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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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DIVISIONS TERRITORIALES DE LA NORMANDIE.

Posté par francesca7 le 28 novembre 2013

 

images (12)Le nom de Normand est encore, en dépit de la révolution, commun aux habitants de la Seine-Inférieure, du Calvados, de la Manche, de l’Eure et de l’Orne. Ce territoire a été successivement possédé par les Gaulois, les Romains, les ducs de Normandie, les Anglais, et ce n’est qu’après la prise de Cherbourg, le 12 août 1440, qu’il a été définitivement incorporé au royaume de France. Il était, lors de la conquête de César, habité par neuf peuplades, les Véliocasses, les Calètes, les Aulerces Eburovices, les Viducasses, les Loxoviens, les Baïocasses, les Abricantes, les Sésuviens et les Unelles. Les neufcivitates avaient pour chefs-lieux Rhotomagus (Rouen), Caletum, depuis Julia bona (Lillebonne), Mediolanum Aulercorum (Evreux), Aragenus (Vieux-lès-Caen), Noviomagus Lexoviorum (Lisieux),Augustodurum (Bayeux), Ingena (Avranches), Civitas Sesuviorum (Séez), et Cosedia, depuis Constantia (Coutances).

Les cités des Véliocasses et des Calètes dépendaient de la Belgique, et les autres de la Celtique. Les Romains en formèrent la seconde Lyonnaise, qui fut, sous le règne de Clovis, enclavée dans le royaume de Neustrie. Quand les Northmans s’y établirent, la dénomination de Neustrie était restreinte, et s’appliquait à la réunion du Roumois (pagus rodomensis), du pays de Talou, du pays de Caux, du Veulquessin, de l’Évrecin, du pays de Madrie, du Lesvin, du Bessin, du Cotentin, de l’Avrencin, de l’Hiémois et du Corbonnais. La province cédée à Rollo avait soixante lieues de longueur, de l’est à l’ouest, depuis Aumale jusqu’à Valogne, et vingt-cinq lieues de largeur, du nord au sud, depuis Verneuil-sur-l’Aure jusqu’à Tréport. Devenue le duché de Normandie, elle se divisa en haute Normandie, à l’est de la rivière de Dives ; et en basse Normandie, à l’ouest. La haute Normandie, dont Rouen était la métropole, comprit le pays de Caux, le pays de Bray, le Vexin normand, le Roumois, la campagne de Saint-André, le pays d’Ouche, la campagne de Neubourg, le Lieuvin, et le pays d’Auge. La basse Normandie se composa de la campagne de Caen (ville capitale), de la campagne d’Alençon, du Bessin, du pays de Houlme, du Virois ou Bocage, du Cotentin et de l’Avranchin. Le duché était borné à l’est par l’Ile-de-France et la Picardie ; au sud, par le Maine, le Perche et la Beauce ; au sud-ouest, par la Bretagne ; à l’ouest et au nord, par la Manche.


(1) Sidonius Apollinaris.
(2) Voir les Chroniques de Frodoard, Orderic Vital, Guillaume de Jumiéges, Robert Wace, Dudon de Saint-Quentin, Benoît de Sainte-More, etc.
(3) Recherches sur le duché de Normandie, par Braz, seigneur de Bourqueville (1588).

 

LA BÉDOLLIÈRE,  Émile Gigault de (1812-1883) : Le Normand (1842).

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ORIGINE DES NORMANDS.

Posté par francesca7 le 28 novembre 2013

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Au neuvième siècle, des pirates sortent du Danemark. Nombreux et dévastateurs comme des sauterelles, sectateurs d’un dieu sanguinaire, ennemis implacables du christianisme, ils débarquent sur nos côtes, déploient leurs drapeaux rouges dans nos campagnes, brûlent les églises, massacrent les hommes, porgiesent li dames joste lor mariz, pillent les cités, s’environnent de ruines et de carnage. Devant eux le courage et la crainte étaient également inutiles (1). Pour mettre fin à leurs dévastations, le roi Challon li Simple conclut, en 912, à Saint-Cler-sor-Ete, un traité avec Rou (Rollo), fils de Ragnvald et chef des Northmans. Rou est baptisé par Frankes, archevêque de Rouen, épouse Gille ou Gisèle, fille du roi, et reçoit le duché de Neustrie sous réserve d’hommage. Rou engage ses compagnons à se convertir, leur distribue des villages, des châteaux, des champs, des rentes, des moulins, des prés, des broiles (bois taillis), des terres, de grans éritez, enfin, ce qu’on nomma, en style féodal, des francs aleux d’origine. Cependant il garantit aux Neustriens la propriété de la partie de leurs biens qu’il ne leur enlève pas, appelle à ses conseils les prélats et les barons indigènes, et établit, avec leur concours, des comtes pour juger les nobles, des vicomtes pour juger les roturiers, des centeniers et des dizainiers pour examiner les causes en première instance (2). « L’on tient même que Rou institua la justice de l’échiquier en Normandie, ainsi dénommé, pour ce que les causes y étaient bien débattues et disputées, ainsi qu’il se fait entre ceux qui se jouent sur une table au jeu d’échecs, lesquels se donnent de garde de tout ce que fait leur partie adverse, pour n’être surpris et rendus mats (3). »

Le caractère du Normand actuel ressort en entier de ces faits historiques. La fausse simplicité, l’amour de la chicane, l’âpreté au gain, les défauts dont on l’accuse, ont résulté logiquement de ce que nous venons d’exposer. En essayant de le démontrer, prévenons nos lecteurs que nos observations portent sur la masse du peuple plutôt que sur la bourgeoisie. Les individus qui ont eu l’avantage de s’ennuyer ensemble sur les bancs de l’Université, qui voyagent ensuite pour leurs plaisirs ou pour leurs affaires, ne tardent pas à devenir frustes et sans couleur originale. Les prendre pour représentant d’un type national est une erreur que beaucoup de peintres de moeurs n’ont pas su éviter. N’avez-vous pas lu souvent : « Le Français est léger, galant, libertin ; il porte avec grâce l’habit brodé, et ne se mêle d’affaires d’état que pour chansonner les ministres, etc. » Les écrivains qui ont dit cela n’avaient vu les Français qu’à la cour, n’avaient jamais regardé ni dans les ateliers ni dans les fermes. Un naturaliste qui se proposerait de décrire les moeurs des singes prendrait-il donc pour objet d’études un jocko dressé à mettre un chapeau à trois cornes et à faire la voltige dans un cerceau ?

 


(1) Sidonius Apollinaris.
(2) Voir les Chroniques de Frodoard, Orderic Vital, Guillaume de Jumiéges, Robert Wace, Dudon de Saint-Quentin, Benoît de Sainte-More, etc.
(3) Recherches sur le duché de Normandie, par Braz, seigneur de Bourqueville (1588).

LA BÉDOLLIÈRE,  Émile Gigault de (1812-1883) : Le Normand (1842).


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Le manoir du Breuil, repaire normand de Françoise Sagan

Posté par francesca7 le 28 novembre 2013

 

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La romancière Françoise Sagan a fait l’acquisition du manoir du Breuil en 1958, alors qu’elle n’avait que 23 ans  

Tout l’été durant, Le Point.fr vous propose de découvrir l’histoire de maisons de vacances. Parfois loufoque. Souvent extraordinaire. Cette semaine, nous faisons étape en Normandie, chez Françoise Sagan.

Son seul bien sur la terre. C’est ainsi que Françoise Sagan définissait elle-même le manoir du Breuil. Blottie dans le bois du même nom, sur la commune d’Équemauville en Normandie, à 3 kilomètres de Honfleur, cette vaste bâtisse entourée de 8 hectares de terre lui avait été offerte par une bonne amie. La chance. Celle qui la sauva maintes fois de la mort, au détour de ses frasques, lui en fit cadeau le 8 août 1958, à la roulette du casino de Deauville où elle avait passé la nuit. Elle misa sur le 8. Son gain ? 80.000 francs. Dans la foulée, dès 8 heures du matin, elle les offre au propriétaire du manoir qu’elle a loué pour l’été. Il accepte.

Dès lors, le manoir du Breuil devient son repaire. Tantôt refuge bucolique où elle puise l’inspiration, tantôt demeure mondaine où elle reçoit ses amis. Elle qui déteste tant la solitude…

Rêveries

En 1958, lorsqu’elle fait l’acquisition de la maison, Sagan n’a que 23 ans, mais elle est déjà célèbre. Son premier roman, Bonjour tristesse, a été récompensé du prix de la critique, quatre ans plus tôt. L’écrivain continue alors de résider à Paris où, éternelle locataire, elle change régulièrement d’adresse, mais séjourne très souvent à Équemauville.

Lassée de Saint-Tropez, elle passe dorénavant tous ses étés en Normandie ; son fils Denis Westhoff, né de sa brève union avec un ancien officier de l’armée de l’air américaine, toutes ses vacances. Lui joue dans le jardin. Elle tape frénétiquement sur sa machine à écrire dans la chambre verte, rêvasse des heures à sa fenêtre ou profite de la douceur du climat, allongée dans l’herbe avec ses chiens.

Étrange marché

Le manoir du Breuil, auquel on accède par une grande allée bordée de hêtres, est un brin délabré. Françoise Sagan rêve d’y faire des travaux, mais, si elle gagne beaucoup d’argent, entre son amour des bolides et son addiction pour le jeu, la romancière en dépense tout autant…

En 1991, l’homme d’affaires André Guelfi, alias Dédé la Sardine, lui propose un marché dont l’éternelle adolescente, financièrement prise à la gorge, ne saisit pas toutes les implications. Elle doit intervenir en faveur de la compagnie pétrolière Elf, auprès de son ami François Mitterrand, en échange d’un gros chèque. De quoi rendre au manoir du Breuil sa splendeur d’antan. Françoise Sagan, que le romanesque des truands séduit, accepte. Mais, lorsqu’éclate l’affaire Elf, Dédé la Sardine balance… Il déclare lui avoir versé, pour ce « petit » service, 9 millions de francs. Faux, d’après le fils de Sagan qui assure que seuls les travaux de la maison d’Équemauville, facturés quatre millions de francs, ont été réglés par André Guelfi. Seulement, voilà, François Sagan n’a pas déclaré cette somme au fisc. Et pour cause…

La sentence est sévère : un an d’emprisonnement avec sursis et le remboursement des sommes dissimulées assorti de pénalités. L’écrivain ne peut faire face. En voulant restaurer sa maison, Sagan la perd à jamais. Tous ses biens ayant un tant soit peu de valeur sont vendus, jusqu’à ses bijoux. Tous ses revenus sont directement saisis. Mais, dans son malheur, la chance lui sourit une dernière fois. Son amie, Ingrid Mechoulam, parvient à racheter le manoir du Breuil à la banque Dexia. Grâce à sa générosité, Sagan pourra encore profiter durant plusieurs années de cette maison qu’elle aime tant. Elle s’éteint à l’hôpital de Honfleur le 24 septembre 2004, à l’âge de 69 ans. 

Le Point.fr – Publié le 12/07/2010 à 09:30 - Modifié le 27/07/2010 à 11:56

Publié dans FONDATEURS - PATRIMOINE, Normandie | Pas de Commentaire »

Le Normand par Émile de La Bédollierre

Posté par francesca7 le 28 novembre 2013

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~ * ~

                        Cette province est une des plus riches, des plus fertiles et des
                        plus commerçantes du royaume. Elle est aussi celle qui donne
                        le plus de revenu au Roi : c’est la province du Royaume qui a
                        produit le plus de gens d’esprit et de goût pour les sciences.

                                ENCYCLOPÉDIE, article Normandie.

LA Normandie n’est ni une province ni un assemblage de départements, c’est une nation. Le peuple qui s’y établit au neuvième siècle, après avoir ébranlé l’Europe et troublé les derniers moments de Charlemagne (1), eût conquis la France, si la France alors lui eût semblé valoir la peine d’être conquise. Il eut un jour envie de l’Angleterre, et l’Angleterre fut à lui. Plus tard, faisant cause commune avec sa patrie d’adoption, il refoula au-delà de l’Océan les successeurs de Guillaume le Conquérant ; et maintenant que le terrain de la guerre est déplacé, que la question militaire se débat sur les bords du Rhin, et non plus à l’embouchure de la Seine, le Normand, devenu producteur actif et intelligent, emploie à l’industrie, à l’agriculture, au commerce, l’activité énergique qui l’animait dans les combats.

Quelle partie de la France peut citer autant de villes antiques et florissantes ? Rouen, avec ses annexes, Déville, Darnetal, Bapaume et Maromme ; Rouen qui a donné son nom à des étoffes d’un usage universel ; Louviers, et surtout Elbeuf, cette ville fécondée par le germe industriel que lui avait confié le grand Colbert, et qui, depuis trente ans, a su devenir une des gloires manufacturières de la patrie ; Bolbec, Yvetot, Alençon, Évreux, Caudebec, Vire, Lisieux, Pont-l’Évêque, Mortain, Valognes, l’Aigle, Pont-Audemer, dont les manufactures fument sans cesse, dont les campagnes nourricières ne s’épuisent jamais ; puis une zone de ports sûrs et commodes : Cherbourg, le Toulon de la Manche ; Granville, Caen, le Havre, Honfleur, Dieppe, entrepôts des denrées de l’univers entier.

Le principal département de l’ancienne Normandie, celui de la Seine-Inférieure, est noté par les statisticiens comme ayant un revenu territorial de 44,529,000 fr. : c’est le plus riche de France, sans même en excepter le département du Nord. Hommes, terrains, cours d’eau, animaux, le Normand utilise tout, et l’épithète de faîgnant est la plus injurieuse qu’il connaisse (2). Herbager, il engraisse des bestiaux géants dans les plus riches pâturages du monde ; maquignon, il fournit aux roulages, aux voitures publiques, aux camions, des chevaux robustes et infatigables, pêcheur, il alimente la halle au poisson de Paris ; caboteur, il apporte à la capitale des marchandises de toute espèce ; fabricant, il organise et entretient des filatures, des draperies, des chapelleries, des rubanneries, des bonneteries, des mégisseries, des tanneries, des teintureries, des verreries, des clouteries, des quincailleries, des aciéries, des lamineries, des faïenceries, des papeteries, des blanchisseries, des huileries, des parchemineries, des taillanderies, des coutelleries, des fonderies, des poêleries, des horlogeries, des poteries, des moulins à papier, à fouler le drap, à carder la laine, des moulins anglais, ainsi nommés parce qu’ils ont été inventés par l’américain Oliver Ewans. On comptait, en 1827, sur les seuls cours d’eau de la Seine-Inférieure, deux mille neuf cent cinquante-quatre établissements industriels, dont près de trois cents sur la Robec, l’Aubette et la Renelle, petites rivières à peine visibles, qui serpentent clandestinement dans un faubourg de Rouen. Aucune province ne prend plus de brevets d’invention et de perfectionnement, n’accapare plus de médailles, n’envoie à l’exposition des produits de l’industrie plus de machines ingénieuses : instruments d’horlogerie, greniers mobiles, pompes à incendie, batteurs-étaleurs, machines à carder, à coudre les cuirasses, compteurs à gaz, niveaux d’eau à piston, produits chimiques, pendules-veilleuses, billards en ardoise, fourneaux économiques, et cent autres combinaisons, utiles souvent, ingénieuses toujours. Qu’est-ce que votre esprit commercial, ô fiers habitants de la Grande-Bretagne ? C’est l’esprit normand sur une plus vaste échelle, stimulé par des circonstances qui faisaient du commerce votre unique moyen de conservation. On voit, au développement de votre industrie, que vous avez du sang normand dans les veines. Les Normands sont les Anglais de la France, mais sous le rapport industriel seulement, grâce à Dieu !

Mais le commerce n’est qu’un rayon de l’auréole dont resplendit la Normandie ; aucun genre d’illustration ne lui a manqué. Ses poëtes sont : Marie de France, Jean Marot, Malherbe, Bois-Robert, Ségrais, Pierre et Thomas Corneille, Richer, Sarrazin, Catherine Bernard, madame Dubocage, Malfilâtre, Casimir Delavigne, Ancelot ; ses prosateurs : Hamilton, Duhamel, Saint-Évremond, l’abbé Castel de Saint-Pierre, Samuel Bochard, Sanadon, Fontenelle, Bernardin de Saint-Pierre, Vicq-d’Azir, le duc de Plaisance. Elle s’enorgueillit d’avoir donné aux beaux-arts Nicolas Poussin, Jouvenet, Restout, Boyeldieu ; aux sciences historiques et géographiques, Dudon de Saint-Quentin, Orderic Vital, Robert Wace, Geoffroy de Gaimar, Guillaume de Jumiéges, Mézerai, le père Daniel, Bruzen de la Martinière, Huet évêque d’Avranches, Feudrix de Bréquigny. Les navigateurs normands tiennent un rang honorable dans les annales maritimes. Dès 1364, ils avaient fondé Petit-Dieppe sur la côte de Guinée. Un Normand, Jean de Béthancourt, seigneur de Grainville la Teinturière, fut roi des Canaries en 1401 ; un capitaine de Dieppe, Jean Cousin, parcourant l’océan Atlantique en 1488, aperçut une terre inconnue qu’on croit avoir été l’Amérique. En 1502 et 1504, Jean Denis, de Honfleur, reconnut l’île de Terre-Neuve et une partie du Brésil ; la découverte des terres Australes fut l’oeuvre d’un Harfleurtois, Binot Paulmier de Gonneville, parti de Harfleur au commencement de juin 1503. Vers le même temps, Jean Ango, marchand de Dieppe, bloqua Lisbonne avec des vaisseaux qu’il avait frétés. Si nous possédons les Antilles, nous le devons à des Normands, du Plessis et Solive, qui occupèrent la Guadeloupe en 1612, Diel d’Enambuc, gentilhomme cauchois, qui éleva le fort Saint-Pierre à la Martinique, en 1635. Si nous tirons du café des colonies, nous le devons à Déclieux, Dieppois, qui y transporta le caféier.

images (11)C’est un Normand, le capitaine Lasale, qui explora le premier le Mississipi. C’est en Normandie que naquirent Tourville, Du Quesne, et notre contemporain Dumont-d’Urville (3).

Comme contrée pittoresque, la Normandie a des falaises aussi escarpées et aussi grandioses que celles d’Ecosse, des prairies aussi vertes que celles des bords de la Tamise et du Severn, d’épaisses et majestueuses forêts, des collines et des vallées qui rappellent celles de la Suisse, moins l’agrément des glaciers et des avalanches. Elle réunit à elle seule plus de cathédrales, d’abbayes, de vieux manoirs, de monuments du moyen âge que toutes les autres provinces ensemble. Aussi, le moindre rapin, après avoir essayé ses forces devant une carrière de Montmartre ou un chêne de Fontainebleau, prend son essor vers la Normandie, et le musée est encombré de Vues de Normandie, Village normand, Cimetière normand, Intérieur normand, Souvenirs de Normandie, Chevet de Saint-Pierre de Caen, Abbaye de Jumiéges, Pêcheurs d’Étretat, Ruines du château d’Arques, etc., etc. Il n’est pas de pays dont aient plus abusé les peintres, les romanciers et les faiseurs de romances.

Cet exposé doit justifier la longueur de l’article que nous consacrons au Normand. Quel type mérite autant que celui-ci d’être étudié sérieusement, approfondi, médité, suivi dans ses périodes de croissance et de décadence, comparé avec lui-même dans le présent et dans le passé ?

En examinant la loi de formation des types provinciaux, il est aisé de se rendre compte de leur existence actuelle. Primitivement peuplée par des colonies d’origine diverse, la France n’a que très-lentement marché vers l’homogénéité. Les habitants de chaque province, parqués sur leur territoire, isolés les uns des autres, ont pu conserver leurs vieux usages et en adopter de nouveaux. Le climat, la résidence, le genre de vie, les occupations, les guerres, les événements politiques, ont exercé une influence que le temps a consolidée, et que ne sont point venus contrarier de trop fréquents rapports avec les peuplades voisines. Les idées communes du bien et du mal se sont modifiées suivant les localités. Des moules se sont formés, où les générations successives sont entrées en naissant. Les fils ont suivi l’exemple des parents ; l’esprit d’imitation a perpétué les préjugés ; la liberté humaine s’est trouvée enchaînée, maîtrisée, annihilée par des opinions toutes faites, par des règles de conduite héréditaires. Des différences de conformation physique et morale se sont établies entre les enfants d’une même patrie, et il s’est créé des genres dans l’espèce et des variétés dans les genres.

Appliquons cette théorie au type normand, traçons-en l’histoire, cherchons les causes qui l’ont fait naître, les événements qui l’ont modifié ; voyons ce qu’il a été et ce qu’il est, prenons-le à son point de départ, et tâchons de le conduire de siècle en siècle jusqu’à celui où nous avons le bonheur de monter la garde, de payer nos contributions et d’écrire des monographies pour les Français peints par eux-mêmes.


(1) Vie de Charlemagne, par Eginard.
(2) Presque tous les Normands sont laborieux, diligents et capables de s’adonner à tout faire et imiter assez promptement ce qu’ils voyent. (Dumoulin, Histoire générale de la Normandie.)
(3) Voir les Chroniques neustriennes, par Marie du Mesnil, in-8°, 1823 ; et Recherches sur les voyages des navigateurs normands, par L. Estancelin, député de la Somme, in-8°, 1832.

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