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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ?

Posté par francesca7 le 10 mai 2014

 

 

180px-Bourdon-notre-dame-paris-tour-sudPar le père Jacques Fournier

 

Le Jeudi-Saint au terme de la liturgie eucharistique, le célébrant porte au « reposoir » les pains consacré, qui seront reçus par les fidèles lors de la « messe des présanctifiés » (pré-consacrés) le Vendredi-Saint. 

L’autel où vient d’être célébré la Cène du Seigneur est vide et dépouillé. Devant ce reposoir eucharistique, ce sont les heures de Gethsémani que nous devons revivre. Les cloches sont condamnées au silence pendant trois jours en signe de deuil. 

Pour expliquer l’absence de sonnerie pendant cette période, on a dit longtemps aux enfants que les cloches partaient à Rome. Le Pape les bénissait avant leur retour. On pourrait et on devrait leur dire la vraie raison de ce silence. Et pourquoi pas cette allusion à l’Eglise de Rome, coeur de l’Eglise universelle….

Ce n’est que dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques qu’elles carillonnent pour annoncer la joie de la résurrection du Christ. On a dit longtemps aux enfants qu’elles revenaient chargées de friandises qu’elles déversaient dans les jardins et les prés, sur les balcons des appartements. On pourrait et on devrait leur dire que la plus grande joie vient du Christ ressuscité. 

Dans l’est de la France, pour remplacer les cloches » parties à Rome » pendant la Semaine Sainte, les enfants faisaient sonner leurs crécelles dans les rues, pour annoncer les offices. La crécelle remplaçait la sonnette de l’autel dans les paroisses et les monastères.

Les enfants de choeur passaient plusieurs fois dans la journée. La première fois ils criaient :  » Réveillez-vous ». La deuxième fois :  » Préparez-vous ». La troisième : « Dépéchez-vous ». 

 

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Le rituel de la cloche

Posté par francesca7 le 10 mai 2014

 

 

 rubon20-9c7a8« C’est un usage qui remonte à l’Antiquité de convoquer le peuple chrétien à l’assemblée liturgique et de l’avertir des principaux événements de la communauté locale par un signal sonore. Ainsi la voix des cloches exprime-t-elle, en quelque sorte, les sentiments du peuple de Dieu, quand il exulte et qu’il pleure, quand il rend grâce ou qu’il supplie, quand il se rassemble et manifeste le mystère de son unité dans le Christ. » 
Livre des bénédictions [1]

Comptant parmi les plus vieux instruments sonores, les cloches ont toujours été associées à la Chrétienté dès les premiers siècles de son essor. Tout en rythmant l’écoulement des heures depuis le Moyen Âge, leur fonction première est liturgique : par leurs volées et leurs tintements, elles appellent les fidèles à se rassembler et à prier, associant leurs chants aux joies et aux peines de la communauté chrétienne et, qui plus est à Notre-Dame de Paris, aux grandes Heures de l’Histoire de France, aux événements marquant la communauté internationale.

Dès la fin du XIIe siècle, l’édification de la cathédrale étant encore loin d’être terminée, il est fait mention de la sonnerie des cloches précédant les offices. Cette sonnerie s’étoffa au cours des siècles au rythme de la vie de l’édifice et de son rayonnement. Huit cloches dans la tour Nord, deux bourdons dans la tour Sud, sept cloches dans la flèche accompagnées de trois pour la sonnerie de l’horloge : cet ensemble spatialisé constitua un véritable paysage sonore dans le ciel de Paris jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

La Révolution et son lot d’excès n’épargnèrent pas les cloches de Notre-Dame et le bourdon Marie qui furent descendus, brisés et fondus en 1791 et 1792. Le bourdon Emmanuel, pièce maîtresse de l’ensemble, fut heureusement épargné et demeure aujourd’hui l’un des plus beaux vases sonores d’Europe, sinon le plus remarquable. Depuis 1686, au sommet de la tour Sud, il ne cesse de sonner les grandes Heures de la cathédrale, des grandes fêtes liturgiques aux événements marquants du diocèse de Paris et de l’Église universelle. Mais il est aussi intimement associé à la Nation française dont il rehaussa depuis sa fonte de nombreux temps forts : Te Deum pour les sacres de rois, fins de conflits (dont les deux Guerres mondiales en 1918 et 1945), obsèques nationales, drames de l’Humanité, quand la prière rassemble à Notre-Dame les croyants et les hommes de bonne volonté…

Associées au bourdon Emmanuel, quatre cloches, placées en 1856 dans la tour Nord en remplacement de la sonnerie disparue, assurèrent les diverses sonneries liturgiques et civiles jusqu’à leur dépose, en 2012, dans le cadre du projet de nouvelle sonnerie mis en œuvre pour les 850 ans de Notre-Dame de Paris. Elles furent suppléées durant une année par les trois cloches du carillon des heures de 1867, installées dans la flèche.

C’est le 23 mars 2013, en la veille du dimanche des Rameaux et de la Passion, que la nouvelle sonnerie se fit entendre pour la première fois depuis « les tours retentissantes qui couvrent la ville de leur ombre et de leur bronze et proclament Dieu à l’horizon » [2].

—————————-

[1] De Benedictionibus promulgué par la Congrégation pour le culte divin le 31 mai 1984, chap. XXX, n°1032.

[2] Paul CLAUDEL, préface in Marcel AUBERT, Vitraux des cathédrales de France XIIe et XIIIe siècles – 19 reproductions en couleurs d’après nature, Paris, Plon, 1937.

 

 

 

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Les fondeurs de cloches du XIV et XV siècles

Posté par francesca7 le 10 mai 2014

Image illustrative de l'article Hérépian

Le plus ancien nom, qui se présente à nous comme celui d’un Lorrain fondeur de cloches, se lisait sur la célèbre ban­cloche de Toul, faite en 1396 ; elle nous apprenait elle-mème , dans son inscription rimée , qu’elle avait été « ici assise par maistre GUILLAUME POITRAS, du bourg Sainte-Marie ». Les chroniques messines fournissent les noms de plusieurs des fondeurs qui travaillèrent pour la sonnerie de la cathédrale dans le XV° siècle; la fameuse Mutte fut refondue en 1428 par « maistre Jehan De Guerle et maistre Jehan De Lucembourg ». La cloche Marie la plus grosse de celles qui appartenaient au chapitre, le fut, en 1438, « par maître ANTOINE, maistre des bombardes de Metz, gui estoit borgne »; cette cloche fut refaite en 1541 et 1665. Son créateur est-il le même que maistre Antoine d’Estain , dont nous verrons bientôt le nom? Nous ne saurions le dire.

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La Mutte fut refondue en 1442, par LOUIS DE HAMELLE (alias Hamaille, Hamalles Ganalle), de Liège, « ancètre sans doute, dit M. Bégin , des Duhamel qui florissaient à Metz dans le siècle dernier…; il était maître des bombardes ou de l’artillerie de Metz ». Dès l’année suivante, 1443, cette cloche dut être refaite par « maistre ANTHOINE D’ESTAIN » (Étain ?) elle le fut encore en 1459, par « maistre ARNOULD DE ‘COBELANCH (Coblentz?) et maistre TILLEMONT DE HOCHEMBERG », tous deux , croit-on, Alsaciens , et le second, tout au moins, originaire de Strasbourg. Nouvelle refonte eut lieu en 1479 ; un chroniqueur appelle l’ouvrier qui la fit : « JEHAN RAMBERT DANNEUVRE », et un autre, « JEHAN LAMBERT D’ANVERS ». Ou peut affirmer qu’il s’agit de JEAN LAMBERT de Deneuvre, qui fondit, en 1502 ou 1503 , la grosse cloche de l’église Saint­ Epvre de Nancy, puis, en 1508, les autres cloches de la même église. Nous retrouverons, en 1683, un Jean Lambert, fondeur à Doncourt, qui pourrait bien être l’un de ses descendants ; mais nous aimons surtout à lui rattacher un Didier Lambert qui, peu après cette époque, travailla pour l’Italie, ainsi que deux autres fondeurs lorrains dont M. E. Müntz nous révèle les noms.

Par M. LÉON GERMAIN, Membre titulaire. Mémoires de la Société des lettres sciences et arts de Bar le Duc 1887. 1. 2e sér. T. 6

 

 

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Le passage de la Loire

Posté par francesca7 le 8 mai 2014

 

Commencé le 18 octobre 1793 à l’aube, le passage de la Loire s’achève tard dans la nuit du même jour. Le souvenir de cette journée sera évoqué en ces termes par la future marquise de La Rochejaquelein : « La plupart des paysans se trouvèrent à Saint-Florent bien avant les officiers, s’étant enfuis plus vite ; la moitié de l’armée y arriva donc la nuit. Les quatre mille Bretons ou Angevins, habitants de la rive droite de la Loire, qui avaient suivi MM. de Talmont et d’Autichamp, amenèrent des bateaux; Ils appelaient à grands cris les Vendéens et leur répétaient : « Venez, mes amis, dans notre pays ; tout le monde y est aristocrate, vous ne manquerez de rien « .

Nos gens, qui étaient tous saisis d’une terreur panique, se jetèrent en foule dans les bateaux. Quand les officiers arrivèrent au point du jour, c’était un spectacle étonnant et qu’on ne reverra jamais. Nous étions à Saint-Florent, les uns disent cent mille, les autres soixante-dix mille, dans k nombre environ dix mille femmes, dames ou paysannes, et à peu près autant d’enfants et de blessés. Tous ces gens s’échappaient du massacre et de l’incendie : on voyait la fumée des maisons où les hussards mettaient k feu, à deux lieues de nous. A cet endroit, la Loire a une petite île, plus près de Saint-Florent que de Varades ; il y avait une vingtaine de bateaux; les Vendéens se précipitèrent dedans ; d’autres passaient à la nage, ou sur les chevaux qu’un gué conduisait jusqu’à l’île. Cette île et les deux bords de la Loire étaient remplis de monde; chacun s’appelait, se culbutait; ceux qui étaient à Saint-Florent tendaient les bras aux autres ; il semblait que le fleuve une fois passé, toutes nos peines seraient finies. La plupart des officiers étaient sur la rive, tâchant de retenir les soldats, mais ceux-ci n’écoutaient rien. »

Au malheureux Lescure lui murmurant : « Si je tenais le jean-foutre qui nous fait passer la Loire, j’utiliserais mes dernières forces pour lui brûler la cervelle », La Rochejaquelein aurait pu répliquer que c’est tous les Vendéens qu’il aurait alors fallu tuer sur place. Combien sont-ils à avoir ainsi franchi le fleuve ? Soixante-dix mille à cent mille, si l’on en croit Victoire de Donnissan, dont, précise-t-elle, vingt mille sont des non-combattants. Kléber parle, de son côté, de soixante mille combattants, «sans comprendre prêtres, femmes et enfants ». Le nombre total, impossible à fixer avec précision, doit se situer entre soixante et quatre-vingt mille personnes ; celui des combattants effectifs, de valeur d’ailleurs très inégale, entre trente et quarante mille.

L’échec de Granville

C’est à partir d’Avranches où ils sont cantonnés et où un début de sédition contraint La Rochejaquelein à laisser une partie de l’armée que les Vendéens vont mener l’opération le 14 novembre. Ils bousculent tout d’abord l’avant-garde républicaine puis pénètrent dans le quartier Saint-Nicolas, faubourg extérieur aux hautes murailles qui protègent le port. Pendant deux jours on se bat avec acharnement d’un côté comme de l’autre. Pour chasser les Vendéens qui sont parvenus à occuper une rue, les défenseurs dirigés par le commissaire Jullien et par le général Varin incendient les maisons de cette rue.

A Paris, le Comité de Salut public apprenant ce qui se passe à Dol, à Avranches et à Granville s’inquiète et donne l’ordre à son représentant Jean Bon Saint-André de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour devenir maitre de la situation :

Les brigands, lui écrit le Comité de Salut public, se sont échappés à travers le département de la Mayenne qu’ils ont affamé ; ils ont battu trois fois nos bataillons à Fougères. Cet échec peut favoriser leur arrivée à la mer pour la terreur qu’ils ont répandue. Plusieurs représentants sont dans les départements environnants mais il leur manque de l’énergie. C’est toi que nous avons cru devoir choisir pour remplir cette importante et pressante mission. Nous t’engageons à partir pour Cherbourg sur-le-champ et tu sauveras la République dans cette partie qui communique d’une manière si dangereuse avec nos plus cruels ennemis. »

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A Granville, la lutte se poursuit et I’on se bat au corps à corps avec d’un côté comme de l’autre des succès et des échecs. Du sommet des murailles, l’artillerie bleue ravage les rangs des assiégeants. La Rochejaquelein adresse alors un appel aux habitants de la ville :

Messieurs, les généraux et commandants de l’Armée catholique et royale préférant, comme ils l’ont prouvé dans tous les temps, la conquête des coeurs à celle des villes et des forts les plus redoutables, n’ayant. en raison des motifs purs et sacrés qui les animent, d’autre but que d’assurer, par la clémence, les fondements d’un trône que la plupart d’entre vous gémissent de voir si indignement renversé (…) vous proposent d’épargner le sang français si cher à leurs coeurs. Ils vous proposent d’ouvrir les portes de votre ville sans coup férir.

Un peuple d’amis entrera dans vos murs avec le rameau d’olivier, pour y faire règner, à l’ombre de l’autorité royale, l’ordre, la paix et le bonheur que vos tyrans vous ont si souvent promis. mais en vain (…). Libres de nous avoir pour amis ou ennemis, si vous préférez le dernier parti, songez que les indomptables habitants de la Vendée. vainqueurs et destructeurs des garnisons de Valenciennes et de Mayence, sont à vos portes, et qu’ils vont les ouvrir par le fer et par le feu. »

Cet appel n’est pas entendu. En criant au quai ! au quai !, La Rochejaquelein. Stofflet, Marigny, Forestier tentent alors, par les rochers. de prendre la ville a revers. Vainement. Embossées dans le port, deux barques canonnières les repoussent. Leur reflux achève de démoraliser l’armée vendéenne qui bat en retraite, renonçant à Granville. Habitués aux succès rapides, les Vendéens ont tendance à lâcher pied quand la résistance s’éternise.

Jusqu’ici, l’exode s’est fait dans des conditions matérielles et morales difficiles, certes, mais quelque soixante mille personnes sont parvenues, en moins d’un mois, à couvrir plus de trois cents kilomètres, en trouvant, vaille que vaille, des solutions aux problèmes de cantonnement et surtout de ravitaillement que posait le déplacement d’une telle cohue. Qui plus est, les Vendéens ont réussi à battre les redoutables troupes de Kléber à Entrammes et à faire capituler les petites garnisons des villes devant lesquelles ils se sont présentés : la terreur qu’ils inspirent est pour eux un allié précieux, de même que la médiocrité de l’armée républicaine, paralysée notamment par les divisions au niveau du commandement. Et quelles que soient les terribles fatigues qu’entraîne cette marche harassante dans des chemins défoncés par les pluies d’automne, et les doutes qui commencent à se faire jour, la perspective d’atteindre un port où l’on pourra se mettre sous la protection des Anglais soutient le moral de tous. C’est pourquoi l’échec devant Granville a une si profonde répercussion.

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Si le trajet d’aller avait été difficile, le retour s’opère dans des conditions dramatiques. En effet, le nombre des blessés et des malades ne fait que croître. Et le ravitaillement devient de plus en plus problématique, car, jusqu’à Laval, les Vendéens reprennent la route de l’aller et traversent des villes et des villages qu’ils ont vidés de toutes leurs ressources alimentaires quelques jours ou quelques semaines plus tôt. Seuls peuvent espérer trouver quelque chose les maraudeurs s’éloignant toujours plus loin de la colonne, au risque de se faire massacrer. Les moins chanceux, qui sont les plus nombreux, trompent leur faim avec des pommes à cidre. Par ailleurs, les conditions sanitaires sont de plus en plus déplorables et la dysenterie fait bientôt des ravages, clairsemant les rangs et laissant le triste sillage de morts et de mourants propageant le mal à leur tour. De ce seul fait, le nombre des combattants s’amenuise.

Le 18 novembre, les Vendéens arrivent devant Pontorson et battent les troupes de Tribout. Le 20, ils arrivent à Dol. Le lendemain matin, Westermann, qui commande la cavalerie républicaine, attaque la ville, mais échoue. Le soir, il renouvelle sa tentative et est à nouveau repoussé. Le 22, Stofflet pénètre par surprise dans Antrain et massacre les républicains qui s’y trouvaient ; les survivants, terrifiés, fuient jusqu’à Rennes, Angers et Nantes. La route du retour est donc libre.

 

 

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Les femmes guerrières

Posté par francesca7 le 8 mai 2014

 

Quand la Vendée se soulève en 1793, des comtesse, et marquises caracolent en amazone à la tête d’escouades à leur solde, des femmes du peuple, portant habit d’homme, se mêlent aux troupes. Nombre d’entre elles périrent sur le champ de bataille, d’autres furent guillotinées, certaines réussirent à échapper à la mort et nous laissèrent des témoignages. 

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Pourquoi des femmes étaient-elles présentes dans cette sanglante bagarre ? La plupart d’entre elles y avaient été forcées par les circonstances parce qu’elles cachaient des prêtres réfractaires, parce que leurs époux ou leurs fiancés étaient partis au combat, ou parce que les Bleus étaient venus un jour brûler leurs manoirs et leurs fermes, elles avaient rallié l’armée des insurgés… Parmi elles, on trouve des femmes et des filles de conditions très différentes. De nobles dames, mais aussi un grand nombre de paysannes, de marchandes de volailles, de lingères. Plutôt que de se faire guillotiner, fusiller ou noyer, elles préféraient mourir en combattant ou en soignant les blessés.

Certaines courent aussi les routes par simple goût de l’aventure, c’est très stoïquement qu’elles ont accepté de coucher sur une planche, sous un arbre, dans une étable, de manger, de dormir n’importe où. L’imprévu, le risque de se faire prendre, bien loin de les inquiéter, les exaltent.

Elles se révèlent des guerrières intrépides : Mme de Lescure (bas gauche), qui porte le bragon brosz – le pantalon bouffant des Bretons — fait le coup de feu, comme n’importe quel cavalier. Pour venger son père torturé par les Bleus, une pâle et maigre fille nommée Renée Langevin a voulu servir chez les houssards. Au combat de Dol, elle devait abattre plusieurs adversaires. Souvent, il lui arrivait de dire sombrement – Je ne suis riche que de ma mort. » Pourtant elle survécut, mais pour demeurer en prison jusqu’à la Restauration.

Jeanne Giraudeau. patronne de l’auberge de La Croix d’Or, à Montaigu, voyant un jour son mari qui s’enfuyait, le ramena aussitôt sur le champ de bataille. Perrine Loiseau ne se fit sabrer qu’après avoir abattu trois Républicains. Mlle Regrenil, une jeune novice de vingt ans, ayant dû quitter le couvent des ursulines de Luçon devint « la houssarde » dans la bande de Bejarry. Elle montait le cheval d’un soldat ennemi qu’elle avait su désarmer. Marie-Antoinette Adams. épicière à Puybelliard, combattait aussi à cheval, dans l’armée du Centre. Sa maison avait été brûlée et son mari, dont elle était séparée, était un ardent Républicain. N’ayant plus rien à perdre, elle manifestait une telle fougue au combat que ses compagnons l’avaient surnommée « le chevalier Adams ». Sa témérité devait lui être fatale. Capturée, les Bleus la fusillèrent.

Dans l’armée de Bonchamps, Renée Bordereau, vingt-trois ans, combattit six ans, reçut sept blessures. Capturée aussi, elle sauva sa tête, mais on l’enferma deux ans dans l’une des geôles du Mont-Saint-Michel…

A Legé, où Charette avait établi son poste de commandement, beaucoup de femmes et de jeunes filles étaient venues se mettre sous la sauvegarde de l’honneur vendéen.

Parmi les belles brigandes, les juments de Charette, c’est ainsi que les appelaient les Bleus, Mmes de La Rochefoucauld. de Bruc.du Fief, de Bulkeley et d’autres encore, se battaient héroïquement. Certaines, comme la comtesse de Bruc, devaient être massacrées au cours des multiples combats qui journellement mettaient aux prises des adversaires également implacables. Des jeunes filles, les soeurs de Couêtus, Mlle de la Rochette, devaient être sauvées par le général Travot. après leur capture. En dépit de leur témérité. Mmes de Bulkeley et du Fief eurent aussi la chance de survivre…

L’armée catholique et royale comptait dans ses rangs des femmes de toutes les conditions. François Charette de la Contrie est entouré de ses « amazones », belles, nobles, adroites au tir et excellentes cavalières. Son aide de camp est Mme de Fief, Victoire-Aimée, née Libault de la Barassières. Son mari a émigré. Elle, est restée. Elle a rejoint l’armée pour venger la mort d’un fils. Petite, jolie, vêtue de tissu de Nankin, elle galope en tête de ses troupes, armée de deux pistolets, ou va à pied, usant d’un fusil de chasse. Louis XVIII lui fera don de son portrait en guise de décoration. 

Mme Bulkeley (à gauche), née Latour de la Cartrie, ne lui cède en rien en beauté et en intrépidité. A cheval, en robe verte, écharpe blanche à la taille et pistolet à la ceinture, elle commande une compagnie de chasseurs à sa solde. Arrêtée en 1794, condamnée à mort, elle obtient un sursis grâce à une fausse déclaration de grossesse. Elle réunit aussitôt quelques centaines d’hommes et retourne se battre. Elle échappera aux balles, aux sabres, aux boulets, aux fusils et à la guillotine, survivra encore à deux mariages (elle aura eu quatre maris) et vivra jusqu’à l’âge de soixante dix-neuf ans. La jeune comtesse du Bruc aura moins de chance, elle périra à Beaupréau, sabrée par un hussard, tombée d’un cheval mal sanglé.

Roturières et paysannes ne s’en laissent pas conter non plus : à la bataille de Torfou, lorsque les Vendéens fuyent, face aux terribles Mayençais de Kléber, elles se mettent en travers de leur chemin, les insultent, menacent de prendre les armes à leur place. Ils s’en retournent. Ils vainquent. A Dol, dans les mêmes circonstances, la femme de chambre de Mme de la Chevalerie s’empare d’un cheval, fait volte-face en criant : « Au feu les Poitevines », ce qui laisse le temps à Mme de Bonchamps de ramener les renforts qu’elle a réussi à rassembler.

Dans l’armée de Charette, une demoiselle Lebrun, seize ans, fille d’un boulanger de Mortagne, monte en caleçon et en jupon, la chevelure retenue dans un foulard, et une blanchisseuse commande à des troupiers.

Un des tambours de l’armée de d’Elbée est une fillette de treize ans. Elle est tuée à Luçon. A cette même bataille, participe Marie-Antoinette de Puybelliard. Elle est vêtue en homme, mais toute l’armée du général Sapinaud de la Verrie sait qui elle est. Arrêtée chez elle, un peu plus tard, elle sera fusillée.

Jeanne Robin, fille de métayer, entre dans les rangs de M. de Les-cure, avec son père, son frère, son fiancé et son chien. Lescure avait menacé de renvoyer et de tondre toute femme qu’il trouverait dans son armée (hormis la sienne, qui l’avait suivi d’autorité…). Lorsque Jeanne lui avoue son sexe, il ne peut lui refuser les souliers qu’elle demande pour continuer à marcher avec lui. Il est vrai que c’est :elle qui, en première ligne, lui criait : « Mon général, vous ne me dépasserez pas, je veux aller plus près des Bleus que vous ». Elle alla si près qu’une balle la coucha sur le champ de bataille. Le curé, ramené en hâte par son fiancé, n’eut que le temps de consacrer leur union avant de lui fermer les yeux. Elle avait vingt ans.

Des archives témoignent encore que l’épouse d’un fileur de Botz-en-Mauges et la fille d’un journalier de Saint-Georges-duPuits-de-la Garde, ont accompagné leurs hommes en se faisant passer pour leur frère et pour leur fils, mais combien d’autres femmes anonymes sont tombées en Vendée, qui se battaient pour l’honneur, l’idéal ou la survie parce qu’elles avaient décidé de ne pas attendre sur les cendres de leurs foyers que les détenus syphilitiques, libérés à cet effet par la Convention, viennent les violer, que les commissaires de la République les fassent fusiller, guillotiner ou noyer dans les eaux tumultueuses de la Loire… ?

Mme la marquise de Bonchamps avait tiré le canon à La Flèche, harangué avec succès et ramené au combat les paysans de Dol après avoir vu mourir son mari. Tombée aux mains des Bleus, elle refusa de livrer les noms qu’on lui demandait.

En conséquence de quoi, le tribunal révolutionnaire la condamna à mort à l’unanimité. Après de vaines démarches et interventions sans effet, les proches de la marquise envoyèrent sa petite fille, Zoé, en ultime recours, implorer son sursis. Les juges amusés lui demandèrent de leur chanter sa plus jolie chanson. La fillette , sans se troubler, entonna clair et fort le premier couplet qui lui vint à l’esprit, pour l’avoir si souvent répété avec sa mère : un chant résolument royaliste… Mme de Bonchamps fut grâciée !

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http://www.histoire-en-questions.fr/

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Marat juste avant son assassinat

Posté par francesca7 le 8 mai 2014

Le montagnard comptait publier ses écrits dans un ouvrage unique. Il n’en a pas eu le temps…

 

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Lors de son assassinat par Charlotte Corday le 13 juillet 1793, Marat était comme à son habitude dans sa baignoire, en train d’écrire. Depuis plusieurs mois, il avait décidé de rassembler ses oeuvres politiques dans un ouvrage unique. Il avait donc entrepris la correction et l’annotation de ses articles publiés dans L’Ami du peuple, dont il était, il faut le dire, l’auteur unique. En fait, depuis sa première parution en 1789, sa publication a souvent changé de titre : Le Publiciste parisien, Le Journal de la République française et, enfin, Le Publiciste de la République française.

En 1990, la Bibliothèque nationale de France acquérait la totalité de ces revues annotées par Marat et reliées dans deux volumes. Jean-Marc Chatelain, chargé de collections à la réserve des livres rares de la BNF, explique qu’après la mort de leur propriétaire ces volumes furent conservés par la soeur de Marat, Albertine. Ils passèrent ensuite entre les mains du financier Félix Solal, puis du prince Jérôme Napoléon, de Nadaillac et du comte de Rosebery, Premier ministre britannique, grand bibliophile.

REGARDEZ les incroyables trésors de l’Histoire sur L’Ami du peuple annoté par Marat juste avant son assassinat : http://www.lepoint.fr/culture/video-les-incroyables-tresors-de-l-histoire-l-ami-du-peuple-annote-par-marat-juste-avant-son-assassinat-07-05-2014-1819715_3.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Matinale]-20140508

 

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Un âne aux élections

Posté par francesca7 le 8 mai 2014

Le dimanche 8 mai 1898, jour des élections législatives, les Parisiens ont la surprise de croiser dans la rue un âne blanc transporté sur une carriole tirée par une bande d’olibrius qui appellent les Parisiens à voter Nul. C’est le nom de l’âne ! Cette idée de candidature loufoque, voire surréaliste, est née dans l’imagination fertile du journaliste satirique anarchiste Zo d’Axa. Derrière ce curieux pseudonyme se cache un descendant du célèbre navigateur Lapérouse. Dans son journal, La Feuille, Alphonse Galaup de Lapérouse, dit Zo, écrit : « Chers électeurs, finissons-en. Votez pour eux. L’âne Nul, dont les ruades sont plus françaises que les braiments patriotards. » Ce provocateur veut ainsi réconcilier les abstentionnistes avec les urnes. Enfin l’occasion de « voter blanc, de voter Nul, tout en se faisant entendre ». 

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« Lentement, l’âne parcourait les rues »

Zo explique sa démarche dans une série d’articles : « Nous sommes allés, dans sa retraite, trouver un maître auquel personne n’avait songé, un modeste dont personne pourtant ne niera la signification précise. Aujourd’hui, l’honneur m’échoit de présenter ce maître au peuple. On l’appelle maître Aliboron. Ceci soit pris en bonne part. L’âne pour lequel je sollicite le suffrage de mes concitoyens est un compère des plus charmants, un âne loyal et bien ferré. Poil soyeux et fin jarret, belle voix. »

Le jour du scrutin, vers 10 heures du matin, voilà donc Zo et Nul qui dévalent la colline de Montmartre, accompagnés par une poignée de supporteurs. L’âne blanc est porté sur « un char de triomphe et traîné par des électeurs ». L’animal n’est pas moins fier que Marine Le Pen s’élançant à l’assaut des européennes. Imaginons la stupeur des Parisiens qui croisent ce curieux équipage électoral. Dans sa revue, le journaliste anar fait un compte rendu détaillé et lyrique de cette traversée de Paris.

« Lentement, l’âne parcourait les rues. Sur son passage, les murailles se couvraient d’affiches que placardaient des membres de son comité, tandis que d’autres distribuaient ses proclamations à la foule : Réfléchissez, chers citoyens. Vous savez que vos élus vous trompent, vous ont trompés, vous tromperont – et pourtant vous allez voter… Votez donc pour moi ! Nommez l’Âne !… On n’est pas plus bête que vous. Cette franchise, un peu brutale, n’était pas du goût de tout le monde. »

Joyeux chahut

Effectivement, la plupart des passants ne goûtent pas le canular. Ils crient : « On nous insulte ! », « On ridiculise le suffrage universel », « Sale Juif ! » Mais d’autres se tordent de rire et acclament Aliboron. Des femmes lui jettent des fleurs, des hommes agitent leur chapeau. Le cortège poursuit son chemin vers le Quartier latin. Il arrive, enfin, devant le Sénat, longe le jardin du Luxembourg. La foule s’amasse autour du candidat pour l’acclamer dans un joyeux chahut. À la terrasse des cafés, les étudiants applaudissent à tout rompre. On s’arrache les tracts distribués par les militants. De jeunes gens se bousculent pour pousser le char.

Vers 15 heures, la police décide d’intervenir. En bas du boulevard Saint-Michel, les sergents de ville font barrage. Leur chef somme Zo et sa troupe de conduire Nul au plus proche commissariat. Mais on n’arrête pas la révolution en marche. Le cortège, poussé par une foule en délire, brise le barrage et traverse la Seine. Il fait une halte devant le palais de justice d’où, note Zo d’Axa, « les députés, les chéquards, tous les grands voleurs sortent libres ». Rien n’a changé… C’est le moment choisi par les agents pour passer à l’attaque. Ils s’emparent des brancards, enfilent le licol et se mettent à remorquer le char. Le comité de soutien les laisse faire.

« Tel un vulgaire politicien, l’animal avait mal tourné. La police le remorquait, l’Autorité guidait sa route… Dès cet instant, Nul n’était qu’un candidat officiel ! Ses amis ne le connaissaient plus. La porte de la préfecture ouvrait ses larges battants – et l’âne entra comme chez lui », conclut le journaliste. Ainsi s’achève la campagne électorale de l’âne blanc Nul

Parution au magazine LePoint 

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LA JOURNÉE D’UN MÉDECIN

Posté par francesca7 le 6 mai 2014

par

L. Roux

~ * ~

sspl10432088UN médecin de Paris qui a une clientèle, un service dans un hôpital, un titre à la Faculté et des chevaux à l’écurie, quelquefois même un éditeur, ce médecin-là étant surtout au monde pour les besoins de ceux qui souffrent, se lève à cinq heures du matin pour rédiger, à tête reposée, ses observations sur les maladies de la veille, en grossir ses oeuvres complètes ou les envoyer au journal du lendemain. L’heure de son hôpital (sept heures) l’arrache à ce travail de cabinet. Il s’y rend à pied ou en demi-fortune. Il met, dans tous les cas, une précision mathématique à arriver à l’heure. Cette ponctualité lui donne le droit d’être très-sévère envers les élèves retardataires ; il en use quelquefois, mais il n’en abuse jamais. A l’hôpital il est chef de service ; ses malades, sa clinique, ses opérations l’absorbent tout entier jusqu’à dix heures.

Dupuytren s’était fait une loi de ne céder à aucune instance venue du dehors, en ce moment-là, de n’être distrait pour aucun motif de ce service des pauvres, exemple admirable et qui prouve beaucoup en faveur du caractère de ce grand chirurgien.

Il y a à l’Hôtel-Dieu, d’après un usage antique et solennel, une flûte qui doit servir au médecin de repas du matin. Les nouveaux médecins s’abstiennent d’y toucher avec un religieux respect ; Dupuytren prenait toujours cette flûte, par égard pour la tradition et peut-être aussi pour son estomac.

Il est onze heures quelquefois, et le médecin n’a pas quitté le tablier, ne s’est pas appartenu un seul instant.

Il rentre chez lui avec un appétit féroce. Quelques malades l’attendent dans une antichambre. Il se dit très-occupé et il ne tarde pas à l’être en effet ; il y aurait conscience de l’arracher à ses préoccupations. En ce moment, donnât-il des consultations, il n’aurait, je pense, le courage de mettre personne à la diète. Mais après avoir fait la part de ses appétits, le médecin reçoit sa clientèle à domicile. Ce sont les malades du quartier, qui ont trouvé le moyen ingénieux d’économiser une visite, et qui viennent surprendre à moitié prix une guérison qu’ils payeraient bien cher dans leurs foyers.

Le médecin monte aussitôt après en voiture, consulte sa liste de visites, et se fait descendre chez ceux qu’il nomme à juste titre ses malades.

Il y en a de tous les étages, de tous les quartiers, de toutes les professions, de tous les cultes, de tous les rangs et de tous les idiomes. Ici la maladie dérive d’une passion ; là la passion prend le caractère d’une maladie ; ici l’indigence se cache sous le luxe ; là c’est la richesse qui est enfouie sous des haillons. Une des propriétés du médecin, c’est de voir l’homme à nu et à toutes les heures de la journée. Selon l’épidémie qui court, le médecin prodigue la saignée ou les purgatifs, les stimulants ou les antiphlogistiques ; il n’a quelquefois qu’une seule corde à son arc : elle lui réussit à tous coups, à ce qu’il dit, du moins. Il faut rendre cette justice au médecin, qu’il demande peu de chose aux gens de lettres, et on l’accuse de méconnaître le génie ! Le médecin le connaît intus et in cute, et le traite par des douches. C’est assez bien formulé pour un médecin !

Quel homme, au reste, est aussi impatiemment attendu que le médecin ? Entouré, pressé, flatté, interrogé comme un oracle, on croit qu’il ne rencontre que des visages tristes ; mais au contraire il n’en peut rencontrer que d’épanouis, ouvertement ou en secret. Est-on convalescent ou mort, il y a toujours quelqu’un qui se réjouit.

Rien n’afflige dans le médecin que son absence ; l’impossibilité de l’avoir montre de quel prix il peut être pour un malade.

Sa journée étant tout son revenu, il la fractionne en autant de coupons qu’il a de malades. Un des principes de sa pratique, c’est de parler peu et d’écouter encore moins ; les médecins qui parlent peu inspirent généralement plus de confiance.

Le médecin, outre le personnel flottant de ses malades, a le cadre réglé de ses occupations, et dans ce tissu si dense, si serré, qui compose un de ses jours, comme pour les simples mortels, d’une durée moyenne de vingt-quatre heures, il faut qu’il loge les appels en consultation, les visites d’extra à la campagne, les voyages en poste qui arrachent à grands frais un médecin à son centre de vitalité, à son quartier général. Si l’on réfléchit qu’il est, en outre, membre de plusieurs sociétés savantes, de plusieurs conseils de salubrité, de plusieurs comités ou autres choses de bienfaisance, on a peine à se rassurer en pensant qu’il a l’Académie royale de médecine pour se reposer.

Il rentre chez lui à deux heures pour sa consultation. C’est une de ces heures religieuses qui fixent invariablement le médecin à la même table, en face du même buste d’Hippocrate. Il y a là recomposition pour lui de ce kaléidoscope d’infirmités, qui les lui représente en faisceau à l’hôpital, disséminées ensuite sur la surface des douze arrondissements, puis groupées de nouveau dans son antichambre, infirmerie plus élégante que la première, mais qui n’en est qu’une variété. Dupuytren, le même homme que nous avons vu professer avec une si noble abnégation le sacerdoce de l’art, procédait aussi avec une dignité hippocratique à cette consultation. Un secrétaire placé dans un salon à côté de son cabinet était chargé d’en recevoir le prix, invariablement fixé à cinq francs. La consultation est le tribunal de la pénitence de la médecine : tout le monde n’en peut pas sortir avec l’absolution ; beaucoup reviennent la chercher.

Chaque malade a pris quelques minutes du temps si précieux de l’homme de l’art. Il interroge la pendule avec anxiété, et se voit parfois forcé de suspendre ses consultations, comme il a suspendu ses visites. Nous parlons des exceptions, c’est-à-dire des célébrités médicales. Le temps passe beaucoup moins vite pour les médecins qui ne sont pas célèbres, ou pour les autres célébrités qui ne sont pas médecins.

Pour le médecin, c’est l’heure d’une nouvelle toilette ; ses clientes du grand monde l’attendent pour avoir de lui le bulletin de leur santé. La toilette d’un médecin doit être doctorale : habit noir, chemise à jabot d’une extrême finesse, ampleur de vêtement ; encore jeune, il peut avoir la taille serrée, des gants jaunes et des bottes vernies ; mais ce dandysme facultatif fait sourire les vieilles réputations.

Le médecin a équipage pour cette seconde visite. Il est moitié homme du monde et moitié médecin. Il ne manque jamais de donner à corps perdu dans une invitation à dîner, qu’il refuse d’un habitué au Rocher de Cancale, pour avoir le droit d’en esquiver une autre à la fortune du pot d’un académicien de ses amis, et cela parce qu’il tient à faire un bon dîner. Un médecin dîne chez soi et presque jamais autre part.

Le dîner d’un médecin est quelque chose d’hygiénique et de confortable à la fois, basé sur les lois de la tempérance et sur les raffinements de la sensualité. Brillat-Savarin était très-médecin ; aussi tous les médecins tiennent un peu de Brillat-Savarin. Le dîner semble attaché à la profession : c’est une des spécialités internes qu’il cultive avec le plus d’art. Il n’admet à sa table qu’une société plus choisie que nombreuse de gens qui savent manger. Au surplus, sous le couvert de son invitation, on peut avaler sans crainte et même s’indigérer sans scrupule. Les mets, calculés sur le tempérament des convives, sont un brevet de santé pour une huitaine au moins. Un médecin garantit ses convives sains et saufs jusqu’à la visite de digestion. On doit pardonner à ce repas d’être secundum artem, puisqu’il doit porter la compensation des longues fatigues entreprises au nom de l’art.

Au salon on parle encore médecin ou littérature médicale, saupoudrée de quelques nouvelles politiques, de promotions à la Faculté, d’épidémies à la mode ; c’est l’heure où le médecin se résume, compte ce qu’il a ajouté à son blason, se représente le tableau de l’actualité et s’applaudit ordinairement d’être né médecin.

200px-Florence_NightingaleLe médecin fait assez volontiers une apparition à l’Opéra, surtout s’il est médecin du théâtre ; mais il faut qu’une pièce soit bien en vogue pour l’attirer à un autre spectacle : d’où il est logique de conclure que les drames qui ont été vus par les médecins ne sont jamais les plus malades. D’ailleurs, tout est drame pour le médecin. A lui la science des affections et des passions, comme au notaire celle des intérêts. Le médecin a trop vu mourir pour s’intéresser beaucoup à un faux semblant de mort ou d’empoisonnement. S’il pouvait complétement se faire illusion sur ses illusions, il s’enfuirait peut-être au troisième acte d’un drame, de crainte qu’on ne vînt le chercher au cinquième pour porter secours à quelqu’un.

La médecine, voilà le grand élément de l’existence du médecin ; parlez-lui médecine, même au théâtre, vous êtes toujours sûr de l’intéresser. Une nature artiste voit dans le médecin un homme à interpréter ; le médecin voit dans le poëte un cas de physiologie à étudier.

Le médecin est à sa vocation toute la journée : qu’on le prenne à telle heure qu’on voudra, il se meut toujours au nom d’un principe, le principe vital ; il y échappe, mais avec peine, la nuit, pour surprendre quelques heures de sommeil. Il fait verrouiller sa porte, veiller son portier, son domestique ; il est partout pour les solliciteurs, excepté dans son lit.

Quels sont les plaisirs du médecin ? quelles sont ses affections, ses passions, ses manies ? En a-t-il ? a-t-il le temps d’en avoir ? Qui le croirait ! lui qui n’a jamais une minute, qui est toujours en retard de plusieurs secondes sur l’éternité, lui qui dévore le temps, il a celui d’être antiquaire, horticulteur, bibliomane, artiste, collectionneur ; quant à naturaliste, microscopiste, anatomiste, cela rentre dans l’état. Vous trouverez quelquefois le plus grand médecin de Paris occupé à des riens, et tout plein de son sujet. Combien la pauvre humanité ne doit-elle pas souffrir dans ces moments-là !

Le dimanche c’est encore pis ! Le médecin a une maison de campagne où il se rend comme un simple bourgeois. Sa calèche, spacieuse comme un char des pompes funèbres, s’ouvre pour lui et sa nombreuse famille ; et sans que l’on sache ni pourquoi ni comment, le dimanche, la journée du médecin est un peu celle de tout le monde. Mais prenez le médecin sur semaine, alors qu’il est le plus médecin : de l’hôpital à la Faculté, de la Faculté dans son cabinet, de là chez ses clients, ne sachant auquel entendre, toujours en lutte avec le principe délétère de notre nature, asservi, en outre, à nos caprices, à nos fantaisies, à nos imaginations, subissant la plus impérieuse des servitudes, celle d’être souvent utile, toujours indispensable ; vous le trouverez sans cesse agissant, portant la santé, la consolation partout, ne se fixant nulle part ; et la journée du médecin, si pleine d’oeuvres recommandables, est un des problèmes de la science et de la société.

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 9 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

 

 

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LE CONDUCTEUR D’OMNIBUS

Posté par francesca7 le 6 mai 2014

 

par

Charles Friès

~ * ~

images (11)C’EST une triste destinée que celle du conducteur d’omnibus.

D’un bout de l’année à l’autre, on le voit, rivé à son marche-pied comme le forçat l’est à sa chaîne, poursuivre son éternel pèlerinage à travers les mêmes rues, les mêmes quais, les mêmes boulevards.

La pluie, le vent, le froid, la grêle, rien n’arrête dans sa course ce juif errant d’un nouveau genre. Pour lui, jamais de répit ! Marche ! Marche ! tel est le cri qui bourdonne sans relâche aux oreilles de ce malheureux qu’on a plaisamment qualifié d’image vivante du repos dans le mouvement.

Etrange paradoxe ! car il n’est pas sous le ciel d’existence plus occupée, plus laborieuse et qui soit semée de plus de tribulations que la sienne.

– A la bonne heure, me direz-vous, mais il est sans doute largement rétribué. – Du tout, il n’en est rien ; son traitement est des plus modiques. Travaillant tout le jour, et même une partie de la nuit, il reçoit à peine le salaire du moindre manoeuvre. Aussi serez-vous bien surpris d’apprendre que, pour parvenir à exercer ce métier pénible et ingrat, on trouve autant de difficultés à vaincre, autant de rivaux à écarter, que s’il s’agissait d’une place d’employé dans un ministère ou d’auditeur au conseil d’État.

Celui que des revers de fortune, l’inaptitude pour une profession différente, ou toute autre raison, obligent à chercher du service comme conducteur dans cette administration, qui avait jadis pris pour devise : l’industrie féconde l’industrie, doit d’abord se faire recevoir surnuméraire. Cette faveur insigne ne lui sera accordée que s’il est vigoureusement épaulé par les gens les plus recommandables, et après, toutefois, qu’il aura satisfait à toutes les conditions de l’ordonnance de police concernant les conducteurs de voitures dites du transport en commun.

Une fois admis, le néophyte est invité à verser un cautionnement de 200 fr., dont on juge superflu de lui payer les intérêts, et qui lui sera d’ailleurs restitué aussitôt qu’il exprimera le voeu de se démettre de ses fonctions.

Il lui faut ensuite songer à son équipement. S’il n’a pas les fonds nécessaires à cet usage, l’administration se charge de le faire habiller, en se réservant de retenir plus tard tant par semaine sur ses appointements, jusqu’à ce qu’il se soit libéré envers elle.

Maintenant que la plaque de métal brille sur la poitrine de notre homme, qu’il a revêtu son habillement de drap bleu, composé, comme vous savez, d’une casquette polonaise, d’une veste avec quelques broderies d’argent au collet, et d’un pantalon garni de basane, – costume qu’il porte invariablement dans la canicule et par la gelée la plus âpre, – il peut commencer sa nouvelle carrière. A cet effet, il se rend tous les matins à l’un des dépôts qui lui est assigné, afin de remplacer, au besoin, celui des conducteurs en pied (titulaires), qui ne répond pas à l’appel. De même que ce dernier, il touche pour chaque jour de travail 3 fr. 25c., desquels il faut retrancher 15 cent., consacrés par lui au brossage de sa voiture. Ajoutez à cela les amendes, les suspensions ou mises à pied, et vous conviendrez avec moi qu’à moins d’avoir quelque inscription au grand-livre, on ne saurait guère se permettre un pareil état.

Pendant tout le temps de son noviciat, dont la durée est de six, huit mois, un an et quelquefois plus, le surnuméraire voyage indistinctement dans toutes les directions ; il n’a pas de ligne attitrée. Passe-t-il en pied ? il procède d’une autre manière, et se voit contraint de rester fidèle à la même ligne, qui est toujours une des plus longues et des plus fatigantes ; celles plus courtes, et où il y a moins de tracas, revenant de droit aux employés les plus anciens.

A présent, nous allons, si vous le voulez bien, suivre le conducteur dans une de ses courses. Pour cela, transportons-nous en imagination dans le premier omnibus venu ; prenons, par exemple, celui qui, partant de l’Odéon, va nous conduire jusqu’à la barrière Blanche, en traversant Paris dans presque toute sa largeur.

Le chef de station a reçu le matin sa minute, c’est-à-dire l’heure de départ de chacune des voitures desservant la ligne à laquelle il est attaché ; attaché est le mot, car il ne peut sous aucun prétexte, s’éloigner un seul instant de son bureau. Il faut qu’il soit toujours là pour porter sur son registre le nombre des voyageurs payants et celui des correspondants amenés à chaque course, pour écouter les réclamations des personnes qui auraient quelque plainte à former contre un conducteur, et surtout pour veiller à ce que les départs se fassent de la manière voulue.

A un coup de sifflet parti du bureau, le cocher, alerte au commandement, s’élance sur son siége et fouette ses chevaux, après s’être préalablement attaché au bras gauche le cordon qui lui transmettra les ordres du conducteur, lorsqu’il faudra suspendre la marche ou la continuer.

Le conducteur est muni de sa feuille de route, dont la perte lui vaudrait une amende de 2 fr., et sur laquelle est inscrite l’heure précise où il a quitté la station, afin que le chef de la station opposée puisse vérifier si le parcours a été franchi dans le temps donné.

S’il ne veut pas encourir la peine d’une amende de 50 cent., le conducteur doit, en montant sur le marche-pied, accrocher, à côté du cadran, un petit écriteau indiquant combien il a déjà fait de courses dans sa journée.

Dans la semaine, le nombre des courses varie, suivant la longueur des lignes, de seize à vingt ; les dimanches et les jours de fête, on augmente parfois ce nombre, sans ajouter pour cela de nouvelles voitures, mais en accélérant la marche, ou, pour me servir du terme technique, en chassant davantage.

D’après ceci, il est clair, pour quiconque connaît un peu son Paris, que le conducteur fait chaque jour une promenade d’au moins vingt-cinq lieues ; au bout d’une année il a donc parcouru, en tournant sans cesse dans le même cercle, l’énorme distance d’environ dix mille lieues. On trouverait difficilement, je crois, quelqu’un dont on pût en dire autant.

images (13)Attention, je vous prie ! voici venir pour le conducteur l’acte le plus délicat de sa charge. Il s’agit de faire fonctionner cette mécanique ingénieuse appelée cadran ; symbole éclatant d’égalité sur lequel le riche et le pauvre sont cotés au même taux, et que beaucoup de fort honnêtes gens prennent encore pour une horloge. Malheur, malheur à lui s’il omettait de sonner un voyageur ! rien au monde ne saurait l’excuser. A la première faute de ce genre, il est frappé d’une amende de 5 francs ; à la seconde, l’amende est doublée, et, à la troisième, il est irrévocablement renvoyé.

– Eh ! mais, quel est ce monsieur, à la redingote hermétiquement boutonnée, au chapeau de cuir verni, qui vient tout à coup de s’abattre sur le marche-pied, avec la rapidité du vautour fondant sur sa proie ?

– C’est un inspecteur ambulant, une mouche, comme on les appelle, qui a pour mission de s’assurer si le nombre des voyageurs correspond au chiffre indiqué sur le cadran. Après avoir acquis la certitude que le conducteur n’est pas en fraude, il se fait exhiber la feuille de route, y appose son visa au moyen d’un timbre, – le tout sans proférer une syllabe, – et disparaît comme il est venu.

Tous les voyageurs ont été scrupuleusement sonnés ; le conducteur se trouve ainsi responsable du prix de chaque place.

…………………………………….

Déjà nous apercevons les arbres du boulevard extérieur : nous ne sommes plus qu’à une portée de pistolet de la barrière. Ici seulement le conducteur peut, sans s’exposer à être puni, quitter le marche-pied, et s’asseoir sur la banquette.

Enfin nous arrivons à la station. – Il va porter sa feuille de route au chef du bureau, remonte son cadran, et se tient prêt à partir au premier signal. – Est-il parvenu à sa dernière course ? Ne croyez pas qu’il soit au bout de ses peines. Il lui reste encore à se rendre au dépôt, afin de verser sa recette entre les mains du comptable.

Cette recette varie, suivant la bonté des lignes, depuis 35 jusqu’à 100 francs ; elle dépasse rarement ce dernier chiffre.

Passons maintenant au chapitre des gratifications réservées au conducteur.

Si, pendant une année entière, il n’a pas mérité la moindre réprimande, la plus petite amende, s’il n’a pas été une seule fois mis à pied, s’il a toujours été poli avec ses chefs, et qu’aucune plainte du public ne se soit élevée contre lui, il reçoit alors une gratification de 20, 30 ou 40 francs, qui lui sont retenus pour ses frais d’habillement.

Voilà les seules récompenses auxquelles il puisse prétendre, car il n’est pas pour lui d’avancement possible, pas de pension à espérer pour sa vieillesse ! Ce qui peut lui arriver de plus heureux, après de longues années de service, c’est d’obtenir une place de chef de station : c’est là son bâton de maréchal. Et notez bien qu’une fois promu à cette charge, ses appointements restent les mêmes qu’auparavant ; seulement, n’ayant plus de fonds en maniement, il est débarrassé de toute responsabilité.

Eh bien ! qu’en dites-vous ?

Est–il un sort pire que celui-là, et ne devons-nous pas quelque pitié au pauvre conducteur d’omnibus ?

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 9 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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LES MAÎTRES CHANTEURS

Posté par francesca7 le 6 mai 2014

 

par

Francis Guichardet

~ * ~

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LES philologues des prisons n’ont pas encore établi d’une manière exacte et positive l’origine du mot chanteur, qui est venu enrichir la langue française en prenant depuis quelques années une nouvelle signification. Si nous nous en rapportons aux littérateurs de la Force, et aux grammairiens de la police correctionnelle, faire chanter signifie exploiter la crédulité, les vices, et la poltronnerie de certaines gens, et leur soutirer de l’argent à l’aide de promesses ou de menaces. Nous croyons donc rendre hommage aux autorités compétentes, et éclairer un point obscur des vocabulaires d’argot, en accordant le titre de maître chanteur aux sommités de la profession, aux professeurs habiles qui donnent, à des prix plus ou moins élevés, de savantes leçons aux élèves de leur choix.

Et cependant, les membres habiles de cette dangereuse corporation n’ont encore rien eu à démêler avec la justice. Bien que leur existence soit liée à tout ce qu’il y a de plus abject dans ce monde d’escrocs, de joueurs, de tripoteurs d’affaires véreuses, d’usuriers, d’industriels sans industrie, qui se répandent chaque matin sur le pavé de Paris, ils ont su conserver de belles relations, de nombreuses connaissances, même des amitiés parmi cette société toute parisienne, composée de gens qui, mettant en première ligne la dissipation, l’agitation et le plaisir, s’inquiètent assez peu de la moralité et des ressources des compagnons de leurs débauches. Grâce à cette indifférence, ils peuvent à leur aise choisir le terrain de leurs exploitations, et se mettre à l’abri d’une surveillance trop active. Et puis, qui songe à s’enquérir de leurs moyens d’existence ? N’ont-ils pas toutes les apparences du comfortable et du bien-être ? Ne font-ils pas partie de cette jeunesse dorée, dont le crédit s’est fondé sur des espérances imaginaires ou sur une fortune depuis longtemps dissipée ? Ne sont-ils pas toujours et partout charmants convives, beaux joueurs, causeurs amusants ? N’ont-ils pas ce premier vernis d’instruction qui suffit à la population flottante dont ils s’entourent, et qui attire ces intimités de rencontre si faciles à contracter ? Lorsque, dans leurs jours de fortune, ils ont joué le rôle d’amphitryons, ne l’ont-ils pas fait avec une magnificence digne d’un millionnaire de bon goût ? Si, parfois, dans les moments difficiles, ils usent largement de la bourse de leurs amis, en abusent-ils jamais ? Et si, faute de mémoire, ils oublient ces emprunts forcés, ne les payent-ils pas par leur obligeance, par un dévouement à toute épreuve, par les offres les plus généreuses ? Qu’un de leurs intimes ait besoin d’argent, ils se transforment aussitôt en courtiers, et déterrent à grand’peine un de ces banquiers raisonnables dont la mission sur cette terre est de faire oublier la parcimonie d’un père ou d’un tuteur. Que l’affaire présente des difficultés, ils s’empressent de devenir eux-mêmes solidaires des engagements exigés, se contentant, par décence, de partager les bénéfices de l’opération. Soyez poursuivi par une lettre de change usuraire, ils viennent à votre secours ; et, forts de leur expérience, vous pouvez marcher les yeux fermés dans cette voie de jugements, d’oppositions, de règlements, d’appels ; priviléges du débiteur, chemins de traverse qui procurent, en dépit des recors, quelques derniers mois de soleil et de liberté. C’est ainsi qu’ils se font accepter, c’est en s’initiant à toutes les affaires de leurs amis, qu’ils se rendent indispensables. Et qui oserait mettre en doute leur loyauté et l’honnêteté de leurs expédients ? N’ont-ils pas donné vingt fois des preuves de susceptibilité et de courage ? Ne sait-on pas qu’ils tiennent plus à l’honneur qu’à la vie, et que, pris sur le fait, ils répondraient comme un aventurier célèbre : « Il vous est permis de penser que nous sommes des fripons, mais nous ne souffrons jamais qu’on nous le dise ! »

images (8)Cette assurance, le maître chanteur sait la conserver dans le cours de ses exploitations. Préparé à tout événement, il calcule avec sang-froid toutes les chances d’une entreprise ; il en devine d’avance les écueils, et son audace parvient souvent à les surmonter. Rarement, il est vrai, il lui est nécessaire de déployer une grande énergie : la faiblesse, les erreurs, et la timidité de ses adversaires, viennent lui donner de faciles triomphes, et la peur est toujours l’un de ses plus puissants auxiliaires. Et puis, le voit-on jamais s’aventurer sans qu’il soit sûr de réussir ? Ne connaît-il pas le côté faible de ses victimes ? n’a-t-il pas des coups imprévus à leur porter ? Une jeune femme est nonchalamment couchée sur les coussins de son boudoir. Elle a dit le matin qu’elle était souffrante, et que sa porte resterait fermée pour tous : cependant sa femme de chambre vient lui annoncer qu’une personne inconnue demande à lui parler. Après plusieurs refus, l’insistance du visiteur, et surtout quelques mots écrits à la hâte, lui font changer de résolution ; elle consent enfin à recevoir ce personnage mystérieux. Celui que l’on vient d’introduire est un jeune homme aux manières distinguées, à la mise élégante ; il salue avec grâce, et paraît être façonné aux usages de la bonne compagnie.

« Madame, dit-il, après avoir accepté un siége à côté de la jeune femme, j’ai d’abord à m’excuser de venir ainsi troubler votre solitude. Je me serais empressé de respecter la consigne que vous avez donnée à votre femme de chambre, si l’affaire qui m’amène n’intéressait pas et votre avenir et votre repos.

– Mais, monsieur, de quoi s’agit-il donc ? Les quelques lignes que vous venez de me faire remettre m’ont effrayée ! Qui vous envoie ? que désirez-vous ? et, surtout, qui êtes-vous ?

– Je suis un peu des amis de M. Alfred D…

– Eh bien ! qu’y a-t-il de commun entre M. Alfred et moi ? Je le connais à peine… Je l’ai rencontré quelquefois dans des réunions, dans des bals, comme on rencontre tout le monde ; mais ce jeune homme n’a jamais été admis chez moi.

– Il est heureux pour lui, madame, qu’il n’ait pas le même reproche à se faire. Il a eu le bonheur de vous recevoir plusieurs fois.

– Monsieur !

– Eh ! je ne viens pas ici, madame, vous demander compte de vos actions, et vous faire subir un interrogatoire. Je ne me reconnais pas le droit de contrôler vos démarches, et je vous prie simplement de m’accorder quelques minutes d’attention.

– Parlez, monsieur, parlez ; je vous écoute.

– Voilà le but de ma visite. Comme vous devez le savoir, M. Alfred D… est parti depuis quelques jours, laissant le soin de ses affaires et la clef de son appartement à l’un de ses amis. Poussé par un instinct de curiosité fort blâmable, cet indiscret ami a découvert une correspondance qui vous intéresse, je crois, au dernier point.

– Et que prétend-il faire de cette correspondance ? Où donc voulez-vous en venir ?

– Ne craignez rien, madame. Ces lettres sont aujourd’hui entre les mains d’une personne qui en connaît tout le prix, et qui les garde précieusement.

– Mais c’est un vol, une infamie, un abus de confiance !

– Veuillez vous calmer, madame. Il est un moyen de réparer la négligence de M. Alfred ; grâce à la cupidité du nouveau dépositaire de ces lettres, il est facile de se les faire restituer.

– Je vous comprends, enfin, monsieur. Je suis tombée dans un guet-apens ; je suis victime d’une horrible machination ! Vous êtes donc un voleur, monsieur ? Sortez, sortez d’ici, ou je vais vous faire chasser.

– La colère, madame, est une mauvaise conseillère, dit le chanteur sans se déconcerter. Vous n’appellerez pas, vous ne me ferez pas chasser, et je suis même certain que plus tard vous vous montrerez reconnaissante du service que je vous rends aujourd’hui. » Puis, reprenant après un instant de silence : « Vous devez savoir, madame, qu’il existe une personne qui payerait ces lettres bien cher.

– Et qui donc, monsieur ?

– Votre mari. Il paraît que, victime d’un déplorable aveuglement, monsieur votre mari s’obstine à méconnaître le trésor qu’il possède ; et, s’il avait entre les mains des preuves suffisantes, il serait tout disposé à vous intenter un procès en séparation.

– Et vous avez eu la pensée…

– Non, madame : nous avons cru prendre le parti du plus faible en nous adressant d’abord à vous.

– Ainsi, c’est de l’argent qu’il vous faut ! Que demandez-vous ? Vous faites là, monsieur, un bien misérable métier.

– Je ne fais que remplir avec conscience la mission dont je me suis chargé.

– Abrégeons, monsieur, abrégeons ce triste débat. Qu’exigez-vous de moi ?

– Si nous estimions, madame, votre correspondance à sa juste valeur, nous vous en demanderions un prix fort élevé ; mais, dans l’espoir de vous être agréable, le dépositaire consent à s’en dessaisir contre une indemnité de cinq mille francs.

– Cinq mille francs, grands dieux ! Mais, où voulez-vous que je trouve cette somme ?

– Je sais, madame, qu’il est assez rare de trouver chez une jolie femme cinq mille francs d’économies ; aussi n’ai-je pas entièrement compté sur cette ressource. Mais vous possédez des bijoux, des diamants sur lesquels il est facile d’emprunter, et je vous dirai comme le bandit espagnol Jose Maria : Vous êtes assez belle, madame, pour pouvoir vous passer pendant quelque temps de ces parures inutiles.

– Je vois, monsieur, que vous possédez à fond les ressources de votre métier. Et quand vous faut-il cette somme ?

– Si je ne craignais pas d’être importun, je reviendrais ce soir ; ou s’il vous convient mieux de la faire remettre chez moi, j’attendrai à l’heure que vous voudrez bien m’indiquer la personne qui en sera chargée.

– Revenez, monsieur, revenez ce soir ! Après m’avoir humiliée comme vous l’avez fait, serai-je encore forcée à mettre des étrangers dans la confidence de cette sale affaire ? Du reste, monsieur, je ne crois pas avoir besoin de réclamer votre discrétion ; et, s’il vous reste encore un peu d’honneur, je ne pense pas que vous soyiez tenté de divulguer un secret dont vous tirez d’aussi beaux avantages !

– Je mets toujours la plus grande conscience dans ces sortes de transactions, et je veux vous en donner une preuve, ajoute le chanteur, en remettant à sa victime un petit paquet cacheté : Voici votre correspondance. Vous aurez le temps de l’examiner avant ma seconde visite. Si par hasard il manque quelques lettres, j’aurais l’honneur de vous les remettre ce soir. »

C’est ainsi que le maître chanteur se constitue à son profit le vengeur de la morale et des maris, et lorsqu’il n’a plus rien à demander à ce terrain fertile, il se met à la piste d’une nouvelle affaire, et souvent son choix s’arrête sur l’un des commensaux de son cercle habituel. Un jeune dissipateur est sur le point de réparer, à l’aide d’un brillant mariage, les nombreux échecs de son patrimoine. Déjà les bans sont publiés : quelques jours encore, et les erreurs de jeunesse seront tout à fait effacées, lorsque un matin, un obligeant ami vient brusquement interrompre ses rêves dorés, et prendre une large part à son bonheur.

« Tu dors, malheureux, tu dors, et la foudre gronde sur ta tête ! Élisa, cette créature angélique, n’est plus la femme que nous avons connue autrefois si douce, si timide, si réservée. En apprenant que tu allais contracter un riche mariage, sa jalousie s’est réveillée, et elle ne parle de rien moins que de déposer son enfant sur l’autel nuptial ! Évitons un pareil scandale ! appliquons à l’instant la recette de Figaro. Cette recrudescence de passion n’est autre qu’un caprice de mille écus ; à ce prix seulement, la malheureuse consent à se taire. Pour prévenir tout danger, j’ai promis cette somme, persuadé que tu ferais honneur à un engagement pris en ton nom. »

images (9)Quelquefois le chanteur, exalté par le succès de plusieurs affaires de ce genre, se décide à abandonner les sphères secondaires, pour essayer ses forces sur un théâtre plus élevé. Arrivé alors à l’apogée de la profession, sa perspicacité se développe, ses investigations deviennent plus actives, ses plans sont mieux combinés. Il ne s’agit plus désormais de ces misérables produits dont il a bien voulu se contenter pour se faire la main ; il faut maintenant que les bénéfices probables de son industrie prennent des proportions gigantesques, et lui donnent au besoin quelques années de repos. Cette scène nouvelle n’est pas abordable pour tous, et, si quelques-uns parviennent à s’y faire accepter, le plus grand nombre ne vient s’y essayer que pour subir des chutes éclatantes. C’est dans cette troupe privilégiée que se retrouvent ces individus dont l’existence est un problème, et qui, sans avoir une position avouée, jouissent cependant de quelque crédit dans certains bureaux de ministères. La vie qu’ils mènent depuis des années laisse supposer que les services qu’ils peuvent rendre sont assez largement rétribués ; mais leurs actions et leurs démarches sont entourées d’un voile tellement épais, qu’il est impossible de définir le caractère de leurs attributions. Sous le couvert d’une occulte protection, leur discrétion obligée résiste rarement à l’appât d’une gratification brillante, et, grâce au mystère dont ils s’entourent, ils abusent plus aisément de la confiance qui leur est accordée. Vers la fin de la restauration, une lettre compromettante tomba ainsi entre les mains de trois maîtres chanteurs. Le signataire de ce précieux autographe était l’un des personnages les plus éminents de l’époque, et l’on savait qu’il était assez riche pour le racheter à un prix très-élevé. L’occasion était belle ! La lettre est lue, commentée, appréciée. Chaque ligne est une fortune, chaque mot est un trésor. Les prétentions des intéressés montent en un instant jusqu’à soixante, quatre-vingt, cent, cent vingt mille francs ! Une audience est demandée : le plus expérimenté de la bande sera le plénipotentiaire. Au jour indiqué le maître chanteur se présente avec son assurance ordinaire dans les salons du duc ***. Une fois introduit dans le cabinet du ministre, il tire gravement une lettre de son portefeuille, et en la lui présentant il lui dit :

« Monsieur le duc, l’original de cette lettre est entre les mains d’une personne qui pourrait en faire un mauvais usage. C’est dans le but de vous en prévenir que j’ai eu l’honneur de vous demander une audience.

– Et quel usage pensez-vous qu’on puisse faire de cette lettre ? réplique froidement le ministre, après avoir parcouru le papier.

– Il me semble, monsieur le duc, que si cette lettre tombait entre les mains de vos ennemis, ce serait une arme dangereuse dont ils pourraient abuser.

– Et c’est sans doute dans mon intérêt que vous êtes venu m’en indiquer le détenteur ?

– Votre Excellence a trop la connaissance des hommes  pour croire à un semblable dévouement.

– Quel prix demande-t-on ?

– Le possesseur croit l’estimer au-dessous de sa valeur en réclamant une indemnité de cent vingt mille francs.

– Je vois que vous traitez les choses fort grandement. Mais ces prétentions sont très-exagérées, et puis cette pièce a peu d’importance pour moi ; et, si on s’avisait de la publier, les personnes intéressées mériteraient tout au plus un reproche de négligence. Cependant je ne veux pas que votre démarche soit infructueuse… Êtes-vous bien sûr que cette lettre soit écrite par moi ?

– Dans une heure, je puis présenter l’original à Votre Excellence.

– Eh bien ! revenez. Nous pourrons nous entendre… Vous me semblez avoir assez d’adresse, du sang-froid… Il serait peut-être possible de vous utiliser. Précisément, nous aurions quelqu’un à envoyer aux colonies… un homme sûr, éprouvé…

– Je suis aux ordres de monsieur le ministre.

– Revenez donc dans une heure. »

Le maître chanteur est enchanté, ravi ! La manière dont il a été reçu lui donne une haute idée de lui-même. Déjà il se croit un personnage politique, et, dans ses rêves ambitieux, il songe au moyen de profiter seul de sa bonne fortune et de sacrifier ses affidés. Dans ce but, le récit de son entrevue est arrangé à sa guise : à l’entendre, les bénéfices de l’entreprise seront au-dessus de toute prévision. Enfin la lettre lui est remise, et, pour la seconde fois, il est introduit dans le cabinet ministériel.

A peine le duc *** a-t-il la lettre entre les mains, qu’il s’écrie d’un ton indigné :

« Monsieur ! il paraît qu’à toutes les belles qualités que j’ai reconnues chez vous, vous pouvez ajouter celle de faussaire ! Ceci est un faux, et je garde cette pièce pour la remettre à la justice !

– Mais, monsieur le ministre, balbutie le chanteur, anéanti sous ce coup inattendu, je puis vous affirmer…

– Vous voudriez peut-être me faire croire que vous avez agi de bonne foi ? Vous êtes bien heureux que je ne vous fasse pas arrêter sur-le-champ ! Dès ce jour, votre conduite sera activement surveillée. » Puis, après avoir sonné : « Huissier, reconduisez monsieur ! »

Revenu de son émotion, l’habile chanteur s’aperçut un peu tard qu’il venait d’avoir affaire à plus fort que lui ; et il eut besoin de tout son courage pour supporter les malédictions de ses deux associés, qui s’attendaient à tout autre dividende.

Dans ces derniers temps, les mêmes chanteurs furent plus heureux, et pourtant ils s’adressèrent à un personnage vieilli dans la diplomatie. De prétendues pièces officielles, habilement fabriquées, et soustraites, disait-on, aux affaires étrangères, furent présentées à un ministre résident. Il s’agissait d’une convention secrète, qui, au mépris des engagements contractés, sacrifiait les intérêts de la nation si bien représentée par le vieux diplomate. Des entrevues eurent lieu, des rendez-vous mystérieux furent donnés. L’un des complices, chamarré de croix, s’affubla avec succès du titre de secrétaire d’ambassade. L’affaire avait été heureusement combinée : elle arriva à bonne fin, et les chanteurs puisèrent à pleines mains dans les fonds secrets de la représentation étrangère. Plus tard, la vérité fut connue, et le rappel du ministre devint le dénoûment de cette étrange mystification.

images (10)Souvent les chanteurs forment entre eux une espèce de tribunal secret, un corps de police formidable. Revêtus de ce nouveau caractère, il est presque impossible d’échapper à leurs perquisitions incessantes, à leur espionnage de chaque jour. Vices, passions, erreurs, faiblesses, crimes et délits, tout cela rentre alors dans leur ressort. Qui ne connaît le malheur de ce pauvre banqueroutier sur le point d’atteindre la frontière, brusquement arrêté, au moment de toucher au port, par un ordre d’arrestation imaginaire, et obtenant sa liberté, un instant compromise, au prix de cinquante mille francs ? Et ce juif payant deux fois au poids de l’or, d’après un tarif à lui, un énorme lingot de cuivre, d’abord parce qu’il croit faire un excellent marché, et ensuite parce qu’on le menace de le dénoncer comme recéleur ? Et ces malheureux attirés dans un rendez-vous  par une femme charmante, bonheur interrompu par l’apparition soudaine d’un père ou d’un mari de circonstance venant réclamer le prix de leur honneur ? Et ces fidèles conservateurs d’un goût emprunté à l’antiquité, et ces vieux débauchés toujours en quête des jeunes filles au-dessous de quinze ans, ne sont-il pas tombés dans les piéges tendus par cette redoutable corporation ?

Parlerons-nous du chantage littéraire, et de ces pauvres diables déshonorant, faute de mieux, le titre d’homme de lettres ; de ces fondateurs de journaux et de publications en projet envoyant à qui de droit des missives dans le genre de celle-ci :

    MONSIEUR,

Nous comptons donner de la publicité à une affaire dans laquelle  vous êtes personnellement compromis. Votre réputation d’intégrité, quelque bien établie qu’elle soit, ne pourra résister aux preuves évidentes que nous avons sous les yeux. Nous vous prions donc de nous dire quelles sont vos intentions à cet égard.
                        Recevez, etc.

ou bien :

    MADAME,

Nous allons faire paraître la première livraison d’un ouvrage intitulé Biographie des femmes entretenues. Ce livre sera orné de charmants portraits sur acier. Voudriez-vous accorder une ou deux séancesà notre dessinateur ordinaire ? Dans le cas où notre proposition ne serait pas agréée, nous osons espérer que vous voudrez bien nous indemniser de la perte d’un aussi gracieux modèle. Alors seulement, nous consentirions à priver nos lecteurs de tous les détails qui nous ont été communiqués sur vous.

                        Veuillez agréer, etc.

La législation nouvelle est venue heureusement comprimer l’élan de cette littérature exceptionnelle. Les chanteurs littéraires n’ont plus aujourd’hui que de rares successeurs ; et si, de temps à autre, laGazette des Tribunaux vient nous révéler quelques essais de transactions de ce genre, ils ont eu déjà pour tout bénéfice une condamnation correctionnelle, écueil dangereux où viennent souvent échouer les aventureuses expéditions des maîtres chanteurs.

 

Source -   Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 9 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS, LITTERATURE FRANCAISE | 1 Commentaire »

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