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Repères dans l’art des jardins de la Loire

Posté par francesca7 le 4 avril 2014

 

Un pays fleuri et cultivé au gré des modes : jardins médiévaux, inspirés de la Renaissance italienne, « à la française », « à l’anglaise » ou contemporains se succèdent comme autant de sources de plaisirs raffinés ou de pieuse méditation.

220px-Chateau_chenonceau_frLe jardin des origines

L’histoire se heurte à un obstacle majeur : le végétal est par essence éphémère. À part l’olivier qui peut collectionner les millénaires, les arbres vivent cent, cinq cents, exceptionnellement mille ans pour les ifs puis meurent. Et que dire des arbustes, des fleurs ou les légumes ? Reste-t-il quelque part dans le monde un jardin intact, un jardin des origines, ne serait-ce qu’un jardin romain, médiéval ou de la Renaissance ? Non. Ni en Val de Loire ni ailleurs. Justement, où les jardins sont-ils nés ? Étonnamment, l’étymologie, l’histoire et la Bible nous mènent vers une source plus ou moins commune des jardins d’Occident, qui est… un paradis ! Le mot paradis vient en effet du persan pairidaeza qui signifie jardin, enclos. Avec l’exil des Hébreux, ce mot donna pardes dans la Bible, puis paradeisos (notre paradis) en grec. Rappelons aussi que, dans la Bible, l’homme et la femme sont créés dans un jardin merveilleux, le paradis, planté d’arbres à fruits, abritant les animaux et d’où un fleuve, divisé en quatre bras (dont peut-être l’Euphrate), irrigue les quatre points cardinaux.

Le plan du paradis

Au-delà du mot, les origines de l’art des jardins se trouvent justement, via la Grèce antique et Rome, dans ces régions proches du Tigre et de l’Euphrate : elle passe par l’influence fondatrice de l’Égypte, où les tombeaux sont ornés de peintures idéalisées de jardins, avec leur technique d’irrigation et des plantes aux significations symboliques, puis par la découverte du pairidaeza, décrit pour la première fois par le Grec Lysandre au 5e s. av. J.-C. Ce visiteur émerveillé a pour guide le roi perse lui-même, Cyrus , présenté comme un roi jardinier, qui se préoccupe en personne de semer et de soigner ses arbres. Son jardin abrite entre ses murs des arbres fruitiers, baignés du parfum de multiples fleurs. Dans son palais d’Ispahan (6 e s. av. J.-C.), des fouilles ont mis au jour un de ces jardins clos, avec ses canaux et sa salle à colonnes, les tapis en reproduisant souvent le plan. De la même époque datent les célèbres jardins suspendus de Babylone . Quel lien le jardin occidental a-t-il avec ces lointaines descriptions ? Protégés dans un espace clos, les arbres et les fleurs, dont la vie en zone aride est conditionnée par l’irrigation, s’ordonnent le long de deux allées en croix bordées de canaux qui partagent l’espace du jardin en quatre. Ce plan traverse siècles et contrées de manière exemplaire : c’était vraisemblablement celui des Égyptiens, ce sera celui des jardins perses, babyloniens, grecs, romains, des jardins dits musulmans et des cloîtres monastiques !

Jardins des sens et sens du jardin

images (8)Ces jardins qui émerveillent les visiteurs naissent à la frange du désert et affirment dès l’origine toutes leurs fonctions actuelles. Leur mur protège des bêtes sauvages des arbres parfois rapportés de fort loin, portant des fruits comestibles. L’eau qui y coule avec un bruit charmant proclame une victoire de l’intelligence humaine sur la nature, l’ombre de ses arbres protège du soleil autant le visiteur qu’un second étage de végétation, qui compte des herbes aromatiques ou médicinales, des fleurs pour leurs couleurs et leur parfum, parfois aussi de beaux oiseaux. Bien-être, beauté, nourriture, soin, mais aussi science, pouvoir et prestige s’unissent pour combler les sens.

Jardin clos du Moyen Âge

« J’ai un jardin rempli de plantes parfumées où fleurissent la rose, la violette, le thym et le crocus, le lis, le narcisse, le serpolet, le romarin, le jaune souci, le daphné et l’anis. D’autres fleurs s’y épanouissent à leur tour de sorte qu’à Bourgueil le printemps est éternel… » écrit, en l’an 1100, l’historien et poète Baudry de Bourgueil à propos de son abbaye. Les sources en Val de Loire ne nous permettent pas de remonter au-delà du Moyen Âge, mais les abbayes de Bourgueil, Marmoutier ou Cormery possèdent un jardin. Traditionnellement, ces jardins monastiques sont divisés en parcelles carrées ou rectangulaires comprenant le potager (hortulus) , le verger(pomarius) , le jardin médicinal (herbularius) , et le cloître pour la méditation. S’y ajoute vers la fin du Moyen Âge un jardin clos (hortus conclusus) , image de la Vierge. Les fleurs – aux vertus symboliques – servent à fleurir les lieux saints. Les nobles possèdent aussi des jardins d’agrément, clôturés et divisés selon les mêmes principes, auxquels s’ajoutent de vastes parcs, avec bois et étangs.

Les méthodes de culture utilisent le plessis (tressage du bois surélevant, drainant et réchauffant le sol), la taille, le tressage des végétaux vivants. Les jardins comptent des banquettes de verdure où s’asseoir, des tonnelles, des prairies fleuries.

Quelques créations contemporaines permettent d’imaginer ces lieux. Le jardin en terrasses du château de Bloisa été aménagé par Gilles Clément en un jardin des fleurs royales (lis, iris et hémérocalles) et un jardin des simples (plantes aromatiques et médicinales). À St-Cosme , où Ronsard fut prieur, la rose est omniprésente : huit espaces y déclinent l’art du jardinage du Moyen Âge à la Renaissance.

Renaissance et perspective

Avec la Renaissance, les jardins, comme les autres arts, s’imprègnent d’influence italienne, qui passe d’abord par les récits admiratifs des voyageurs puis par la traduction d’ouvrages. Au 15 e s., les « carreaux » fleuris, installés par le roi René dans ses manoirs d’Anjou et par Louis XI au Plessis-lès-Tours, présentent des berceaux de feuillage et des fontaines à l’intersection des allées qui dispensent une douce fraîcheur au promeneur, distrait en outre par des animaux élevés en liberté ou gardés dans des ménageries et des volières. Charles VIII, enthousiasmé par les jardins qu’il découvre lors de sa campagne en Italie (1495), fait venir le jardinier napolitain Pacello de Mercogliano , qui aménage les jardins d’Amboise puis, plus grands et plus modernes, ceux de Blois. Entre 1553 et 1557, Diane de Poitiers fait réaliser les premiers jardins de Chenonceau (11 000 jours de travail, 7 000 tombereaux de terre transportée), qui mélangent arbres fruitiers, légumes et fleurs.

Si les techniques (tressage, taille) et la division des espaces restent les mêmes qu’au Moyen Âge, la distribution dans le plan s’ordonne et s’imprègne peu à peu de symétrie. Plus vaste que celui des jardins clos, il s’articule autour d’un axe principal incluant les bâtiments. Les jardins s’affirment en effet comme un prolongement de l’architecture des châteaux, dans une mise en scène toute théâtrale recelant des statues antiques. L’ eau , qui s’anime de canaux, jets, bassins, miroirs et cascades (à partir du 16 e s.) devient un élément central… Dans le même temps, l’art se veut plus proche de la nature et les jardins intègrent progressivement l’idée de perspective : même s’ils restent composés d’espaces clos, ils peuvent s’étager à flanc de coteau et ouvrir par quelques percées sur le paysage alentour. Les espèces cultivées restent les ifs, les buis et les charmes qui se prêtent à la taille sculpturale des jardiniers. S’y ajoutent des plantes nouvelles : un des premiers bigaradiers (oranges amères) français est offert en cadeau de mariage à Louis XII, la tulipe venue de Turquie éblouit les Flandres pour provoquer, un siècle plus tard, un fantastique mouvement de spéculation financière. Ces plantes exotiques alignées dans les parterres sont objets d’admiration au même titre que les statues ou bassins.

Au château d’Angers, l’actuel petit jardin méditerranéen rappelle ce goût des plantes exotiques , tandis que les jardins de Chenonceau, de Villandry, de Chamerolles et ceux en terrasses de Valmer évoquent les jardins Renaissance.

Le labyrinthe végétal

Généralement dessiné par des ifs, il apparaît dans les jardins à la Renaissance. Si au 16e s. il s’élève au niveau du genou, il se fait beaucoup plus haut à partir du 17e s., cachant dans ses méandres des jeux galants, une grotte… On en retrouve dans de nombreux jardins : Villandry, Chenonceau, Chamerolles…

Jardin « à la française »

images (9)En France, le 17 e et le 18 e s. poussent à leur paroxysme les principes et techniques de la Renaissance. Le plan d’ensemble du jardin dégage de vastes perspectives . Les bosquets et parterres ne sont plus seulement symétriques, ils sont aussi redistribués suivant leur fonction : le potager est caché, voire relégué, le verger aussi, sauf si ses arbres sont conduits en espalier (les techniques de taille atteignent un summum à Versailles). Lesparterres dessinés sont bordés de bosquets boisés, percés de larges allées en étoiles. L’ art topiaire , déjà présent dans les galeries, les haies, les pergolas, les charmilles, trouve une scène de choix dans les parterres de broderies, dont les arabesques de végétaux taillés se détachent sur fond de sable ou de gravier. Canaux, fontaines, bassins s’intègrent dans cette symétrie, de même que les fleurs exotiques, toujours présentes et mises en valeur dans des parterres légèrement surélevés. La rigueur triomphe, la nature est contrôlée, dominée, architecte et maître jardinier travaillent de concert. La mode des jardins « à la française » gagnera l’ensemble de l’Europe, du Portugal à la Russie, en passant par l’Angleterre, l’Autriche et la Hongrie.

Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, livre un atout horticole majeur au Val de Loire. Installé à Blois, celui-ci possède en effet le palais du Luxembourg et sa collection botanique. Par lui, les nouvelles introductions arrivent à Blois, dans un jardin hélas disparu aujourd’hui.

Jardin « à l’anglaise »

Promis à la même expansion que les jardins « à la française », les premiers parcs paysagers font leur apparition dans les années 1710 en Angleterre. Rompant avec l’accentuation perpétuelle de la géométrie, le plan simule au contraire un naturel trompeur fait de pittoresques allées tortueuses, de pelouses ondulées, de ruisseaux sinueux, de pièces d’eau, ruines, bancs, rochers, statues, bosquets… dont l’agencement très étudié semble l’œuvre du hasard. Les acclimatations d’arbres et de plantes exotiques continuent, mais doivent elles aussi s’intégrer de manière naturelle au site.

Les jardins romantiques ou « anglo-chinois » connaissent en France une grande vogue à la fin du 18 e s., stoppée par les troubles révolutionnaires. Des « fabriques » ou « folies » agrémentent ces parcs : imitations de ruines antiques, pyramides égyptiennes, pagodes chinoises, kiosques ottomans… La pagode de Chanteloup(1775-1778), imitation de celle des jardins royaux de Kew, à côté de Londres, et la rotonde de l’Abondance, construite par Soufflot pour faire la jonction entre l’orangerie et le château de Ménars, en sont de beaux exemples.

Le 19 e s. voit aussi la naissance des parcs urbains et un engouement pour les jardins de fleurs, favorisés par la production en serres. Le jardin du Mail d’Angers (1859) est un jardin public de style néoclassique, exceptionnellement fleuri à la belle saison, avec kiosque à musique et statues. Citons également le jardin d’horticulture du Mans, créé au 19 e s. par Jean-Charles Alphand, auteur des parcs parisiens des Buttes-Chaumont, Montsouris et Monceau.

L’éclectisme et l’exotisme sont à la mode à la Belle Époque, comme en témoigne le parc de Maulévrier (1899-1913), le plus grand jardin japonais d’Europe, œuvre d’Alexandre Marcel.

Les créations contemporaines

Peut-être parce qu’il reste trop proche, le 20 e s. donne l’impression d’avoir nourri de multiples tendances parmi lesquelles il est difficile de reconnaître un axe majeur. Par le thème de ses expositions (« Acclimatations », « Jardin des curiosités », « Potager », « Mosaïculture », etc.) le Festival international des jardins à Chaumont-sur-Loire , créé en 1992, offre un bon reflet de cette multiplicité. Avec plus de 160 000 visiteurs chaque été, c’est aussi la première manifestation française dans l’art des jardins et l’une des plus importantes d’Europe.

En Val de Loire, le jardin du 20 e s. s’est beaucoup tourné vers les reconstitutions historiques, dont Villandry est le précurseur (1906).

Les collections de plantes s’avèrent aussi un axe important. Retenons celles, nationales, du Pré de Culands (houx), du parc floral de la Source, à Orléans (iris, clématites), ou des Grandes Bruyères (roses à parfum, magnolias, cornouillers de Chine et d’Amérique).

Le paysagiste Gilles Clément (jardins du château de Blois et du musée du Quai-Branly à Paris) met en avant une autre tendance contemporaine, qui est comme une prolongation très radicale du tournant pris au 18 e s. par les parcs à l’anglaise. Ce principe, baptisé par lui « jardin en mouvement », prône une intervention minimale dans le jardin : les plantes meurent et se ressèment naturellement, le jardinier n’intervient que pour les contrôler ou favoriser leur croissance. Ce principe, qui requiert du jardinier la capacité à identifier toutes les plantes et une conception du site sans cesse en évolution, est appliqué dans quelques rares jardins (une partie du parc André-Citroën à Paris, parc Matisse à Lille, quelques lycées horticoles dont celui de St-Herblain près de Nantes).

 

 

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Une maison de fous par Arago

Posté par francesca7 le 4 avril 2014

 

(Maison du Docteur Blanche)
par

Jacques Arago

~*~

         

images (4)Deux belles choses, deux choses curieuses à voir et à étudier dans notre vieille Europe : un palais de rois, une maison de fous.

De ces deux demeures, laquelle préféreriez-vous habiter ? Les insensés qui vivent auprès des monarques sont trop méthodiques, trop monotones ; ceux qu’on relègue à Charenton ou chez le docteur Blanche, me semblent moins à plaindre. On a pitié de leur état ; ils mangent, à leur gré, assis ou debout ; ils saluent sans se courber jusqu’à terre ; il leur est permis quelquefois d’avoir une volonté, de la manifester, de la soutenir. Ils parlent haut ; ils contrôlent les actions du chef ; ils résistent aux menaces, ils ne cèdent qu’à la force… Ce sont presque des hommes.

Dites-moi la vie des fous qui naissent et meurent dans les palais des rois ; moi, je vous dirai celle des êtres qui s’agitent dans des cabanons. Il y aura peut-être de la morale dans mon récit. Je les ai vus d’abord avec effroi, puis avec intérêt, plus tard avec un sentiment de commisération qui n’était pas sans douceur. La raison nous est souvent funeste, en ce qu’elle nous éclaire sur nos maux, sans avoir la puissance de nous en guérir… Ces gens ne sont donc pas tant à plaindre, puisqu’ils n’ont pas toujours le sentiment de leur infortune.

Qui n’a point d’égal n’a point d’ami ; c’est un axiome, vrai seulement pour ceux qui voient loin dans le coeur humain. Un ami me souriant d’un sourire de protection, me serrerait le coeur ; je ne l’aimerais plus. Tant pis pour moi si je suis ainsi organisé. De l’amour, de l’amitié, voilà ma vie.

L’historique d’une maison de fous, tracé par un fou, est une chose assez bizarre. J’étais fou quand j’ai écrit ces pages… Ma raison revenue, j’ai voulu les lire… Tout y est vrai, précis ; il m’a semblé sage de n’y rien retrancher ; c’est un portrait que je gâterais en le corrigeant ; je vous le livre.

M. Blanche a trente-cinq ans. Sa taille est moyenne, son embonpoint atteste un corps robuste. Il a le verbe bref, rapide, acerbe. Un homme en parfaite santé serait toujours prêt à lui demander raison de la crudité de certaines expressions dont il a l’habitude de se servir ; un fou les redoute et se tait devant les menaces. Une blessure grave reçue à l’oeil droit donne à son regard un caractère équivoque, de sorte qu’on dirait qu’il médite, qu’il étudie, quand il en fait que voir. Il produisit sur moi une fâcheuse impression ; cela devait être : je me sentis sous sa verge de fer, moi qui n’ai jamais su obéir qu’à une volonté de femme…

Elle est grande, svelte, blonde, un peu pâle. Son regard est plein de bienveillance, il rassure. Le son de sa voix console ; il y a de la poésie dans son langage. Elle a vu tant de misères, elle a entendu tant de gémissements ! Elle sait plaindre. Ce n’est point une mère tendre ; son âge vous défend cette douce illusion ; ce n’est pas simplement une amie ; vous éprouvez pour elle plus que de l’amitié, moins que de l’amour… Parlons peu de l’amour. J’ai habité plus de deux mois la maison du docteur Blanche ; fou et raisonnable, j’ai pu apprécier les qualités de la femme modeste et généreuse dont je vous parle. Cette femme est l’épouse du docteur. Vous voyez qu’on peut garder quelque souvenir aimable d’une maison de fous.

[…] Cependant nous arrivâmes à la porte de la maison de santé ; et je me rappelle les plus petites circonstances de ces lentes heures qui me torturaient si cruellement. Nous avons tant de fibres pour la douleur ! Je croyais entrer chez un juge d’instruction, chez un procureur du roi. On me l’avait vingt fois répété en route, en me parlant de poignards, d’incendie, de meurtres. J’écoutais mes gardiens en homme qui regrette de n’avoir pas fait assez pour justifier les rigueurs dont il est l’objet ; et quand j’interrogeais mes souvenirs confus, j’étais presque furieux d’avoir eu assez de raison pour ne pas briser tous les liens qui m’attachaient à la société. Le désespoir, comme la douleur, a ses degrés.

Après avoir traversé une petite cour ombragée par quelques arbres au feuillage triste et sombre, je pénétrai dans une vaste salle, occupée presque en entier par une table en fer-à-cheval. Je supposai, au premier coup d’oeil, que c’était la salle de la question, et je cherchais déjà, d’un regard curieux et ferme, les instruments des tortures… On me pria poliment d’avancer.

Quel tableau !… Des figures souffrantes, des figures hébétées, des figures riant sans gaîté, pleurant sans larmes, une seule figure de pitié, celle de madame Blanche ; et tout cela aggloméré pour ainsi dire dans un espace de dix pieds carrés… Ma tête n’y était plus, je crus rêver ; je voulais savoir, je craignais d’apprendre ; vous voyez que j’avais un peu de raison.

J’eus le temps d’observer. La faiblesse de mon corps donnait, je crois, de l’énergie à mon âme. Un petit homme, rond, rouge, bourgeonné, étendu sur un fauteuil, me regardait avec des yeux stupides, et riait de mon teint cadavéreux. De quoi riait-il ? Déjà deux fois j’avais détourné ma vue de cette figure bêtement moqueuse, ignoblement sardonique, tandis que mon homme me lorgnait toujours en souriant. Je crus à une lâche provocation, et déjà ma main de fer planait sur sa joue, quand une voix douce et compatissante me pria de m’asseoir. Une voix de femme pouvait seule avoir de l’empire sur moi ; j’obéis, mon courroux s’éteignit, et j’écoutai, assez calme, la fin d’une sonate qu’exécutait sur un piano une pensionnaire d’une vingtaine d’années. Madame Bel… était folle quand elle ne jouait pas du clavecin. Je l’appris plus tard.

[…] J’eus honte, je pleurai… Non, ce n’était pas de honte, c’était encore d’amour ; et, quand je me vis là, là, seul, en face de cette croisée à barreaux, en face de ces deux figures sans amitié comme sans haine, en face de tous mes souvenirs de bonheur et de regrets ; quand j’eus reconnu la puissance de ceux qui m’enchaînaient et la faiblesse de la victime ; lorsque, calculant la longueur des heures, l’éternité des minutes, et que ces murs froids, insensibles, m’eurent répondu : Voici ta place ! je me vis fou, fou à tout jamais, fou par elle, fou d’amour, la plus épouvantable, la plus poignante, la plus hideuse des folies….

Je me rappelai alors tout ce qui m’avait attiré là, et je fus étonné de ne pas me sentir les bras liés, les pieds liés, la gorge dans un collier de force. J’étais fou furieux.

images (5)Oh ! qu’il n’avoue point sa folie, celui à qui l’ambition bouleverse les idées ! qu’il cache avec soin son délire frénétique, celui que l’avarice, la haine, la soif de la vengeance conduisent à Charenton, à Bicêtre, ou chez le docteur Blanche !… Mais moi, fou d’amour, je puis le dire, je puis l’avouer sans rougir. Voyez aujourd’hui ; je suis calme, je raconte mes maux passés ; et il faut que la violence de mon mal ait été bien grande, pour que les plus légères impressions y aient laissé des traces si profondes. C’est un cauchemar qui brûle même après le sommeil ; c’est une balle qui vous brise un membre, et dont vous ne ressentez l’atteinte que long-temps après la blessure… Aux jours de la raison, les instants de la folie se retracent comme dans un miroir…. Ne dites point que cela ne peut être ; je l’ai senti, éprouvé.

M. Blanche entra…. Je me préparai courageusement aux douches ; car son langage, loin de me rassurer, glaça le peu de sang qui me restait. Il me parla de meurtre, d’assassinat, d’incendie ; c’étaient les mots donnés…. Je le crus fou lui-même ; et, toujours fidèle à mon naturel compatissant, je le plaignis, moi, moi que personne ne semblait plaindre.

Toute la nuit un homme cria à mes côtés ; c’était un fou qui demandait sa liberté… Moi, je regardais les murs, les barreaux, et j’avais mille vies pour souffrir, pas une main pour briser.

Cette nuit dura je ne sais combien de siècles ; le plus léger mouvement de mes gardiens me faisait tressaillir dans mon lit…. Je me levai. L’on me mit dans un bain ; et, pour la première fois depuis long-temps, mes yeux s’arrêtèrent sur une glace. Ma figure, entièrement bouleversée, me causa une émotion indéfinissable. Je pleurai ; je sentis des larmes de feu sillonner mes joues ; et quand je pensai qu’on était sans pitié pour de pareilles souffrances, la rage me saisit au coeur…. Je ne me rappelle plus rien, sinon que je revis encore madame Blanche, que ma rage s’éteignit, que mes larmes coulèrent moins amères, moins brûlantes, et que je demandai des livres. J’aurai eu du plaisir à parcourir un dictionnaire, les chiffres d’une table de logarithmes, des mots sans suite, des phrases privées de sens, comme celles des êtres qui m’entouraient, qui m’entourent encore aujourd’hui, et pour lesquels j’éprouve une pitié si vraie, hélas ! et si stérile.

M. Blanche revint auprès de moi. Ses paroles de raison calmèrent un peu l’effervescence de mes idées : je ne pensai plus au suicide ; et pourtant, à mes côtés, réfléchissait tristement, enveloppé dans un manteau brun, un homme de vingt-cinq à trente ans, que le feu de deux pistolets n’avait pu tuer. Les balles avaient traversé la mâchoire supérieure et étaient sorties entre les deux yeux…. Il y a des êtres cruellement poursuivis par le destin ! Cet homme vit encore.

[…] Presque chacune des chambres du local que je visite rappelle des drames à déchirer le coeur. Ici a gémi pendant longtemps, et gémit encore, un Portugais de naissance, dont le frère, âge de douze ans, fut pendu à Coïmbre, complice d’un projet tendant à renverser la forme du gouvernement. – Que ferons-nous de cet enfant ? dit le grand-juge à une femme ; il n’a que douze ans. – Douze ans ! répondit-elle ; tant mieux ! qu’on le pende vite, il ira souper avec les anges…. mais son frère, un peu plus âgé que lui, assiste au supplice, au pied de l’échafaud…. La femme qui commandait cet assassinat était la mère de don Miguel. L’enfant fut pendu ; et le frère, témoin de cet horrible spectacle, en perdit la raison. Les soins et l’habileté de M. Blanche lui rendirent la santé, qu’il reperdit plus tard, sans cesse poursuivi par le cadavre de son frère cadet balancé dans les airs.

Voici encore une chambre historique…. Elle a gémi, pendant de longs jours et d’éternelles nuits, entre ces quatre murs sans ornements, une femme héroïque, qui devint folle à force de bonheur… Madame Lavallette a pleuré là, sur cette couche de misère. Sir Robert Wilson, Bruce et Hutchinson arrachèrent le mari au plomb royal…. Gloire à eux ! le comte est mort aujourd’hui, et madame de Lavallette doit à M. Blanche une guérison presque miraculeuse.

Voyez-vous cette jolie cellule, au rez-de-chaussée, donnant sur le jardin ? regardez cet homme qui la parcourt d’un pas égal et précipité, c’est le général Travot. Condamné à mort au retour des Bourbons, il dut à leur clémence* une commutation de peine, une prison à perpétuité. Sa raison s’alinéa ; il prit en haine le genre humain, et le voilà maintenant rudoyant qui le touche, heurtant qui lui parle, se fâchant aussi contre le docteur, et sifflant sans cesse les airs patriotiques de la révolution de 93… C’est tout ce qui lui reste de ses souvenirs… Ne présentez pas la main au général Travot ; il vous frappera.

Ce jeune homme à la figure mélancolique, et pourtant spirituelle, est un idiot. Maître d’une fortune considérable, il se précipite avec bienveillance vers toutes les personnes qui l’entourent : Comment vous portez-vous ?… Très-bien… Moi aussi ; j’en suis enchanté*… et il vous quitte. Un peu de raison et moins de fortune, voilà un homme ; aujourd’hui c’est un idiot.

Quant à son voisin, c’est le recueillement du chartreux accroupi à côté de sa fosse ; c’est le dernier adieu de la vierge amoureuse, qui quitte le monde pour le cloître ; c’est la stupidité de la brebis qu’on porte à l’abattoir, c’est la dernière réflexion du misanthrope qui va se suicider…. Il regarde ses pieds, et le voilà, toute la journée, le front baissé et l’oeil fixe. Il lève la tête, et pendant des heures entières sa tête et son corps sont immobiles…. S’il marche, on dirait un automate mû par des ressorts cachés ; quand il s’assied, c’est que l’horloge n’est plus montée…. Ce jeune homme s’appelle Adolphe ; il est riche aussi. Selon toutes les apparences, il vivra long-temps, et il mourra comme il a vécu, sans regret, sans soucis, sans amour. Qu’a-t-il fait pour être ainsi favorisé du ciel ?

[…] On déjeune à dix heures, on dîne à cinq. Des mets sains et choisis sont servis par M. ou madame Blanche. C’est un pensionnat, moins le brouhaha de nos colléges. Le maître seul a la parole ; le reste se tait. Les sourds-muets n’observent pas un silence plus religieux ; les frères de la Trappe ne devaient pas manger autrement. Il y a des exceptions ; mais alors les gardiens font leur devoir, et les camisoles et les douches ramènent l’ordre.

Après le repas, on se réunit ordinairement dans un vaste salon, où le fils de Jésus-Christ et de Joséphine fait de la musique. Là encore vous retrouvez, étendu sur un fauteuil, et riant d’un rire malin, comme s’il venait de gagner un prix à une course de New-Market, cet Anglais blafard et bourgeonné que j’eus tant envie de souffleter le jour de mon arrivée. On dirait un pacha qui attend sa favorite ; on jurerait un auteur après un premier succès au Gymnase ou au Vaudeville : mais point. Cet homme croit qu’on lui parle sans cesse à voix basse, et rit des propos qu’il entend…. Heureuse folie qui ne se nourrit que d’idées gracieuses !…

Que de douleurs corrosives ont hurlé dans ces chambres à barreaux de fer ! que de misère humaine s’est dessinée avec sa hideuse nudité dans ce jardin aujourd’hui sans verdure ! Il y a plus de dix ans que cet homme le parcourt chaque matin et chaque soir, à certaines heures indiquées, et de longues années encore sont promises à ses forces physiques. Son oeil est vif, ses mouvements rapides, son corps robuste également insensible aux chaleurs de l’été et aux vents glacés de l’hiver. Pour lui il n’y a qu’une saison, celle de la souffrance. Une âme ardente a dévoré sa raison. Il voulait soulager le genre humain, l’arracher à ses calamités ; c’était son rêve de toutes les minutes ; il devait devenir fou. Le voilà aujourd’hui ; il ne caresse plus sa chimère ; au contraire, il a les hommes en horreur, il les fuit, il les repousse, il les croit tous ses ennemis. Celui qui le regarde l’outrage ; celui qui l’interroge irrite ses muscles, fait battre violemment ses artères. Le malheur des autres a fait son malheur… Cette folie est rare, n’est-ce pas ?… Une vie séculaire attend ce misanthrope : cent ans de souffrances, quand on peut tant souffrir en une minute !!! Oh ! quelle éternité de joies pourra jamais le payer !

Je voulais consigner dans cette rapide analyse une foule d’anecdotes intéressantes dont chaque mur et, pour ainsi dire, chaque pierre de la maison que j’ai habitée gardent le souvenir. Je voulais vous parler aussi de cette madame de Cal……, dont le talent sur le piano est égal à celui de nos plus habiles professeurs, et qui dépense en imprécations, sous des barreaux, depuis bien des années, une vie forte et courageuse. Elle donnait un bal ; en reconduisant une de ses amies, elle fit un faux pas et roula le long de son escalier. Le lendemain, elle cessa de sourire, de donner des fêtes… Ne pourrais-je pas aussi jeter quelques larmes sur cette bonne madame***, mère d’un brave général, aide-de-camp du ministre de la guerre ? Sa folie est périodique : pendant six mois, c’est la douceur, la bonté et la religion dans ce qu’elles ont de plus touchant et de plus suave ; une heure suffit pour porter le désordre le plus épouvantable dans une tête et dans un coeur auprès desquels vous étiez à l’instant si bien à l’aise. Misère humaine !

Écoutez cependant une anecdote dont tous les personnages vous sont connus, à vous qui hantez les grandes maisons et assistez à de brillantes fêtes. Je tais les noms de mes héros ; c’est tout ce qu’ils ont droit d’exiger de ma discrétion.

Rosalie (elle ne s’appelait point Rosalie) fut conduite ici, il y a quelque temps, par un homme d’une trentaine d’années et confiée aux soins spéciaux de M. Blanche. Il n’y avait point de délire dans sa tête, et la fréquence de son pouls n’était pas assez grande pour faire supposer au docteur que l’indisposition annoncée par le battement des artères, fût la cause première de l’arrivée de la jeune femme… Le lendemain, la raison de Rosalie disparut, et M***, qui l’avait conduite la veille, pria M. Blanche d’essayer quelques remèdes. Celui-ci, étonné de la recommandation, engagea le protecteur à s’en rapporter à ses soins, et commença un traitement.

[…] Ils furent exacts. M. Blanche leur reprocha la cruauté de leurs procédés envers une infortunée qu’ils avaient voulu perdre après l’avoir déshonorée ; il accusa le plus jeune des deux frères d’une coupable condescendance à de funestes conseils, reprocha à l’aîné ses persécutions amoureuses auprès de Rosalie, même après avoir appris qu’elle était déjà victime du lâche amour de son frère, et leur déclara que si le lendemain, à la même heure, ils ne lui apportaient pas 40,000 francs, comme un bien faible dédommagement des malheurs de Rosalie, il prendrait, lui, une détermination qu’il avait d’abord repoussée, pour ne pas vouer au mépris général un nom jusque-là recommandable. Du reste, ajouta M. Blanche, vous avez à opter entre cette proposition et votre mariage avec la jeune femme que vous avez séduite. Vous la connaissez, vous savez si elle fera céder son indignation à ses devoirs, ou peut-être encore à son amour, et je ne doute point qu’en prenant ce dernier parti vous ne me remerciiez un jour de vous l’avoir généreusement proposé.

Les conseils du frère aîné l’emportèrent sur les exhortations de M. Blanche, et le lendemain, en effet, celui-ci reçut quarante billets de banque de mille francs qu’il se hâta de présenter à Rosalie.

Non, monsieur, lui dit la jeune délaissée ; je sais être pauvre et malheureuse ; je ne veux point d’argent, je n’en accepterai pas. Si M*** me refuse sa main, mon parti est pris irrévocablement, je me tuerai.

Cette réponse fut sur-le-champ rapportée à M***. M. Blanche y ajouta quelques nouveaux conseils qui déterminèrent enfin une résolution équitable. Le séducteur de Rosalie épousa sa victime ; et tous deux aujourd’hui, heureux du présent, tranquilles sur l’avenir, n’interrogent le passé que pour en effacer les heures d’alarmes. Rosalie se souvient toujours qu’elle a été folle d’amour ; elle le dit à ses amies, elle leur raconte ses émotions, ses minutes d’espérance, ses journées d’angoisses, et je lui ai entendu souvent répéter qu’une pareille vie n’était pas sans quelque douceur… Ne la croyez pas ; elle ment pour épargner des remords à son mari.

Maintenant votre coeur ne se serrerait-il pas à la vue de cette salle triste, silencieuse, où arrivent, agités par de brûlantes convulsions, ou inaccessibles aux plus violentes secousses, une douzaine d’hommes (sont-ce des hommes ?) qui se retrouvent chaque jour sans joie, sans sourire, sans pitié les uns pour les autres ?… Voyez ce corps maigre et élancé, c’est celui de monsieur Four…, docteur habile et studieux, que l’amour de la science et des voyages entraîna dans les forêts et les savanes de l’Amérique, et qui, riche de ses souvenirs et de ses précieuses collections, fut arrêté par des sauvages, pillé, maltraité, laissé pour mort sur le sable. Plus tard, il arriva à New-York, privé de sa raison. L’effroi, et le regret d’avoir perdu le fruit de tant de peines, tuèrent les brillantes facultés de Four… ; il fut enfermé dans les cabanons de New-York, où le général Lafayette, dans son dernier voyage aux Etats-Unis, le reconnut pour le fils d’un de ses amis, et d’où il le ramena en France. Le voilà aujourd’hui, l’oeil fixé vers le ciel, le sourcil menaçant, les bras croisés sur la poitrine, immobile, et dans l’attitude d’un homme de coeur qui attend le coup de la mort. Ses accès de rage sont fréquents, et la vigueur de plusieurs gardiens est nécessaire pour l’assujettir à la camisole de force… Je voyais Four… presque tous les jours ; et, presque toutes les nuits, lorsque je me trouvais seul dans ma chambre, c’était lui sur qui je reportais le plus de pitié.

Un mulâtre, jeune et vigoureux, est également renfermé dans ce salon de misère et d’abrutissement ; son amour désordonné pour l’architecture l’a conduit à la maison Blanche, d’où il ne sortira que pour être porté dans le champ voisin, semé de dalles de marbre et de petites croix noires, qu’il peut voir à toute heure de sa croisée à barreaux. La folie de cet homme est extraordinaire ; il ne se plaît que debout sur une chaise, ou hissé sur l’âtre de la cheminée. L’en faire descendre, c’est exciter sa colère et vous exposer à sa fureur ; laissez là cet infortuné ; son sourire est l’indice d’une douleur aiguë, ses caresses, le prélude de violences extrêmes ; ne le voyez point sourire, empêchez qu’il vous tende la main.

images (6)Voici encore un jeune homme, qu’un second mariage de sa mère a arraché à la société. Il était amoureux et jaloux de celle qui lui avait donné le jour ; il a mérité sa place ici. C’est un rusé adolescent sur qui l’oeil des gardiens doit être constamment ouvert. Hier en passant dans la cour, il aperçut la porte de la grille entr’ouverte ; aussitôt, se débarrassant de ses satellites sans défiance, il s’élance vers la rue, et se sauve dans la campagne. Mais les domestiques de la maison sont lestes aussi, et peu de temps après, le fugitif se trouva sous une douche rapide et glacée qui lui fit doublement regretter le peu de succès de son escapade. – Où alliez-vous ? lui dis-je. – J’allais me noyer. – Où donc ? – Oh ! je vois le canal tous les jours. – Et pourquoi vous noyer ? – Parce que je suis malheureux. – Vous sentez donc votre malheur ? – Que trop ! – Qui le cause ? – Des souvenirs. – Lesquels ? – Vous êtes un scélérat, si je vous tenais sous ma main, je vous étranglerais. – Vous êtes bien honnête. – Laissez-moi, je vous prie. – Je ne veux rien faire qui puisse vous affliger ; adieu. – Au diable ! – Merci…

Il y a dans le salon de Four… un vieillard qui ne sourit que lorsqu’on lui gratte la tête. Il cesse d’être fou pendant l’opération, hors de là c’est un idiot, et parfois un furieux. Presque toujours j’ai trouvé à ses côtés un original fort paisible, sans cesse armée d’une poignée de petites verges qu’il regarde avec amour. Vous croyez peut-être que c’est un vieux maître d’école veuf de ses jeunes élèves ; point. Sa folie est cela ; sans but, sans souvenir, sans suite dans ses sensations, il demande en se levant une poignée de baguettes, et il y aurait de la cruauté à les lui refuser, puisque sans elles il est bruyant, brutal et quelquefois même dangereux.

D’autres fous sont là, sur des chaises, sur des canapés. Le fils de Jésus-Christ, qui se dit depuis quelques jours le père de Dieu, vient les voir souvent, et les égayer par les accords de son violon. J’ai remarqué que les fous sont sensibles à la musique ; à moi elle me déchirait le coeur.

Curieux, détournez vite vos regards de l’appartement des femmes ! ma plume se refuse à retracer tant de misère, tant de douleurs. Si vous allez visiter la maison Blanche, fuyez d’un pied rapide cette salle hideuse, où la faiblesse se trouve aux prises avec ce que les passions ont de plus corrosif…

Croyez-vous aussi que je veuille vous conduire dans tous les sentiers de cette maison de deuil pour quelques-uns, d’espérance pour beaucoup d’autres ? Non ; la maison Blanche a ses secrets que tout le monde ne doit pas connaître, et je ne peux pas trahir des secrets confiés à ma raison, car ma raison revint tout entière un beau jour. Un seul remède avait la puissance d’opérer le miracle : ce remède, c’est elle qui me l’apporta ; et depuis lors, sans honte, sans regrets, j’ai dit tout ce que j’avais éprouvé.                           

 JACQUES ARAGO

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Passage à l’heure d’été de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 4 avril 2014

 et rapport
de nos ancêtres avec le temps

(D’après « Illustré du Petit Journal », paru en 1937)

 
 
images (3)Pour la vingt et unième fois, écrit un chroniqueur du Petit Parisien en 1937, nous avons l’heure d’été. La réforme, en effet, date de 1916. Si, au début, elle rencontra quelques résistances, vite vaincues, d’ailleurs, en raison des économies qu’elle entraînait, elle est aujourd’hui acceptée comme un bienfait par la grande majorité de la population, ajoute-t-il avant d’en brosser la genèse et de s’appesantir sur la précision de l’heure au fil des siècles, et d’aborder la question des heures des repas.

Le passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été s’accomplit donc, chaque année, sans bouleverser nos habitudes et sans troubler notre vie, nous explique Jean Lecoq, du Petit Parisien. Mais lorsque, il y a vingt et un ans, en pleine guerre, la réforme fut proposée au Parlement, des protestations s’élevèrent ; et c’est au nom de la science que les plus graves furent formulées. Nos astronomes se dressaient contre ces parlementaires qui se permettaient — sans les consulter — de mettre des bâtons dans les roues du char du soleil.

Donner ainsi un coup de pouce d’une heure à nos pendules leur paraissait un acte tout à fait inconsidéré. Tout au moins, disaient certains d’entre eux, devrait-on, comme le faisaient jadis les Babyloniens, avancer méthodiquement les horloges de trente secondes par jour entre le solstice d’hiver et le solstice d’été… Oui, mais les Babyloniens avaient, sans doute, du temps à perdre et de la patience à revendre. Nous sommes, « au jour d’aujourd’hui », comme dit l’autre, moins scrupuleux à l’égard de la science, et plus pressés. Au surplus, en 1916, l’état de guerre excusait tout. Et la science pouvait bien souffrir quelques atteintes s’il en résultait des économies nécessaires.

Or, la réforme, bien que tardivement accomplie cette première année — du 15 juin au 1er octobre — entraîna, à Paris, une diminution importante de l’éclairage public et privé et, par conséquent, une sensible économie de charbon. La direction des inventions intéressant la Défense nationale estima qu’en ces trois mois et demi, pour toute la France, l’économie de charbon avait dû être de 300 000 tonnes, valant 30 millions de francs. Ces chiffres ne manquaient pas d’éloquence. Ils donnent une idée de ce qu’ont pu être depuis vingt ans les économies réalisées grâce à l’adoption définitive de l’heure d’été.

Or il est curieux de signaler qu’il y a cent cinquante-trois ans déjà qu’un homme de génie eut l’idée de préconiser, pour l’été, cette économie de la lumière artificielle, et de conseiller aux Parisiens de régler leur vie sur la lumière du jour. Cet homme n’était autre que le bonhomme Franklin. Le 26 avril 1744, le Journal de Paris, alors l’unique quotidien de la capitale, publiait une lettre signée : « Un abonné ». Franklin en était l’auteur. Il racontait qu’étant rentré chez lui à trois heures du matin, après une soirée passée chez des amis, il s’était couché et n’avait pas tardé à se réveiller au bruit que des voisins faisaient au-dessus de sa tête.

« Je fus étonné, disait-il dans cette lettre, de voir ma chambre très éclairée, et j’imaginai d’abord qu’on y avait allumé une douzaine de lampes ; mais, en me frottant les yeux, je reconnus que la lumière entrait par les fenêtres, mon domestique ayant oublié de fermer les volets, et le soleil s’élevait à ce moment même des bords de l’horizon. Je regardai mes montres, qui sont fort bonnes, et je vis qu’il n’était que six heures. Trouvant extraordinaire que le soleil se levât si tôt, j’allai consulter l’almanach et j’y lus que cet astre continuerait de se lever tous les jours plus matin jusqu’à la fin de juin.

« Ceci m’a suggéré plusieurs réflexions sérieuses, poursuivait Franklin. J’ai considéré que, sans l’accident qui a abrégé aujourd’hui mon sommeil, j’aurais dormi six ou sept heures de plus ; et que beaucoup de personnes font chaque jour de même. Supposons qu’il y ait dans Paris cent mille familles dont chacune consomme une demi-livre de bougie par heure : cette consommation se prolonge pendant six mois, avec une moyenne journalière de sept heures, ce qui représente, pour les cent mille familles de Paris seulement et pour les 128 millions d’heures de consommation, 64 050 000 livres pesant de cire, au prix moyen de trente sous la livre, une dépense annuelle de 96 075 000 livres tournois. Quelle découverte et quelle économie, s’écriait Franklin, si l’on persuadait aux Parisiens de vivre uniquement l’été à la lumière du jour !… Mais comment les convaincre ? »

Et le Bonhomme proposait trois moyens : « 1° Mettre une taxe d’un louis sur chaque fenêtre qui aura des volets empêchant la lumière d’entrer dans les appartements aussitôt que le soleil est sur l’horizon ; 2° Etablir pour la consommation de la cire et de la chandelle une loi salutaire de police afin de diminuer cette consommation ; placer des gardes aux boutiques des ciriers, et ne permettre à chaque famille que l’achat d’une livre par semaine ; 3° Faire sonner toutes les cloches des églises au lever du soleil, et, si cela ne suffit pas, faire tirer un coup de canon dans chaque rue pour ouvrir les yeux des paresseux sur leur véritable intérêt ».

Telle était la proposition de Franklin. Inutile d’ajouter qu’elle n’eut aucun succès. On la considéra comme un badinage, et les pouvoirs publics se gardèrent de la prendre au sérieux. Les Parisiens de 1744 demeurèrent tout à fait indifférents, et ne virent pas le côté intéressant de la réforme préconisée par le Bonhomme. Félicitons-nous qu’il n’en ait pas été de même des Parisiens de 1916 quand le changement d’heure fut proposé, se félicite le chroniqueur du Petit Parisien qui ajoute que quoi qu’en disent les louangeurs du temps passé, nous sommes quelquefois plus sages que nos aïeux.

Le souci de la précision de l’heure est un souci tout moderne. Les anciens ne l’avaient guère. A Rome, le jour était bien divisé en douze parties, mais les heures d’été étaient plus longues que les heures d’hiver, attendu que le jour, en été, est plus long qu’en hiver. C’est des Romains que nous vient la division du jour en quatre parties de trois heures chacune : prime, tierce, sexte, none, division qui nous a été conservée par la liturgie. Sans remonter bien loin, chez nous, on trouve une véritable anarchie dans la réglementation de l’heure. Les montres de nos pères étaient bien jolies, mais elles marchaient au bonheur.

On sait que les beaux seigneurs du XVIIIe siècle avaient coutume d’en porter deux, une dans chacun de leurs goussets, tenues par la même chaîne. Un auteur de mémoires du temps raconte qu’un gentilhomme tirant un jour les siennes un peu brusquement, les fit choir toutes deux, et s’écria : « Voilà la première fois qu’elles tombent d’accord. » Quant aux horloges publiques, elles marchaient autrefois en dépit du bon sens. Comme elles étaient réglées sur le temps vrai, c’est-à-dire sur le passage du soleil au méridien, il eût fallu régulièrement les modifier tous les jours. On se contentait de les mettre à l’heure toutes les semaines ; et l’opération se faisait de telle façon qu’au dire de François Arago, « on entendait souvent la même heure sonnée par différentes horloges pendant une demi-heure. »

En 1816, enfin, le préfet de la Seine, M. de Chabrol, pour remédier à cet inconvénient, institua une heure moyenne. Mais il ne se décida à accomplir cette réforme qu’après de longues hésitations. Il avait peur que la population ouvrière s’insurgeât quand elle constaterait que midi n’était plus au milieu de la journée. La population ouvrière, d’ailleurs, accepta fort bien la réforme ; elle n’eut même pas l’air de s’en apercevoir. De même, depuis vingt ans, poursuit notre chroniqueur, la réforme de l’heure d’été a été acceptée sans murmure. On se lève, on se met à table, on se couche une heure pus tôt, et cela, du jour au lendemain sans presque s’en rendre compte. Il serait à souhaiter que toutes les lois nouvelles ne troublassent pas plus la vie sociale que ne l’a troublée celle-ci.

Dans les temps modernes on constate chez tous les peuples, et surtout dans les grandes villes, une tendance à retarder de plus en plus l’heure du coucher. Du même coup, se trouve retardée l’heure du lever, et l’on en arrive ainsi à faire de la nuit, le jour, et du jour la nuit. Nos ancêtres, de ce point de vue, étaient plus raisonnables. Les chroniqueurs nous racontent que le bon roi Louis XII se levait entre six et sept heures, déjeunait à dix et soupait entre trois et quatre heures. Après quoi il allait faire une petite partie de chasse, afin de digérer son repas. Dans une lettre écrite en l’an 1510, par un de ses familiers, nous lisons ceci : « Après souper, environ quatre et cinq, nous allâmes avec le Roy chasser au parc. »

Puis, la promenade ou la partie de chasse terminée, le roi rentrait au palais et se couchait bien sagement entre sept et huit heures. Il devait à ce régime sa belle santé. Mais voilà que, sur ses vieux jours, il eut l’idée de prendre pour épouse la princesse Marie d’Angleterre, laquelle était beaucoup plus jeune que lui. Et la nouvelle reine bouleversa toutes les habitude de son vieux mari. Elle retarda l’heure des repas, entraîna le roi à se coucher plus tard que de coutume, si bien qu’après quelques mois de cette existence le pauvre souverain périt de fièvre et d’épuisement.

Sous le règne suivant — celui de François Ier — on soupait à six heures. Après ce repas, les gens aisés allaient faire une petite promenade, puis chacun rentrait chez soi. Les portes des maisons se fermaient de bonne heure, au signal du couvre-feu, lequel, nous dit Villon, était donné chaque soir par

La cloche de Sorbonne
Qui toujours à neuf heures sonne.

Tel était encore l’usage sous Henri IV, c’est-à-dire au commencement du XVIIe siècle. Sully, dans ses Mémoires, se charge de nous apprendre quel était alors le genre de vie de tout homme grave et mesuré dans sa conduite. Il raconte qu’il dînait à onze heures après avoir présidé le Conseil d’Etat et travaillé deux heures avec le roi. Il soupait à six heures. « Depuis ce moment, dit-il, jusqu’à l’heure du coucher, qui était toujours pour moi à dix heures, il n’était pas fait mention d’affaires, mais de dissipation, de joie et d’effusion de cœur, avec un petit nombre d’amis de bonne et surtout d’agréable compagnie. »

La vie de Sully, vous le voyez, était à peu près réglée suivant les préceptes du vieux proverbe qu’a cité Rabelais :

Lever à six, dîner à dix
Souper à six, coucher à dix
Fait vivre l’homme dix fois dix.

A cette époque, il n’y a plus guère que les petits bourgeois et les provinciaux qui dînent à dix heures. Les gens du beau monde traînent à onze heures. Mathurin Regnier, dans sa Xe satire, nous montre un valet faisant remarquer à son maître :

Qu’il est midi sonné
Et qu’au logis du roi tout le monde a dîné.

Sous Louis XIV, on dîne à midi. Rappelez-vous le vers de Boileau dans la satire du Repas ridicule : « J’y cours, midi sonnant au sortir de la messe ». Une expression qui désigne les parasites nous apporte une autre preuve du dîner à midi. On appelle ces « escornifleurs » des « chercheurs de midi ».

Mais, bientôt, comme le roi lui-même dîne à midi, les beaux seigneurs qui viennent assister à son couvert et lui faire leur cour pendant le repas, sont obligés de dîner une heure plus tard. Ainsi, le dîner est reculé jusqu’à une heure. Quant à l’heure du souper c’est toujours six heures. Et voilà les folies qui commencent. On prend, à chaque époque, dans le monde et à la Cour, l’habitude d’un nouveau repas, un repas gras qui se fait à minuit. On appelle cela « faire médianoche ».

téléchargementAu commencement du XVIIIe siècle, la coutume de dîner à une heure était généralement établie chez les gens de qualité. Mais, insensiblement, pour la commodité des gens d’affaires et pour favoriser la paresse et la toilette des dames, on retarda jusqu’à deux heures. Vers 1780, tout le monde dîne à trois heures. Mercier, dans son Tableau de Paris, fait cette remarque : « A trois heures on voit peu de monde dans les rues, parce que chacun dîne. » Il nous dit encore que le souper commençait vers 9h30 et ne s’achevait pas avant 11h30.

A ce moment, un changement dans les habitudes administratives amena une véritable révolution dans les heures des repas. Les administrations publiques ayant décidé que leurs employés feraient une seule séance par jour, de 9 heures du matin à 4 heures de l’après-midi, les heures des repas subirent de ce fait des modifications auxquelles la généralité de la population se conforma. On dîna à 4 heures, à 5 et même à 6 heures. Les spectacles commencèrent à 7 heures et finirent à 11. Le déjeuner se fit à l’heure où se faisait autrefois le dîner ; et le dîner à l’heure du souper. Quant au souper, il disparut chez les gens de mœurs paisibles, et fut pour les autres, un retouche au « médianoche » d’antan. Et dès lors la vie nocturne prit dans les grandes villes, les proportions que l’on sait.

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