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    !!!!
    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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L’épopée de Mme de Bennes

Posté par francesca7 le 13 mai 2014

 

En 1792,les Bennes embrassent leurs deux enfants, les confient au grand-père paternel, endossent un costume de voyage et, munis de faux papiers aux noms des « Frères Haussey », entament un long périple pour rejoindre l’armée des princes qui se rassemble à Coblence. Mme de Bennes est dans le même bataillon que son mari. On a bien des soupçons sur son identité : le comte de Neuilly devine la supercherie, mais le soldat est exemplaire et se tient sur une réserve qui force le respect. On ne lui fera pas l’affront de lui refuser l’honneur de se battre pour ses idéaux sous prétexte qu’elle est une femme.

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Commence alors une longue épopée : le siège de Thionville, Verdun, la défaite de Valmy, la retraite vers le Rhin. Avec les chasseurs nobles de la légion de M. de Damas le couple repart pour Maestricht, passe un terrible hiver à la frontière belge. Au printemps 1794, sur la rive droite de la Meuse, près de Dinant, François de Bennes est blessé à la jambe droite. Louise-Françoise le prend à bras le corps, le traîne vers les lignes arrières, le confie à un infirmier et retourne affronter la mitraille.

Deux mois plus tard, le 15 juillet, sur le canal de Louvain, les légions de Béon et de Damas sont contraintes de se replier. Louis-Françoise est tout à côté lorsque M. de Bennes a la poitrine broyée par un boulet. Elle le transporte en un lieu abrité, recueille son dernier souffle, le recouvre d’un peu de terre avant d’être entraînée de force par ses compagnons qui l’empêchent d’attendre là, debout, fusil à l’épaule, blessée elle aussi, que les assassins de son mari soient à portée de tir.

La débâcle continue, avec ses longues marches vers le nord, dans le froid et la neige. Il n’y a presque plus d’hommes autour de Mme de Bennes, sa compagnie est décimée. Les légions des princes se reconstituent une dernière fois à Stade, près de Hambourg. Louise-Françoise, sous le nom de « chevalier de Haussey », a rejoint les rescapés. Les légions s’embarquent pour Quiberon Mme de Bennes est du voyage. Le débarquement est un désastre (gauche). Treize jours plus tard, elle est incarcérée à Vannes, dans l’église Saint-Pattern. Dans la Vendée ravagée, les Bleus trouvent à peine de quoi se nourrir. Il ne reste pas grand chose pour les prisonniers. Du porche de l’église, Louise-Françoise a reconnu un officier, Jacquier de Noyelle, qui se promène sur la terrasse de sa prison voisine. Elle lui fait des signes. Il reconnaît le « chevalier ». Quelques dames charitables viennent régulièrement visiter les détenus. De Noyelle leur explique : un de ses compagnons est dans l’église, il a faim et c’est une femme. Le lendemain, elles lui portent des vivres et une robe, dissimulée sous leurs jupons. Madame de Bennes, méconnaissable, quitte ainsi la prison au milieu du tourbillon des visiteuses.

La châtelaine de Bois-Moncelet se réfugie à Londres dans un misérable petit meublé. Les émigrées françaises survivent grâce à des travaux de couture, la fabrication d’accessoires de mode ou des cours de chant et de musique. Les larges mains de Mme de Bennes qui ont connu le gel, le vent, le soleil et le rude contact du bois des fusils pendant quatre ans, en sont pas faites pour tirer l’aiguille, effleurer les touches du clavecin ou caresser les cordes de la harpe. Alors, l’ancien soldat prend la plume et rédige ses mémoires (quarante-six pages). Cet opuscule bénéficie d’une critique favorable dans le Monthly Review du mois de février 1796. La revue précise qu’il est vendu au bénéfice de l’auteur et disponible à son domicile, 22 Maddox street.

En 1802, un décret de Bonaparte autorise le retour au pays des émigrés. L’accueil à Bois-Moncelet est triomphal. Les paysans se sont déplacés pour venir saluer Mme de Bennes, ses enfants l’étreignent, ses petits-enfants adoptent aussitôt cette étrange grand-mère qui raconte des souvenirs de sièges et de combats au lieu de les endormir avec des contes. Le duc de Damas, son ancien colonel, lui fait remettre la croix de Saint-Louis. Jusqu’à l’âge de quatre-vingt-sept ans, Louise-Françoise de Haussey se promène dans son village de Lonlay-le-Tesson, les jours de fête, vêtue de son vieil uniforme rapiécé, bleu de ciel, à revers et parements orangés.

Source http://www.histoire-en-questions.fr/

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