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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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le Fameux plan TURREAU

Posté par francesca7 le 9 avril 2014

 

colonnesLouis-marie Turreau était née à Evreux le 4 juin 1756. Il n’était ni comédien, ni auteur dramatique, ni artisan, mais ancien surnuméraire aux Gardes d’Artois. Lancé dans la politique en 1792. il avait été porté à la tête du bataillon des Volontaires de l’Eure. III a été très rapidement promu adjudant général le 7 juin 1793, général de brigade le 30 juillet, général de division le 18 septembre, et il va avoir sous ses ordres toutes les forces républicaines qui, avec des chefs de valeur, comme Kléber, Marceau. combattent maintenant partout victorieusement les royalistes.

En effet, depuis le décret de la Convention apeurée, la situation a beaucoup évolué. Ce n’est plus une Vendée inquiétante à qui on a affaire.

Au début de janvier 1794 la Vendée n’existait plus. Des 60000 combattants de la grande armée victorieuse, 4 et 5000 seulement, ayant pu repasser la Loire à Ancenis, avec La Rochejaquelein et Stofflet, se sont immédiatement dispersés, accablés. Leurs chefs se cachent. Charette, chassé de Noirmoutier et du pays de Retz. tient encore la campagne, seulement suivi par 400 fidèles. C’est sur cette Vendée là que va s’acharner Turreau.

En somme le décret du 1er août n’a été que peu appliqué. S’il y a eu des destructions et de terribles massacres, ce fut, en général, dans l’action, dans la folie des combats. Voici l’heure : cette Vendée, il faut l’achever, la détruire totalement, non seulement ses maisons, ses champs, ses récoltes, mais aussi ses habitants, tous ses habitants : les hommes survivants, bien sûr, mais aussi tous les autres les enfants, les femmes, les vieillards. Tout. Plus rien que des amoncellements de cadavres sur une terre déserte. On n’aura plus à craindre cette race maudite. plus à craindre alors seulement.

Et c’est un plan monstrueux. Ce plan. Turreau le doit en partie à son chef d’état-major, le général Robert, l’ancien comédien du théàtre de Tours (il a vingt-six ans) : six divisions, de deux colonnes chacune, marchant d’est en ouest sur une longueur de vingt lieues, ratisseront les territoires insurgés, avec comme points de départ : Les Ponts-de-Cé, aux portes d’Angers, Brissac, Doué-la-Fontaine, près de Saumur, Argenton-le-Peuple (ci-devant Argenton-le-Chateau), Parthenay et Bressuire. Ces colonnes seront justement appelées par l’Histoire : les Colonnes infernales. Outre les localités de départ seront seules épargnées celles formant les points de ralliement : Saint-Florent-le-Vieil, Luçon, Montaigu, La Chataigneraie, Sainte-Hermine, Machecoul, Challans, Chantonnay, Saint-Vincent, Cholet ; dix localités sur l’immense territoire s’étendant de Saumur à la mer et d’Angers à Niort !

 

Ce plan monstrueux, Turreau l’a soumis aux Représentants en mission. Précisant que le départ des colonnes a été fixé à la fin du mois de janvier. il leur écrit, le 15 (27 nivose) — et il faut lire et relire ce texte :

Mon intention est de tout incendier et de ne préserver que les points nécessaires à établir nos cantonnements propres à l’anéantissement des rebelles, mais cette grande mesure doit ètre prescrite par vous. Je ne suis que l’agent du Corps législatif, que vous devez représenter en cette partie. Vous devez également décider sur le sort des femmes et des enfants que je rencontrerai en ce pays révolté. S’il faut les passer tous au fil de l’épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette à couvert ma responsabilité.

Les Représentants font la sourde oreille. Turreau s’adresse alors plusieurs fois au Comité de Salut public. Il écrit, le 17 janvier :
La promenade militaire que je médite sera terminée le 15 ou 16 pluviose (3 ou 4 février). Je le répète. je regarde comme indispensable de brûler villes, villages et métairies, si l’on veut entièrement finir l’exécrable guerre de Vendée, sans quoi je ne pourrais répondre d’anéantir cette horde de brigands. J’ai donc lieu d’espérer que vous l’approuverez. Je vous demande la grâce de me répondre par retour du courrier.

Le 19 janvier, une réponse enfin, où l’ambiguté le dispute à l’hypocrisie : Tu te plains, citoyen général. de n’avoir pas reçu du Comité l’approbation formelle de la totalité de tes mesures. Elles lui paraissent bonnes et tes intentions pures. mais éloigne du théâtre des opérations, il attend les grands résultats pour se prononcer dans une matière ou on l’a trompé tant de fois, ainsi que la Convention nationale

sacrifie

De toute façon les ordres sont simples : pas question de se battre contre des hommes armés ; au contraire, il faut cesser toute attaque, éviter toute embuscade, ne plus accepter la guerre comme une lutte, mais uniquement comme un moyen de supprimer son ennemi : il faut détruire, tout détruire sur son passage, dans des « promenades » c’est le nom que leur donnent les généraux — dont la marche est précisée de semaine en semaine.

La Vendée doit devenir un désert, une contrée neuve, sans passé, sans nom — on l’appelle maintenant le département « Vengé » —, sans caractère, et surtout sans habitants autochtones. Plus tard, on la peuplera de nouveaux habitants.

Ce plan n’aurait pu être effectué si on n’avait trouvé et les généraux pour commander ces colonnes et les hommes pour les composer. Pour ces derniers, on ramasse qui veut ; les candidats sont nombreux, car toute licence leur est octroyée : ils peuvent voler, violer, piller, comme ils l’entendent. Quant aux généraux, on chercherait en vain leurs noms dans la liste des chefs valeureux sur les champs de bataille d’Europe. Seules les atrocités ordonnées et accomplies sur une population sans défense doivent perpétuer leur souvenir dans l’Histoire et surtout dans la mémoire des vendéens : Cordelier, Grignon, Caffin, Crouzat, Lachenay, Amey… Sur tout le territoire de la Vendée militaire, pendant tout un semestre, on fusille, on égorge, on noie, on assomme, on sabre, on brûle. Aucun scrupule, aucun cas de conscience, aucune pudeur n’entravent la correspondance de ces généraux qui racontent à leurs chefs, avec flegme et même avec enthousiasme et humour, leurs actes les plus atroces.
Ces rapports, quasi quotidiens, nous les connaissons bien, grâce au livre de Savary, « officier supérieur des armées de la république », grâce aussi au volumineux dossier W22 des Archives nationales. Ce ne sont qu’exterminations, villes ou villages brûlés, hommes égorgés, femmes violées et éventrées, enfants écrasés, raffinements de barbarie, débauches au milieu du sang, froides vantardises de scélératesses, tous les excès et les turpitudes où se puisse porter la brute humaine dépourvue de conscience et de foi. Le tout relaté avec plaisanteries, jeux de mots, quolibets.

Grignon, le 22 janvier :
Toutes les métairies, les bourgs et les villages que nous avons rencontrés aujourd’hui comme hier, ont été passés aux flammes. Ma colonne de gauche en a fait autant. Nous en tuons près de deux mille par jour. »

Caffin, commandant la troisième division, et qui avait quelque difficulté avec l’orthographe : Je t’aubserve, camarade Turreau, que tu ne panse peut-être que le pays compause plus de quinze cent maisons, sans conter les métairies. Lorsque j’eincendis, je veux qui reste pas vaistiges et je commance le matin par les églises et les chappeles, après les maisons. J’ai fais tué ce matin cinquante-trois femmes, autant d’enfants. Pas un brigand n’a échappé. »

Cordellier, commandant la cinquième division :
J’ai brûlé toutes les maisons et tous les bois et égorgé tous les habitants que j’ai trouvés. Je préfère égorger pour économiser mes munitions. J’ai détruit ce matin trois cent cinquante hommes et femmes, la plupart sans armes. Tous les bestiaux ont été détruits. Mon adjoint Crouzat, commandant le seconde colonne, a tué hier au seul bourg de Gonnord trois cent dix brigands : vieillards, femmes et enfants, mis vivants dans le fossé. Dans ce moment, quarante métairies
éclairent » la campagne.

Avant de mettre le feu aux bâtiments, on y enlevait les grains et les fourrages qui pouvaient y rester, car, jusqu’à ce sinistre mois de janvier 1794, la dévastation n’avait été que partielle. Il y avait donc, accompagnant la troupe, des agents des subsistances militaires ». C’est le témoignage d’un de ceux-ci, Beaudusson, que nous citons, entre des centaines que nous possédons, parce qu’il nous semble sur ce point particulièrement significatif. Nous sommes avec la quatrième division, dont Turreau commande lui-même une colonne :

Jusqu’à Cholet, ils ne cessèrent de tout incendier : châteaux, maisons, métairies. La route de Cholet à Vihiers (presque huit lieues !) était jonchée de cadavres. Partout, les champs voisins du grand chemin étaient couverts de victimes égorgées. Voulant m’assurer par moi-même s’il restait encore des subsistances à enlever des maisons à moitié brûlées, je me transportai dans quelques-unes. Mais qu’y trouvai-je ? Des pères, des mères, des enfants de tout âge et de tout sexe, baignés dans leur sang, nus, dans des postures que l’âme la plus féroce ne pourrait envisager sans frémissement. L’esprit se trouble même en y pensant.

Cependant, triomphant — pour un temps — Turreau, dès le 24 janvier, écrit au Comité de Salut public :
« J’ai commencé le plan que j’avais conçu de ma promenade en Vendée, en la faisant traverser par douze colonnes, qui ont déjà fait des merveilles : pas un rebelle n’a échappé à leurs recherches. Une quantité considérable de grains a été découverte et des ordres aussitôt donnés pour les faire filer sur les derrières. J’espère aussi avoir bientôt à vous offrir une collection intéressante de vases sacrés, d’ornements d’église et autres, d’or et d’argent. Enfin, si mes intentions sont bien secondées, il n’existera plus en Vendée sous quinze jours ni armes, ni subsistances, ni habitants que ceux qui, cachés dans le fond des forèts, auront échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. Il faut donc que tout ce qui existe encore de bois de haute futaie soit abattu, à charge de vider le pays entièrement.

 

SUITE à l’intervention des municipalités républicaines qui commencèrent à réagir, Turreau, soudain, prend peur. Il va maintenant plaider coupable et changer totalement, humblement, de tactique. Il triomphait cependant, il y a quelques mois, et voici qu’il avoue :
« Tout ce qui m’a été conseillé de faire n’a abouti à rien. Les brigands se battent sur les ruines de leurs chaumières comme tant d’autres se battent pour préserver les leurs si elles étaient debout. Plus de cent Représentants et généraux sont venus s’user dans ce pays maudit. Cela
tient au courage fabuleux des brigands. Il y a quelque chose de surnaturel dans cette opiniâ treté dont aucun peuple n’a jamais donné l’exemple. Il faut abandonner ce système, c’est le seul moyen qui nous reste pour triompher d’un acharnement inexplicable. Nous avons été durs, essayons des voies de douceur. »

Il en était bien temps. Ses promenades avaient fait près de deux cent mille victimes !

Turreau, relevé de son commandement le 18 mai, est décrété d’arrestation le 30 septembre 1794, à la suite des rapports particulièrement accablants émanant du Comité révolutionnaire des Sables (les 9 et 11 août), de la Société populaire de Fontenay et de l’Administration du district de Challans (2 et 4 septembre). Jugé le 19 décembre 1795 pour un Conseil militaire, présidé par le général Berruyer et formé par Bonaparte, alors général en chef de l’armée de l’Intérieur. il est acquitté, à l’unanimité…« Toutes les fois que je me réveille la nuit. disait Marceau — qui avait, lui, loyalement combattu les insurges — toutes les fois que je me réveille la nuit en songeant aux terreurs de la Vendée, ces affreux souvenirs me déchirent. il n’y a plus de sommeil pour moi. » Turreau ne cessa jamais de dormir sur ses deux oreilles. Si le Directoire le tient un peu à l’écart, Napoléon le fait baron, grand officier de la Légion d’honneur, et l’envoie en 1807 aux Etats-Unis comme ministre plénipotentiaire — il y restera trois années — puis lui confie un commandement dans le corps de la Bavière de la Grande Armée. Tout simplement, après la première chute de l’Empire, il se rallie à la Couronne. Et pourquoi pas !

 

 

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L’hérésie devant l’Inquisiteur – 1233

Posté par francesca7 le 9 avril 2014

 

 

inquisition-tribunauxPériode ‘de rigueurs implacables.

L’hérésie est abattue militairement; mais les parfaits continuent de prêcher et le nombre des croyants est encore considérable. Les prisons inquisitoriales sont bientôt pleines. On fait périr par le feu les hérétiques endurcis, les autres sont condamnés à la prison perpétuelle. S’ils se repentent et passent franchement au catholicisme romain, ils peuvent se tirer d’affaire par un pèlerinage en Terre Sainte. Mais c’est à la condition de confesser spontanément son erreur. Si, au lieu de cela, l’hérétique se laisse dénoncer, tout change.

En pratique, les choses se passent brutalement s’il s’agit d’un hérétique avoué. Pour les suspects on prend des formes, surtout dès que la grande guerre religieuse du Midi a pris fin. Un homme n’est que soupçonné. Un bruit public a couru. Cela suffit. S’il s’y ajoute une dénonciation, l’inquisiteur, déjà alerté, n’a pas une minute à perdre. Il lance une citation. Untel est invité à comparaître devant le tribunal de l’In­quisition au couvent des Frères prêcheurs.

Le curé reçoit la citation. Et il la signifie à son paroissien en présence de témoins dignes de foi. Le dimanche suivant, il la renouvelle, du haut de la chaire, en présence du clergé et du peuple. Et il en est ainsi trois dimanches ou trois jours de fête consécutifs.

Si le suspect se présente au jour dit en personne ou représenté par un procureur, l’interrogatoire pourra commencer. S’il ne se présente pas, il est contumax et encourt l’excommunication provisoire. 

Au bout d’un an — l’inquisiteur en ce temps-là, à Toulouse, n’est pas pressé — le suspect est cité à nouveau, et s’il ne se présente pas, il est frappé de l’excommunication définitive. L’excommunication définitive est grave; elle entraîne l’interdiction pour les fidèles de communiquer avec l’homme. Elle entraîne aussi pour les fidèles qui en sont avisés, l’obligation de le dénoncer. 

L’inquisiteur requiert alors le pouvoir civil d’arrêter l’homme et de le remettre, soit à son messager, soit à un sergent désigné, ou à l’un de ses notaires, voire, plus simplement, au geôlier de la prison inquisitoriale. Ou, au moins, que le pouvoir civil prête main-forte aux agents de l’inquisiteur. La requête est rédigée en termes comminatoires : l’inquisiteur se prévaut a de l’autorité du pape et de celle du roi ».

Voici l’homme devant l’inquisiteur. Celui-ci a la dénonciation sur la table. Il ne la montre point au suspect, car le dénonciateur peut être parfois un hérétique qui veut se faire passer pour un bon catholique. Ou bien un père qui dénonce son fils, un fils son père, un mari sa femme, une femme son mari. Grégoire IX a permis ces horribles entre-égorgements familiaux (lettre à Robert le Bougre du 19 avril 1233). Mais il a averti les inquisiteurs qu’il fallait prendre soin que « l’hérésie ne fût pas un faux prétexte pour condamner un adversaire ».

L’inquisiteur ou son substitut entame l’interrogatoire en présence de deux religieux « doués de discernement ». Point d’avocat. Un notaire ou deux personnes idoines pour transcrire les procès-verbaux. Les questions sont précises, établies à l’avance. Les réponses ne sont pas transcrites intégralement. Le notaire fera un analytique. Selon Bernard Gui, qui plus tard codifiera ces règles, on serre ainsi la vérité de plus près.

L’inquisiteur dispose d’un pouvoir discrétionnaire. Le point essentiel est de ne pas commettre d’irrégularité. Si l’inquisiteur en commet une alors qu’il s’agit de la vie d’un homme, de son honneur, de l’honneur et de la sécurité des siens, son assistant lui donne l’absolution, et tout est dit.

 

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La Cour des Miracles

Posté par francesca7 le 8 avril 2014

250px-Lagniet-grand-coesreLa Cour des Miracles était un royaume intérieur peuplé non seulement de grands criminels mais aussi de truands, malandrins et faux mendiants qui exploitaient la charité publique. Parce que leurs prétendues infirmités disparaissaient comme par miracle, leur repaire, situé au coeur même de la Capitale, avait reçu cette appellation étonnante. En vérité, il y avait des « Cours » dans presque toutes les grandes villes; mais, la plus connue était celle de Paris que nous allons découvrir au XVII’ siècle d’abord, sous Louis XIII, Richelieu et Mazarin, puis, après la mort de ce dernier en 1661, sous le règne du Roi-Soleil, c’est-à-dire à l’époque de sa disparition progressive…
Au début du grand siècle la Cour des Miracles avait en effet acquis une existence de fait. Elle était tolérée et reconnue par les autorités, quelles qu’elles fussent, comme le refuge des malfaiteurs. 
D’ailleurs, en dehors des initiés, et surtout la nuit, nul n’osait s’aventurer dans ces lieux maudits. Passer outre c’était risquer la perte de sa bourse, de ses vêtements ou de sa vie. Pour comprendre pareille situation il est nécessaire de revivre cette époque en se mêlant à la population parisienne, en examinant ses habitudes, ses moeurs, ses motivations, ses problèmes…

paris sous l'ancien regime

Paris est alors une ville très active qui « grouille » d’une population plus ou moins misérable dans sa majorité. Les vauriens de la Cour des Miracles n’ont aucune peine à se glisser parmi elle et à passer inaperçus. La circulation est difficile et « les embarras » multipliés par les rues étroites. Les animaux domestiques circulent librement et leurs excréments se mêlent aux détritus de toutes sortes, dégageant une odeur pestilentielle. Cette population semble avide de jouissances. De la période précédente elle a gardé le goût du sang.
La place Royale est habitée par la fine fleur de la galanterie et par la jeunesse dorée de l’époque. On se bat en duel à toute heure du jour et de la nuit malgré les interdictions. Sur le pavé gluant, le long des édifices noircis ou délabrés qui portent des enseignes de guingois, circulent à grand fracas des carrosses souvent couverts de boue. Des cochers brutaux hurlent en claquant du fouet. L’étranger va loger sur St-Martin ou à la Croix de Fer, puis il découvre le Pont-Neuf en descendant vers la Seine. Le pont ses tours blanches, ses vastes parapets, ses balcons semi-circulaires sont envahis par une foule de marchands, filles, soldats, étudiants « crottés », cavaliers et chaises à porteur. Beaucoup de filles sont des prostituées. La prostitution est d’ailleurs partout. Elle fleurit même au cimetière des Innocents.
Les étudiants viennent de toute l’Europe. Il y a parmi eux, beaucoup de rapins, plus ou moins griveleurs. Ils vivent d’expédients et sont une proie facile pour les usuriers. S’ils ont de l’argent, ils fréquentent les cabarets connus tels « le Riche Laboureur, le Pressoir, la Petite Pucelle ou la Pomme d’Eve »… Cette foule avec ses centaines de filous défile devant « Tabarin » qui « fricasse la farce » à côté de Gautier-Garguille qui chante à tue-tête pour couvrir la voix des bateleurs, bonimenteurs, tondeurs de chiens et petits poètes. Elle comprend aussi beaucoup de laquais et de secrétaires qui, à cette époque, jouent un grand rôle. Ils servent d’intermédiaires entre les nobles, les officiers et le peuple.

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La prise de Cholet

Posté par francesca7 le 8 avril 2014

397px-Cholet_-_Menhir_de_la_Garde_(1)La nouvelle de la levée arrive à Cholet un jour de marché, le samedi 2 mars 1793. Brouhaha, tumulte. Le lendemain, cinq ou six jeunes gens réunis à l’auberge déclarent : Si nous devons servir, nous servirons dans le pays ; nous refusons d’aller aux frontières. Déjà des bousculades se produisent, des coups s’échangent ; des coups de poing en attendant les coups de fusil, ce qui ne va pas tarder. A Beaupréau, la garde nationale, voyant ses chefs menacés, tire ; trois des mutins tombent frappés à mort ; huit sont blessés, dont plusieurs mortellement. Premier sang versé dans la grande lutte qui va mettre aux prises la Vendée et la Convention. Il en coulera des torrents.
Le soulèvement s’est opéré sans chef. Quelques jours plus tard, déjà des chefs apparaissent, des chefs du cru. Voici Perdriau, caporal sous l’Ancien Régime ; il donne les premières leçons à un autre chef qui va faire parler de lui, Cathelineau. Cathelineau, voiturier au Pin-en-Mauge. 
A Chanzeaux, c’est Forest qui prend la tête des rebelles. Il avait suivi dans l’émigration son maître, le marquis de Chanzeaux, et était rentré après la campagne de 1792. C’est Tonnelet, garde-chasse de Maulévrier, comme Stofflet. Demain, ce sera Stofflet lui-même.
Cependant, la colonne paysanne, fière de son succès, s’est précipitée sur les petits bourgs de Begrolles et du May. Les jeunes gens des paroisses limitrophes y sont déjà rassemblés ; ils ont copieusement pillé les maisons des patriotes. Jallais est submergé. Toute la contrée des Mauges se dresse contre la conscription. Les fonctionnaires qui veulent faire respecter la loi sont roués de coups. Le citoyen Duval, procureur-syndic du district de Saint-Florent, monté sur une chaise, essaie de calmer les jeunes gens. Il n’a pas achevé sa harangue qu’il se voit assailli, souffleté, jeté à terre. Le surlendemain, il remonte sur sa chaise ; il en est aussitôt renversé.
Que peuvent les cent cinquante gardes nationaux de Saint-Florent contre six mille manifestants ?
Au 12 mars, toutes les petits villes sont emportées ; bien peu ont échappé ; il reste debout Chemillé et Montjean. Montjean tombera sans fracas, le 14. Chalonnes ne sera pris que le 22 mars par Stofflet ; sa garnison saisie de panique ne combattra même pas, rendra ses armes.

La prise de Chemillé a été célébrée par certains historiens comme un événement extraordinaire. La bande qui s’est emparée de Jallais marche sur cette importante petite cité. Elle a conquis à Chalonnes le fameux canon Je Missionnaire qui va jouer désormais aux yeux des paysans le rôle de fétiche. Le canon prestigieux s’avance sérieusement encadré. Au premier rang de la troupe, les prisonniers ; parmi eux, un curé intrus, un juge de paix.
Perdriau et Cathelineau commandent la colonne. Un certain Bruneau, dit Six-Sous, ancien artilleur de marine, tourne une couleuvrine dont il vient de s’emparer contre les gardes nationaux. Un autre homme contribue à la victoire, l’abbé Barbotin, vicaire au Puy-la-Garde ; il amène ses paroissiens. rudes gars qui ne craignent point les coups. Le Vexilla Regis retentit au-dessus de la mêlée. Le capitaine Poirier, qui commande les gardes nationaux, menacé d’être pris entre deux feux, n’en lutte pas moins désespérément.
— A la baïonnette ! crie Cathelineau.
La baïonnette du Vendéen, c’est la faux emmanchée à revers, c’est le couteau de pressoir au bout d’un bâton, armes terribles et dont le seul aspect épouvante. Le choc est dur un grand nombre de Vendéens tombent, aux abords de la ville, mais Chemillé vaut bien de tels sacrifices.

prise de cholet en 1793
La prise de Chemillé fait prévoir la marche sur Cholet. Le même jour, une masse de cinq à six mille hommes exaltés par Stofflet et Barbotin se dirige sur la capitale du pays des tisserands. Stofflet qui a vu, plein de colère, les gardes nationaux enlever du château de Maulévrier dont il a la garde, douze canons offerts au comte Colbert de Maulévrier par la République de Gênes, vient d’entrer dans la bagarre. Il ne restera pas au second plan.
L’armée s’avance sans ordre, à plein chemin, débordant sur les champs. En cours de route, on récite le chapelet, on chante des cantiques. La garnison de Cholet est commandée par le marquis de Beauvau, le seul noble des Mauges rallié à la Révolution. Il attend dans le manoir de Bois-Grolleau l’arrivée des Vendéens. Il comprend les impossibilités de victoire, quand il aperçoit à l’horizon la masse sombre de l’ennemi. Il veut battre en retraite il n’est plus temps précipitée en avant par son feu intérieur, l’armee vendéenne s’avance si rapidement qu’elle encercle de tous côtés les 400 hommes du marquis de Beauvau.
Quelques citoyens s’enferment dans le château, résolus à lutter jusqu’à la mort. Stofflet les somme de se rendre rendez vos armes et vous aurez la vie sauve. Ils préfèrent périr jusqu’au dernier. C’est la victoire c’est la joie délirante. Le tocsin de Notre-Dame et celui de Saint-Pierre appellent au pillage les communes voisines. Les paysans bourrent leurs poches d’assignats. Parmi les trophées, un canon dont les détonations les avaient, durant la bataille, fortement impressionnés. Ils le nomment le Brutal, en raison de son bruit et le placent à côté du Missionnaire. L’occupation de Cholet durera jusqu’au 15 octobre 1793.

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Aller de porte en porte

Posté par francesca7 le 8 avril 2014

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Signification : Piqueur d’assiette qui va de maison en maison quêter son repas

Origine : Expression française qui aurait existé sous a forme « aller de porte en porte comme le pourceau de Saint-Antoine », faisant allusion à une péripétie du début du XIIème siècle dont fut l’objet du jeune roi Philippe qui chuta de son cheval car un cochon s’embarrassa des jambes de la bête. Le prince de par sa chute trépassa et depuis les pourceaux furent interdits de circulation. Par la suite les porcs de l’abbaye Saint-Antoine furent privilégiés pour ne pas manquer à leur patron.

A partir de XVème siècle, aller de porte en porte changea de sens puisque le terme porte prit le sens de maison ou domicile et faire du porte à porte c’est donc faire du démarchage et vendre des produits. 

L’étymologie en est facile à trouver. Au moment où le jeune roi Philippe, que Louis le Gros, son père, s’était associé, passait à Paris, près de Saint-Gervais, un cochon s’embarrassa dans les jambes de son cheval, qui s’abattit ; ce prince tomba si rudement qu’il en mourut le lendemain, 3 octobre 1131.

Il fut alors défendu de laisser courir des pourceaux dans les rues. Dans la suite, ceux de l’abbaye de Saint-Antoine furent privilégiés, les religieux ayant représenté que ce serait manquer à leur patron que ne pas excepter ses cochons de la règle générale. (Sainte-Foix)

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Dis-moi qui tu hantes

Posté par francesca7 le 8 avril 2014

,
je te dirai qui tu es

 
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Ce sont les fréquentations qui déterminent la personnalité

Ce proverbe, si remarquable dans sa simplicité originale et concise, existe chez la plupart des peuples modernes ; mais il est plus ancien chez les Arabes que chez les autres, car il se trouve textuellement dans le Recueil des sentences d’Ali ibn Abi Talib (VIIe siècle), cousin et gendre de Mahomet, le prophète.

Quant à la pensée qu’il exprime, elle est d’une très haute antiquité. Les premiers sages savaient fort bien qu’on prend les mœurs des personnes qu’on fréquente assidûment, et ils avaient pour maxime qu’on devient bon avec les bons et méchant avec les méchants.

La communication, en effet, a tant d’influence sur l’homme, qu’elle ne lui permet pas d’avoir un caractère à soi. Elle le modifie et lui pétrit une âme sur le moule de ses liaisons. Elle nourrit Achille avec la moelle des lions chez les Centaures, et l’habille en femme parmi les courtisans de Lycomède. On ne saurait donc se tromper en préjugeant de la moralité d’un individu d’après celle de ses intimes. Ils le caractérisent, et c’est en eux qu’il faut le chercher, s’il prend le parti de dissimuler. On doit à coup sûr l’y trouver tel qu’il est.

Noscitur ex socio qui non cognoscitur ex se (Celui qu’on ne connaît point par lui-même se fait connaître par son compagnon).

Puisqu’il est avéré de temps immémorial que les actions humaines sont généralement déterminées moins par la raison que par un penchant naturel à l’imitation, il s’ensuit que la règle la plus importante de l’éducation est de n’offrir à la jeunesse que des exemples dignes d’être imités. Ces exemples peuvent animer d’une généreuse émulation les natures les plus apathiques.

Les Persans disent, dans un proverbe formulé par Saady : Le chien des sept dormants, enfermé avec eux dans la même caverne, finit par devenir un homme ; fait merveilleux que des commentateurs du Coran ont ajouté à la légende chrétienne qui rapporte que sept nobles jeunes gens d’Ephèse, pour se soustraire à la persécution de l’empereur Dèce, se cachèrent dans la cavité spacieuse d’une montagne et y restèrent miraculeusement endormis jusqu’à l’avènement de Théodose le Jeune, téléchargementc’est-à-dire durant cent soixante-dix-sept ans.

Malheureusement les bons exemples n’excitent trop souvent qu’une admiration stérile, tandis que les mauvais ont une contagion dont la force agit même sur les esprits qui semblent les plus propres à y résister par la solidité de leurs principes. C’est une remarque très fine et très judicieuse du moraliste Nicolas Chamfort (1740-1794) que, quelque importuns, quelque insupportables que nous paraissent les défauts de ceux avec qui nous vivons, nous ne laissons pas d’en prendre une partie ; être la victime de ces défauts étrangers à notre caractère n’est pas même un préservatif contre eux.

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Femmes du moyen âge

Posté par francesca7 le 7 avril 2014

le femme à la ville au Moyen Age
Les femmes se passionnent rapidement pour le jeu de cartes dont la grande vogue date du règne de Charles VII. La chose s’explique aisément. Exclues dans une large mesure des jeux d’exercice, ne pouvant jouer aux dés sans être mal vues si elles occupent un certain rang, elles trouvent dans les cartes l’occasion de mêler hasard et réflexion. Il s’agit, en outre, d’un jeu d’intérieur, ce qui leur convient parfaitement. Dans cet intérieur où elles se retrouvent pour bavarder, en particulier le soir à la veillée. Une habitude que n’apprécient guère les autorités ecclésiastiques qui redoutent des indé­cences. Un mandement de 1493 relatif au diocèse de Saint-Brieuc rappelle l’interdiction de tenir de telles réunions «dans notre cité et le diocèse entier».
Si les femmes n’ont pas le droit d’exercer la médecine, quelques-unes pourtant réussissent dans ce domaine, telle Jacqueline Félicie de Almania, connue par le procès que lui intentent les régents de la Faculté de Paris. Elle agit en vrai médecin, mirant les urines et prenant le pouls. Plusieurs patients viennent témoigner en sa faveur, affirmant qu’elle les a guéris, alors que d’autres médecins n’y parvenaient pas. L’un d’eux affirme qu’il a fréquemment entendu l’accusée dire qu’elle s’y connaît davantage en matière de médecine et de chirurgie que les praticiens parisiens les plus renommés. Jacqueline elle-même déclare que l’ordonnance qui est à l’origine du procès a pour but d’empêcher les ignorants d’exercer la médecine; elle ne la concerne donc pas puisqu’elle possède savoir et expérience. En outre, les doctoresses, ajoute-t-elle, sont nécessaires parce que de nombreuses femmes éprouvent de la honte à montrer à des hommes leurs organes intimes.
Des femmes travaillent le cuir, d’autres le métal. En 1415, à Toulouse, les balles des boursiers (fabricants de bourses) poursuivent le ceinturier Hélie Olivier et son épouse Agnès, accusés d’exercer le métier de boursier de façon illégale. Agnès déclare qu’elle est demeurée plus de douze ans en ce métier et le connaît. Une transaction intervient. Moyennant le paiement des frais du procès, des droits d’entrée et l’exécution d’un chef-d’œuvre, Agnès est autorisée à travailler comme boursière, avec un seul apprenti, sans que son mari puisse l’aider. La place des femmes dans l’artisanat est donc loin d’être négligeable.
femmes artisan au Moyen Age
A en juger par les sources, la condition de la femme est pourtant loin d’être toujours agréable. Au cours du Moyen Age, sa condition a d’ailleurs évolué, se détériorant à la fin de cette période. Ainsi, la veuve de l’artisan suscite des réticences, car on voit en elle une concurrente, alors que l’épouse se borne à aider son mari. Pourtant, la situation des femmes médiévales pourrait être enviée par leurs semblables du XIX’ siècle. Il faudra d’ailleurs at­tendre ces dernières décennies pour qu’elles retrouvent dans certains domaines la situation qu’elles occupaient alors.
Aux deux extrémités de sa vie, la femme inspire moins de méfiance : lorsqu’elle est petite fille ou « pucelle » (jeune fille), et lorsqu’elle a pris de l’âge. Le veuvage, en particulier, lui assure la liberté. Après la ménopause on ne craint plus le désir dévorant dont on la croyait habitée auparavant. Elle occupe alors dans la famille, notamment par rapport à son ou ses fils, une position privilégiée, elle ne retombe pas sous la coupe des mâles de la famille. La mère de famille, débarrassée de son mari, exerce un véritable pouvoir sur son entourage, de plus on l’entoure d’attentions, on la respecte, on lui demande conseil. Elle bénéficie d’une autonomie financière grâce au douaire, la part du patrimoine conjugal qui lui a été accordée lors de son mariage. Mariée, la femme disposait de ce bien sous le contrôle de son époux, en particulier pour ses aumônes et ses dons à l’Eglise, une dépense importante pour les deux sexes dans la société médiévale. Cette liberté devient complète dans le veuvage.
Comment devient-on nonne au Moyen Age ? Aujourd’hui quand une femme «prend le voile», selon l’expression consacrée, c’est parce qu’elle le désire. Nous la supposons majeure et libre de ses décisions Il n’en va pas ainsi au Moyen Age. Il y a certainement des jeunes nonnes qui n’ont jamais caressé d’autre rêve, mais on a d’innombrables preuves que les filles sont la plupart du temps placées au monastère par décision paternelle, ce choix pouvant intervenir avant même leur naissance. Un exemple. En 1282, un grand seigneur de Provence, Géraud de Villeneuve, rédige son testament. Il a déjà une fille religieuse; il veut que sa fille Roseline le soit également et il lui constitue la dot correspondante.
Les filles sont cloîtrées très jeunes. Beaucoup ont moins de 7 ans. Le moine cistercien Césaire d’Heister­bach, au début XIII’ siècle, se félicite de cette pratique: «Leur extrême jeunesse, dit-il, préserve la simplicité qui maintient la pureté de leur corps.» On raconte même qu’une enfant était entrée si jeune au cloître que, apercevant un jour une chèvre dressée contre le mur de la clôture, elle avait cru qu’il s’agissait «d’une femme du siècle à qui, avec l’âge, poussent la barbe et des cornes».
religieuses au Moyen Age
L’entrée dans les ordres n’est ni gra tuite ni ouverte à toutes les classes sociales. Le monastère est un moyen de stériliser les rameaux trop abondants tout en s’assurant la bénédiction spirituelle du lignage. Deux conséquences. Malgré des protesta­tions récurrentes pour interdire la simonie, la dot est obligatoire et seules les filles d’un certain niveau social peuvent se cloîtrer. En outre, les monastères sont obligés de poser un numerus clausus car la demande est supérieure à l’offre. Les paysannes qui ont à la fois la vocation et la liberté sont converses, vouées aux gros travaux – religieuses au rabais, vivant dans des bâtiments séparés, non mélangées en tout cas avec les nonnes de choeur.
Mais ces femmes ne  vont pas se joindre aux frères pour évangéliser et convertir. C’est inconcevable, même si Claire en a peut-être rêvé. C’est toute la structure ecclésiologique qui est en jeu, et l’idée qu’une Eglise fondée par les hommes se fait à la fois de la fragilité féminine et du danger que la femme représente pour la vertu masculine. D’abord, la femme est exclue du sacerdoce et donc toujours tributaire des prêtres pour les sacrements. Il n’est pas da­vantage question qu’elle puisse s’instruire dans les universités qui ouvrent aux garçons de nouvelles carrières en développant considérablement le savoir dans les «arts libéraux», la théologie, le droit, la médecine. Saint Paul avait interdit à la femme, «voilée en signe de soumis­sion », d’enseigner et de parler en public. Sa beauté troublerait l’audi­toire, renchérissent les censeurs du XIII’ siècle. Elle ne saurait donc sans scandale courir les rues et encore moins traverser les mers.
Le cas des deux écuyers était impardonnable. En droit féodal, l’adultère commis avec la femme de son seigneur était assimilé au crime de haute trahison et puni de mort. Mais de plus, le crime de frères d’Aunay s’aggravait de lèse-majesté puisqu’il s’agissait de princesses royales. Ils furent savamment et longuement torturés. Philippe d’Aunay finit par avouer qu’il était l’amant de Marguerite, reine de Navarre, et Gainier, de Blanche, comtesse de la Marche. L’un et l’autre, sous l’empire de la douleur, donnèrent tous les détails de leur double liaison qui remontait à deux ans et demi, les lieux de leurs rencontres, les noms de leurs complices. Interrogées, mais non torturées, les princesses commencèrent par nier. Les aveux des frères d’Aunay les confondirent. Marguerite et Blanche reconnurent leur faute. Quant à Jeanne, elle protesta avec tant de véhémence qu’elle impressionna ceux qui l’interrogeaient, mais enfin elle était coupable de ne pas avoir dénoncer les fautives, sinon même d’avoir facilité les rendez-vous.
Marguerite et Jeanne furent dépouillées de leurs atours, tondues et conduites dans la forteresse de Château-Gaillard. Jeanne implora le pardon de Philippe le Bel, réclama vainement un jugement contradictoire. Elle fut menée au château de Dourdan dans un chariot bâché. Tout au long du chemin, elle criait aux passant : « Pour dieux, dites à mon seigneur Philippe que je meurs sans péché ! »
L’exécution des frères d’Aunay eut lieu à Pontoise et fut une boucherie. ils furent roués, écorchés vifs, châtrés, puis décapités et l’on suspendit leurs dépouilles sans tête à un gibet. On rapporte que Blanche et Marguerite, enfermées dans leur chariot, assistèrent à ce supplice. De là, elles gagnèrent Château-Gaillard.
Marguerite fut placée à dessein dans une salle haute, copieusement éventée. Elle passait ses journées à se lamenter, à pleurer. Elle ne put résister à l’humidité glacée et aux courants d’air, et mourut bientôt. Blanche s’accrochait à la vie ; elle espérait obtenir son pardon. On l’avait enfermée dans une salle basse, moins inconfortable. Elle se consola comme elle le put et devint grosse de son geôlier. Au bout de sept ans de captivité, on l’interrogea à nouveau, non pas sur l’adultère avec Gautier d’Aunay, mais parce que son époux voulait faire annuler leur mariage : en droit canonique, l’adultère n’était pas un cas d’annulation ! Au cours de cet interrogatoire, elle se montra fort calme, résignée, presque rieuse. Tant de bonne volonté méritait récompense ! On lui permit de se retirer à l’abbaye de Mauhuisson, où elle mourut en 1326. Quant à Jeanne, ses protestat­ions d’ innocence portèrent leurs fruits. Après la mort de Philippe le Bel, son époux la reprit et, par la suite, elle devint reine de France.

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Femmes d’affaires au moyen âge

Posté par francesca7 le 7 avril 2014

Hildegard_von_BingenAu XI’ siècle, en Bigorre, les femmes sont appelées à discuter des contrats communaux lorsqu’elles sont propriétaires. On connaît l’exemple de la vicomtesse Ermengarde qui reste seigneur du fief de Narbonne, hérité de son père, pendant cinquante ans, à partir de 1134. Détenant le pouvoir effectif malgré des maris successifs, elle commence stratégiquement par s’affranchir de la tutelle du comte de Toulouse pour placer ses biens sous la protection du roi de France. Elle sait se faire obéir et suivre par ses sujets dans ses décisions de chef d’Etat, décidant la guerre et signant les traités.
Pendant la guerre de Cent Ans, alors que leur mari guerroie fièrement, certaines d’entre elles se révèlent de remarquables femmes d’affaires. Eustache de Beauçay, épouse du sire d’Olivet, et Jeanne de Chalon, noble bourguignonne, en sont les plus beaux exemples. A la tête d’un élevage, la première vers 1340, la seconde plus d’un siècle plus tard, elles réussissent toutes deux à négocier la vente et l’achat des bêtes, leur habileté commerciale permettant de faire prospérer leur entreprise et leur domaine. Toutefois, au fil du temps, les hommes se sentent menacés par le pouvoir grandissant des femmes; ils invoquent, lors de l’assemblée des états généraux de février 1317, la loi salique pour les écarter du pouvoir.
 
A l’instar d’Elisabeth de Thuringe, de nombreuses femmes font des dons ou lèguent à leur mort leurs biens et propriétés à l’Eglise, au détriment de leur lignée. Et cela, au grand dam des hommes de la famille qui s’appliquent de plus en plus au cours des siècles à faire intégrer dans la législation le renforcement des droits de tutelle et la limitation des droits de propriété et d’héritage accordés aux femmes.
 Même s’il n’est pas commun au Moyen Age de choisir ou de refuser un époux, le cas d’Aliénor n’est pourtant pas isolé, cette possibilité de décider n’étant cependant que très rare et réservée à l’élite. C’est le cas pour Elisabeth de Thuringe, morte en 1231. Veuve à 20 ans et mère de trois enfants, elle souhaite alors mener sa vie comme elle l’entend et refuse de se remarier, malgré les nombreux prétendants et la pression de sa famille. Il en va de même pour Isabelle de France la Bienheureuse (1225-1270), arrière-petite-fille d’Aliénor par sa mère Blanche de Castille, et qui semble avoir hérité du caractère de son aïeule. Elle se tourne dès son plus jeune âge vers une vie pieuse et re fuse plusieurs prétendants dont Conrad, fils de l’empereur Frédéric II, et Hugues XI de Lusignan. Elle choisit de se tourner vers le couvent et fonde elle-même celui des clarisses de Longchamp en 1259, avant de s’y retirer en 1263.
les femmes et les croisades au Moyen Age
La direction et le fonctionnement de la société n’est-elle pas plus une affaire d’hommes que les croisades. Et ce, contrairement aux récits qu’en ont fait les historiens. Une multitude de femmes se sont engagées dans les rangs des croisés, souvent aux côtés de leur chevalier de mari. Anne Comnène, fille de l’empereur Alexis, relate l’arrivée des premiers croisés à Byzance. Elle décrit un certain nombre de femmes nobles à cheval ou en litière et d’autres cheminant à pied avec les hommes. Loin d’être des épouses faibles et soumises entraînées malgré elles par leur mari, certaines vont au contraire jusqu’à combattre auprès des soldats, équipées comme eux. Ainsi les épouses des Normands de Sicile, ou Ida d’Autriche qui se joint à Guillaume le Troubadour pour la première croisade, ou encore Florine, fille du duc Eudes I » de Bourgogne qui aurait combattu et rendu l’âme aux côtés de son fiancé Suenon, fils du roi de Danemark. Anne Comnène est frappée en particulier par la Normande Sichelgaïte, épouse de Robert Guiscard, capable de combattre comme un soldat, allant même jusqu’à pour­suivre les déserteurs pour les ramener sur le champ de bataille.
Lors du siège de Saint-Jean-d’Acre en 1191, le chroniqueur Jordan Fatosme raconte que les femmes «montèrent aux remparts et portèrent les munitions; il n’y avait aucune fille ni femme qui ne portât sa pierre jusqu’au rempart pour la jeter». Cela dit, la plupart d’entre elles assument plutôt un rôle actif de soutien et d’encouragement, participant aux travaux des hommes, leur apportant l’eau et les vivres et soignant les blessés. Mais elles ne sont pas plus épargnées qu’eux par les combats ou par les famines. Elles sont tuées ou faites prisonnières par centaines, voire réduites à l’esclavage lors de la chute des Etats de Terre sainte.

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L’amateur de livres

Posté par francesca7 le 7 avril 2014

 

par
Charles Nodier

~ * ~

QUICONQUE est loup agisse en loup,
C’est le plus certain de beaucoup.

220px-Latin_dictionaryCe que La Fontaine a dit du loup, je le dirai volontiers du pédant. Savez-vous rien de plus lourd qu’un pédant qui veut être léger, de plus maussade qu’un pédant qui veut être gracieux ? et s’il me prenait envie de faire de l’esprit en huit pages, moi qui ai juste ce qu’il faut d’esprit pour distinguer le prétérit de l’aoriste, ne me renverriez-vous pas à mes diphtongues ?

J’aime mieux vous prévenir tout d’abord que cet article sera piquant comme un colloque de Mathurin Cordier ou comme un chapitre de Despautère. Dieu, la nature et l’Académie ont renfermé mon imagination dans ces étroites limites qu’elle ne franchira plus. Plus heureux que moi, qui ne peux me dispenser d’écrire, puisque ainsi l’a décidé un libraire trop exigeant, vous pouvez vous dispenser de me lire. Son dessin était fait, sa planche était tirée, il ne manquait plus qu’une longue et inutile élucubration à sa livraison incomplète. Eh bien ! la voici : mais vous y chercheriez inutilement un de ces portraits ingénieux auxquels vos écrivains favoris vous ont accoutumé. Si vous êtes curieux de voir le bouquiniste représenté dans une esquisse fine et originale, n’allez pas plus loin, je vous prie, et tenez-vous-en au modeste conseil de Mathieu Laensbergh : « Voyez-en la représentation ci-contre. »

L’amateur de livres est un type qu’il est important de saisir, car tout présage qu’il va bientôt s’effacer. Le livre imprimé n’existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s’accumule déjà dans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe. La civilisation est arrivée à la plus inattendue de ses périodes, l’âge du papier. Depuis que tout le monde fait le livre, personne n’est fort empressé de l’acheter. Nos jeunes auteurs sont d’ailleurs en mesure de se fournir à eux seuls d’une bibliothèque complète. Il n’y a qu’à les laisser faire.

A considérer l’amateur de livres comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile.

Le bibliophile est un homme doué de quelque esprit et de quelque goût, qui prend plaisir aux oeuvres du génie, de l’imagination et du sentiment. Il aime cette muette conversation des grands esprits qui n’exige pas de frais de réciprocité, que l’on commence où l’on veut, que l’on quitte sans impolitesse, qu’on renoue sans se rendre importun ; et, de l’amour de cet auteur absent dont l’artifice de l’écriture lui a rendu le langage, il est arrivé sans s’en apercevoir à l’amour du symbole matériel qui le représente. Il aime le livre comme un ami aime le portrait d’un ami, comme un amant aime le portrait de sa maîtresse ; et, comme l’amant, il aime à orner ce qu’il aime. Il se ferait scrupule de laisser le volume précieux, qui a comblé son coeur de jouissances si pures, sous les tristes livrées de la misère, quand il peut lui accorder le luxe du tapis et du maroquin. Sa bibliothèque resplendit de dentelles d’or comme la toilette d’une favorite ; et, par leur apparence extérieure elle-même, ses livres sont dignes des regards des consuls, ainsi que le souhaitait Virgile.

Alexandre était bibliophile. Quand la victoire eut placé dans ses mains les riches cassettes de Darius, il pouvait y renfermer les plus rares trésors de la Perse. Il y déposa les oeuvres d’Homère.

Les bibliophiles s’en vont comme les rois. Autrefois les rois étaient bibliophiles. C’est à leurs soins que nous devons tant de manuscrits inestimables dont une munificence éclairée multipliait les copies. Alcuin fut le Gruthuyse de Charlemagne, comme Gruthuyse l’Alcuin des ducs de Bourgogne. Les beaux livres de François Ier porteront aussi loin que ses monuments la renommée de ses salamandres. Henri II confiait le secret de son chiffre amoureux aux magnifiques reliures de sa librairie, comme aux somptueuses décorations de ses palais. Les volumes qui ont appartenu à Anne d’Autriche, font encore, par leur chaste et noble élégance, les délices des connaisseurs.

L’amateur de livres dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-Honor%C3%A9_Daumier_007Les grands seigneurs et les gens notables de l’état se conformaient au goût du souverain. Il y avait alors autant d’opulentes bibliothèques que de familles à écussons et à pannonceaux. Les Guise, les d’Urfé, les de Thou, les Richelieu, les Mazarin, les Bignon, les Molé, les Pasquier, les Séguier, les Colbert, les Lamoignon, les d’Estrées, les d’Aumont, les la Vallière, ont rivalisé, presque jusqu’à nos jours, d’utiles et savantes richesses ; et je nomme au hasard quelques-uns de ces nobles bibliophiles pour m’épargner le soin fastidieux de nommer tout le monde. Nos successeurs ne seront pas si embarrassés.

Bien plus, la finance elle-même, la finance aima les livres ! elle a beaucoup changé depuis. Le trésorier Grollier influa plus à lui seul sur les progrès de la typographie et de la reliure que ne le feront jamais nos chétives médailles et nos budgets littéraires, si économes pour les lettres. Son exemple fut suivi de Zamet à Montauron, et de celui-ci à Samuel Bernard, Paris et Crevenna. Un simple marchand de bois, M. Girardot de Préfond, releva sa noblesse un peu équivoque par cet honorable emploi de l’argent, qui lui assure du moins l’immortalité des bibliographies et des catalogues. Nos banquiers n’en sont pas jaloux.

Il y a quelque temps qu’un de mes amis visitait un de ces capitalistes à millions, entre les mains desquels circulent incessamment tous les trésors de l’industrie et du commerce, pour y rentrer augmentés d’une large récolte d’or. Impatient d’échapper au faste qui l’éblouissait, il témoigna le désir de se réfugier dans la bibliothèque : « La bibliothèque ? dit le Crésus, n’allez pas plus loin, la voici. » Cette bibliothèque se réduisait en effet à un portefeuille énorme, enflé de billets de banque. « Pensez-vous, ajouta le financier avec la fatuité railleuse d’un sot qui a eu l’esprit de devenir riche, que les bibliothèques les plus célèbres du monde renferment un volume de cette valeur ? » Il n’y a rien à répondre à cette question, sinon que l’homme qui possède un pareil volume est bien malheureux de ne pas trouver du plaisir à en acheter d’autres.

Le bibliophile ne se trouve plus dans ces classes élevées de notre société progressantes (je vous demande pardon pour ce hideux participe, mais il passera, si vous voulez bien le permettre, avec le verbe progresser) ; le bibliophile de notre époque, c’est le savant, le littérateur, l’artiste, le petit propriétaire à modiques ressources ou à fortune congrue, qui se désennuie dans le commerce des livres de l’insipidité du commerce des hommes, et qu’un goût déplacé peut-être, mais innocent, console plus ou moins de la fausseté de nos autres affections. Mais ce n’est pas lui qui pourra former d’importantes collections, et trop heureux, hélas ! si ses yeux mourants s’arrêtent encore un moment sur la sienne ; trop heureux s’il laisse ce faible héritage à ses enfants ! J’en connais un, et je vous dirais son nom si je voulais, qui a passé cinquante ans de sa laborieuse existence à travailler pour se composer une bibliothèque, et à vendre sa bibliothèque pour vivre. Voilà le bibliophile, et je vous notifie que c’est un des derniers de l’espèce. Aujourd’hui l’amour de l’argent a prévalu : les livres ne portent point d’intérêt.

L’opposé du bibliophile, c’est le bibliophobe. Nos grands seigneurs de la politique, nos grands seigneurs de la banque, nos grands hommes d’état, nos grands hommes de lettres sont généralement bibliophobes. Pour cette aristocratie imposante que les heureux perfectionnements de la civilisation ont fait prévaloir, l’éducation et les lumières du genre humain datent tout au plus de Voltaire. Voltaire est à leurs yeux un mythe dans lequel se résument l’invention des lettres par Trismégiste, et l’invention de l’imprimerie par Guttemberg. Comme tout est dans Voltaire, le bibliophobe ne se ferait pas plus de scrupule qu’Omar de brûler la bibliothèque d’Alexandrie. Ce n’est pas que le bibliophobe lise Voltaire, il s’en garde bien ; mais il se félicite de trouver en Voltaire un prétexte spécieux à son dédain universel pour les livres. A l’avis du bibliophobe, tout ce qui n’est plus brochure est déjà bouquin ; le bibliophobe ne tolère sur les tablettes négligées de son cabinet que le papier qui sue et les pages qui maculent, sauf à se débarrasser de ce fatras de chiffons humides, tribut stérile de quelques muses affamées, entre les mains du colporteur qui les paie au-dessous du poids ; car le bibliophobe reçoit l’hommage d’un livre et le vend. Je n’ai pas besoin de dire qu’il ne le lit pas et qu’il ne le paie jamais.

Il y a quelque dizaine d’années qu’un étranger, homme de génie, se trouva surpris dans un café de Paris, à la suite de son déjeuner, par un de ces désappointements ridicules auxquels les esprits profondément préoccupés sont trop sujets. Il avait oublié sa bourse, et cherchait inutilement dans son portefeuille un misérable poundégaré, quand ses yeux tombèrent, parmi les adresses éparses dans son album, sur celle de je ne sais quel seigneur suzerain d’un million d’écus, dont la porte était voisine. Il écrit au noble Turcaret, lui demande 20 francs d’emprunt pour une heure, charge un garçon de sa lettre, attend, et reçoit pour toute réponse le noninflexible du cardinal à Maynard. Un ami providentiel survient heureusement, et le tire d’embarras. Cette anecdote est jusqu’ici  trop commune pour mériter qu’on la raconte, mais elle n’est pas finie. L’homme de génie devint célèbre, ce qui arrive quelquefois au génie, et puis il mourut, ce qui arrive toujours, tôt ou tard, à tout le monde. La renommée de ses ouvrages pénétra jusque dans les salons de la Banque, et le prix de ses autographes, qui ne fut pas coté à la Bourse, fit quelque sensation dans les ventes. Je l’ai vu, ce noble et utile appel à l’urbanité française, se payer 150 fr. dans un encan où le richard l’avait furtivement glissé, pour tenter le caprice des amateurs, et je serais bien étonné si ce petit capital n’était pas triplé aujourd’hui dans des mains si discrètes et si intelligentes. Ceci prouve qu’un bienfait refusé n’est pas plus perdu qu’un autre. On sait que j’ai toujours aimé à mêler quelque trait de morale dans mes moindres historiettes.

Il est une espèce de bibliophobe auquel je puis pardonner sa brutale antipathie contre les livres, la plus délicieuse de toutes les choses du monde après les femmes, les fleurs, les papillons et les marionnettes ; c’est l’homme sage, sensible et peu cultivé, qui a pris les livres en horreur pour l’abus qu’on en fait et pour le mal qu’ils font. Tel était mon noble et vieux compagnon d’infortune, le commandeur de Valois, quand il me disait, en détournant doucement de la main le seul volume qui me fût resté (c’était, hélas ! Platon) : « Arrière, arrière, au nom de Dieu ! ce sont ces drôles-là qui ont préparé la révolution ! Aussi, ajoutait-il fièrement après avoir relevé avec quelque coquetterie le poil de sa moustache grise, je puis prendre le ciel à témoin que je n’en ai jamais lu un seul. »

Ce qui distingue le bibliophile, c’est le goût, ce tact ingénieux et délicat qui s’applique à tout, et qui donne un charme inexprimable à la vie. On oserait garantir hardiment qu’un bibliophile est un homme à peu près heureux, ou qui sait ce qu’il faudrait faire pour l’être. L’honnête et savant Urbain Chevreau a décrit merveilleusement ce bonheur, en parlant de lui-même, et je lui en fais mon compliment. Vous serez de mon avis, si vous voulez l’écouter un moment à ma place, et vous savez déjà que vous n’y perdrez pas. « Je ne m’ennuie point, dit-il, dans ma solitude, où j’ai une bibliothèque assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des livres. On y peut trouver généralement tous les Grecs et tous les Latins, de quelque profession qu’ils aient été, orateurs, poëtes, sophistes, rhéteurs, philosophes, historiens, géographes, chronologistes, les pères de l’Église, les théologiens et les conciles. On y voit les antiquaires, les relations les plus curieuses, beaucoup d’Italiens, peu d’Espagnols, les auteurs modernes d’une réputation établie ; et le tout dans une fort grande propreté. J’y ai des tableaux, des estampes ; un grand parterre tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers, et dans un salon, des musiciens domestiques, qui, par leur ramage, ne manquent jamais de m’éveiller, ou de me divertir dans mes repas. La maison est neuve, et bien bâtie ; l’air en est sain, et pour m’acquitter de mon devoir, j’ai trois églises à côté de mes deux portes cochères. »

Si Urbain Chevreau avait vécu du temps de Sylla, je ne sais pas trop si le sénat aurait osé proclamer Sylla le plus heureux des hommes de la terre : mais je suis porté à le croire, car il est bien probable qu’un homme comme Urbain Chevreau n’aurait pas été connu du sénat. Remarquez, en effet, que ce digne Urbain Chevreau, l’objet et le modèle de mes plus chères études, l’enchantement de mes plus agréables lectures, præsidium et dulce decus meum, a oublié ou méconnu, dans ce charmant tableau d’une existence digne d’envie, ce que sa félicité avait de plus précieux et de plus rare. Il était plus savant que les savants de son temps, qui étaient si savants ; il était plus lettré que les lettrés ; il faisait des vers qui valaient les meilleurs vers, et de la prose si pleine, si abondante et si facile, qu’on croit l’entendre quand on le lit. Que de périls à éviter ! que d’obstacles à vaincre pour être heureux ! il fut heureux parce qu’il sut se contenter de sa fortune et se passer de la gloire. On l’oublia tellement de son temps, qu’il ne fut pas de l’Académie ; mais la haine l’avait laissé en paix comme la faveur, et il mourut paisible, entre ses fleurs et ses livres, à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Que la terre soit légère au plus aimable et au plus érudit des bibliophiles, comme dit la petite phrase épicédique aujourd’hui consacrée. Mais que sont devenus ses livres, les livres si choisis et si propres d’Urbain Chevreau, dont aucun catalogue récent n’a fait mention ? C’est là une question vive, pressante, incisive, et dont on s’occupera beaucoup dans le monde social, quand le monde social ne s’occupera plus des sots non-sens de philosophie humanitaire et de méchante politique dont il est infatué.

Le bibliophile sait choisir les livres ; le bibliomane les entasse. Le bibliophile joint le livre au livre, après l’avoir soumis à toutes les investigations de ses sens et de son intelligence ; le bibliomane entasse les livres les uns sur les autres sans les regarder. Le bibliophile apprécie le livre, le bibliomane le pèse ou mesure. Le bibliophile procède avec une loupe, et le bibliomane avec une toise. J’en connais certains qui supputent les enrichissements de leur bibliothèque par mètres carrés. 

L’innocente et délicieuse fièvre du bibliophile est, dans le bibliomane, une maladie aiguë poussée au délire. Parvenue à ce degré fatal de paroxysme, elle n’a plus rien d’intelligent, et se confond avec toutes les manies. Je ne sais si les phrénologistes qui ont découvert tant de sottises ont découvert jusqu’ici dans l’enveloppe osseuse de notre pauvre cervelle l’instinct de collectivité, si développé dans plusieurs pauvres diables de ma connaissance. J’en ai vu un, dans ma jeunesse, qui faisait collection de bouchons de liége, anecdotiques ou historiques, et qui les avait rangés par ordre, dans son immense galetas, sous des étiquettes instructives, avec indication de l’époque plus ou moins solennelle où ils avaient été extraits de la bouteille ; exemplum ut : « M. LE MAIRE, CHAMPAGNE MOUSSEUX DE PREMIÈRE QUALITÉ ; NAISSANCE DE SA MAJESTÉ LE ROI DE ROME. » Le bibliomane doit avoir à peu près la même protubérance.

Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. Du bibliophile au bibliomane, il n’y a qu’une crise. Le bibliophile devient souvent bibliomane, quand son esprit décroît ou quand sa fortune s’augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés ; mais le premier est bien plus commun que l’autre. Mon cher et honorable maître, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et difficile, avant d’amasser dans six maisons à six étages six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme les pierres des murailles cyclopéennes, c’est-à-dire sans chaux et sans ciment, mais qu’on aurait pu aussi prendre de loin pour des tumuli gaulois. C’était, en effet, de véritables bibliotaphes. Je me souviens qu’en voyageant un jour avec lui parmi ces obélisques mal calés, et dont la prudente science de M. Lebas n’avait pas assuré l’aplomb, je m’informai curieusement d’un livre unique, dont ma respectueuse amitié s’était empressée de lui céder la possession dans une vente célèbre. M. Boulard me regarda fixement, avec cet air de bonhomie gracieuse et spirituelle qui lui était particulier ; et, frappant du bout de sa canne à pomme d’or une de ces masses énormes, rudis indigestaque moles, puis une seconde et une troisième : « Il est là, me dit-il, ou bien là, ou là. » Je frémis à l’idée que la malencontreuse plaquette avait disparu pour toujours, peut-être, sous dix-huit mille in-folio, mais ce calcul ne me dit pas négliger l’intérêt de mon salut. Les piles géantes, ébranlées dans leur équilibre incertain par le bout de la canne de M. Boulard, se balançaient sur leurs bases d’une manière menaçante, et leur sommet vibra longtemps comme la flèche légère d’une cathédrale gothique, à la volée des cloches ou aux assauts de la tempête ; j’entraînai M. Boulard, et je m’enfuis avant qu’Ossa ne fût tombé sur Pélion, ou Pélion sur Ossa. Aujourd’hui même, quand je pense que les Bollandistes ont failli s’écrouler tous à la fois, et de vingt pieds de haut, sur ma tête, je ne me rappelle pas ce péril sans une pieuse horreur. Ce serait abuser des mots que d’appeler bibliothèques ces épouvantables montagnes de livres qu’on ne peut attaquer qu’avec la sape, et soutenir qu’avec l’étançon.

Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum.

 dans LITTERATURE FRANCAISELe bibliophile ne doit pas se confondre avec le bouquiniste, dont nous allons parler, et cependant le bibliophile ne dédaigne pas de bouquiner quelquefois. Il sait que plus d’une perle s’est trouvée dans le fumier, et plus d’un trésor littéraire sous une grossière enveloppe. Malheureusement ces bonnes fortunes sont fort rares. Quant au bibliomane, il ne bouquine jamais, parce que bouquiner, c’est encore choisir. Le bibliomane ne choisit point, il achète.

Le bouquiniste proprement dit est ordinairement un vieux rentier ou un professeur émérite, ou un homme de lettres passé de mode, qui a conservé le goût des livres, et qui n’a pas su conserver assez d’aisance pour en acheter. Celui-là est sans cesse à la recherche de ces bouquins précieux, raræ aves in terris, que le hasard capricieux peut avoir cachés d’aventure dans la poussière d’une échoppe, diamants sans monture que le vulgaire confond avec la verroterie, et qui ne s’en distinguent qu’au regard judicieux du lapidaire. Avez-vous entendu parler de cet exemplaire de l’Imitation de Jésus-Christ, que Rousseau demandait en 1763 à son ami M. Dupeyrou, qu’il annotait, qu’il ornait de sa signature, et dont un des feuillets se trouve marqué d’une pervenche sèche, la vraie pervenche, la pervenche originale que Rousseau avait recueillie la même année sous les buissons des Charmettes ? M. de Latour est possesseur de ce bijou de modeste apparence qui ne serait pas surpayé au poids de l’or, et qui lui a coûté 75 centimes. Voilà une délicieuse conquête ! Je ne sais toutefois si je n’aimerais pas autant le vieux volume de Théagène et Chariclée, que Racine abandonna en riant à son professeur : « Vous pouvez, lui dit-il, brûler celui-là ; maintenant je le sais par coeur. » Si ce joli petit livre n’est plus sur les quais, avec la signature élégante et les notes grecques en caractères mignons qui le feront distinguer entre mille, je vous réponds qu’il y a passé. Et que diriez-vous de l’édition originale du Pédant joué de Cyrano, avec les deux scènes que vous savez, enfermées dans une large accolade, et cette simple note de Molière, griffonnée sur la marge : « Ceci est à moi. » Ce sont là les douces joies, et le plus souvent, il faut en convenir, les merveilleuses illusions du bouquiniste. Le savant M. Barbier, qui a publié tant d’excellentes choses sur les anonymes, et qui en a tant laissé à dire, avait promis une bibliographie spéciale des livres précieux ramassés pendant quarante ans sur les quais de Paris. La perte de ce manuscrit serait fort à regretter pour les lettres, et surtout pour les bouquinistes, ces habiles et ingénieux alchimistes de la littérature, qui rêvent partout la pierre philosophale, et qui en trouvent de temps en temps quelques morceaux, sans prendre grand souci de les faire enchâsser richement dans des reliures fastueuses. Le bouquiniste croit toute sa vie posséder ce que personne ne possède, et ses épaules se soulèveraient de pitié devant l’écrin du grand Mogol ; mais le bouquiniste a de puissantes raisons pour ne pas relever ses richesses de la vaine apparence d’une richesse étrangère, et il déguise son motif secret sous un prétexte assez spécieux. « La livrée de l’âge, dit-il, sied aux vieilles productions de la typographie, comme la patine au bronze antique. Le bibliophile qui envoie ses livres à Bauzonnet ressemble à un numismate qui ferait dorer ses médailles. Laissez le vert-de-gris à l’airain, et le cuir éraillé aux bouquins. » Ce qu’il y de vrai au fond de tout cela, c’est que les reliures de Bauzonnet sont fort chères, et que le bouquiniste n’est pas riche. N’enluminez pas la beauté d’un fard presque sacrilége, et n’abandonnez pas les livres aux opérations dangereuses de la restauration, quand ils peuvent s’en passer, mais croyez fermement qu’aux livres comme aux belles, la parue ne nuit en rien.

Le nom du bouquiniste est un de ces substantifs à sens double qui abondent malheureusement dans toutes les langues. On appelle également bouquiniste l’amateur qui cherche des bouquins, et le pauvre libraire en plein air qui en vend. Autrefois, le métier de celui-ci n’était pas sans considération et sans avenir. On a vu le marchand de bouquins s’élever du modeste étalage de la rue, ou de la frileuse exposition d’une échoppe nomade, jusqu’aux honneurs d’une petit boutique de six pieds carrés. Tel fut naguère ce Passard dont la mémoire vit peut-être encore dans la rue du Coq. Et qui pourrait avoir oublié Passard, avec ses cheveux coupés de près, sa courte queue en trompette, son gros oeil fauve et saillant, et le petit oeil bleu enfoncé qu’un jeu bizarre de la nature avait opposé à l’autre, pour que le signalement de Passard n’eût rien à envier à son caractère en originalité excentrique ? Lorsque Passard, l’angle droit de sa bouche relevé par une légère convulsion sardonique, était en humeur de parler ; quand son petit oeil bleu commençait à pétiller d’un feu malin qui n’enflammait jamais son gros oeil éteint, vous pouviez vous attendre à voir se dérouler devant vous toute la chronique scandaleuse de la politique et de la littérature pendant quarante années historiques. Passard, qui avait colporté, sous le bras, sa boutique ambulante, du passage des Capucines au Louvre, et du Louvre à l’Institut, avait tout vu, tout connu, tout dédaigné du haut de son orgueil de bouquiniste. Et cependant Passard n’était pas l’homme d’Horace, dicendi bona mala locutus ; il n’en était que la moitié. La mémoire de Passard ne se rappelait que le mal ; mais, avec quelle verve ironique, et quelquefois éloquente, il stigmatisait de son mépris les noms les plus illustres, c’est ce qu’il faut avoir entendu pour le croire. » Mirabeau cependant ? lui dis-je timidement un jour. – Mirabeau, me répondit fièrement Passard en se campant sur le pied droit, était un stupide polisson. » Je me hâte de déclarer, pour l’acquit de ma conscience, que ceci ne prouve rien, si Passard ne connaissait pas mieux les hommes qu’il ne connaît les livres. Ce qu’il y a d’incontestable pour les bouquinistes amateurs qui l’ont visité si souvent, c’est que sa conversation était beaucoup plus curieuse que ses bouquins.

J’ai cité Passard, bouquiniste obscur dont le nom ne brillera jamais dans une biographie ; Passard, qui est, selon toute apparence, le Brutus, le Cassius, le dernier des bouquinistes. Le bouquiniste des ponts, des quais et des boulevards, pauvre créature équivoque, anomale, étiolée, qui ne vit plus qu’à demi de ses bouquins méconnus, est tout au plus l’ombre du bouquiniste : le bouquiniste est mort.

Cette grande catastrophe sociale, la mort du bouquiniste, était un des résultats infaillibles du progrès : douce et innocente superfétation de la bonne littérature, le bouquiniste devait finir avec elle. Dans cet âge d’ignorance auquel nous avons eu le bonheur d’échapper, le libraire était, en général, un homme capable d’apprécier ses publications, qui les faisait imprimer sur un bon papier solide, élastique et sonore, et qui les faisait recouvrir, quand elles en valaient la peine, d’un bon cuir imperméable, assujetti par une bonne colle et par une bonne couture. Si le livre tombait par hasard dans le domaine du bouquiniste, il n’était pas perdu pour cela. Basane, veau ou parchemin, sa reliure brûlée et racornie aux feux du soleil, imbibée, détendue et ramollie par les averses, revêtue par le vent d’une couche épaisse de poussière qui devient de la boue quand il pleut, protégeait longtemps encore, sous un abri fort disgracieux au regard, les visions du philosophe ou les rêveries du poëte. Aujourd’hui, ce n’est plus cela. Le libraire du progrès sait que la gloire viagère des livres qu’il publie n’a guère plus de durée probable que la vie des moucherons du fleuve Hypanis, et qu’à peine baptisée par la réclame, elle sera enterrée dans trois jours avec le feuilleton. Il couvre d’un papier jaune ou vert son papier blanc noirci d’encre, et il abandonne le spongieux chiffon à toutes les intempéries des éléments. Un mois après le honteux volume gît dans les caisses de l’étalagiste, à la merci d’une belle pluie matinale. Il s’humecte, s’abreuve, se tord, se marbre çà et là de larges zônes mordorées, retourne peu à peu à l’état de bouillie dont il est sorti, et n’a presque plus de préparation à subir pour tomber sous le pilon du cartonnier. L’histoire des livres du progrès est tout entière là-dedans.

Le bouquiniste aux vieux et nobles bouquins n’a rien de commun avec ce triste marchand de papier mouillé qui étale, en haillons moisissants, quelques lambeaux de livres nouveaux. Le bouquiniste est mort, vous dis-je, – et quant aux brochures qui ont remplacé ses bouquins, il n’en restera pas de souvenir dans vingt ans. On peut bien m’en croire, car j’y suis pour trente volumes.

Et puis faites-moi la grâce de me le dire, si vous le savez, que restera-t-il dans vingt ans ?                                   

CHARLES NODIER.

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Les cloches et clochers du XVIII° siècle

Posté par francesca7 le 6 avril 2014

 

burel_francoisVers le commencement du XVIII° siècle, pensons-nous (papiers allant de 1687 à 1740), marché fut passé, par les Carmélites de Pont-à-Mousson, « avec CHARLES CUNY, fondeur d’artillerie à Nancy, pour la façon de deux cloches ». Celle de Tollaincourt porte : « LES PERRIN m’ont fait en 1 708″. « IGNACE-JOSEPH THOUVENEL, Les PÉKIN et FRANÇOIS BROIT, fondeurs à Outremécourt, proche la Mothe en Lorraine, ont fait en 1708 la cloche de la Neuville-en-Hez (Oise). »Une clochette, à l’évêché de Saint-Dié, porte, avec la date 1720, le nom de son fondeur : « NICOLAS FERRY à Saint­Diey « . Vers cette époque, une famille BUREL parait avoir joui d’une grande réputation FRANÇOIS et JEAN-BAPTISTE LES BUREL ont leur marque sur les deux grosses cloches de l’église Saint-Étienne de Saint-Mihiel ; elles furent faites, ainsi qu’une troisième, détruite à la Révolution, en 1722 ; M. Dumont atteste que ces fondeurs étaient de Neufchâteau. Ces trois cloches eurent pour parrain et marraine le prince héritier de Lorraine et l’une de ses soeurs. « FRANÇOIS BUREL fondit en 1723 l’ancienne grosse cloche de Mattaincourt (Vosges) ».

http://www.francois-burel.com/biographie.htm

Suivant une communication , une cloche de Mattaincourt laissait lire : « E et B LES BURNEL (sic) nous ont faite (sic), 1725″. Les noms BUREL et BARBIER reviendront encore un peu plus loin (17!3). »CLAUDE BROCARD, JEAN-BAPTISTE LES BROCARD, F. POISSON et A. DE LA PAIX ont fondu une cloche à Bayeux en 1727″. Un fondeur nommé QUEYRAT, habitant probablement Nancy, fit, en 1733, une cloche pour l’église Saint-Nicolas de cette ville , puis, en 1742 , la plus forte de celles de la cathédrale ; il en avait fait une aussi (papiers de 1723-1742) pour la collégiale Saint-Georges . »J.-B. BARBIER fit, en 1743, l’ancienne cloche d’Auzainvilliers (Vosges) ». Il est , sans doute, le même que JEAN BARBIER »qui , avec »LES BUREL », fondit, en 1747 , la cloche Stanislas de l’église Saint-Epvre, à Nancy. Une cloche à Fermont porte la date de 1746 et le nom de Les cloches et clochers du XVIII° siècle dans CLOCHES de FRANCEBARBIER. Le gros timbre de l’église Saint-Epvre à Nancy offrait cette inscription : « Entrepris par nous JOSEPH et CLAUDE LES DERANTON. Fait à Nancy par FRANÇOIS DESPOIS, fondeur, 1751″.CLAUDE ALLIOT fondit en 1752 une petite cloche, encore existante, pour l’église paroissiale de Saint-Mihiel , la marque porte le nom de SIMON ALLIOT, qui était peut-être le père de Claude. 

 Ces fondeurs étaient de Ligny-en-Barrois. En 1754 et 1766, un fondeur lorrain, de Chaumont-la-Ville, nommé JEAN-BAPTISTE CHRESTIENNOT, fit à Toulouse plusieurs cloches, qui furent très appréciées. Les premières étaient destinées à l’abbaye bénédictine de la Daurade; les religieux, dit un manuscrit contemporain, ayant vu un fondeur de la ville manquer, deux fois de suite, les deux grosses cloches, « furent obligés … de faire venir un fondeur étranger, Lorrain d’origine, comme il a paru, appelé Chretiennot ». il fondit d’abord cinq cloches, le 2 mai 1754 : malgré « une plage épouvantable », les religieux « virent avec admiration le fondeur intrépide fondre cinq cloches d’un seul jet, réussir à merveille; les détourner le lendemain à l’aspect d’une multitude infinie, qui prêta volontiers la main pour les exposer à la vue de tous … Ces cloches, aussi belles qu’on puisse le désirer, ont fait l’admiration de tous ceux qui les ont vues ». Le 22 juin suivant, dix autres cloches furent coulées avec autant de succès. Douze ans plus tard , en 1766 , le môme fondeur fit quatre cloches pour le Palais de justice : le Parlement, dit un contemporain, voulut « profiter de l’habileté d’un homme nommé Chrestiennot, fondeur de cloches de Chaumont la ville en Lorraine, le même qui fondit ci-devant toutes les cloches de la Daurade. … »

 

Sur la grosse cloche, refondue le 29 novembre, ou lisait ainsi le nom du fondeur : « JOANNE BAP­TISTA CHRESTIENNOT Lotharingio ». Les trois autres, pour la sonnerie des heures, furent coulées le dernier jour du même mois. Vers 1760 (pièces de 1758 à 1762), l’abbaye de Haute-Seille fit « marché … avec CLAUDE ROZIER, fondeur de cloches à Breuvannes, bailliage de Bourmont, pour refondre la grosse cloche de l’abbaye ». Quelques années plus tard (pièces de 1767 à 1770), le même monastère passe « marché avec J.-B. FOURNEAU, fondeur à Lunéville, pour la refonte de deux cloches ». Un fondeur nommé GUILLEMIN, d’Aubrévannes, fit, en 1756, deux ban-cloches pour la cathédrale de Verdun, « dans la proportion et les tons de celle de Saint-Germain-des-Prés de Paris ». Il fondit, en 1759, celle de Régneville. Plusieurs cloches de l’abbaye de Saint-Vanne, à Verdun, avaient été faites par « PIERRE GUILLEMIN, fondeur d’Aubrévannes sous Choiseul en Lorraine ». Un fondeur de Pont-à-Mousson, FRANÇOIS LACHAUSSÉE, travaillait vers la même époque. En 1760, par ordre du chapitre de la Primatiale de Nancy, une somme fut payée « à FRANÇOIS LACHAUSSÉE, fondeur, pour la refonte du gros timbre de l’horloge, et au sieur DERANTON pour la répétition faite à l’horloge ». Une cloche portait . »LACHAUSSÉE m’a faite en 1760″. On connait aussi un marché passé (pièces de 1702 à 1790) par les Bénédictins anglais de Dieulouard « avec FRANÇOIS LACHAUSSÉE, fondeur à Pont-à-Mousson, pour fondre trois cloches avec les deux qui étaient dans le clocher ».

La cloche de Thiaucourt date de 1762 ; on y lit : « Simon et FRANÇOIS LES ALLIOT de Ligay nous ont faits ». Un sieur PERNELLE, de Pompierre, fournit, en 1768 et 1774, le métal nécessaire pour la fonte de plusieurs cloches à l’église de Lamarche (Vosges). La cloche de Sainte-Hélène, près de Rambervillers, fut faite, en 1771, par JOSEPH THOUVENOT. Il était peut-être le père de CLAUDE-JOSEPH THOUVENOT qui exerça la même profession de 1783 à 1850.De 1772 date la grosse cloche de Dainville-aux-Forges, qui porte : « CARTENEY et MAIRE, fondeurs de Pompierre, nous ont faites ». « IGNACE HANRIOT, maître-fondeur de cloches à Guillécourt [Huillécourt, Haute-Marne], diocèse de Toul, en Lorraine, fit en 1712 une cloche pour Grumesnil (Seine-Inférieure) [Seine Maritime]. »"IGNACE et ANTOINE HANRIOT, oncle et neveu, fondeurs de cloches, demeurant à Huillecourt en Lorraine, diocèse de Toul, ont fondu en 1773 les cloches de Bure (Seine-Inférieure). » La quatrième cloche de l’église de Lamarche fut faite en 1774 par « JOSEPH BRETON, fondeur de cloches, demeurant à Lamarche ». Le sieur FLORENTIN PERNELLE, de Pompierre, en fournit le métal. « FRANCOIS FARNIER, fondeur à Sauvigny (Meuse), et MARTIN MICHEL de Romain-sur-Meuse (Haute-Marne) , ont fondu en 1775 la grosse cloche de Montigny-les-Vaucouleurs (Meuse) ». « Louis BAUDOUIN, fondeur à Champigneulle en Lorraine, est appelé en 1775 à Germigny (Cher) pour y refondre les cloches. » L’un de ses descendants exerce de nos jours la même profession à Marseille .La arton1627-d261bcloche de Morgemoulins, de 1777, porte : « les FARNIER m’ont faite ». En 1784, celle de Nonville fut fondue par « CLAUDE et JOSEPH LES THOUVENOT, demeurant à Parey-Saint-Ouen et Saulxures-les-Bulgnéville », villages voisins. Les frères MESSIN fondirent, en 1785, pour l’église Saint ­Gengoulf de Toul, une grosse cloche qui était « très estimée des paroissiens »; on l’a refondue eu 1841.

 

Dates non déterminées

La liste des fondeurs lorrains auxquels nous pouvons attribuer des cloches déterminées, avec des dates précises, est achevée. Mais il nous reste à citer quelques noms qui nous sont signalés sans qu’on nous ait exactement fixé les épo­ques et les rouvres auxquelles ils se rapportent. M. G, Vallier veut bien nous dire qu’il a relevé sur les cloches du département de l’Isère les noms suivants des fondeurs lorrains : ANCELLE, DUBOIS, JACLARD, JOLLY, NAVOIZET, PICAUDEZ, « et plusieurs autres encore ». Les noms Dubois et Jolly ne nous sont pas inconnus. M. Jeantin parle d’ »ALEXIS BARBIER de Metz, dit l’ancien », comme ayant fondu notamment les cloches de l’abbaye de Châtillon (Meuse). « Ses arrière-arrière-petits-fils », ajoute­-t-il, vivent de nos jours à Merles; il mentionne aussi comme fondeurs de cloches « les WERINGS de Houëcourt, les LEPAUTRE de Thoune [Thone] la ]on ».M. Bégin parle des DUHAMEL, qui florissaient à Metz dans le siècle dernier. « Les FARNIER de Mont-devant-Sassey » nous écrit M. l’abbé Robinet, auteur du Pouillé de Verdun, « parents de ceux des Vosges, sont fondeurs de trois ou quatre générations. »GÉRARDIN, de Verdun, exerça la même profession avant et après la Révolution. Un autre de nos correspondants, M. l’abbé Pierfitte , curé de Portieux, nous signale les GILOT, à Morizécourt et Robécourt, où ils étaient très connus après la Révolution, puis l’existence d’anciens fondeurs à Urville et Blevaincourt. Il croit que les GILOT ont fondu les cloches de Bleurville et de Monthureux, qui passent pour être les meilleures du pays.Telle est la liste des anciens fondeurs de cloches lorrains que nos recherches ou d’obligeantes communications nous ont révélés. Nous espérons qu’elle excitera de nouveaux travailleurs à s’occuper de cet intéressant sujet, pour augmenter la somme des renseignements déjà acquis sur une industrie qui a porté et porte encore au loin le renom artistique de notre province.

 

Par M. LÉON GERMAIN, Membre titulaire. Mémoires de la Société des lettres sciences et arts de Bar le Duc 1887. 1. 2e sér. T. 6 son site : http://www.auburtin.fr/blog/

 

 

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