleur ?

Le sombre et taciturne fils qui lui restait, pas plus que lui ne pouvait répondre ; mais, pour retrouver son autre enfant, vivant ou mort, le père referait tous les pas qu’il avait faits. Il interrogerait les échos, il sonderait les précipices, il plongerait au fond des torrents. Et seul, le père, sa gourde à sa ceinture, son sac à l’épaule, son bâton de montagnard à la main, partit à travers les montagnes à la recherche de son fils.

Il l’appela dans les sentiers bordés de châtaigniers, de noisetiers et les pommiers ; il l’appela dans les hêtraies, dans les chênaies séculaires, il cria son nom dans les forêts de sapins où tout semble mort. Il se pencha aux bords des précipices, il interrogea les eaux transparentes, mais seul l’écho répétait ses paroles.

Il parcourut en tous sens les cols où souffle le vent de glace, il fouilla chaque coin, chaque abri de rocher, il cria partout : Moun hilj, moun hilj, mon fils, mon fils ! Partout l’écho répondit : mon fils, mon fils ! mais nulle voix humaine ne se leva sur les monts. Le père, ardent à la poursuite, assuré, tant sa volonté était forte, qu’il finirait par découvrir son enfant, arriva, après un temps qu’il n’aurait pu calculer, au versant du sommet à pic où naissent les sources, où croissent les herbes rares.

Longtemps, longtemps il marcha le long des rives dangereuses ; une grande lassitude s’emparait de lui ; ses yeux pourtant interrogeaient encore l’eau, les herbes et les roches avec une telle intensité, que rien ne pouvait leur échapper. Et tout à coup il eut un choc : ses regards s’arrêtèrent sur une espèce de petite baguette d’ivoire qui gisait à ses pieds et qui semblait avoir vibré au frôlement de ses pas. Le père, qui n aurait pu dire ce qu’était cette chose blanche, lisse et creuse, la ramassa pensivement et il lui sembla tenir en ses mains quelque objet étrange et mystérieux.

Emu jusqu’au fond de l’âme et sans se rendre compte de ce qu’il faisait, il porta à ses lèvres sa trouvaille inconnue, ses soupirs y passèrent et alors une faible voix en sortit :

C’est vous, Papa,
Qui me touchez,
Qui m’appelez ?
Mon frère m’a tué
Au bord de l’eau.
Quand je cherchais
L’herbe qui sauve !

Es vous, Papay,
Que mi toucat,
Que mi sounat ?
Moun Fray m’a tuat
AI bord de l’Auvo
Quan cercavi
L’Herbo qe sauvo !

Le malheureux père, en larmes, condamné à porter désormais la vie comme une importune charge et à maudire le fils qui lui restait, mit sur son cœur cet os, la seule chose qu’il retrouvait de son enfant perdu. Et les échos des montagnes jetaient partout la lugubre plainte du fils assassiné et les gémissements paternels. C’est ainsi que, pour les races de ces monts altiers, si caché que soit le mal, si enfoui qu’il soit au fond des abîmes, il arrive à se découvrir un jour, et que l’anathème et la malédiction atteignent les coupables, sans que rien paisse les sauver.

Mais, d’un bout à l’autre de la chaîne pyrénéenne, on chercherait vainement aujourd’hui l’herbe merveilleuse qui guérissait tous les maux. Depuis ce jour de crime, elle a cessé de pousser.

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Le Marché des Pommes

Posté par francesca7 le 2 mai 2014

 

 

Tout dernièrement, au cours de l’Assemblée générale du Syndicat de la Graineterie des départements de la Seine-Inférieure, de l’Eure et du Calvados, l’idée fut émise de créer à Rouen, à partir de l’an prochain, un Congrès annuel des graines et fruits à cidre. L’idée est excellente et ne peut que donner d’appréciables résultats. Rouen, il ne faut pas l’oublier, est le deuxième marché de fruits à cidre, après Rennes. On voit donc tout l’intérêt que présenterait, dans la capitale normande, la tenue des « Assises de la Pomme » qui seraient suivies par nombre de Normands spécialisés dans cette branche de commerce. C’est à ce sujet que nous publions une étude succincte du Marché des Pommes à cidre, étude comparative qui expose des problèmes économiques fort importants.

A

Deux mauvaises années successives de récolte pour les pommes à cidre se voient assez rarement, et c’est tant mieux pour nos cultivateurs. Ce fut cependant le cas des années 1925 et 1926. Comment s’étonner, dès lors, que bien avant l’ouverture de la campagne 1926, alors que les résultats désastreux de la précédente n’étaient que trop connus et qu’on augurait assez mal de celle qui suivait, des questions fort importantes aient été soulevées autour du marché et qu’elles aient donné lieu à d’acharnées controverses ? Il nous faut bien revenir à une année en arrière et voir d’abord sur quelles bases se fit la campagne de 1926.

Partisans et adversaires de l’exportation étaient aux prises. Car des marchands étrangers parcouraient la Normandie et, bénéficiant du change élevé sur leur pays, se portaient acquéreurs, à des prix satisfaisant les producteurs, de quantités de pommes à utiliser de l’autre côté du détroit.

Pour l’exportation se déclarait par exemple le Syndicat des Agriculteurs de la Manche, présidé par M. le sénateur Damecour, et ses arguments étaient les suivants :

Du jour où l’on découragera les producteurs en interdisant l’exportation, ceux-ci ne produiront plus. Le prix des pommes suit-il les cours du jour ? Non, il en est loin. Alors que le demi-hectolitre – la barattée – valait avant-guerre de 1 fr. 25 à 2 fr. 50, en 1924 il atteignait comme grand maximum 2 francs, et 6 francs en 1925, soit une moyenne inférieure à 4 francs. Ainsi, la pomme, produit de nécessité, n’a pas vu son prix même doubler, alors que toutes les marchandises ont atteint sept à huit fois leur valeur d’avant-guerre. Or, les frais de ramassage et de transport ont suivi cette dernière hausse. Autrefois, on prenait 0 fr. 25 pour ramasser une barattée et aujourd’hui c’est au moins 1 fr. 50. Encore ne trouve-t-on pas toujours de la main-d’œuvre. Et le transport par voiture attelée ? 5 francs le fer à cheval au lieu de 0 fr. 80, et la même hausse chez le bourrelier, chez le charron. Ces prix ne militent-ils pas en faveur du relèvement du prix des pommes et si les offres des marchands étrangers peuvent les provoquer, eh bien, tant mieux !

Contre l’exportation, voici les arguments de la Chambre de Commerce de Cherbourg :

La récolte générale des fruits à cidre est évaluée pour la prochaine campagne – 1926 – à 18 millions de quintaux, soit 6 millions de moins que la récolte moyenne. La culture ne possède plus de réserve de cidre dans ses caves et celliers. Des prix exceptionnels et hors de proportion sont faits pour l’exportation. S’ils sont maintenus, le cidre, boisson de plus d’un tiers des Français, atteindrait un prix qui le mettrait hors de portée de la plus grande partie des consommateurs. L’exportation, même si elle n’affectait qu’une partie plus ou moins forte de la récolte, aurait pour résultat de fausser les cours par répercussion, et ne permettrait plus le libre jeu de la loi de l’offre et de la demande. La culture obtenait, antérieurement aux offres faites par l’étranger, des prix qu’elle considérait comme convenables. Il faut interdire l’exportation.

Bien entendu, les Chambres syndicales de brasseurs et débitants partageaient cet avis. De nombreuses Municipalités – et notamment celles de Rouen, Le Havre, Fécamp, etc… –  avaient voté des adresses au Ministre de l’Agriculture pour demander l’interdiction de l’exportation. Devant cette poussée d’opinion, on assista à un fléchissement des cours. Il y a lieu de dire également que les transactions premières avaient été un peu spéculatives. En Normandie, on avait vu des offres à 350 et 400 francs la tonne, en Bretagne de 375 à 425 francs. La possibilité d’un arrêt diminua d’environ 100 francs ces sommes.

En ce qui concerne l’importance de la récolte des fruits à cidre, celle-ci ne devant être connue que longtemps après la campagne, par les statistiques officielles, certains groupements demandaient, comme pour les vins, le vote d’une disposition dans l’esprit de celle qui inspira la loi du 29 juin 1907, portant obligation de la déclaration de récolte. A ce moment seulement, le commerce aurait trouvé des indications précieuses pour la fixation des cours et n’aurait pas été amené à réclamer, en années de pénurie probable, le vote de dispositions telles que l’arrêt de l’exportation et celui de la distillation.

La consommation du cidre réservée d’abord, l’excédent pourrait, dans des proportions à déterminer, passer la frontière, ou servir à alimenter les industries, celle de la distillerie d’alcool neutre, entre autres.

Cela a l’air très facile : Quand il y aura des pommes, on exportera. Quand il y en aura moins, on exportera moins. Quand il n’y en aura pas assez pour nous, on n’exportera plus…

C’est très facile comme cela, sur le papier. Mais, dans la pratique, quelles luttes, quelles difficultés ! Ah ! Qu’il est donc délicat de savoir s’il y a des pommes  ou s’il n’y en a pas…

*
*   *

Pour « une année où il y a des pommes », on ne peut pas dire que 1926 fut « une année où il y eut des pommes »… Les bons Normands la caractérisèrent : une *petite demi-année*. Et cela, voyez-vous, c’est admirable.

D’une enquête faite par le Comité National du Cidre, il résultait que la récolte de 1926 pouvait être estimée à environ 16 millions de quintaux, très inférieure à la moyenne normale évaluée à 25 millions de quintaux. Certains départements cidricoles, notamment les départements bretons, avaient une récolte nettement déficitaire, ne pouvant suffire aux besoins de la population paysanne et ouvrière, dont le cidre était la boisson principale. Une récolte aussi faible succédant à une mauvaise récolte comme celle de 1925, qui n’avait pas atteint 12 millions de quintaux, ne semblait pas pouvoir permettre de donner satisfaction aux besoins nationaux. Le Comité émettait l’idée de réduire l’exportation, mais que dans le cas où, pour des raisons internationales, l’exportation ne pourrait être interdite, il serait à souhaiter que l’application d’un droit de sortie ad valorem vienne contrebalancer, dans une certaine mesure, l’action exercée sur les cours par les acheteurs étrangers.

kartoffelmarkt_boulevard_foss_hiLe raisonnement des producteurs, partisans de la liberté d’exportation, n’a pas varié une seule fois : « Le cours des pommes a atteint 350 francs la tonne, disait l’un d’eux. Citez-nous, je vous prie, des produits industriels ou autres augmentés dans la proportion de 3,5 et pourtant, on n’en combat pas l’exportation. Prouvez que la pomme, à ce prix, est trop chère à la production. C’est précisément à cause du contraire qu’elle est tentée de quitter la France. Consentez à payer au producteur des prix en rapport avec ceux des produits dix fois plus chers qu’avant-guerre – il n’en demande pas tant – et vous pouvez être persuadé que le producteur ne souhaitera pas plus qu’un autre l’exportation de ses produits. »

C’est là qu’on se trouvait au moment de la campagne de 1926.

*
*   *

Si l’on chiffre la récolte très mauvaise de l’année 1925, par 100, on peut dire que celle de 1926 fut de l’ordre de 130 à 135, alors que celle de 1924 était de 220 à 225.

Il y eut, approximativement, 1.800.000 quintaux en 1924 ; 600.000 quintaux en 1925 ; 1.000.000 en 1926 pour le seul département de la Seine-Inférieure.

En 1924, beaucoup de pommes, les tonneaux sont remplis. En 1925, désastre, pas de pommes, les tonneaux remplis l’année d’avant se vident. En 1926, peu de pommes et plus rien dans les tonneaux.

Au fond, exporte-t-on beaucoup ?

Non. En 1924, année exceptionnellement bonne, on a exporté, par la Seine-Inférieure, dans une proportion infime : 5 pour 1.000.

Mais, l’an dernier, au moment de la campagne, un vent de panique souffle sur le pays. La livre sterling monte, monte… Et c’est à ce moment qu’on lance ce bruit : *la rafle des pommes*… Il faut ramener l’affaire à des proportions justes. On ne rafle pas tant que cela ! Et un autre remède serait bien plus sûr : frapper les pommes d’un droit de sortie…

On épiloguerait longuement sur cette question. Nous n’avons voulu que l’indiquer. Aussi bien, on sait que, selon le vieil adage cher aux Français, tout finit… par se tasser. Et, dans le cas qui nous occupe, « tout se tassa » parfaitement.

Pour pouvoir faire des comparaisons avec la récolte de 1927, exposons brièvement, pour finir cet article, ce que fut la récolte de 1926 dans nos contrées.

Prenons d’abord un exemple typique :

Aux Andelys, la récolte fut mauvaise, mais « il y avait quand même des pommes » ! Elles se vendaient de 12 francs à 13 francs la rasière de 28 kilogrammes. Le prix de 12 francs s’applique à un marchand de cidre, le prix de 13 francs à la distillerie qui fait venir des wagons de Bretagne, au prix de 380 francs la tonne, marchés conclus en mai ou juin. Mais nombreux étaient ceux qui disait : « J’en ai assez pour moi. Cela me suffit. » La densité était satisfaisante : 10 à 11 degrés pour le cidre de novembre. La pomme était petite, mais elle contenait plus de sucre. Aux Andelys, les vieilles traditions sont respectées ! Quand la récolte est bonne, on fait 600 litres de « pur jus ». L’année suivante, si elle est mauvaise, on convertit le « pur jus » en boisson ; si elle est bonne, on fait de la « goutte », ainsi de suite. Il y a dans la commune 11.200 pieds de pommiers.

En 1920, la récolte fut de 1.000 quintaux.
–   1921,    –       9.000         –
–   1922,    –       2.000         –
–   1923,    –       3.000         –
–   1924,    –       5.000      –
–   1925,    –       3.400      –
–   1926,    –       2.500         –

Voilà donc un exemple très net.

Indiquons sommairement les appréciations pour la récolte de 1926 dans les principaux centres. Nous avions l’an dernier :

    Duclair : récolte très inférieure.
    Pavilly : récolte médiocre quant à la quantité, mais supérieure pour la qualité. De 280 à 300 francs la tonne.
    Doudeville : bonne moyenne.
    Fontaine-le-Bourg : le ¼ seulement de la normale.
    Bosc-le-Hard : le ⅓ du rendement.
    Luneray : le 1/10. Les pommes dites « précoces » et dont la qualité est recherchée se vendirent 8 à 9 francs la livre.
    Tôtes : atteignent 360 francs.
    Auffray : récolte moyenne.
    Autour de Dieppe : mauvaise récolte.
    Du côté d’Eu : franchement mauvaise. Cependant, quelques clos abrités favorisés.
    Bolbec : récolte plutôt mauvaise.
    Montivilliers : mieux que ce qu’on croyait…
    Rive gauche de la Seine : mauvaise. Un cultivateur de La Mailleraye, qui fait 300 rasières en temps normal, en eut une dizaine.
    Forges-les-Eaux : mauvais.
    Gournay : plus de réserves.
    Pont-Audemer : passable.
    Louviers : récolte moyenne.
    Lisieux : très médiocre.
    Caen : demi-année.
    Touques : les cultivateurs disent « Pas de pommes à Touques, mais beaucoup à Beaumont-en-Auge.
    Beaumont-en-Auge : les cultivateurs disent « Pas de pommes chez nous, mais beaucoup à Touques… »

 

*
*   *

Nous verrons dans notre prochain article ce qu’a été la récolte de cette année.

Bornons-nous à une simple indication.

Le Bureau de la Confédération Générale des Producteurs de Fruits s’est réuni le 11 octobre, à Lisieux, et a fait deux constatations suivantes :

1° Cette année, pas d’hésitation possible : il y a des pommes ;

2° Il y en a même trop. Il s’en perd.

Que disent les producteurs ?

Ils disent ceci : Le prix de vente ne couvre même plus les frais de ramassage.

Nous demandons qu’on favorise l’exportation et que l’on diminue les tarifs de transport et les droits fiscaux qui frappent les fruits à cidre.

Que disent les consommateurs ?

Ils disent : Nous n’y comprenons plus rien. L’an dernier, mauvaise récolte, les prix montent. Cette année, bonne récolte, les prix vont monter.

Que faut-il penser de cette nouvelle situation ?

La récolte des fruits à cidre de 1927 a été bonne dans l’ensemble, et va en augmentant, de la Normandie vers la Bretagne. La Seine-Inférieure a été un des départements les moins favorisés ; le Calvados est mieux partagé ; dans la Manche, c’est l’abondance et, dans le Finistère, dans l’Ile-et-Vilaine, on ne sait que faire des pommes…

Mais de là à dire que certains cultivateurs préfèrent laisser pourrir les fruits à terre, sous prétexte que les frais de ramassage et de transport enlèvent tout bénéfice… Non. La rasière de pommes s’est négociée à un bon prix, allant de 5 à 7 francs. Or, le ramassage d’une rasière revient à peu près à 0 fr. 60. Comptons 1 franc de frais de transport et il nous reste encore un assez joli gain.

La récolte, pour le seul département de la Seine-Inférieure, a atteint 1.300.000 quintaux. On en a exporté une infime partie. Le tiers environ de la récolte est allé aux distilleries pour la fabrication de l’eau-de-vie et de l’alcool. Le reste, soit à peu près 970.000 quintaux, est passé dans la fabrication du cidre.

Il y a du cidre. Les tonneaux se sont remplis. On en a fait pour deux ans. Et il y a aussi de la goutte…

Le débouché assuré pour le producteur ne réside pas dans l’exportation.

On exporte très peu, nous l’avons dit. On fit, l’année dernière, autour de cette question de l’exportation, beaucoup de bruit pour rien du tout…

On a vu partir un bateau, deux bateaux de pommes pour l’Angleterre… Qu’est-ce que cela signifie ? Pas grand’chose. L’exportation des fruits à cidre est une opération très compliquée, surtout lorsqu’il s’agit de vendre la marchandise dans un pays d’outre-mer. La pomme ne se prête nullement à tant de manipulations : le ramassage ; le chargement à la pelle dans les wagons ; le déchargement à Honfleur ou à Dieppe ; le chargement dans le bateau ; le déchargement au quai destinataire ; le rechargement dans des wagons, etc., etc…

Comptez le nombre de manipulations. La pomme ne supporte pas d’être trop tassée. Dans le bateau, notamment, celles qui sont dans les couches inférieures sont échauffées, fermentent. Il y a énormément de déchet.

Avant la guerre, on exportait en Allemagne ; mais, depuis, les droits, dont nos voisins frappent l’entrée des fruits à cidre, doublent leur prix qui devient par trop onéreux.

Le débouché tout trouvé pour le producteur, c’est la distillerie, c’est l’alcool, ce sont les usines de Bosc-le-Hard, d’Yvetot… S’il n’y avait pas ces usines, c’est alors qu’on ne saurait que faire des fruits.

Les prix des pommes et de l’alcool sont liés entre eux.

Au début de la campagne actuelle, l’alcool valait 700 francs l’hectolitre, les pommes 180 francs. Actuellement, l’alcool vaut 1.000 francs, les pommes près de 300 francs.

Et nos pays font aux viticulteurs du Midi une concurrence extraordinaire.

Le vin ordinaire, à 10°, vaut 140 francs l’hectolitre, ce qui met le degré à 14 francs. Or, les pommes donnent le même alcool, mais le degré ne vaut que 10 francs, ou à peu près.

D’où vives protestations méridionales. Car, de moins en moins, le Midi est assuré de pouvoir faire fonctionner la soupape de la distillation.

C’est la guerre qui a lancé l’industrie de l’alcool en Normandie. Il fallait, pour les poudres, de l’alcool à tout prix. Mais, depuis, toutes les organisations ont été remaniées, les usines refaites, les procédés de distillation améliorés. Aujourd’hui, on fait fermenter du cidre en 48 heures.

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*   *

BNous ne faisons qu’effleurer toutes ces questions fort importantes. Nous n’avons d’ailleurs désiré que donner un aperçu sur le marché des fruits à cidre et ses débouchés. Traiter la question à fond exigerait un luxe de détails, de chiffres, de réflexions, qui déborderaient du cadre de cette revue. Mais nos lecteurs ont pu suivre à peu près tous les aspects du problème, qui constitue une branche essentielle de l’activité économique de notre province.

La récolte totale de cette campagne, en France, doit dépasser 20 millions de quintaux. C’est une excellente moyenne.

Les agriculteurs, à de rares exceptions près, sont satisfaits. Sans doute, ceux qui ont vendu leur récolte au début de la campagne ont-ils moins réalisé de bénéfices que ceux qui la vendent actuellement. Mais, on ne pouvait prévoir, n’est-ce pas, la hausse de l’alcool dans les proportions où elle s’est produite. On dit, d’ailleurs, que cette hausse n’est que passagère.

Les prix du marché des fruits à cidre ont été sensiblement inférieurs à ceux pratiqués l’an dernier. Nous ne redonnons pas un tableau complet de ce marché, ainsi que nous avions essayé de le faire dans le précédent article, pour la campagne 1926.

Il y a eu progrès partout. Mais nous reprendrons, l’année prochaine, la question sous le même jour et nous pourrons établir un tableau comparatif pour trois années, qui ne manquera pas d’intérêt.

L. G. G[ARROS], L[ouis] (18..-19..) :  Le Marché des Pommes à Cidre (1928).

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Culture et traditions en Corse

Posté par francesca7 le 1 mai 2014

 

Une contrée légendaire

sant_antonino.1384230.18Les récits fondateurs font appel à plusieurs légendes. Corsica est-elle née de l’union de Sica, nièce de Didon, avec Corso, fils du roi de Troye ? Ou bien de Corso, Ligurienne poursuivant un taureau jusque dans l’île ? Aurait-elle, encore, émergé des eaux en souvenir de Nausicaa tuée par son mari jaloux ?

De vallées en vallées, de villages en villages, contes et légendes peuplent encore l’imaginaire corse et parmi eux les histoires merveilleuses tiennent la plus grande part. Les chaos rocheux aux formes anthropomorphiques essaimés sur toute l’île sont autant de géants pétrifiés, d’amoureux saisis. Dans le Niolo, pays de roches instables et d’accumulations géologiques, le Malin et saint Martin se seraient affrontés. Saint Martin, le bienveillant, s’affirme comme un personnage central, suivi d’une cohorte de saints et de saintes apparus à la naissance du christianisme insulaire. Le magicien (magu) , la vieille à l’origine inconnue testent la valeur et le courage des hommes. Les bergers et leurs troupeaux confrontés aux colères de la nature et aux invites du Malin nourrissent nombre de récits ainsi que les bandits d’honneur, les rois, les fils de rois, quelques jeunes filles, rarement la reine. La Peau d’Âne corse, cughjulina , se cache sous une peau de vache. Les animaux y sont de grands sages qui savent conseiller. La Mort est fort redoutée.

Cette culture populaire fut relativement bien conservée jusqu’à une époque récente et, dès le 19 e s., quelques insulaires et continentaux s’attachèrent à leur retranscription. On peut citer les ouvrages de J.-B. Frédéric Ortoli, E. Southwell-Colucci, G. Massignon et plus récemment les Contes et légendes de Corse de J.-C. et A. Rogliano (France Empire), Contes et légendes du peuple corse de F. Maestracci (Éd. Albiana) ou encore Contes traditionnels de Corse de Jean Muzi (éd. Milan Jeunesse).

Une terre d’inspiration

Les romanciers du 19 e s. qui aiment les personnages exaltés et les situations mélodramatiques trouveront en Corse un terrain de prédilection et alimenteront un mythe tenace qui perdure encore aujourd’hui. La trop élèbre Colomba de Prosper Mérimée devait prendre le pas sur une culture populaire corsetée par sa langue insulaire. Il faut attendre Michel Zévaco et sa saga (Les Pardaillan) pour que les Corses gagnent brièvement le panthéon littéraire français au franchissement du 20 e s. Plus de 70 ans plus tard, apparaît une nouvelle génération d’écrivains avec Marie Susini et Jean-Claude Rogliano ou l’académicien Angelo Rinaldi . Les essais politiques constituent ces dernières années l’essentiel des publications d’auteurs d’origine corse parmi lesquels Jean-Louis Andréani, les ouvrages de Jean-Pierre Santini et de Nicolas Guidici. Marie Ferranti est l’une des rares auteurs de fiction contemporaines corses.

Si la littérature de langue corse concerne un nombre de lecteurs restreint, elle témoigne d’un renouveau réel après les fables de Natale Rochiucioli, chansonnier et humoriste de l’entre-deux-guerres. Rinato Coti, Ghjacumu Thiers et Marcu Biancarelli publient des œuvres novatrices. Les poètes sont encore plus nombreux, représentés par Ghjacumu Biancarelli et Ghjacumu Fusina, tandis que le théâtre est servi par Dumenico Tognotti. Les albums bilingues de Batti s’attachent quant à eux aux caractères des Corses.

Les arts populaires

Le costume

À l’opposé des clichés, les costumes corses revêtent une apparence colorée et empreinte de fantaisie. La passementerie, apanage italien importé sur l’île, agrémentait volontiers les trois jupons de la Sartenaise ou lescapiddina , chapeaux de paille des Ajacciennes. Le mezaro , voile noir porté noué à l’arrière du cou est à la femme ce que le pilone , cape de laine de chèvre, est au berger corse. Le noir ne débarquera massivement qu’au 19 e s. pour le plus grand profit de la filature de Roubaix !

Le mobilier

Rigueur et simplicité dominent naturellement dans le mobilier corse. On range son peu de biens dans un vaste coffre à dossier, le bancone , et les ustensiles se réduisent au minimum : une louche pour transvaser l’eau de la cruche, le tavaru , pt50787quelques couverts. Chaque foyer a son pétrin, taillé dans le châtaignier, meda , et s’il règne une certaine aisance, une armoire. L’ U carrigonu , le seul fauteuil de la maison, est réservé au père de la famille. On peut trouver dans la cuisine, le fuconu , foyer surélevé servant de fumoir pour les charcuteries et dans certaines régions des poteries à l’amiante.

L’art populaire montagnard

Du Moyen Âge au 18 e s., les artisans montagnards ont sculpté le bois, réalisant des œuvres étonnantes de verve et de fraîcheur ou empreintes d’un réalisme bouleversant : saints naïfs, Christ de Vico, de Bustanico, de Calacuccia, de Casamaccioli… En confectionnant les originales chaires en bois supportées par des dragons reposant sur une tête de Maure (églises d’Aullène et de Quenza), ils se sont sans doute rappelé les raids barbaresques. Ce sont aussi des artistes locaux qui ont réalisé les chemins de croix du 18 e s., peintures naïves qui ornent maintes églises paroissiales.

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Au cœur des mégalithes de CORSE

Posté par francesca7 le 1 mai 2014

 

À partir du 4 e millénaire av. J.-C. apparaît un ensemble de civilisations fécondes en monuments originaux. La richesse de la Corse est, à ce sujet, exceptionnelle dans le bassin de la Méditerranée. On a repéré plusieurs centaines de menhirs dans l’île et sans doute un certain nombre d’autres dorment encore sous la terre.

la_punta.1369682.18L’art des Mégalithiques

La civilisation mégalithique (de mégalithe : grande pierre) se développe dans l’île vers 4000 av. J.-C. et s’y maintient jusqu’aux environs de l’an 1000 av. J.-C.

Cette civilisation élabore ses techniques et son propre mode de vie agro-pastoral. On note la pratique des inhumations dans des coffres , puis dans des dolmens , grandes pierres plates posées sur des pierres dressées verticalement. Dans le même temps apparaissent des blocs monolithes dressés : les menhirs . Ils sont isolés ou groupés en alignements ou en cercles.

À la fin du néolithique (2500-2000 av. J.-C.), naissent les mystérieuses statues-menhirs . Environ 80 statues anthropomorphes sont connues en Corse. Munies d’un nez, d’une bouche et d’une paire d’yeux, elles sont parfois sexuées, et alors en majorité féminines. Celles du sud de la Corse sont souvent armées (poignards, épées). Selon certains archéologues, les Mégalithiques auraient représenté ainsi leurs ennemis tués au combat. Cette explication reste très controversée ; la statue-menhir serait plus simplement la représentation d’un personnage défunt ou d’une divinité.

La région de Sartène et la basse vallée du Taravo conservent les monuments les plus caractéristiques de cette époque : ne manquez pas de visiter le site de Filitosa et les mégalithes de Cauria. Des vestiges subsistent aussi dans le Niolo, le Nebbio et la Balagne.

Les monuments torréens

Vers le milieu du 4 e millénaire av. J.-C. apparaît la civilisation torréenne qui doit son nom aux nombreuses tours ( torre ) qu’elle édifie. D’une dizaine de mètres de diamètre, les tours disposent d’une petite pièce centrale. Certaines forment un ensemble beaucoup plus vaste avec le village appelé castellu et une enceinte fortifiée. Des murs cyclopéens protègent les lieux : ils sont constitués de gros blocs de pierre irréguliers, assemblés sans mortier. On a longtemps cru que ces vestiges étaient l’œuvre d’un peuple d’envahisseurs, les Shardanes. On pense aujourd’hui que la civilisation torréenne est une évolution du peuplement insulaire mégalithique liée aux échanges maritimes avec le reste du monde méditerranéen.

Les monuments torréens les mieux conservés se situent sur le plateau de Levie et dans la région de Porto-Vecchio. Le gisement de Filitosa, dans la basse vallée du Taravo, présente un intérêt exceptionnel.

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Les vestiges de l’Antiquité

Sites grecs et romains

Les vestiges grecs et romains ne se rencontrent en Corse que dans les sites archéologiques d’Aléria et de Mariana. Aléria fut surtout une base navale, important relais commercial avec la Grèce et l’Italie. On découvre dans le musée une collection de cratères et de pièces provenant de l’Attique (territoire de la cité d’Athènes), de bronzes, de mosaïques, de monnaies, de poteries. Cet art témoigne de la perméabilité du milieu insulaire aux influences artistiques du monde méditerranéen.

À l’embouchure du Golo, jouxtant l’église de la Canonica, Mariana était une cité antique et un port où stationnait une partie de la flotte de Misène.

L’art paléochrétien

Le christianisme se répand en Corse sans doute au 3 e s. La plus ancienne tradition qui soit établie avec quelque sérieux remonte au martyre de sainte Dévote en 202. Différents indices archéologiques permettent de penser qu’entre le 3 e et le 5 e s., tout un art fleurit sur l’île et qu’il connaît son âge d’or durant la seconde moitié du 4 e s. Des basiliques paléochrétiennes ont été localisées à Calvi, Ajaccio, St-Florent, Sagone, Mariana… Le baptistère et les mosaïques découvertes sur le site de Mariana donnent une idée assez précise du milieu artistique évolué de la Corse à cette époque. Mais il ne nous reste que peu de témoignages paléochrétiens car au 5 e s., tous les bourgs situés le long des côtes furent pillés et saccagés par les hordes d’envahisseurs arrivés par mer.

L’héritage roman

L’art roman de Corse est considéré comme l’un des plus beaux d’Europe. Il éclôt sur l’île dès le 9 e s., atteint sa pleine maturité durant la seconde moitié du 11 e s. et se perpétue avec la même qualité jusqu’à la fin du Moyen Âge.

Les églises préromanes

Dès le 9 e s., des dizaines de petites églises et de chapelles rurales sont édifiées. La présence de bénédictins des îles toscanes stimule l’architecture romane primitive qui fleurit surtout, à l’écart du littoral, dans les lieux protégés des raids. Malheureusement, il ne reste aujourd’hui sur l’île qu’une quinzaine d’édifices, la plupart très ruinés. Citons St-Jean-Baptiste de Corte (9 e s.) avec son baptistère à peu près intact et Santa Maria de Valle-di-Rostino (10 e s.).

L’art roman pisan

Dès la fin du 11 e s., la république de Pise entreprend de réédifier les cathédrales côtières afin de repeupler les plaines littorales abandonnées. Elle reconstruit aussi les principales églises des vallées, les piévannies . Architectes, tailleurs de pierre, maîtres maçons et sculpteurs toscans viennent apporter leurs connaissances aux artisans corses. Ils élèvent des églises, principalement dans la Castagniccia, le Nebbio et la Balagne ; celles-ci servent également de maison du peuple et de tribunaux. L’église piévane de Carbini et l’abside de la cathédrale de Mariana représentent des chefs-d’œuvre du début de cette époque. Entre 1125 et 1160, période de maturité, on remarque en particulier la cathédrale du Nebbio à St-Florent et l’église St-Jean-Baptiste à Ste-Lucie-de-Tallano. À partir du milieu du 12 e s. apparaissent quelques édifices polychromes dont San Michele de Murato et La Trinité d’Aregno constituent les plus beaux exemples.

Le caractère si harmonieux de l’architecture pisane de Corse vient de la simplicité des lignes et de la pureté des volumes. Dans les édifices, seule l’abside est voûtée (d’un cul-de-four), mais jamais la nef, couverte d’une simple charpente, à l’exception de la chapelle San Quilico près de Figari.

Plan et dimension – La plupart des églises présentent une nef rectangulaire et un chœur semi-circulaire. Elles sont de dimensions modestes : 33 m de long pour la plus grande, la Canonica ; 7,5 m pour la plus petite, la chapelle San Quilico.

Matériau et appareillage – Les pierres, d’excellente qualité (schistes de Sisco, calschistes de la Canonica, granits de Carbini…), sont appareillées de la façon la plus heureuse. L’architecte conserve souvent les trous de boulin qui servaient à caler les échafaudages, et dans lesquels jouent l’ombre et la lumière. Les chevets ornés de bandes lombardes et de colonnettes engagées, les fenêtres-meurtrières ouvertes dans les murs latéraux, les losanges, rosaces et marqueteries, les toitures en lauzes ou pierres plates (teghje) constituent une architecture sobre et équilibrée.

Décoration – Des motifs sculptés apparaissent en façade, à la base des toits, aux encadrements des fenêtres. À partir de 1135, la polychromie naturelle de la pierre participe souvent à la décoration, comme l’illustre l’église de la Trinité d’Aregno. San Michele de Murato est aussi célèbre pour son parement en serpentine vert sombre et en calcaire blanchâtre que pour sa naïve décoration sculptée.

Les sculptures archaïques ornent parfois les corniches, les arcatures, les tympans des portails. D’un dessin stylisé, elles représentent des figures géométriques, des dents d’engrenage, des entrelacs, des animaux fabuleux, des scènes symboliques et des personnages énigmatiques exécutés en ronde bosse.

pt156664Des fresques habillent parfois l’intérieur de modestes sanctuaires. D’inspiration byzantine, elles seraient des œuvres d’artistes locaux du 15 e s. On admire les plus belles dans les chapelles de St-Michel de Castirla, San Nicolao de Sermano et Ste-Christine, près de Cervione. Le haut de la voûte est toujours occupé par le Christ en majesté entouré des symboles des évangélistes, tandis qu’en bas figurent les apôtres et des saints. Le style de ces fresques où dominent le vert clair, l’ocre et le rouge, rappelle l’art des peintres de Sienne au 13 e s.

Les canons de l’art roman continueront longtemps d’être appliqués en Corse : la chapelle Ste-Catherine de Sisco, par exemple, est de style roman et date pourtant du 15 e s. L’île passe ensuite presque sans transition du roman au baroque. On ne connaît que deux églises gothiques en Corse : St-François et St-Dominique à Bonifacio.

La floraison de l’art baroque

L’ancienne cathédrale de Cervione marque sans doute le point de départ, en 1584, de l’art baroque. Plus qu’un choix esthétique délibéré, le baroque corse apparaît comme une expression artistique du renouveau religieux lié à la Contre-Réforme.

Un renouveau religieux

Aux 17 e et 18 e s., sous l’occupation génoise, un style baroque très inspiré de l’Italie du Nord se développe dans les régions les plus aisées de l’île : la Balagne, la Castagniccia et la région de Bastia. Sans profusion monumentale extérieure, les églises offrent toutefois une façade ornée de corniches, pilastres, colonnes engagées supportant un décor de pinacles, volutes et coquilles, et sont souvent embellies d’un parement de pierres dorées. Un solide clocher carré, à plusieurs étages ajourés, domine l’édifice. Dans certains cas, il se dresse à l’écart de l’église.

Dans les villes génoises, notamment à Bastia, les sobres lignes de certaines façades d’églises contrastent avec des intérieurs somptueusement décorés d’ors, de marbres, de peintures en trompe l’œil, de meubles en bois sculpté, de stucs dorés de style baroque en honneur à Gênes au 17 e s. Dans les églises baroques de villages, on découvre de riches autels et des balustrades de chœur en mosaïques de marbre polychrome, importés de Ligurie. Les artistes locaux ont parfois exprimé un art haut en couleur et plein de saveur : l’église de Carcheto est un bon exemple de ce courant populaire.

Le rôle social des confréries – Apparues au 14 e s., les chapelles de confréries fleurissent par la suite dans toute la Corse en empruntant leur décor intérieur au riche répertoire baroque, tout en conservant un extérieur des plus simples.

L’architecture militaire

Littoral ceinturé de tours de guet, citadelles perchées sur des éperons, les témoignages d’architecture militaire sont toujours présents en Corse.

Les citadelles

Afin de développer les relations commerciales avec le monde méditerranéen tout en améliorant le système de défense de l’île, Gênes fonde à partir de la fin du 12 e s. les places fortes de Bonifacio, Calvi, Bastia, St-Florent, Ajaccio, Algajola et Porto-Vecchio. Les citadelles, dans lesquelles se serrent les hautes maisons, sont entourées de remparts défendus par des bastions.

Les tours

Pour lutter contre les invasions des pirates venus d’Afrique du Nord, l’ Office de Saint-Georges organise un système de surveillance et d’alerte sur 500 km de côtes en faisant construire des tours de vigie et de refuge. Dès que des voiles barbaresques se pointent à l’horizon, les guetteurs allument au sommet de l’édifice des feux qui alertent les villages. En outre, les notables font édifier des tours carrées qui servent d’habitation et, en cas de péril, d’abri. Aujourd’hui, sur les 85 tours dénombrées au début du 18 e s., 67 sont encore debout, plus particulièrement le long du Cap Corse et sur la côte ouest de l’île. Elles sont hautes de 12 à 17 m, d’une architecture rudimentaire, mais donnent au paysage une note romantique.

Les forts

Dans le Cap Corse (Rogliano) et en Corse-du-Sud (Tiuccia…), on observe des ruines de châteaux médiévaux qui appartenaient aux seigneurs de l’île. Quelques ouvrages militaires, conçus pour la défense d’un lieu stratégique, subsistent en partie. C’est notamment le cas du fort défendant le goulet de Tizzano dans le Sartenais.

L’architecture traditionnelle

Les villages

Dans les villages anciens, les maisons sont groupées dans un apparent désordre qui masque une organisation en blocs familiaux. Ils forment souvent un charmant dédale de ruelles empierrées en escalier et de passages couverts où il fait bon errer. Promenez-vous par exemple à Sant’Antonino en Balagne ou à Vescovato en Casinca. De rares villages conservent une maison forte (casa torra) , ancien habitat noble qui avait aussi une fonction défensive communautaire. On peut en observer à Ste-Lucie-de-Tallano , à Bicchisano , à Ste-Marie-Sicché.

La maison traditionnelle

Tout comme le village, la maison (a casa) est très importante pour un Corse. Il répugne à la vendre et même à la louer. Toujours simple et sobre, elle abritait autrefois la famille au grand complet. C’est une « maison bloc » à quatre pans, construite avec les pierres locales : blocs de schiste dans le nord de l’île, granit dans le centre et au sud, calcaire à Bonifacio et St-Florent. En montagne, les murs très épais sont percés d’étroites fenêtres empêchant le soleil d’entrer en été et les vents de s’infiltrer en hiver. Les toits sont recouverts de tuiles canal en Corse occidentale et de dalles de schiste lustré appelées teghje en Corse orientale, ce qui donne de jolis tons gris-bleu à Corte, verts à Bastia, gris-argent en Castagniccia. En Balagne, les toits sont remplacés par des terrasses utilisées pour le séchage des fruits au soleil.

Les bergeries

Disséminées dans les montagnes, elles sont plus ou moins abandonnées en raison de la décadence de la transhumance, mais abritent encore de mai à octobre quelques bergers et leurs bêtes. Ce sont de grossières constructions autour d’un assemblage de pierres sans mortier. L’installation du berger y est rudimentaire : sacabane (capanna) n’offre qu’une pièce sans fenêtre. Le berger dort sur un matelas de fougères disposé sur un bat-flanc. Il confectionne le fromage et le brocciu puis les dispose dans des caves-saloirs (casgili) . Si vous vous promenez dans le désert des Agriate, vous découvrirez quelques « paillers » , humbles constructions quadrangulaires en pierres sèches autrefois couvertes de branchages et d’un épais revêtement de glaise. En Castagniccia, on rencontre parfois, sous l’apparence de « bergeries », des séchoirs à châtaignes.

Les ponts génois

On désigne volontiers sous ce terme général tous les ponts tant soit peu anciens de l’île. En fait, quelques-uns datent de la période pisane. Puis, à partir du 16 e s., Gênes en fait construire un grand nombre sur des itinéraires très fréquentés afin de développer les échanges commerciaux et agricoles dans l’île. Ces ponts portent une arche unique et une étroite chaussée empierrée, à la brisure très accentuée. Leur hauteur et leur position à un endroit large du cours d’eau sont calculées en prévision des crues parfois subites et violentes sous le climat méditerranéen.

Les fontaines

Au bord des chemins, à l’entrée des villages ou en forêt, on peut se rafraîchir à la source de charmantes fontaines rustiques faites de galets.

 

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une ile en Méditerranée

Posté par francesca7 le 1 mai 2014

 

150px-Corsica_(Landsat_7)Troisième plus grande île de la Méditerranée occidentale après la Sicile et la Sardaigne, la Corse (8 720 km2) fascine d’abord par sa nature extraordinaire et préservée ! Falaises vertigineuses plongeant dans la mer, villages accrochés à flanc de montagne, gorges taillées dans la pierre, collines tapissées de châtaigniers et d’oliviers… La Corse a inspiré Maupassant, Mérimée et le peintre Matisse qui avouait que son amour pour la lumière du sud était né lors de son séjour à Ajaccio…

La Corse, on l’ignore trop souvent, est une « montagne dans la mer » dont les sommets culminent à plus de 2700 mètres comme le mont Cinto, éternellement enneigé ! En un rien de temps, on passe ainsi des plages dorées (paradis des fans de plongée !) à la haute montagne, comme c’est le cas en Balagne, autour de Calvi, ou du côté du Cap Corse dont on peut faire le tour en suivant une magnifique route du littoral ! Au sud, les falaises rouges du golfe de Girolata et celles toutes blanches de Bonifacio vous laisseront bouche bée. 

Le GR20, bien sûr, est le sentier de grande randonnée le plus célèbre (et le plus éprouvant !) de France. Mais la Corse séduit aussi par sa culture locale, son mode de vie, ses habitants, beaucoup plus ouverts et accueillants qu’on ne le dit ! Les vignerons corses, notamment, sont des figures charismatiques qu’il vous faut absolument rencontrer, comme ceux de Patrimonio, de Balagne, d’Ajaccio et de Sartène. La Corse est un petit continent qui possède ses codes et ses traditions, et c’est pourquoi la mondialisation n’y a pas (encore) imprimé trop de ravages… Côté cuisine, le veau aux olives est un must !

Bonifacio ! Ville la plus méridionale de l’île, édifiée sur un site exceptionnel, Bonifacio reste un lieu incontournable, malgré la foule et les échoppes de souvenirs qui colonisent désormais ses ruelles. Enfermée dans ses fortifications, la vieille ville, juchée sur un étroit et haut promontoire de calcaire modelé par la mer et le vent, domine une ria longue de 1 500 m au fond de laquelle fleurit une marine. Jadis havre sûr pour les vaisseaux de guerre, le port offre aujourd’hui son mouillage aux bateaux de plaisance.

Bastia ! Préfecture depuis 1975 de la Haute-Corse, Bastia qui est aussi la grande ville d’affaires de l’île, a su garder un aspect typiquement méditerranéen. La ville mérite d’être visitée pour la qualité de ses monuments et pour le pittoresque des rues de la ville ancienne, composée de Terra-Vecchia avec ses anciennes ruelles et de Terra-Nova, la citadelle, réparties autour du vieux port où le gouverneur génois Leonello Lomellini choisit en 1380 d’établir une bastiglia ou place forte.

 

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