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    !!!!
    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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La Moselle et ses trésors

Posté par francesca7 le 18 mai 2014

Quelle que soit notre envie, la Moselle se propose de répondre à nos attentes. Une balade dans un site naturel ou dans un parc, histoire-patrimoine, détente en famille, gastronomie, sport ou sensations fortes ? Nous trouvons tout en Moselle !

L’histoire de la Lorraine reste vivante ! Découvrez son histoire vivante à travers ses lieux de mémoire sur la bataille de Verdun, l’exploitation du charbon. Les lieux de mémoire sont nombreux en Lorraine, une région trop souvent soumise aux appétits belligérants. La première Guerre mondiale y a laissé les traces d’un héroïsme sans nom, tissé un itinéraire de sites invitant à la méditation comme à la relecture d’une histoire impérissable. 

280px-Fort_de_Vaux_-_extérieurVerdun Capitale de la Paix

et sa « zone rouge » à la réputation internationale, avec sa citadelle souterraine, l’ossuaire de Douaumont, la tranchée des baïonnettes, les forts de Vaux et de Douaumont, en est le coeur. Verdun, ville héroïque dont le monde entier connaît le nom – elle est, après Paris, la ville française la plus citée -, est le symbole de la Guerre 14-18 et au-delà, de toutes les guerres. 

Sur les rives de la Meuse, à 2 heures de Paris seulement, Verdun, offre aux nombreux visiteurs le visage d’une ville élégante au riche passé médiéval. A la fin du XIXè siècle, Verdun devint le première place forte de France quand Seré de Rivières la dota d’une ceinture extérieure de 38 forts et ouvrages dont Douaumont, Vaux, Souville, qui seront le théâtre de combats acharnés en 1916. 

Grands sites historiques, militaires et musées (meubles anciens, armes, céramiques,..), Verdun concentre à elle seule une quinzaine de sites d’envergure à visiter au centre-ville, sur le champ de bataille et autour de la ville !

Le Centre Mondial de la Paix est une invite à la réflexion. 

Entre Bar-le-Duc et Verdun, la Voie Sacrée est le point de départ de découvertes tout aussi emblématiques. 

Le Centre Mondial de la Paix propose également tout au long de l’année de riches expositions temporaires à caractère historique et artistique. Le Centre Mondial de la Paix est installé dans le somptueux palais des anciens princes-évêques de Verdun de style 18ème siècle. Situé sur la ville haute, il offre de ses jardins un vaste panorama sur Verdun et la vallée de la Meuse.  

Des expositions semi-permanentes et permanentes sont proposées au public pour apporter un sens de réflexion à la fois sur la guerre et sur la paix.

280px-Centre_mondial_paix_verdun

Les forts de la Grande Guerre et la Ligne Maginot en témoignent aux côtés de réalisations plus anciennes. 

58 ouvrages, 400 casemates, 1,5 millions de tonnes de béton. Le témoignage historique est de poids. Il a nom Ligne Maginot. 

La ligne Maginot fut construite après la Grande Guerre à l’instigation d’André Maginot, député de la Meuse et ministre de la Guerre en 1922 et en 1929. Si son utilité fit défaut, certains gros ouvrages d’artillerie ou d’infanterie sont dans un parfait état de conservation et se visitent volontiers.

Tels les vestiges de murs romains, datés du 3e siècle à Metz, les châteaux forts et enceintes féodales visibles par exemple à Châtel-sur-Moselle, les citadelles à la Vauban dont celles de Toul, Bitche, Montmédy, Thionville, Verdun, Phalsbourg sont fort bien conservées, sans oublier Longwy qui est classé au patrimoine Mondial de l’UNESCO, alors que des vestiges subsistent à Marsal et sa fameuse Porte de France. Autant de sites à réaliser. 

On citera encore les fortifications de l’occupation allemande dites Festen, celles de Thionville et de Metz… 

Sans oublier le village fortifié de Villey-le-Sec conçu par Séré de Rivières à qui l’on doit aussi les forts de Troyon, Vaux, Douaumont,Uxegney, Bourlémont ; ou encore la forteresse de Châtel-sur-Moselle dont le premier château bâti autour d’un donjon aux 11e et 12e siècles a connu une extension au 15e siècle. 

Entrée de l'ouvrage et barbelés.Et également l’ouvrage du IMMERHOF

Le Fort comprend 4 blocs de combat dont un bloc d’entrée, deux tourelles de mitrailleuses et un bloc d’artillerie avec tourelle de mortier de 81 mm ainsi que son casernement et son usine. Il est aujourd’hui en excellent état de fonctionnement. Visite en anglais, allemand, sourds et muets (sous réservation).Gratuité pour les anciens combattants sous présentation de la carte. Gratuité pour l’année, prendre contact avec le président de l’Association le « Tiburce ». Ouvert les 2 ème et 4ème dimanche du mois, ainsi que les jours fériés. Enfant gratuit jusque 7 ans.

 

 

 

Publié dans Moselle | Pas de Commentaire »

LE VIGNERON du 19è siècle

Posté par francesca7 le 15 mai 2014

 

par F. Fertiault

~ * ~

 

                                Noë, vir agricola,… plantavit vineam
                                        (La Genèse.)

                                Quand des corbeilles de l’automne
                                S’épanche à flots un doux nectar,
                                Près de la cuve qui bouillonne
                                On voit s’égayer le vieillard.
                                        (BÉRANGER.)

 

images (14)ALLONS, en route ! loin, loin. De l’air pur, de vrais champs, de vraies vignes, des sabots, et de la terre par-dessus les sabots ! En Champagne ! en Bourgogne ! dans tous les pays où le soleil fait mûrir la grappe, où le pressoir fait ruisseler le vin ! Ce n’est plus cette fois la verdure étiolée, les fleurs blanchies de plâtre, les parodies champêtres dont la banlieue borde Paris : c’est de la belle et bonne campagne, en pleine province, à soixante, quatre-vingts lieues de la capitale, avec des moeurs et des habitudes toutes différentes, et au milieu de bonnes gens, paysans simples, ouverts et pleins de franchise, et qui la plupart n’ont, de leur vivant, quitté leur village que pour aller au marché de la ville voisine.

Laissez un peu de côté les douceurs de votre vie molle, nous avons là-bas une vie active à mener ; oubliez les gants glacés, les parfums pour les cheveux : nous n’avons à presser que des mains calleuses, et ce sont de gras bonnets de laine qui nous salueront ; revêtez, pour mieux faire, le pantalon de toile, la blouse au tissu rugueux, et surtout dites adieu à vos longs sommeils du matin, car nous allons suivre nos vignerons, et nos vignerons se lèvent l’hiver avant le brouillard, l’été avant la rosée. Nous n’allons pas seulement faire une promenade près d’eux, les examiner un jour en passant ; mais nous allons nous y installer, y prendre nos coudées franches, aiguiser comme eux la pioche et la serpette ; nous allons tailler la vigne et vendanger.

Jetons, si cela vous est agréable, un coup d’oeil sur l’habitation tout agreste de ces braves gens : un rez-de-chaussée, et au-dessus du rez-de-chaussée un grenier ; au pied de la porte quelques larges pierres inégalement tassées, et qui servent de dalles et d’escaliers ; au-dessus de la cabane, un toit, quelquefois en tuiles, mais que le temps a mordu et déchiré à belles dents ; au devant, une cour, que remplissent souvent un fumier et sa mare mal odorante ; un puits, avec sa margelle usée et son poteau à bascule ; tout près, un four ; à côté, le pressoir ; quelques pas plus loin, l’étable où rentrent à la nuit des vaches et des porcs. Maintenant faites serpenter de vigoureux pieds de vigne jusqu’au haut de ces murs lézardés et grisâtres ; laissez se montrer, par l’unique fenêtre de la façade borgne, le bout de quelques hardes séchant au soleil ; jetez à tous les coins bêche, pioche, brouette, instruments et ustensiles d’utilité ; faites barboter deux ou trois canards et autant d’enfants dans un baquet d’eau trouble, et vous aurez à peu près le premier plan de votre tableau. Ensuite, pour compléter le point de vue, regardez plus loin, par delà ces cailloux superposés sans ciment, et que nos paysans appellent un mur ; voyez le val se dérouler comme une longue robe semée de vignes, laissant comme des plis mille ondulations, mille courbures dans son terrain, et gagnant même le pied des montagnes qui l’encaissent. Le soleil dore un côté de cet immense bassin vignoble, les montagnes ombragent l’autre côté, et une ligne de lumière, se jouant sur les dentelures lointaines, vient terminer richement notre horizon. – Que dites-vous du paysage ? Si vous êtes artiste, vite un croquis sur votre album, et demi-tour ; faites claquer sous votre pouce ce loquet de bois qui hoche à son clou, et poussez la porte. Après avoir vu l’extérieur je veux vous montrer le dedans ; il faut faire connaissance avec les lieux où nous allons séjourner. Et d’abord ne vous étonnez pas s’il n’y a personne et si nous entrons si facilement ; dans ces petits villages un vol est rare comme une bonne action à Paris, et les habitants de cette maison sont allés travailler aux vignes sans fermer leur porte… ils n’en sont pas encore aux serrures incrochetables. Marchez vivement et ne craignez point d’accidents au parquet, il est fait de terre dure ; les murs, dont la fumée a caché la couche blanche de chaux, sont à peu près nus sauf quelques images ; au milieu de la chambre se dressent un énorme billot de chêne et deux bancs où l’on s’attable, mange et boit la piquette en famille ; aux coins, deux lits à la duchesse dont les quatre colonnes soutiennent des ciels et des rideaux de serge verte ; en face de vous l’immense cheminée dont le manteau vous abrite et sous lequel se groupent aisément huit ou dix personnes ; si vous montez au grenier, vous y verrez deux ou trois loques, humbles lambeaux se balançant sur des perches, tout ce que la gêne laborieuse peut avoir d’inutile. Puis, en descendant, rien, presque plus rien ; à peine de ces petites choses qui laissent deviner quelques contentements, quelques satisfactions intérieures… Où souvent l’indispensable manque, trouvez donc du superflu ! Cependant ces braves gens s’en contentent ; il y a tant de bonne humeur et si peu d’ambition parmi eux ! et ils savent si bien extraire de ce train de vie, tout dur et pénible qu’il est, les instants de plaisir et d’agrément qu’il peut leur procurer !

A quelque époque de l’année que vous le preniez, depuis le Verseau jusqu’au Capricorne, depuis les engelures jusqu’aux coups de soleil, le vigneron est toujours occupé ; les soins continuels qu’exigent ses travaux lui feraient d’ailleurs une nature laborieuse, et les mille caprices des saisons, les températures chaudes ou glaciales semblent ne pas arriver jusqu’à lui… sa vigne est son trésor ; il ne songe qu’à sa vigne. On le voit l’hiver, par la bise la plus aiguë, réparer, dans la cour ou à la porte du pressoir, les tonneaux qui doivent contenir son vin ; et cela pendant des journées entières ! – Instrument pauvre, et sachant qu’il le sera toujours, il n’en tourne pas moins dans le cercle vicieux de ses occupations. Il dépense sa part de force et d’énergie à faire prospérer des biens qui ne sont pas à lui, et dont il ne lui revient, en récompense, qu’une portion de ce qu’ils produisent.

Dès février, le voilà dans sa vigne, taillant, élaguant, émondant, faisant tomber à terre d’un revers de serpette toutes ces petites branches parasites qui prendraient de la sève sans donner de raisin. – Sur la fin de mars, sa bêche rafraîchit la terre autour de chaque racine : c’est alors que, se promenant de cep en cep, il épie avec avidité la naissance des premiers bourgeons ; son oeil s’anime, tout son visage sourit, il passe un doigt complaisant sur le foetus vert, et en un instant il l’a métamorphosé : il ne voit plus le bourgeon, il voit la grappe qui se dessine, la peau qui se tend, le grain qui s’enfle, le raisin qui mûrit, le cep qui se dépouille, la cuve qui s’emplit, et les tonneaux, l’écume à la bonde, entassés et alignés dans son pressoir. Pour se faire une idée du plaisir qu’il ressent à chaque nouvelle découverte, il faudrait se figurer un homme attendant un brin de fortune, et qui verrait ses écus pousser sur des arbres. Et quand il revient le soir, la bêche et la pioche sur l’épaule, le bout des oreilles rouge et soufflant dans ses doigts, il est rayonnant, et avant de toucher le seuil il appelle sa femme ; il ne secoue même pas ses souliers auxquels la terre gelée a cimenté ses guêtres, et on peut l’entendre s’écrier, en entrant et jetant sur le pavé le fond d’un verre de piquette qu’il vient de boire : « Marie-Jeanne, dans le Pré-Mourot ça fremille ; c’est plus clair-semé dans le Grand-Clos ; mais la Voie-aux-Moines va fièrement donner ; si âavri ne nous gèle pas j’aurons du raïin à faire becqueter tous les mouniaux du pays. » Le bourgeonnement du raisin, ce phénomène attendu par le vigneron comme le Messie par la gent judaïque, donne lieu à une autre opération : un cep ne durant que quelques années, il faut qu’on le régénère ; et c’est cette nouvelle génération que le vigneron, au premier indice des grappes, prélève en branches jeunes et vivaces qu’il couche et fait germe en terre, et qu’on appelle provins. – En mai… (puisque j’y suis, je vous débite mon almanach d’un bout à l’autre ; cet homme et son travail s’identifient tellement ensemble ! Séparez donc le chasseur de ses meutes et de son gibier !…), en mai la bêche soulève et retourne de nouveau la terre nourricière des ceps ; un peu plus tard on en relève ceux qu’on y a couchés, les ceps futurs encore en enfance, puis, pour les soutenir, on les accouple aux échalas, ces burlesques bâtons qui ont eu l’impudence de baptiser de leur nom tous ceux de nous qui tombèrent dans un moule un peu trop droit. – De derniers petits travaux, visites, coups d’oeil paternels, légers soins que vous pouvez comparer au pli d’un lange qu’une mère défait après avoir d’abord posé soigneusement son enfant dans le berceau, remplissent le temps qui doit s’écouler jusqu’à ce que le grain, gonflé par de douces et pénétrantes ondées, et doré ou bruni par le soleil, fasse préparer les paniers des vendangeurs.

Cet emploi des deux tiers de l’année, que je viens de vous esquisser le plus rapidement possible, ne vous semble peut-être pas aussi pénible que vous vous l’étiez figuré d’abord ? c’est que je ne vous ai pas dit de combien d’anxiétés, d’inquiétudes et de frayeurs tout ce temps est rempli ; c’est que je ne vous ai pas fait voir le vigneron, le matin, le pied sur la porte, tremblant devant une nappe de givre ou de gelée blanche ; le jour, suivant d’un oeil inquiet et suppliant les nuages que le vent amasse ; c’est que je ne vous l’ai pas montré, la nuit, se levant quelquefois réveillé par un orage, debout, l’oreille collée à la fenêtre de sa cabane, et s’écriant : « Mon Dieu ! mon Dieu ! la grêle va tout ravager !… » – Pauvres gens, qui ont un si mince trésor et qui ne peuvent le serrer avec eux ! qui sont obligés d’attendre de la clémence des saisons qu’elles veuillent bien ne pas leur emporter l’existence, le pain de leur année ! Quel courage il leur faut ! et quelle confiance en leur sort !… Il est des métiers qui font croire à la Providence.

Tout va ainsi jusqu’au moment où les vacances, cet âge d’or des écoliers, viennent donner la volée à tous les travailleurs désireux de quelques semaines de repos. Alors, un beau jour, on voit le vigneron préparer sa voiture et ses boeufs, partir à vide, et gagner pas à pas et pesamment la ville la plus proche ; il va chercher les bagages du maître. Le maître (ne vous effrayez pas de ce titre qui sent tant soit peu la domination), le maître n’est autre chose que le propriétaire dont le vigneron cultive les vignes, bon diable dont l’humeur n’a pas la moindre teinte de despotisme, et qui vient, lui aussi en famille, s’installer dans le village et y passer deux ou trois mois. Je dis en famille, parce qu’il n’y arrive jamais qu’accompagné d’une foule de fils, de neveux et de nièces, excellentes petites créatures, pas gourmandes au fond, mais qui se promettent à l’envi de digérer les fraises, le lait et les fromages de la ferme, et surtout, surtout de faire la vendange.

Oh ! la vendange ! cette solennité des enfants, cette fête pour laquelle ils laissent toutes les fêtes ! Oh ! la vendance ! courir dans les vignes, broyer la grappe, se tacher de vin ! adieu les rudiments, adieux le collége ! adieu, adieu les vers champêtres ! ils font des dactyles avec une cabriole, et des spondées en tombant sur leur derrière. Oh ! la vendange, la vendange ! – Mais calmons un peu la turbulence de nos lutins ; voici le maître qui entre dans la ferme : « Bonjour ! père Thomas. – Ben le bonjour ! not’ mossieu. » Et les bonnets de laine de voler rapidement des têtes dans les mains. « Comment cela va-t-il ? – Mais, comme la vigne, pas trop mal. – Aurons-nous une bonne récolte cette année ? – Grâce à Dieu, j’avons eu le temps à l’avenant. – Le vin ?… – Ne sera pas piqué des vers, et j’aurons ben soif si je le buvons tout. – Et quel jour commençons-nous ? – Après demain. » La vendange enfin va s’ouvrir, la joyeuse, la bienheureuse vendange !

Cette grande époque, cette grande fête arrivée, le vigneron, la famille du vigneron, le maître et les amis du vigneron se préparent avec une activité joyeuse à ce travail, travail le plus important, le grand oeuvre de l’année. C’est le moment où ces braves gens ont le plus de fatigues, et c’est le moment où ils sont le plus gais. Les voilà qui partent par bandes, suivons-les, nous les verrons à l’ouvrage. Regardez ! chacun se distribue sa besogne : les uns, sans quitter les ceps, couperont le raisin et le jetteront dans les paniers ; les autres se tiendront à l’entrée de la vigne, chargés de hottes, que des porteurs spéciaux rempliront en y vidant les paniers des premiers ; d’autres, montés sur les voitures, transporteront les tonneaux que les hottes auront remplis, et les cuves du pressoir se rempliront bientôt à leur tour en engloutissant ce que les tonneaux leur auront apporté !

Alors ces hommes nus, leurs sabots terreux aux pieds, entreront dans ces vastes cuves, et, au risque d’être asphyxiés par la vapeur enivrante, fouleront jusqu’à ce que la bouche du réservoir bouillonne, et leur rende en vin ce qu’ils y ont jeté en grappes. – Aux premiers jets, les yeux épient, les tasses s’emplissent, les lèvres sirotent : « Le vin sera bon, il est vineux, fort en couleur ; ce sera du 1824, etc… » Et ces bons rois de la vendange, accoudés, assis sur des tonneaux (si la Bourgogne avait son Téniers !), s’étendent en dissertations, et prônent à l’envi les richesses que la cuve leur vomit. Ils en ont bien le droit peut-être, quand ces flots qui se précipitent sont du Nuits, du Pomard, du Chambertin, du Champagne, du Clos-Vougeot, et tant d’autres ! Et puis, n’est-ce-pas de leurs fortunes qu’ils parlent ? Le père y voit la dot de sa fille, et quand il aime bien sa Jeannie ou sa Catherine… dam ! il est content le vieux père, et il sourit, et il disserte.

Les vignerons sont ordinairement seuls autour des cuves, tant que ce n’est que le vin rouge qui coule ; mais à la coulée du vin blanc il se fait au pied du vaste récipient un cercle nombreux et avide. Propriétaires, voisins, enfants, neveux, nièces, tous ces groupes bienheureux que les vacances ont fouettés de la ville dans les villages, sont là, une tasse, un verre, une soucoupe à la main, et faisant le geste des Hébreux devant le rocher de Moïse… Ils goûtent le vin doux. Il est doux, c’est vrai ; mais pour être doux il n’en est pas moins traître, et gare à l’imprudent qui, séduit par sa douceur, se laisse entraîner à le goûter plusieurs fois !…

Quand le gâteau est cuit, on le partage ; partageons donc la récolte que voici terminée : « Père Thomas, combien de pièces ? – Eh ! not’ mossieu, j’avons ben la cinquantaine. » Et de cette cinquantaine, vingt-cinq descendent dans la cave du maître ; le pressoir du vigneron garde les vingt-cinq autres. Cette répartition se fait si rigoureusement, qu’elle enveloppe dans ses conditions jusqu’aux tonneaux où doit se dégonfler le ventre des cuves. Fais tenir ton bien, moi le mien ; chacun achète ses fûts pour loger son liquide. C’est juste.

images (15)Retournons aux champs, où nous allons voir le vigneron couper, arracher, cueillir, amonceler en petits tas les quelques autres récoltes, complément du revenu que lui fait dame nature. Pendant que, plié en deux et le sarcloir à la main, il creuse et sillonne la terre pour ne lui laisser rien de ce qu’elle lui a produit, jetez dans la hotte ces légumes qui sont là épars, haricots, raves, pommes de terre ; la pomme de terre surtout, cette séve du paysan, son pain quotidien. Aidez-le à la dégarnir de cette verdure importune, et quand vous aurez fait faire au tombereau les deux ou trois voyages nécessaires au transport de tout cela dans sa cour, vous irez prévenir la femme du propriétaire ; car le propriétaire, le plus souvent représenté par sa femme dans tous ces détails minutieux, doit encore venir partager, mais cette fois par portions inégales. Une petite brouette en porte un tiers chez le maître ; les deux autres tiers restent chez le vigneron, qui les blottit, pour son usage de tous les jours, à côté de quelques gerbes que lui ont données pendant la moisson un ou deux arpents de blé. C’est une part assez bien faite pour ce dernier ; mais la valeur en est si minime ! et il y a sous son toit tant de bouches qui ont faim !

Mais, me demanderez-vous, est-ce qu’on peut continuellement surveiller le vigneron dans tous ces partages ? et ne peut-il pas,lui, avoir quelques distractions en sa faveur ? – Non ; je vous ai dit qu’il était franc, et il est franc. Il n’y a pas, il est vrai, de si bon fruit qui ne puisse avoir une tache, et la ruse est une petite tache dont tout le monde a sa part, si légère et cachée qu’elle soit. Donc le vigneron a sa dose de ruse, et voici sur quoi elle s’exerce : de loin en loin dans les vignes se dressent quelques arbres à fruits, jetant plus ou moins de centimètres d’ombre à leurs pieds. Pour la récolte qu’ils donnent il n’y a pas de partage ; la politesse, ou pour mieux dire, la galanterie du vigneron en fait seule les frais. Il suffit qu’il en donne quelques-uns des plus présentables au maître, et le reste lui appartient. Eh bien ! voyez-vous la petite machination qui se prépare ? Il est trois heures du matin. A l’époque de ces fruits le maître n’est pas encore à la campagne. Le vigneron part, escorté de deux de ses fils. Tous trois marchent bravement, pliant sous une hotte ou un panier ; les fruits s’y montrent jusqu’au bord. Arrivés à la ville, Jean et Colas se dirigent droit au marché ; le père Thomas se détourne et va sonner la cloche de not’ mossieu. La femme le fait entrer, lui fait boire un coup : « Vous avez choisi, père Thomas ? – Not’ dame, c’est tout ce que j’ons pu trouver de mieux. » Une petite pièce de monnaie blanche le remercie ; il ferme la main, puis la porte, et retourne aider ses deux garçons à finir leur marché. Quels fruits pensez-vous qu’il ait portés à mossieur ? Vous avez deviné, et vous lui avez déjà pardonné. Cela ne vaut pas encore les sociétés en commandite.

Il y a bien encore par-ci par-là quelques légers mensonges. Qu’un négociant lui demande de la première cuvée ; s’il y en a, et tant qu’il y en a, il lui en donne. Mais si un second, un troisième, un quatrième arrivent, et que la première cuvée n’ait pas attendu le second, le troisième ou le quatrième acheteurs, le vigneron aborde sans trop se troubler les pièces d’une naissance postérieure, et… conclut le marché. Ne le blâmez pas ; c’est la plus grosse tromperie qu’il peut faire, et il la fait à son corps défendant. Le vigneron ne serait jamais marchand de vins à Paris ; il ne scellerait pas sous un cachet vert de l’eau de Seine et de la litharge de plomb. – Et d’ailleurs nous pouvons lui laisser ces légères supercheries pour l’indemniser de certains impôts que la coutume prélève sur lui. Pour n’en citer que deux, nous dirons que le curé, au moment de la vendange, fait faire une quête, et que tous ceux qui font du vin lui en donnent. Le second préleveur de dîmes est le maître d’école. Plus humble que le pasteur, il prend lui-même sur son dos une hotte de bois propre à contenir le vin, et fait sa tournée dans tous les pressoirs. Les bons vignerons l’accueillent, et laissent tomber dans l’énorme tirelire leur aumône liquide. – Aumône adroite souvent ; il peut tenir à un litre ou deux de vin que le fils d’un vigneron sache lire.

Ce degré d’instruction, le père ne l’a pas toujours atteint. Mais, s’il ne sait pas parfaitement lire dans les livres imprimés, il est en revanche un autre livre dans le déchiffrement duquel il est expert : c’est le ciel. Il ne connaît pas le baromètre, mais son flair infaillible lui tient lieu de tube et de mercure ; sa mémoire est un almanach vivant. Vous le voyez qui interroge le vent, les nuages : « Il fera beau. Il pleuvra. Mes pauvres raisins ! ce vent nord ne les réchauffera guère,… etc. » Et tous ces pronostics sont vrais.

Mais voilà nos ceps dégarnis. Quelques soirées d’automne, pendant lesquelles on tille le chanvre à la porte de la ferme, et l’hiver fera sentir ses premières haleines. Il ne fera pas bon à la campagne ; dépêchons. Dans cette rude saison, le vigneron, toujours soigneux, toujours prévoyant, s’occupe de toutes les réparations nécessaires à l’entretien de sa vigne. Il renouvelle la terre aux endroits où la terre a été ingrate ; il la force à être généreuse en la nourrissant d’engrais et de fumier ; il arrache et remplace les ceps inutiles qui n’ont pas donné de fruit ; en un mot il prépare son terrain, et c’est plaisir de voir comme il s’y prend pour que chaque année lui arrive féconde et profitable. Il a constamment une partie de terre occupée par les ceps en plein rapport, une autre par les jeunes pieds ou provins, et une troisième par la vieille vigne, de sorte que tous les ans il plante et il arrache. Il a ainsi trois générations de vigne contemporaines. C’est là être sage et précautionneux.

La génération jeune qu’il met en terre chasse donc annuellement une génération décrépite et sèche, laquelle génération, loin d’être inutile une fois arrachée, va au contraire adoucir et égayer pour lui les heures grises et froides de l’hiver. Voyez-le amonceler, fagoter, lier et emporter. Suivons-le. Il va nous mener sous l’immense cheminée de la ferme ; et c’est là aussi que je voulais vous conduire, parce que c’est là que je veux vous faire assister à une des gaies et bruyantes veillées de la fin de novembre, à une de ces veillées classiques chez le vigneron. Du reste, je ne vous avais pas encore dit comment il se chauffe. Ce poétique sarment, que les romanciers font pétiller dans tous les âtres, et qu’il vient, lui le vigneron, de jeter par faisceau dans le sien, puis-je consciencieusement n’en rien dire, quand le voilà qui s’allume et brûle ? vous m’en voudriez.

images (16)Le même personnel que nous avons vu autour des cuves de vin doux se trouve réuni le soir dans la ferme. On fait un grand cercle devant la cheminée ; on s’asseoit comme on peut, sur des chaises, sur la paille, à terre ; une petite lampe de cuivre vacille en haut comme une étoile terne, et le foyer, le foyer rempli de sarment, jette ses larges reflets sur tous ces visages et leurs grandes ombres sur les murs. – On fait des paniers en osier, on égrène certaines récoltes, on monde des noix, on frotte au tranchant d’une pelle les grappes de maïs, dont les grains tombent en sautillant dans un van comme la grêle sur un toit d’ardoise. En même temps les grand’mères filent, les jeunes filles tricotent, les enfants rient, les amoureux se donnent des tapes ; puis les neuf heures sonnent, les rouets s’arrêtent, les rires et le sarment s’éteignent, les veilleurs étrangers se retirent, les autres se couchent… Quelques-uns rêvent des histoires qu’un oisif a contées pendant la veillée.

Jetée dans un moule aussi uniforme, la vie du vigneron doit avoir peu de phases saillantes. Elle n’est pas comme son vin, qui fermente, écume et fait sauter sa bonde. Calme et tranquille, un pied dans sa vigne, l’autre dans son pressoir, il atteint la fin de sa carrière. Une fois sorti de ses travaux, quand il a taillé ses plants et entonné son bourgogne, il ne reste plus guère de lui que le villageois ordinaire, l’homme aux moeurs simples, à la franchise un peu rude, au langage abrupte et imagé, aux affections cordiales, et (rarement) aux haines violentes : le paysan, en un mot. Le dimanche on le verra, comme les autres habitants de son endroit, aller le matin à la messe, l’après-dîner au cabaret, jouer aux quilles, danser à la musette ; puis, la nuit venue, rentrer à la ferme et se coucher. C’est aussi simple que cela, et comme il ne s’amuse que le dimanche, ces trois lignes résument à peu près tous les plaisirs qu’il peut se donner. Souhaitons-lui donc qu’il s’en donne tant qu’il pourra, car nous allons le laisser : l’hiver a aiguisé l’air, blanchi la terre de givre. Plus de feuilles vertes, de raisins, de vin nouveau pour cette année. La campagne est triste ; sortons de la ferme, et sans jeter un coup d’oeil en arrière sur le paysage qui fait grelotter, regagnons, regagnons Paris ; nous n’en sortirons que l’année prochaine, alors que nous ne serons pas forcés de dire tristement comme aujourd’hui : Adieu paniers, vendanges sont faites !

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 9 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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LES BALAYEURS

Posté par francesca7 le 15 mai 2014

 
(D’après Tableau de Paris, paru en 1782)

images (13)S’il vous arrive jamais de passer en hiver dans les rues de Paris, deux heures avant le lever du jour, vous entendrez de toutes parts le bruit monotone et régulier des balais sur le pavé, et vous rencontrerez à chaque pas, par groupe de cinq ou six, de pauvres hères, silencieusement occupés à nettoyer les ruisseaux et à curer les égouts. Vêtus de guenilles qui tombent en lambeaux, presque toujours mouillés jusqu’aux os par le brouillard ou la pluie, ils ont pourtant la tête recouverte d’un orgueilleux chapeau de toile cirée, orné d’une grande plaque de cuivre, insigne dérisoire que l’administration semble leur imposer, comme la marque de leur esclavage, et l’emblème d’une misère qui gagne tout juste assez pour avoir longtemps encore à souffrir de l’épuisement et de la faim.

Les femmes, - il y a des femmes, jeunes, quelquefois frêles et maladives, dans la corporation des balayeurs ; - les femmes portent des robes de bure qui s’enfilent en lanières depuis la hauteur du genou, et de leurs cheveux tombe en pointe sur le dos un mouchoir qui flotte à tous les vents du ciel. Quelques enfants, garçons et filles, parsemés çà et là, s’acquittent de leurs fonctions avec un énergique entrain que n’a pas encore tué la routine.

Sous les yeux d’un inspecteur subalterne, qui les regarde faire d’un air rogue, sans pitié pour des fatigues où il a longtemps passé lui-même, ils s’escriment à rejeter le long des trottoirs la boue, la neige et la poussière. On les voit dans un demi-jour incertain, à travers le brouillard crépusculaire, semblables à des ombres, muets, impassibles, imprimant avec effort à leurs bras un mouvement qui semble automatique, tant il se répète incessamment aux mêmes intervalles, sans que le regard morne et la face éteinte trahissent une lueur de pensée !

Pour se garantir du froid, ils ont d’énormes gants ; leurs pieds sont plongés dans des sabots gigantesques ou d’épais souliers ferrés, débordant d’une paille abondante qu’ils tressent adroitement autour de leurs jambes en forme de bottines. Les plus huppés ajoutent à cet accoutrement digne du paysan du Danube une espèce de carmagnole en toile cirée qui singe le caoutchouc. Si peu délicate que soit la constitution de ces laborieux ouvriers, il faut bien se garer des rhumatismes : on s’use vite à ce métier, et ils n’ont pas le moyen d’être malades.

Dans le jour les balayeurs sont plus redoutables encore pour le piéton que les tonneaux d’arrosage. Vienne à passer une belle dame ou un dandy, se sauvant à travers les marais du macadam, il s’élance sur le trottoir, éperdu, épouvanté à la vue du balai menaçant, et saisit, pour franchir le défilé périlleux, le moment où le bras du balayeur accomplit son évolution en arrière.

Vains calculs ! à l’instant même où le dandy prend sa volée, l’instrument inexorable revient vers lui et l’asperge d’une pluie de boue. On a prétendu que c’était une vengeance de ces hommes ulcérés par la misère. Je les en crois incapables : tant de fiel n’entre pas dans leur âme. Ils ne salissent point les passants : ils nettoient les pavés.

Prenez-vous-en de la catastrophe à vous-même, qui vous êtes trouvé dans leur rayon pendant qu’ils remplissaient leur charge. Le balayeur ne connaît que son devoir : son devoir lui commande de promener en mesure le balai à droite, puis à gauche, sur le macadam ; il s’en acquitte en conscience, sans relâche, sans réflexion, sans voir, sans entendre, comme un balayeur ; ce n’est plus une pensée, c’est un rouage de son administration, et ce rouage marche jusqu’à ce qu’on l’arrête. Il n’est pas plus responsable de votre malheur que le cheval de l’omnibus qui passe en vous éclaboussant, malgré vos cris de détresse.

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Les châteaux de la Loire

Posté par francesca7 le 15 mai 2014

 

Château de Cheverny

Château de Cheverny

Avant de se couvrir de magnifiques et luxueux châteaux de plaisance bâtis par les rois de France et leurs courtisans, la région comptait nombre de donjons et forteresses réputés imprenables. Mais rares sont ceux qui ont gardé intacte leur architecture d’origine : du Moyen Âge au 19 e s., il y en a donc pour tous les goûts…

Des donjons…

À l’ époque mérovingienne , les forteresses rurales résultent souvent de la mise en défense d’anciennes villaegallo-romaines ou de la réoccupation de sites de hauteur (Loches, Chinon). Ce type de construction subsiste sous les Carolingiens, mais la menace normande entraîne une vague de fortification.

Le château à motte (10 e s.) est une tour de bois de plan quadrangulaire bâtie au sommet d’une levée de terre, entourée d’une palissade et précédée d’un fossé. Le seigneur, sa famille, le chapelain et quelques gardes habitaient la tour. Dans les maisons de la basse-cour (délimitée par un fossé et par une levée de terre surmontée d’une palissade) vivaient la garnison, les artisans, les valets ; étables, écuries, granges, fours et parfois un oratoire venaient s’y ajouter. La reconstitution de St-Sylvain-d’Anjou permet de se faire une excellente idée de ce qu’étaient ces premiers châteaux. Le 11 e s. voit apparaître les premiers châteaux en maçonnerie. Les donjons de Loches, de Langeais, de Montbazon, de Chinon (Coudray), de Beaugency en sont de remarquables spécimens. La rivalité des comtes de Blois et d’Anjou a multiplié les constructions de donjons en pierre dans la région. Le comte d’Anjou Foulques Nerra en a été un grand bâtisseur. Le donjon du 12 e s.domine une basse-cour protégée par une enceinte extérieure en pierre, progressivement flanquée de tours et de tourelles.

… aux châteaux forts

Au 13 e s. , sous l’influence des croisades et du perfectionnement des techniques d’attaque, d’importantes innovations apparaissent. Le château se rétrécit et multiplie les organes défensifs en s’efforçant de supprimer les angles morts. L’enceinte se hérisse de tours, et le donjon est étroitement incorporé à l’ensemble. Donjons et tours adoptent un plan circulaire. La base des murs s’élargit ; la profondeur et la largeur des fossés augmentent ; les dispositifs de tir s’améliorent : archères de type nouveau, mâchicoulis en pierre, plates-formes, bretèches, etc.

Les églises et les monastères, les villes et certains villages n’ont pas échappé au mouvement général de fortification, surtout pendant la guerre de Cent Ans.

Sur le plan militaire, le 14 e s. apporte des améliorations de détail : le donjon s’engage dans la masse des bâtiments ; parfois il disparaît, l’ensemble se réduisant alors à un grand corps de logis rectangulaire défendu par de grosses tours d’angle. L’entrée, ouverte entre deux tours semi-circulaires, est protégée par un ouvrage avancé (barbacane) ou par un châtelet autonome. Les courtines se haussent désormais jusqu’à la hauteur des tours.

Au 15 e s. , un toit pointu, en poivrière, coiffe le dernier étage. Vers le milieu du siècle, l’artillerie royale devient la première du monde. Aucune forteresse ne résiste à la bombarde et l’architecture militaire subit une complète transformation : les tours deviennent des bastions bas et très épais, les courtines s’abaissent et s’élargissent jusqu’à 12 m d’épaisseur.

La région présente un cas assez exceptionnel avec le château de Brézé. Un remarquable ensemble troglodytique, protégé par de profondes douves sèches, a été créé au 15 e s. pour accueillir une garnison de 500 hommes. Il a été utilisé par les troupes du Grand Condé.

Palais Renaissance

Au 16 e s. , les préoccupations esthé­tiques et de bien-être atténuent l’aspect militaire des châteaux. Fossés, donjons, tourelles ne sont conservés qu’à des fins de prestige. Le toit très aigu, hérissé de cheminées sculptées, couvre des combles spacieux, éclairés par de hautes lucarnes monumentales. Alors qu’auparavant on réduisait les ouvertures, points vulnérables par excellence, les fenêtres se font désormais larges et sont encadrées de pilastres.

L’escalier monumental à rampes droites, voûté en caissons et axé au centre de la façade, se substitue à la tourelle d’un escalier à vis masqué. Les artistes italiens en créent de nouveaux modèles, à vis superposées (Chambord), à volées droites et plafonds à caissons (Chenonceau, Azay-le-Rideau, Poncé).

Dans la vaste cour d’honneur, une galerie – nouveauté venue d’Italie à la fin du 15 e s. – apporte une touche d’élégance. Seule construction tradition­nelle, la chapelle continue à utiliser la voûte d’ogives et le décor flamboyant. L’apport italien apparaît surtout dans l’ornementation en faible relief.

Plutôt que de modifier leur précédent château, certains propriétaires ont fait le choix de juxtaposer des ailes aux façades très différentes. C’est en particulier le cas aux châteaux de Blois et du Lude.

À la façade extérieure François I er du château de Blois, Dominique de Cortone (1470-1549), dit le Boccador (« Bouche d’Or »), a cherché à imiter la « travée rythmique », alternance de baies, de niches et de pilastres, inventée par Bramante. À Chambord et au Lude, le décor s’épure sous l’impulsion de maîtres locaux, tel Pierre Trinqueau.

Du classique 17e s. aux fantaisies du 19e s.

Après le départ de la Cour pour l’Île-de-France, de hauts personnages continuent d’élever de beaux édifices, comme le château de Brissac (ajouts du 17 e s. sur une forteresse médiévale), marqué par l’alternance des matériaux, ou la ville et le château de Richelieu (détruit), qui annoncent Versailles. Les artistes viennent désormais de Paris. Cheverny est l’exemple même de la belle demeure classique, assez sévère extérieurement, avec une symétrie rigoureuse. Citons aussi l’aile Gaston-d’Orléans du château de Blois, le château de Craon.

Le 19 e s. est une période particulière­ment propice à la construction de châteaux tant dans les Pays-de-la-Loire qu’en Sologne : les classes dirigeantes s’y font bâtir ou rebâtir châteaux et manoirs, autour desquels elles viennent chasser.

Néo-Renaissance, néogothique, néoclassique ou totales réinterprétations sont les styles adoptés pour ces milliers de constructions, au confort plus adapté à la vie moderne, ce qui explique que beaucoup restent habitées aujourd’hui.

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Château des Réaux

 

L’expression châteaux de la Loire regroupe sous une même appellation un ensemble de châteaux français situés dans le val de Loire. Ils ont la particularité d’avoir été, pour la plupart, bâtis ou fortement remaniés à la Renaissance française, à une époque où la cour des rois de France était installée dans cette région.

La notion de châteaux de la Loire revêt principalement une acception touristique, liée à cette exceptionnelle densité de monuments à visiter. Il n’existe ainsi aucune liste exhaustive des châteaux dits « de la Loire ». Ils sont généralement circonscrits aux anciennes provinces d’Anjou, de Touraine et d’Orléanais, mais certains auteurs étendent le domaine des châteaux de la Loire jusqu’aux portes de Nantes, dans l’ancienne province de Bretagne, et d’autres jusqu’à Nevers.

 

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Comment vivaient les PARFAITS

Posté par francesca7 le 13 mai 2014

 

cathare-vieLes parfaits ayant reçu l’Esprit-Saint, leur âme était purifiée. Elle possédait plus de forces et de volonté. Il était normal de lui demander davantage. Aussi les parfaits exigeaient-ils tant de sévérité pour eux-mêmes et accordaient-ils tant de mansuétude aux simples croyants condamnés à poursuivre encore une longue évolution.

Ils menaient une vie de moine prêcheur en attendant la mort comme une délivrance. Certains parfaits, à force de privations et de macération, parvenaient à une sorte de vie ralentie, un peu semblable au nirvâna de la religion bouddhique. L’épouse du seigneur de Puylaurens resta impressionnée par le spectacle offert par l’un de ces ascètes : « Depuis fort longtemps il était assis sur sa chaise, immobile comme un tronc d’arbre, insensible à ce qui l’entourait. » Cependant, il y avait des limites à cela, car ils devaient assurer leur vie quotidienne. Tous exerçaient un métier.

Les parfaits se faisaient une règle d’être pauvres — ce qui ne les empêchaient pas d’accepter tous les dons pour entretenir les communautés et les pauvres— mais aussi de n’être à la charge de personne. Leurs métiers étaient des plus divers, de précepteur à artisan. Beaucoup furent tisserands au point qu’on a souvent surnommé les cathares : les tisserands. Tous connaissaient l’art de soigner et quelquefois plus. 

Avant 1209 et jusque vers 1230, les parfaits portaient la barbe longue et les cheveux longs, à la différence des gens du Languedoc qui se rasaient les joues et se coupaient les cheveux… Ils étaient vêtus de noir ou de bleu foncé et portaient à la ceinture un étui de cuir contenant un parchemin sur lequel était copié l’Évangile de saint Jean. Sur la tête ils avaient un large béret ou une sorte de toque.

Lorsque commença l’Inquisition, ils évitèrent de se signaler par leur costume et leur coiffure. La « vêture » qu’ils avaient reçue au moment du consolamentum fut remplacée par un cordon symbolique autour du cou pour les hommes, et, pour les femmes, autour de la taille sous leurs vêtements.

Les Bons Hommes vivaient en principe en communauté hors les moments des prêches. Au cours de leurs pérégrinations ils logeaient chez les croyants ou dans les maisons de l’ordre.

Leur prière était le pater dit au réveil, au moment de s’endormir, avant de prendre une nourriture et avant tout acte ou toute entreprise hasardeuse. Comme les moines catholiques, ils se levaient aussi la nuit pour prier.
Hommes ou femmes, ils ne pouvaient toucher le corps d’un membre du sexe opposé, même la main. Ils se saluaient sans accolade, hormis pour le baiser de paix’ des cérémonies, mais alors, entre sexes différents, ils se penchaient seulement l’un vers l’autre. Dans la salle commune, sur des bancs, ou en réunion à l’extérieur, ils ne s’approchaient pas des adeptes du sexe opposé. Les femmes ramassaient leurs jupes et les tenaient bien serrées pour ne pas frôler les hommes lorsqu’elles circulaient.

L’obligation du régime végétarien leur faisait emporter avec eux leur écuelle et leur cuiller et une petite marmite dont ils se servaient exclusivement à la table commune. La viande était servie aux croyants, mais loin des yeux des parfaits. Ceux-ci ne devaient manger de rien qui ait une vie ou qui provienne de la génération. Seul le poisson échappait à cette interdiction (2). Ils le mangeaient comme tous les mets au­torisés, avec des épices ou des herbes ce qui représentait une gourmandise et même un luxe. Quant au vin, il était tellement étendu d’eau qu’il ne s’agissait que d’une simple politesse envers celui qui l’offrait.

Si le parfait n’avait pas d’occupation ma­nuelle, il était astreint à trois jours de jeûne, le lundi, mercredi et vendredi, et de toute façon pendant trois carêmes, avant Pâques, après la Pentecôte et à Noël. La première semaine de ces carêmes de quarante jours était d’une extrême rigueur : pain et eau.

Le serment était totalement prohibé, ainsi que la simple vérité déguisée, et à plus forte raison le mensonge. Pour éviter de mentir, le parfait utilisait des périphrases, il mettait ses phrases au conditionnel et n’affirmait jamais rien. Il multipliait les « si Dieu le veut » ou « à ce que nous croyons », précautions oratoires qui met­taient la patience des croyants à dure épreuve.
Le parfait ne pouvait frapper qui que ce soit, ni bien entendu tuer, même un animal. Il ne pouvait donc se défendre contre un voleur ou un routier. Il rie pouvait même pas tuer un loup ou un serpent. S’il trouvait une bête prise au piège il devait la délivrer et laisser sur place une somme équivalente au prix de la bête.

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Renée Bordereau sert Dieu et le roi

Posté par francesca7 le 13 mai 2014

 

bordereau1Renée Bordereau a vingt-trois ans en 1793. Les Bleus ont massacré quarante-deux membres de sa famille et tué son père sous ses yeux. Cette fille de paysans « pauvres mais honnêtes », se procure un fusil à deux coups. Quand elle est sûre de son tir, elle rejoint les 500 hommes de sa paroisse qui se placent sous le commandement de M. Coeur-leRoi. Elle est habillée en homme, veut se faire appeler « Hyacinthe » mais ce joli prénom, emprunté à un de ses frères, est difficile à retenir, ses compagnons la surnomment « Langevin ».

Langevin va servir Dieu et le roi pendant toutes les guerres de Vendée, aux côtés des plus grands généraux de la contre-révolution : Lescure, Bonchamps, Cathelineau, la Rochejacquelein, Stofflet… Elle est de toutes les batailles, de toutes les victoires et de toutes les défaites. Renée Bordereau joue du sabre et du pistolet, à cheval ou à pied, avec une adresse redoutable. Elle est un soldat efficace et rusé. Onze hussards tombent devant elle à Vihiers. Au Pont de Cé, en septembre 1793, elle sabre vingt et un Bleus en un seul jour, brisant son arme sur la tête du dernier. A Chemillé, elle tue deux républicains en même temps, l’un d’un coup de feu, l’autre de sa lame. Elle reçoit une balle dans la jambe, une autre sous l’oreille. Blessée au bras droit, elle s’entraîne à tirer de la main gauche. Avec huit compagnons seulement, elle bloque le Pont de Cé, prend six cents Bleus à revers et ceux-ci, en déroute, ignorant le nombre d’hommes qu’ils ont en face d’eux, se jettent dans la Loire. Elle récidive avec vingt-cinq soldats. Ils sont mille, cette fois à se noyer.

A Gêté, elle retient les fuyards, prétendant amener mille hommes en renfort, alors qu’elle n’arrive qu’avec cinq cents. Au Mans, elle ne quitte pas le champ de bataille de cinq heures du matin à quatre heures du soir et, quand elle n’en peut plus, ramasse les boulets des ennemis pour les porter à ses propres canonniers. Langevin est sans faiblesse pour les Bleus, mais elle est juste et honnête. Face à un de ses propres oncles, républicain convaincu et responsable de la mort d’une partie de sa famille, elle n’a aucune hésitation : « Je lui coupai le cou, dit-elle, sans que je l’aie vu souffler », mais à Château-Gontier, elle fait épargner un commissaire de la République parce qu’il a abrité des prêtres et lui fait restituer argent et montre. Plus tard, elle tire sur un soldat de son propre camp qui la vole et fait fusiller un commandant de cavalerie qu’elle a surpris en train de violer une femme.

Si elle est prête à se battre en duel pour trois vaches, c’est parce qu’elles serviront à nourrir des blessés, si elle récupère, sans sourciller, à la baïonnette d’un Bleu, deux poulets embrochés qui encadrent le corps empalé d’un enfant de six mois, c’est pour aussitôt le partager avec les demoiselles Fardeau de Beaulieu et deux compagnons.

Le comte et la comtesse de le Bouère lui doivent la vie, de même Mademoiselle de Grignon, paralytique, qu’elle a si souvent portée dans ses bras, d’arbres creux en buissons de genêts, pour la soustraire aux recherches. Elle est de ceux qui sauvent, un matin, les huit cents femmes de Chemillé qui doivent être exécutées l’après-midi. Elle est là, aussi, au mont Saint-Michel, pour libérer les quatre cent cinquante prêtres qui y sont détenus.

Après la pacification de Nantes, Langevin continue d’être recherché. Sa tête vaut quarante mille francs, le maire de Potevinière est prêt à en ajouter dix mille de sa propre bourse. « La paix n’est point faite pour lui, nous avons ordre de le couper par morceaux », vocifèrent les soldats qui investissent le moulin des Bréfières où Renée Bordereau est réfugiée. Ils ne la trouveront pas. Elle a adopté le meilleur déguisement : un vêtement féminin. Quelques temps plus tard on l’arrête cependant, mais par erreur : on l’accuse du viol de la fille d’un brigadier d’Argenton ! Le maire d’Isernay, M. de Méran, la sauve en témoignant de son identité et de son sexe.

Plus tard à Chollet, elle est arrêtée à nouveau, confondue cette fois. On l’envoie à la prison d’Angers, garottée à quinze autres prisonniers, escortée de deux cents hommes. Elle est aux fers, pendant dix-huit mois, avant que ne soit ordonné son transfert : « Vous avez toujours été à la tête d’une colonne de six hommes, on va encore vous y mettre », et on l’enchaîne à la tête d’une colonne de six hommes qui part, à pied, pour le mont Saint-Michel. Elle y croupit deux ans, au pain et à l’eau, sans feu ni couverture, jusqu’au rétablissement de la monarchie. A sa sortie de prison, elle est décorée du Lys par Son Altesse royale le duc de Berry et Louis XVIII, reconnaissant, lui alloue une pension qui lui permet de s’occuper des deux enfants d’un de ses frères. Elle rédige ses mémoires parce qu’on l’en prie, puis s’éteint, en 1824, malade depuis longtemps, ayant, selon la promesse qu’elle avait faite trente et un ans plus tôt : sacrifié son corps au roi et offert son âme à Dieu.

 

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L’épopée de Mme de Bennes

Posté par francesca7 le 13 mai 2014

 

En 1792,les Bennes embrassent leurs deux enfants, les confient au grand-père paternel, endossent un costume de voyage et, munis de faux papiers aux noms des « Frères Haussey », entament un long périple pour rejoindre l’armée des princes qui se rassemble à Coblence. Mme de Bennes est dans le même bataillon que son mari. On a bien des soupçons sur son identité : le comte de Neuilly devine la supercherie, mais le soldat est exemplaire et se tient sur une réserve qui force le respect. On ne lui fera pas l’affront de lui refuser l’honneur de se battre pour ses idéaux sous prétexte qu’elle est une femme.

bennes1

Commence alors une longue épopée : le siège de Thionville, Verdun, la défaite de Valmy, la retraite vers le Rhin. Avec les chasseurs nobles de la légion de M. de Damas le couple repart pour Maestricht, passe un terrible hiver à la frontière belge. Au printemps 1794, sur la rive droite de la Meuse, près de Dinant, François de Bennes est blessé à la jambe droite. Louise-Françoise le prend à bras le corps, le traîne vers les lignes arrières, le confie à un infirmier et retourne affronter la mitraille.

Deux mois plus tard, le 15 juillet, sur le canal de Louvain, les légions de Béon et de Damas sont contraintes de se replier. Louis-Françoise est tout à côté lorsque M. de Bennes a la poitrine broyée par un boulet. Elle le transporte en un lieu abrité, recueille son dernier souffle, le recouvre d’un peu de terre avant d’être entraînée de force par ses compagnons qui l’empêchent d’attendre là, debout, fusil à l’épaule, blessée elle aussi, que les assassins de son mari soient à portée de tir.

La débâcle continue, avec ses longues marches vers le nord, dans le froid et la neige. Il n’y a presque plus d’hommes autour de Mme de Bennes, sa compagnie est décimée. Les légions des princes se reconstituent une dernière fois à Stade, près de Hambourg. Louise-Françoise, sous le nom de « chevalier de Haussey », a rejoint les rescapés. Les légions s’embarquent pour Quiberon Mme de Bennes est du voyage. Le débarquement est un désastre (gauche). Treize jours plus tard, elle est incarcérée à Vannes, dans l’église Saint-Pattern. Dans la Vendée ravagée, les Bleus trouvent à peine de quoi se nourrir. Il ne reste pas grand chose pour les prisonniers. Du porche de l’église, Louise-Françoise a reconnu un officier, Jacquier de Noyelle, qui se promène sur la terrasse de sa prison voisine. Elle lui fait des signes. Il reconnaît le « chevalier ». Quelques dames charitables viennent régulièrement visiter les détenus. De Noyelle leur explique : un de ses compagnons est dans l’église, il a faim et c’est une femme. Le lendemain, elles lui portent des vivres et une robe, dissimulée sous leurs jupons. Madame de Bennes, méconnaissable, quitte ainsi la prison au milieu du tourbillon des visiteuses.

La châtelaine de Bois-Moncelet se réfugie à Londres dans un misérable petit meublé. Les émigrées françaises survivent grâce à des travaux de couture, la fabrication d’accessoires de mode ou des cours de chant et de musique. Les larges mains de Mme de Bennes qui ont connu le gel, le vent, le soleil et le rude contact du bois des fusils pendant quatre ans, en sont pas faites pour tirer l’aiguille, effleurer les touches du clavecin ou caresser les cordes de la harpe. Alors, l’ancien soldat prend la plume et rédige ses mémoires (quarante-six pages). Cet opuscule bénéficie d’une critique favorable dans le Monthly Review du mois de février 1796. La revue précise qu’il est vendu au bénéfice de l’auteur et disponible à son domicile, 22 Maddox street.

En 1802, un décret de Bonaparte autorise le retour au pays des émigrés. L’accueil à Bois-Moncelet est triomphal. Les paysans se sont déplacés pour venir saluer Mme de Bennes, ses enfants l’étreignent, ses petits-enfants adoptent aussitôt cette étrange grand-mère qui raconte des souvenirs de sièges et de combats au lieu de les endormir avec des contes. Le duc de Damas, son ancien colonel, lui fait remettre la croix de Saint-Louis. Jusqu’à l’âge de quatre-vingt-sept ans, Louise-Françoise de Haussey se promène dans son village de Lonlay-le-Tesson, les jours de fête, vêtue de son vieil uniforme rapiécé, bleu de ciel, à revers et parements orangés.

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Les Chats Sauvages

Posté par francesca7 le 11 mai 2014

 

 

Les Chats Sauvages est un groupe de rock français, apparut le 12 mai 1961 avec un 1er EP 45 t, qui connaît d’emblée un succès national avec des disques enregistrés pour la firme Pathé Marconi. Sa carrière sous contrat va durer, de mai 1961 à mai 1964. Il sera le principal concurrent des Chaussettes noires.

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http://youtu.be/K_mVyoPMZZw

Le groupe est composé à l’origine de : Dick Rivers (Hervé Forneri) au chant né le 24/4/1945, John Rob (Jean-Claude Roboly) à la guitare solo né le 24/12/1942, James Fawler (Gérard Roboly) à la guitare rythmique né le 16/3/1945, Jack Regard(Gérard Jacquemus) à la guitare basse né le 3/7/1943 – 1974, et Willy Lewis (William Taïeb), à la batterie né le 01/07/1944. Ce dernier sera successivement remplacé après son départ en octobre 1961 par « Armand Molinetti » jusqu’en avril 1962, puis « Dean Smoby » un jeune batteur anglais pour le 2e album, André Ceccarelli à partir de mai 1962 jusqu’en décembre 1963, Michel Santangeli pour les galas et un dernier et jeune batteur/guitariste belge Claude Culot , auteur de « petite marie » (Cabrel) pour la fin de leur contrats et le dernier EP 45 t de leur fin de carrière. Tous les membres originaux du groupe sont originaires de Nice, sauf le premier batteur né à Tunis et le bassiste né à Mallemort.

Leur premier matériel offert par Pathé-Marconi se compose de trois amplis RV, une guitare Texas Gold deux micros pour le soliste, une Royal RV un micro pour la rythmique, une basse Ohio, trois guitares Jacobacci, une batterie ASBA et une chambre d’écho Binson pour la guitare solo (voir leur premier EP 45 t sorti le 12 mai 1961, et leur deuxième).

À la suite d’un dîner organisé par leur maison de disques pour rencontrer les Shadows - le groupe qui les a influencés dès leurs débuts – après l’enregistrement d’une émission Musicorama, les 11-12 décembre 1961 à laquelle « Les Chats » participent en 1re partie, ils décident de s’équiper des mêmes instruments que le groupe anglais. En janvier 1962, ils sont sur la scène de l’A.B.C., pendant trois semaines en haut de l’affiche, interprétant des titres inédits et non enregistrés, avec deux guitaresFender Stratocaster white, une Fender Précision Bass sunburst, deux amplis Vox AC30 Ivoire, un ampli Fender Bassman 50 – 5F6-A Blonde et une chambre d’écho Binson Echorette pour la guitare solo, qui lui donne un son particulier et singulier.

Le départ de Dick Rivers à l’été 1962, remplacé par Mike Shannon, affecte la popularité du groupe, qui n’en poursuit pas moins sa carrière, la ponctuant de deux importants succès, avec la chanson Derniers baisers en octobre 1962 (reprise avec succès par Nancy Holloway, et C. Jérôme en 1986, puis par Laurent Voulzy en 2006), et Obsession, dans leur dernier 45 tours, en janvier 1964. La plupart de leurs EP 45 tours et Album 33 tours contiennent des adaptations de succès anglais, notamment de Cliff Richard and The Shadows, d’Helen Shapiro, Mickie Most, mais aussi américains de Gene Vincent, d’Elvis Presley, Eddie Cochran, Sam Cooke, Willie Dixon, Bryan Hyland, The Crickets, The Four Seasons, The Strangeloves etc. Leurs adaptations se classent souvent dans des hit-parades francophones mais aussi dans celui de Salut les Copains.

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Ils ont successivement pour manager : Jean-Claude Camus, Ticky Holgado et Château, et comme imprésario Yves Gordon et Tavel / Marouani.

Les Chats sauvages cessent leur activité artistique au printemps 1964. Une tournée au Québec avait été prévue mais ne se fera pas.

Dans une interview d’Hervé Mouvet en 2001, Jean-Claude Roboly raconte, assis dans le fauteuil de son bureau de Saint-Ouen :  » On a fait encore trois ou quatre derniers concerts dans une station des Alpes… On avait l’impression d’être devenu des musiciens pour soirées dansantes, alors qu’un an auparavant on cartonnait au Palais des Sports de la Porte de VersaillesLe dernier soir, je crois me souvenir… qu’on s’est produit dans un restaurant tout près de chez nous, vers Nice, au milieu du bruit des fourchettes et des papotages… Il était temps de tirer le rideau… »

Un communiqué de presse de septembre 1964 annonce : « le groupe a décidé de se séparer définitivement, sa carrière étant devenue chaotique depuis le printemps dernier. Mike Shannon va entreprendre une carrière solo ».

Ils vont réapparaitre à trois reprises, de façon brève. D’abord en 1981 sur une idée de Jean-Paul Guiter qui en parle à Dick. « Pourquoi ne pas rassembler Willy et les frères Roboly pour un unique superbe album », édité chez RCA, qui parait l’année suivante, pour célébrer les 20 ans de leur grande époque. Cet album est enregistré au château d’Hérouville (Val-d’Oise), le studio de Michel Magne, dirigé par Laurent Thibault en août 1981, après des semaines de répétitions et de mise au point. Dick Rivers en est l’unique producteur. Le groupe est complété par deux musiciens additionnels qui participent à toutes les sessions : Jacques Mercier en troisième guitare – qui sera également à la direction musicale et à la réalisation – et Henri Sère à la guitare basse. Dick Rivers loue le studio pendant trois mois pour produire trois albums : celui des Chats, le sien - Sans légende - et le premier de Captain Mercier, « Mercenaire du Rock » un album qui sortira chez Polydor d’un nouveau groupe dont Jacques Mercier est le chanteur/leader.

Ils réappararaitrons également en 1983, avec un excellent album paru chez « Mondane », avec Mike Shannon, les frères Roboly et Willy Lewis pour les Chats d’origine. L’album reprend une nouvelle version de Derniers baisers et sept autres titres dont six sont signés ou cosignés par Michel Simonet – « Mike Shannon » -. Malgré la grande qualité de cet album, le succès ne sera pas au rendez-vous, et il est souvent, pour ne pas dire toujours oublié dans la discographie des Chats Sauvages.

Gérard Jacquemus décède en 1974 des suites d’une anesthésie générale à la suite une intervention chirurgicale pour une malformation au cœur.

En plus de l’importante discographie ci-dessous, une multitude de « compilations » existe pour les pays francophones d’Europe et également au Québec Canada.

Le répertoire enregistré des Chats Sauvages est composé de plus d’une centaines de chansons dont environ les 3/4 en adaptations de diverses origines, soit à plus de 90 % anglo-saxonnes, tout ceci en un peu moins de trois ans de contrat avec la firme Pathé.

 

 

 

 

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En faveur des chiens et des chats

Posté par francesca7 le 11 mai 2014

Plaidoyer d’un écrivain satirique

(D’après « Leçons françaises de littérature et de morale », paru en 1846)

 
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Souvent attaqué et défendu avec passion, le chat fit, avec le chien, l’objet de l’éloquent plaidoyer d’un écrivain de beaucoup d’esprit, Charles-Joseph Colnet du Ravel, mort en 1832, qui dépensa presque toute sa verve dans les feuilletons de journaux, et surtout de la Gazette de France

Journaliste, poète et écrivain satirique né près de Vervins (Aisne) le 7 décembre 1768, Charles-Joseph Colnet du Ravel collabora notamment au Journal des arts, des sciences et de la littérature, au Journal de Paris, au Journal général et à la Gazette de France. Fils d’un garde du corps de Louis XVI, il est un temps grand-vicaire de Soissons avant de se réfugier dans l’officine d’un apothicaire de Chauny durant les troubles de la Révolution, puis s’installe en 1797 comme libraire-imprimeur à Paris.

Charles-Joseph Colnet

 

Dès son début dans la littérature, il paraît avoir donné la préférence au genre satirique. On lui attribue généralement : Les Étrennes de l’Institut national, ou Revue littéraire de l’an VII ; La fin du dix-huitième siècle ; Mémoires secrets de la république des lettres. On trouve dans ces ouvrages beaucoup d’esprit, de vivacité et de verve caustique. On a encore de Colnet l’Art de dîner en ville, à l’usage des gens de lettres, poème en quatre chants, où l’on remarque une critique ingénieuse et des vers heureux.

Colnet, dont l’extérieur plus que simple contrastait singulièrement avec ses connaissances littéraires et son genre d’esprit, vivait dans la retraite, à Belleville, lorsqu’il y fut enlevé aux lettres et à ses amis le 29 mai 1832.

Voici son Plaidoyer en faveur des chiens et des chats :

« Depuis que j’habite notre petite planète, je n’entends parler que d’abus à réformer. Dans ma jeunesse, on en voulait surtout aux moines. Ils étaient accusés de priver la population d’une partie de ce qui devait lui revenir, et, quoique cette accusation fût assez mal fondée, on les supprima, car c’était ainsi qu’on réformait à cette époque. Bientôt tout fut un abus et réformé comme tell. J’ai même vu le moment où les procureurs… mais voici bien un autre scandale [on note, ici, l’emploi de la réticence, figure de rhétorique par laquelle l’orateur s’interrompant fait entendre ce qu’il ne veut pas dire expressément].

« Nos chiens et nos chats sont en danger. Un philanthrope veut nous enlever les animaux domestiques que nous chérissons le plus ; il prêche, au dix-neuvième siècle, une croisade contre d’innocentes victimes qui ont des droits sacrés à notre reconnaissance, et c’est de l’amour du bien public qu’il prétend colorer cet attentat ! C’est l’humanité qu’il invoque pour excuser un projet sanguinaire ! Il faut convenir que la philanthropie est bien barbare, et qu’à force d’humanité nous sommes devenus bien inhumains ! Quoi qu’il en soit, les victimes ne seront pas égorgées sans réclamation ; une voix faible, mais courageuse, va s’élever en leur faveur.

« Je plaide pour les chiens et les chats défendeurs, aboyants, miaulants, d’une part ; contre M. Alexandre Roger, chevalier de la Légion d’honneur, demandeur d’autre part.

« Messieurs, dans un procès de cette nature, la moralité des accusés devant nécessairement influer sur la décision de leurs juges, il conviendrait de rappeler ici les heureuses qualités dont la nature a doué la moitié la plus intéressante de nos clients ; mais si je disais tout ce que valent les chiens, nous aurions trop à rougir. Qui d’ailleurs ne connaît pas leur douceur, leur fidélité, leur inébranlable attachement ? A qui pourrais-je apprendre que, rapprochés de nous par un sentiment que notre férocité même ne peut anéantir, ils s’associent à nos peines comme à nos plaisirs, devinent et partagent toutes nos affections, nous protègent dans le danger, combattent et meurent en nous défendant ?

 « Ce ne sont point, Messieurs, de ces faux amis du jour, esclaves de la fortune, et toujours prêts à vous abandonner dans l’adversité : martyrs généreux de l’amitié, on les voit s’échapper de l’asile doré de l’opulence, où on veut les retenir captifs, et où, comme tant de parasites qui sont loin de les valoir, ils seraient traités magnifiquement, pour retourner dans l’humble galetas du pauvre auquel ils sont attachés par un lien que l’amitié rend indissoluble ; et ce pauvre, que lui restera-t-il, si vous lui enlevez son chien ?

« Le malheureux est un pestiféré ; tout s’éloigne de lui, tout le fuit avec une sorte d’horreur ; son chien est le seul être qui, dans la nature entière, se montre sensible à sa misère, l’en console par ses caresses, et l’adoucisse en la partageant. Qui l’aimera si vous lui arrachez ce compagnon de son infortune ? Mais jamais un jugement inique n’ordonnera cette cruelle séparation : je me suis adressé à des cœurs sensibles ; les chiens gagneront leur cause.

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« La cause des chats est, je l’avoue, messieurs, difficile à défendre. On a généralement mauvaise opinion de leur caractère, et leurs griffes leur ont fait beaucoup d’ennemis ; mais il faudrait aussi se rendre justice. Si les chats sont méchants, nous ne sommes pas très bons. On les accuse d’égoïsme ; et c’est nous qui leur faisons ce reproche ! Ils sont fripons : qui sait si de mauvais exemples ne les ont pas gâtés ? Ils flattent par intérêt ; mais connaissez-vous beaucoup de flatteurs désintéressés ? Cependant vous aimez, vous provoquez l’adulation. Pourquoi donc faire un crime aux chats de ce qui, dans la société, est à vos yeux le plus grand de tous les mérites ?

« Je ne parlerai point ici de leur grâce, ni de leurs gentillesses. Je ne vous peindrai point ces minauderies enfantines, ce dos en voûte, cette queue ondoyante et tant d’agréments divers à l’aide desquels ils savent si bien nous intéresser à leur conservation. Des motifs plus puissants militent en leur faveur.

« Si vous détruisez les chats, qui mangera les souris ? Ce ne sera pas assurément l’auteur du projet qui vous est présenté. On vous parle de souricières !… Des souricières, messieurs ! Eh ! qui n’en connaît pas l’influence ? Des souricières ! C’est un piège qu’on vous tend ; gardez-vous bien de vous y laisser prendre. Depuis longtemps, les souris, trop bien avisées, savent s’en garantir.

 « Attendez-vous donc à voir au premier jour la gent trotte-menu ronger impunément tous les livres de vos bibliothèques. On s’en consolerait, si elles n’attaquaient que ces poèmes fades et ennuyeux, dont nous sommes affligés depuis quelques années, mais leur goût n’est pas très sûr ; elles rongeront Voltaire aussi volontiers que Pradon. Que dis-je ? nos feuilletons eux-mêmes, et nos plaidoyers si beaux et si longs ne seront pas épargnés. D’où je conclus que détruire les chats, c’est rétablir le vandalisme en France.

« Mais je consens que vous fermiez les yeux sur les souris : songez au moins qu’un ennemi cent fois plus terrible vous menace. Les rats, à qui les chats en imposent encore, les rats, messieurs, sont aux aguets ; ils n’attendent que le moment où vous aurez prononcé l’arrêt fatal que mon adverse partie sollicite, pour entrer en campagne et s’établir dans vos habitations que vous serez forcés, oui, messieurs, que vous serez forcés de leur abandonner. Et vous pouvez hésiter encore ! Catilina est à vos portes, et vous délibérez ! Je vous prie, messieurs, d’excuser cette véhémence ; il est difficile de conserver son sang-froid quand on parle des rats. »

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Moines et moineaux à y perdre son latin

Posté par francesca7 le 11 mai 2014

 

250px-House_sparrowIILes moineaux, lit-on souvent, seraient ou ne seraient plus des passereaux, la belle affaire… :
Le mot passereau est un mot qui n’a plus la moindre acception scientifique.

Et pourtant le Larousse de 1910 indique encore : « Passereau : – du latin passer, moineau – ordre d’oiseaux comprenant un grand nombre de petites espèces : Les moineaux, les merles sont des passereaux ». 
De nos jours, les dictionnaires insistent mais font une concession à la science en écrivant passereau ou « passériforme » : oiseau généralement petit et de moeurs arboricoles, chanteur et bâtisseur de nids pourvu de pattes à quatre doigts, trois en avant et un, pourvu d’une forte griffe en arrière ».

Pas question de douter de la filiation de nos piafs passériformes actuels avec les moineaux romains, mais peut-être est-on en droit de s’étonner à l’évocation de la descendance chez un moineau quand on sait que le moineau est un petit moine… et qu’un moine normalement n’a pas de descendance… Le moineau tient son nom du fait que, comme les moines, il porte sur la tête une capuche. 
Dans les ouvrages scientifiques, les passereaux n’existent plus, les moineaux sont définitivement, (pour le moment) devenus des passériformes. 

Le moineau domestique (passer domesticus
Domesticus veut dire en latin « de la maison ». Cette particularité souligne son penchant à vivre en compagnie des hommes. C’est l’espèce la plus courante en ville. C’est lui le compagnon des parisiens qui est devenu, le piaf, le titi, le pierrot.

Le moineau friquet (passer montanus
Le moineau de la montagne plus exactement celui des campagnes. Pourquoi est-il friquet ? Surement pas parce qu’il est plus riche que ses cousins citadins mais parce qu’il est vif et élégant, qualités qui étaient réunies sous le qualificatif de friquet en ancien français.
Si c’est là la vie que tous les moines fond… Je ferais moine…
Les moineaux, qui ne sont pas avares de démonstrations lorsqu’il s’agit d’étaler leurs ardeurs sexuelles au nez des bourgeois, ont acquit une réputation d’être des chauds lapins. Le moineau, le petit moine est, depuis le Moyen-âge, envié pour sa tonicité et connu pour sa lubricité.

Et puis les moines eux-mêmes sont parfois regardés comme de drôles de gens sinon de drôles d’oiseaux :
Extraits d’une oeuvre de Charles Esmangart , Fiction , parue en 1823 où il est question de la très fantaisiste Monachologie des spécimens de Ignace de Born traduite par Jean Anti-Moine et reprenant allégrement le livre V du Pantagruel de Rabelais et décrivant le moine à la manière d’un Linné ou d’un Buffon : « Définition. Voici la manière dont il définit le type général. Le moine: animal à figure humaine (anthropomorphum), avec un capuchon, hurlant pendant la nuit. »

Voici quelques traits de la description qu’il en fait: le corps bipède, droit; le dos courbé, la tête penchée en avant, toujours armée d’un capuchon. Animal avare, immonde, fétide, altéré, oisif, supportant plutôt le besoin que le travail. Les moines se rassemblent en troupe au soleil levant ou couchant, et surtout dans la nuit ; quand l’un d’entre eux crie, tous se mettent à crier; ils accourent au son des cloches ; ils marchent presque toujours par deux ; ils se couvrent de laine; ils vivent de butin et de quêtes; ils disent que le monde n’a été créé que pour eux ; ils se multiplient furtivement, exposent leurs petits, attaquent ceux de leur propre espèce, et dressent des embûches à leurs ennemis. La femelle ne diffère du mâle que par un voile qu’elle a toujours sur la tête. Les jeunes aiment à jouer, regardent de tous côtés autour d’elles, saluent les mâles d’un signe de tête. Les adultes et les vieilles sont malignes; elles mordent, elles montrent leurs dents quand elles sont en colère ; elles disent ave quand on les appelle : leur permet-on de parler, elles jasent toutes à-la-fois; au son des cloches elles se taisent tout-à-coup. »

« Différences. L’homme parle, raisonne, a une volonté; le moine le plus souvent est muet, ne raisonne pas, et n’a point de volonté, car il est entièrement soumis à son supérieur. L’homme porte sa tête élevée, le moine la porte penchée; les yeux toujours fixés contre terre. L’homme gagne son pain à la sueur de son front; le moine s’engraisse dans l’oisiveté. L’homme habite avec ses semblables ; le moine cherche la solitude, se cache, fuit le grand jour, d’où il suit que le genre moine est un genre de mammifères très distinct du genre humain, et qu’il est intermédiaire entre l’homme et le singe, duquel il se rapproche pourtant davantage, attendu qu’il n’en diffère guère que par la voix et la qualité de ses aliments. »

 

Expressions
Tirer sa poudre aux moineaux signifie faire de la dépense pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine.
Manger comme un moineau signifie manger très peu.
Voilà une belle maison, s’il y avait des pots à moineaux, se dit pour se moquer d’une maison de campagne.

Synonymes
Les moineaux sont des mochons dans les Ardennes, des moissons en Normandie, des moigneaux dans le Berry.
La femelle s’appelle moinelle. 

Homonyme
Un moineau est un élément de fortification.

Les relations entre les hommes et les moineaux

Les moineaux n’ont guère à se plaindre de leurs relations avec les hommes. Efficace ramasse-miettes, il trouve toujours leur provende à leur contact.
Ils doivent quand même déplorer la disparition des chevaux. Autrefois de belles et bonnes graines et de gentilles petites bébêtes étaient généreusement stockées dans les crottins et redistribuées par la plus noble conquête de l’homme citadin.

Les moineaux de Pékin et la révolution culturelle
Dans les années soixante, alors que la révolution culturelle triomphante finissait d’affamer ses enfants, les moineaux furent les victimes de l’aveuglement des stratèges du parti. Constatant qu’il y avait des millions de moineaux à Pékin, que ces moineaux à force de voler quelques grains de riz par jour aux masses laborieuses, soit en comptant comme les économistes maoïstes qu’ils s’appropriaient des milliers de tonnes de nourriture par ans, il fut décidé de tuer tous ces salauds de moineaux petit-bourgeois, devenus officiellement ennemi du peuple. Il fut ordonné de les éliminer à la chinoise en obligeant les pékinois à taper nuit et jour sur des gamelles. Ne pouvant plus se poser ni se reposer les oiseaux finirent tous par crever.
290px-House_Sparrow_mar08Devant un si beau résultat, la propagande fit ses choux gras de ce succès révolutionnaire mais omit bien sûr de parler des mouches qui, quelques semaines plus tard rendirent la vie impossible, même au Grand Timonier et à sa clique.

A défaut de grives pas question de manger des moineaux
Les moineaux, sauf lorsqu’ils sont volontairement ou pas confondus avec des becs-figues ou des ortolans ne figurent jamais sur les menus des gastronomes. 
Cette situation privilégiée devrait leur permettre d’envisager l’avenir avec optimisme. Pourtant les populations de moineaux sont en chute libre ces derniers temps. Même s’ils sont toujours aussi « lubriques » nos petits moines fond de moins en moins de nichée. Pleins des insecticides qui trucident leurs proies, ils ne sont « plus bons » car devenus stériles et n’ont plus de descendance.

Article réalisé par Jean-Pierre Fleury.

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