Des pilotes d’avion chevronnés
Posté par francesca7 le 5 septembre 2013
20 mai 1927. Charles Lindbergh s’envole pour Paris, brûlant la politesse à des pilotes chevronnés.
Le jeune pilote prend le risque de traverser l’Atlantique en monomoteur. Après 33 heures de vol, il est accueilli en héros dans la capitale.
En 1927, Charles Lindbergh n’est encore qu’un jeune aviateur américain de 25 ans employé par l’US Postal. Il a déjà 2 000 heures de vol à son compteur et plusieurs crashes. Ambitieux et quelque peu tête brûlée, il décide de tout mettre en oeuvre pour remporter le prix Orteig de 25 000 dollars promis au premier pilote qui reliera New York à Paris sans escale. Voilà huit ans que Raymond Orteig, un hôtelier new-yorkais d’origine française, a créé ce prix sans que quiconque parvienne à le décrocher.
Plusieurs aviateurs célèbres de l’époque ont tenté l’aventure en s’y cassant les dents. En septembre 1926, le Français René Fonck, le héros de la Grande Guerre aux 75 victoires, s’est écrasé au décollage en tuant ses deux coéquipiers. Le 26 avril 1927, deux autres aviateurs américains grimpent directement au ciel lors d’un test de leur machine au décollage. Enfin, le 8 mai 1927, les deux Français Nungesser et Coli décollent du Bourget avant de disparaître à jamais. Ce n’est pas que Lindbergh se réjouisse de cette disparition, mais la voie est libre pour sa propre tentative.
Record du vol transcontinental
De tous les concurrents, Charles est le plus néophyte et le plus inconnu. Le plus audacieux, aussi. Au lieu de se faire construire un avion hyper-puissant avec trois moteurs pour pallier toute panne, il mise sur un monomoteur hyper-léger. « Je ne suis pas certain que trois moteurs auraient renforcé la sécurité pour effectuer un tel vol. Il y aurait eu trois fois plus de chances de panne », déclara-t-il plus tard. Contrairement à ses concurrents, il choisit d’être seul à bord, ce qui fait gagner de la puissance et de l’autonomie à son coucou. Lindbergh n’est pas bien riche non plus. En tout et pour tout, il possède 2 000 dollars d’économies. Grâce à deux mécènes qui lui fournissent 15 000 dollars, il peut tout juste se faire construire un monomoteur.
Les six premiers constructeurs contactés en 1926 le prennent pour un dingue à vouloir traverser l’Atlantique dans un monomoteur. Ils se dérobent. C’est suicidaire. Début janvier, il n’a toujours pas d’avion. Pourtant, il faut faire vite, car ses concurrents effectuent déjà leurs essais. Finalement, sa chance tourne en février, quand Ryan Airlines, installée dans une ancienne conserverie de poissons à San Diego, accepte ses idées. La firme s’engage à lui construire l’avion de ses rêves pour 6 000 dollars. Deux mois plus tard, le Spirit of St Louis est achevé et, le 12 mai, Lindbergh s’envole à son bord pour rejoindre New York. Au passage, il bat le record du vol transcontinental le plus rapide.
Bombe volante
Le 20 mai, c’est le grand jour. Le Spirit of St Louis est prêt à s’élancer dans l’inconnu depuis le terrain de Roosevelt Field sur Long Island. Son collègue de l’US Postal, Lance Armstrong, lui a fourni quelques fioles d’EPO pour lui donner la force de tenir le long du vol… Après avoir salué la foule venue assister à son décollage et serré la main de ses amis et mécènes, le grand Charles grimpe à bord de sa bombe volante bourrée d’essence. Il en emporte 2 000 litres, dont les trois quarts sont contenus dans un énorme réservoir installé entre le moteur et lui, pour éviter tout problème en cas d’atterrissage forcé. Le revers de cette installation, c’est que sa vue est totalement bouchée vers l’avant. Aussi s’est-il fait équiper d’un périscope latéral. Il n’a emporté ni parachute ni radio afin d’embarquer le maximum de carburant.
Le jeune pilote ouvre la fenêtre latérale pour laisser les actualités filmer sa belle gueule, puis il dirige le Spirit of St Louis vers l’extrémité de la piste. À 7 h 52, il ouvre les gaz à fond. L’appareil s’élance avec la grâce de Teddy Riner piquant un sprint avec des ballerines aux pieds… Le Spirit rebondit sur la piste une, deux, trois fois, avant de s’arracher du sol. Les spectateurs le voient éviter de justesse la ligne électrique en bout de piste, puis disparaître rapidement dans la brume en se dandinant.
Nourrir les requins
Il n’y a plus que 6 000 kilomètres à parcourir jusqu’à Paris. Une heure après le décollage, Lindbergh laisse Boston derrière lui. Il vole au ras des pâquerettes, autour de 50 mètres d’altitude, à la vitesse de 170 km/h. Après trois heures de vol, le jeune pilote est déjà fatigué. Pour éviter de sombrer dans la somnolence et d’offrir aux requins un petit extra alimentaire, il pilote au ras des flots, à moins de trois mètres d’altitude, rebondissant presque sur les vagues. Cela l’oblige à mobiliser toute sa concentration.
Le voilà maintenant au-dessus de la Nouvelle-Écosse. Il remonte à 200 mètres d’altitude. Il traverse un front d’orage. Cela fait six heures qu’il vole. Il lutte toujours contre le sommeil. Sous lui, la côte de Newfoundland. Cette fois, il prend de la hauteur pour passer au-dessus d’un orage. Il survole l’Atlantique à 3 300 mètres d’altitude. La nuit commence à tomber, les étoiles brillent au-dessus de lui ; sous lui, c’est le noir absolu, la mer est cachée par un brouillard. Il se faufile entre de gros nuages noirs, fait demi-tour quand il aperçoit de la glace qui se forme sur son avion. Il a froid, mais garde le hublot ouvert pour que l’air glacé l’empêche de s’endormir.
« Well, I did it ! »
Question cruciale : comment fait-il pour assouvir un besoin naturel ? Il pisse dans sa combinaison. Voilà vingt-quatre heures qu’il est aux commandes du Spirit. Où est-il exactement ? Il n’en sait rien. Apercevant un bateau de pêche, il s’en approche, puis tourne autour de lui pour demander son chemin en hurlant par le hublot. Mais personne n’apparaît sur le pont. Alors, il repart un peu au jugé. Une heure plus tard, il voit enfin la terre, il file droit dessus et reconnaît la côte irlandaise. Il a deux heures et demie d’avance sur son timing. Il lui semble que deux haltères tirent ses paupières vers le bas.
Il veut arriver à Paris avant la tombée de la nuit, alors il pousse son appareil jusqu’à 180 km/h. Enfin, la côte. Sa vue le revigore. Le soleil commence à se coucher quand il survole Cherbourg. Plus que 360 kilomètres avant de gagner son pari. Après 33 h 30 min 29,8 s, le Spirit of St Louis se pose sur la piste du Bourget. Il est 22 h 22. Les 150 000 personnes qui l’ont attendu toute la journée se précipitent sur l’avion pour l’en extirper et le porter en triomphe durant une demi-heure. D’autres en profitent pour arracher des morceaux de toile du fuselage à titre de souvenir.
Le héros est fatigué. Il n’a pas fermé l’oeil depuis 55 heures. « Well, I did it (bon, je l’ai fait) », répète-t-il, hébété. Des policiers et des militaires parviennent à l’arracher des griffes de la foule pour le mettre à l’abri dans un hangar. L’Amérique a gagné un héros. La suite est moins glorieuse pour Lindbergh : l’enlèvement de son fils, la médaille remise par Göring qu’il refuse de rendre à la demande de Roosevelt, Hitler qu’il qualifie de « grand homme », ses treize enfants essaimés à tout vent. Mais, au moins, meurt-il en 1974 bon écolo et défenseur des tribus isolées des Philippines…
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