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AU TEMPS DU FACTEUR

Posté par francesca7 le 22 mai 2013

AU TEMPS DU FACTEUR dans ARTISANAT FRANCAIS poste-300x209

mon père né en 1927, dcd en 2007 – était lui-même facteur dans nos campagnes….

 

 

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Distribution du courrier : de Louis XI
au projet de « torpille postale »

(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1928)

Recevrons-nous, un jour prochain, nos lettres par la « torpille postale » ? s’interroge en 1928 un chroniqueur du Petit Journal, qui ajoute que cette torpille vous a un petit air belliqueux qu’on n’attendait guère d’une initiative des P.T.T., administration pacifique… Ce nouveau mode de distribution du courrier est alors l’occasion de revenir sur plusieurs siècles de lente évolution, et d’évoquer le temps, révolu, où le destinataire payait pour recevoir une lettre, où le coût du transport était directement lié à la distance parcourue, et où l’acheminement des envois en pays étranger exigeait jusqu’à quelques semaines

Rassurons-nous, écrit notre chroniqueur : la torpille postale ne sera torpille que dans sa forme : ses effets, loin d’être dangereux, seront bienfaisants, puisqu’ils nous permettront de recevoir nos lettres avec une rapidité inconnue jusqu’à présent. Nous apprenons ainsi que l’idée de cette « torpille postale » est de MM. Louis Hirschauer, ingénieur en chef de l’Aéronautique, et Augustin Talon, inventeur du chemin de fer du Midi.

Elle procède, semble-t-il, de l’idée du « chemin de fer volant », qu’il fut question de construire trois années plus tôt entre Paris et Saint-Denis, et qui consistait en une sorte de wagon-locomotive à hélice, guidé par un rail électrique aérien, que devaient supporter des pylônes placés de distance en distance. De même, la « torpille postale » sera constituée par un projectile fusiforme guidé par des rails que supporteront des pylônes hauts de 40 à 50 mètres et distants l’un de l’autre de 400 à 500 mètres. Cet obus voyageur, qui contiendra les lettres, les journaux, les paquets postaux, filera à la vitesse régulière de 360 kilomètres à l’heure. En deux heures et demie, une lettre ira de Paris à Marseille.

Il y a cent ans, écrit notre journaliste, évoquant ainsi le début du XIXe siècle, le même trajet ne demandait guère moins de huit jours, et le destinataire, en recevant la lettre, devait donner la somme de 1 fr. 20, qui représentait alors à peu près le prix d’une journée d’ouvrier.

Nul n’ignore que c’est à Louis XI qu’appartient la gloire d’avoir jeté, dans le milieu du XVesiècle, rappelle-t-il, les premières bases de l’institution postale. Il est vrai que le roi ne concevait cette institution que pour le service royal et ne se souciait guère de celui des particuliers ; amis ces derniers ne devaient pas tarder à apprécier pour eux-mêmes l’utilité des postes et à tirer parti de leur établissement. L’ordonnance de Louis XI est datée de Luxies (aujourd’hui Lucheux), près de Doullens. Le beffroi où le roi signa cet édit, le 19 juin 1464, est encore debout. Louis XI y ordonne « l’établissement de certains coureurs et porteurs de depesches en tous lieux de son royaume pour la commodité de ses affaires e ! diligence de son service ».

Pour cet objet. il veut que soient réunis « en toutes les villes, bourgs, bourgades et lieux que besoin sera, un nombre de chevaux courant de traitte en traitte, par le moyen desquels ses commandements puissent être promptement exécutés, et qu’il puisse avoir nouvelles de ses voisins quand il voudra… » L’institution des relais de poste une fois établie, il ne fallut pas longtemps à la nation française pour en sentir toute l’utilité. Bientôt, chacun voulut en profiter pour ses voyages ; et les particuliers furent admis à le faire, en acquittant une taxe prévue dans les ordonnances royales.

Quant au transport des lettres, on prit d’abord l’habitude de joindre aux plis appartenant au gouvernement ceux qu’on voulait faire parvenir dans les mêmes lieux. Mais c’est seulement deux cents ans plus tard, sous le ministère de Richelieu, que ce service fut régularisé par M. d’Alméras, directeur général des postes du royaume. Un tarif des lettres fut fixé par un arrêt du Conseil d’Etat ; mais le produit ne servait qu’à indemniser les porteurs et les commis. L’Etat n’avait pas encore soupçonné le profit qu’il pouvait tirer des postes. C’est Louvois qui, le premier, songea à faire profiter le Trésor, en affermant l’exploitation de ce service. En 1672, la première année où fut établi ce monopole, les Postes rapportaient à l’État 1 200 000 livres. En 1695, le bail fui porté à 2 820 000 livres. Successivement, il fut augmenté pendant toute la durée du XVIIIe siècle. A la veille de la Révolution, les Postes fournissaient annuellement 12 millions au Trésor.

facteur dans ARTISANAT FRANCAISPourtant, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les départs de Paris pour les diverses régions de France ne se faisaient qu’une fois par semaine. Ils devinrent peu à peu bi-hebdomadaires, puis tri-hebdomadaires, mais ce n’est qu’en 1828 que le service fut rendu quotidien pour toutes les villes où se trouvait un bureau. Les campagnes, jusqu’alors, étaient absolument négligées. Les villages éloignés des cités de quelque importance demeuraient à peu près privés de communications avec le reste du pays. L’administration se chargeait uniquement du transport des lettres jusqu’aux bureaux des viles. Le paysan qui attendait un pli en était réduit à venir le chercher lui-même à la ville. Certaines communes avaient des exprès ou des messagers à leur service dont la mission était d’aller une ou deux lois par semaine à la ville chercher la correspondance de leurs habitants. En résumé, l’administration ne servait directement qu’environ six millions de citoyens formant la population des villes et ne se préoccupait en aucune façon des vingt-sept millions d’habitants des campagnes.

La loi du 3 juin 1829 remédia à cet état de choses en étendant jusque dans les campagnes les service de l’administration des Postes. On créa un service de cinq mille « piétons » ou facteurs ruraux, qui furent chargés de parcourir de deux jours l’un au moins, les trente-cinq mille communes ne possédant pas de bureau de poste. Pour le transport des lettres et des paquets postaux, l’administration employait alors des voitures légères traînées par quatre chevaux, et dans lesquelles étaient ménagées trois places pour les voyageurs. Ces voitures partaient de Paris, centre du mouvement des postes, roulaient à fond de train sur Ies treize grandes routes de « première section », c’est-à-dire celles de Besançon, Bordeaux, Brest, Caen, Calais, Clermont, Lille, Lyon. Mézières, Nantes, Rouen, Strasbourg et Toulouse, et sur les neuf routes de « deuxième section » qui communiquaient de Bordeaux à Bayonne et à Toulouse, de Lyon à Marseille, d’une part, et à Strasbourg de l’autre ; de Toulouse à Avignon et à Bayonne, de Chatons à Nancy, de Moulins à Lyon, et de Troyes à Mulhouse.

Elles faisaient en moyenne du douze à l’heure — 348 kilomètres de moins que ne fera la « torpille postale ». Et l’on estimait alors que c’était une belle allure. Le temps moyen que mettait une malle-poste pour parcourir la distance d’une poste, ou deux lieues, était de 46 minutes. La route sur laquelle le service des relais se faisait avec la plus grande activité était celle de Bordeaux. Le courrier ne mettait que 48 heures à la parcourir dans toute son étendue, qui était de 77 postes, ou 145 lieues, et donnait un temps moyen de 37 minutes par poste. Celui de Lille venait après. Il fournissait sa course (30 postes ou 60 lieues) en 21 heures… les rapides de la Compagnie du Nord la faisant au début du XXe trois heures ; la torpille postale n’y mettra pas même trois quarts d’heure, affirmait-on alors.

Les communications avec l’étranger étaient encore, au début du XIXe siècle, fort irrégulières. On n’avait de rapports faciles qu’avec les pays limitrophes : la Belgique, l’Allemagne, l’Italie. En 1830, le transport des dépêches de France en Angleterre et d’Angleterre en France n’était pas encore journalier. Il ne le devint que trois ans plus tard ; et, dans le traité signé à cette occasion entre les deux pays, il fut soigneusement stipulé que même en cas de guerre, les paquebots de poste pourraient continuer leur navigation sans obstacle de part et d’autre. Dans la Méditerranée, ce ne fut qu’en 1837 qu’on service à peu près régulier fut établi entre Marseille, le sud de l’Italie et les pays du Levant. Les correspondances mettaient quatorze à quinze jours pour parvenir à Alexandrie et à Constantinople.

Quant aux relations entre la France et l’Amérique, elles étaient alors des plus précaires. Aucun service régulier. En 1839, les correspondances françaises pour les Etats-Unis étaient encore tributaires de l’Angleterre, qui venait d’établir une ligne de paquebots à vapeur de Bristol à New-York. Ces ancêtres des transatlantiques faisaient le voyage en douze jours. Et l’on se plaignait beaucoup, en ce temps-là, de l’administration des postes : non point à cause de la lenteur qu’elle mettait à acheminer tes correspondances — les moyens de transport en usage ne lui permettaient pas de faire mieux — mais parce que le port des lettres était frappé de taxes excessives.

Jusqu’au moment où apparut la taxe unique par le moyen du timbre, le coût du transport des lettres était proportionnel à la distance. A l’époque où l’Etat prit le monopole des postes, c’est-à-dire vers 1675, une lettre coûtait, de Paris à Bordeaux, cinq sols ; de Paris en Angleterre, dix sols — il y avait deux bateaux par semaine — ; de Paris à Liège, seize sols. C’était cher, mais il faut tenir compte de la difficulté des communications et de l’état des chemins en ce temps-là. Le 8 décembre 1703, une nouvelle ordonnance royale fixa le tarif suivant : pour un trajet inférieur à 20 lieues : 3 sous ; de 20 à 49 lieues : 4 sous ; de 40 à 60 lieues : 5 sous : de 60 à 80 lieues : 6 sous : de 80 à 100 lieues : 7 sous ; de 100 à 120 lieues : 8 sous ; de 120 à 150 lieues : 9 sous ; de 150 à 200 lieues : 10 sous.

En 1759, dans la déclaration royale du 8 juillet, on voit tenir compte, pour la première fois, du poids de la lettre. Ce poids est fixé à 2 gros — prés de 8 grammes — avec le tarif suivant : pour moins de 20 lieues : 4 sous ; de 20 à 40 lieues : 6 sous ; de 40 à 60 lieues : 7 sous ; de 60 à 80 lieues : 8 sous ; de 80 à 100 lieues : 9 sous ; de 100 à 120 lieues : 10 sous ; de 120 à 150 lieues : 12 sous ; pour 150 lieues et au delà : 14 sous.

Le décret du 22 avril 1791, en stipulant que le poids de la lettre pouvait atteindre un quart d’once, fixa à 4 sous le transport d’une lettre dans le même département. Peu de temps après, le 27 nivôse an III (7 janvier 1795), ce prix fut porté à 5 sous. D’autres décrets modifièrent encore les taxes, mais ce ne fut pas pour les réduire au contraire.

Dans le premier tiers du XIXe siècle, on se plaignait plus fort que jamais en France, de l’énormité des taxes dont était frappé le port des lettres. Ces taxes étaient toujours, comme deux siècles auparavant, calculées suivant la distance. Elles étaient énormes pour les lettres qui allaient d’un bout de la France à l’autre. Au tarif de 1828, il fallait payer vingt-quatre sous pour expédier une lettre de Marseille à Paris. Heureusement, un grand progrès devait s’accomplir bientôt par l’emploi du timbre-poste. Un Anglais, sir Rowland Hill, l’inventa en 1835. Mais l’Angleterre ne mit l’invention en pratique que cinq ans plus tard. La Suisse suivit l’exemple en 1843 ; puis le Brésil et les Etats-Unis en 1847.

La France n’entra dans l’union postale, en même temps que la Belgique et la Bavière, qu’en 1849. A parti du 1er janvier 1849, le port des lettres fut fixé uniformément à 0,20 franc. Un an plus tard, le gouvernement élevait Ie tarif à 0,25. En 1853, on revenait à 0,20, pour remonter de nouveau à 0,25 en 1871. Plus tard, on se décida pour 0,15. Enfin, en 1906, les lettres ne coûtèrent plus que 0,10 franc. A cette époque, le port des lettres à 0,10, les Anglais l’avaient depuis trois quarts de siècle.

Nous n’en aurons joui que pendant 10 ans. Au mois de janvier 1917, le prix du timbre fut remonté à 0,15 ; augmenté de nouveau en avril 1920 et fixé à 0,25, tarif qui n’avait pas été appliqué depuis les jours de misère et de deuil de 1871 ; puis successivement porté depuis depuis 1925 à 0,30 franc, puis à 0,40 pour aboutir finalement au tarif, considéré en 1928 comme excessif de 0,50 franc. Et notre chroniqueur d’espérer qu’il en restera là… ajoutant que c’est déjà trop d’en être revenu à des taxes qui faisaient justement, cent ans plus tôt, l’indignation de nos aïeux.

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Les Epiciers d’autrefois

Posté par francesca7 le 22 mai 2013

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Les Epiciers d’autrefois dans ARTISANAT FRANCAIS epicerie-1900-300x208

 Le dictionnaire encyclopédique de l’épicerie et des industries annexes mentionne que historiquement l’épicier était un drageoir pour offrir des épices ou l’officier à la cour de Bourgogne chargé de la présentation des épices et des médicaments.

Un épicier est actuellement quelqu’un qui travaille dans une épicerie où il vend des aliments. L’épicier est un travailleur indépendant, archétype du commerce de détail de proximité. Alors que la majorité des produits alimentaires passaient par ce canal de distribution dans les années 1950, le développement concomitant de la voiture et de la grande distribution a progressivement réduit la part que les épiciers traditionnels tenaient dans le commerce alimentaire.

Tantôt le nom d’épicier s’appliquait aux simples chandeliers ou fabricants de bougie, tantôt il s’étendait à cette classe intermédiaire entre les empiriques et les médecins, qu’on appelait les apothicaires. Rarement signifiait-il, au Moyen Age, le marchand de menus comestibles comme nous le comprenons de nos jours.

Nous retrouvons les épiciers fabriquant la bougie dans une ordonnance de 1312, où il leur est formellement enjoint de vendre de la bougie sans suif, à peine de confiscation de la marchandise. Ils doivent aussi se servir de balances justes et ne point tricher sur les poids. Nul ne pouvait peser les marchandises en gros s’il faisait lui-même commerce d’épicerie ; de même il était interdit aux courtiers de vendre pour leur compte les produits qu’ils étaient chargés de placer. Cette ordonnance un peu sévère s’étendit aux épiciers courant les foires de Champagne, par mandement spécial du roi.

Quelques années plus tard, nous les retrouvons, mêlés aux apothicaires dont ils suivront le sort pendant deux cents ans. En 1336, le prévôt de Paris rappelait aux apothicaires-épiciers qu’ils étaient forcés de soumettre aux maîtres de la médecine tous opiats ou autres drogues débitées dans leurs officines. On alla plus loin sous le roi Jean, et on prit ces marchands par leur côté honnête, ce qui était un peu simple pour le temps : on prétendit obtenir qu’ils ne falsifiassent point leurs marchandises, en réclamant d’eux un serment solennel ; l’histoire ne dit pas ce qu’il advint de cette mesure singulièrement naïve.

En 1450, voici à nouveau les maîtres épiciers devant la cour du prévôt. Cette fois ils sont censés réclamer un règlement de fabrication et de vente, et là encore nous retrouvons les anciens épiciers-chandeliers du XIVe siècle représentés par leurs maîtres Jean Chevart, Guillaume dit de Paris, Colin Laurens, Jean Bachelier et Jean Asselin. Le règlement qu’ils obtiennent porte sur la fabrication des bougies ou cierges et la vente des « saulces ou espicerie » qu’ils débitaient dans leurs « ouvroirs ». La bougie doit être faite moyennant dix bougies à l’once à peine de confiscation ; le fabricant devait de plus y imprimer sa marque personnelle préalablement déposée au bureau des jurés et chez le prévôt, pour qu’il fût très facile de retrouver les délinquants en cas de fraude.

Les épiciers tenant et vendant « saulces, comme canneline, saulce vert, saulce rapée, saulce chaude, saulce à composte, moustarde et aultres saulces », devront les composer de bonne qualité à peine de 10 sols d’amende, suivant les ordonnances « du mestier des saulces ». Les épiciers forains devaient faire visiter leurs marchandises par les jurés avant que de les mettre en étal. Ceux-ci étaient tenus de déférer à cette invitation d’examen dans la journée du lendemain au plus tard. Quant aux épiciers établis dans les villes, ils ne pouvaient rien acheter aux forains avant la visite des jurés.

Ces précautions, on est bien obligé de le reconnaître, avaient du bon, puisque l’ordonnance de 1450 régla longtemps le commerce d’épicerie chez nos pères, à des époques où, toute proportion gardée, la sophistication des denrées alimentaires ne laissait pas que de se faire aussi communément que de nos jours.

Il n’est point sans intérêt de rappeler ici que vers le milieu du XIVe siècle, grâce au négoce avec les pays du Levant, les épiciers se fournissaient plus facilement de drogues et produits levantins dont la mode s’empara. Il fut alors de bon ton de s’offrir réciproquement des « espices ou drogues » en cadeau, et il arriva souvent que pour hâter les juges somnolents, le client riche recourut à ces « blandices ».

Les magistrats acceptèrent d’abord timidement, puis ouvertement, si bien qu’en moins d’un demi-siècle les épices se payaient couramment en toutes causes. En 1483, les choses en étaient arrivées à un tel point que tout le monde des plaideurs réclamait à grands cris une taxe qui limitât un peu les extorsions des juges. Alors le nom seul était demeuré, mais les épices s’étaient changées en bons deniers comptants. De là le nom qui jusqu’en 1789 servit à désigner ce que nous appellerions volontiers le casuel des magistrats ; ce casuel avait été aboli au XVIe siècle ; mais, ayant reparu, on le régla en 1669, en faisant taxer les épices d’une cause par le président qui la jugeait.

Pour revenir aux épiciers, cause innocente de ces abus de justice, nous franchirons quarante années et nous les retrouverons, en 1514, aux prises avec les apothicaires. Ces derniers ayant fait quelque progrès dans « leur art », comme ils appelaient leur métier, réclamaient hautement leur séparation d’avec les épiciers, qui n’avaient ni leurs goûts ni leur science. « Car, qui est espicier n’est pas apothicaire, et qui est apothicaire est espicier » assuraient-ils, avec une certaine apparence de logique. Le roi écouta favorablement cet argument péremptoire, et les « espiciers simples », c’est-à-dire les marchands de « bougie de saulces et d’huile », eurent une existence à part.

Ce n’est pas que cette condition fût très brillante. Dans la plupart des cas, l’épicier du XVIe siècle courait les rues, offrant de ses denrées aux passants et heurtant aux portes des ménagères. Le nombre des épiciers tenant ouvroir était relativement restreint. Et puis, cette situation précaire, qui les forçait à empiéter toujours sur les métiers voisins, les plongeait dans la déconsidération. En 1620, ils obtinrent de vendre du fer forgé, des clous, et même du charbon, mais non sans provoquer des récriminations et des colères.

Le XVIIIe siècle les rattacha aux droguistes ou apothicaires. Ils vendent alors de la thériaque, des préparations de kermès, le mithridate, mais ils ne confectionnent pas ; un arrêt de 1764 leur prohibe essentiellement la manipulation et le mélange des drogues. Entre temps ils trouvent le moyen d’empiéter sur les charcutiers par la vente des jambons de Bayonne, de Bordeaux ou de Mayence.

Ils obtiennent contre les vinaigriers le droit de tenir jusqu’à trente pintes de vinaigre, mais sans parvenir à donner à leur infime métier l’ombre du prestige des autres corporations. Pourtant n’était point épicier qui voulait sous l’ancien régime ; et les conditions exigées chez l’apprenti étaient des plus sérieuses. Il fallait d’abord être Français, reconnu honnête, avoir compagnonné trois ans, après quoi les maîtres présentaient le candidat au procureur du roi.

Après le serment prêté devant le magistrat, les trois gardes de l’épicerie signaient le diplôme de réception qui devenait brevet de maîtrise. Toutes ces formalités donnaient au nouvel adepte droit de vendre où bon lui semblait drogues et épiceries, mercerie, clouterie, charcuterie et vinaigrerie, c’est-à-dire de vivre un peu aux dépens de tout le monde, de gratter sur tout, sans art et sans talent. Ainsi naquit ce type étrange si ridiculisé depuis, souffre-douleur des rapines et des étudiants.

(Extrait de « Histoire anecdotique des métiers », paru en 1892)

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Le jardinier de cimetière

Posté par francesca7 le 22 mai 2013

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par

Édouard d’Anglemont

~ * ~

LA classe si intéressante des horticulteurs se subdivise en un grand nombre de variétés : les Christophe Colomb des fleurs, les multiplicateurs des végétaux, les pères nourriciers de plantes exotiques, les créateurs de pépinières, les Soulanges-Bodin, les Pyrolle, le Keteléer, les Bachoux, les Billard, les Martine, etc. Mais, de toutes ces variétés, la plus curieuse et la moins connue est sans contredit le jardinier de cimetière.

D’abord, le jardinier de cimetière ne jardine jamais ; il y a plus, s’il jardinait, son métier, qui est prodigieusement lucratif, ne lui rapporterait pas de quoi vivre comme un maçon ou un figurant de l’Ambigu-Comique.

Cela a tout l’air d’un paradoxe : vous verrez tout à l’heure que c’est une vérité incontestable.

Image illustrative de l'article Fossoyeur

Le jardinier de cimetière ne ressemble en rien aux autres jardiniers, si joyeux d’ordinaire, qui chantent le matin avec l’alouette, à midi avec la cigale, et le soir avec le rossignol. Le jardinier de cimetière ne chante jamais : c’est un homme grave ; il a le teint blême, le regard sombre ; son nez, comme celui du père Aubry, aspire à la tombe.

Ce ne sont pas les classes élevées, les familles riches, qui font la fortune de ce jardinier : aux grands de la terre qui trépassent, il faut un terrain concédé à perpétuité, un tombeau de marbre ou de granit, une épitaphe en lettres d’or ; ces morts-là payent cher leur sépulture, et on leur en donne pour leur argent.

La clientèle du jardinier de cimetière est tout entière dans la classe moyenne, parmi les petits rentiers, les petits marchands, les modestes employés, tous personnages auxquels le culte des tombeaux est permis pendant cinq ou dix ans seulement. Lorsque l’entreprise des pompes funèbres lui a révélé un décès, cet homme questionne, interroge, et, dès qu’il est parvenu à découvrir l’adresse du mort, il ne s’arrête plus, il court, il a des ailes, et les parents le voient apparaître au milieu de leur plus grande douleur.

M. D…, jeune avocat qui n’avait encore plaidé qu’une fois, et devant la 7e chambre, venait de perdre son père, ancien commis du ministère de l’intérieur. Le char mortuaire était à la porte ; on clouait la bière dans la pièce voisine de sa chambre ; il était assis, morne, immobile dans un large fauteuil : tout à coup se présente devant lui un homme vêtu d’un habit-veste de gros drap couleur foncée, portant de gros souliers ferrés, et tenant à la main son chapeau d’un noir rougeâtre, illustré d’un crêpe dont la vétusté semblait annoncer un deuil perpétuel.

« Monsieur, dit-il d’une voix sépulcrale, j’ai appris le malheur, le grand malheur…

– Ah ! monsieur, dit le jeune stagiaire en interrompant ce qu’il prenait pour un compliment de condoléance ; ah ! mon cher monsieur, c’est affreux, c’est horrible : je n’y survivrai pas !…

– Oh ! je sais ce que c’est !… mais le temps…

– Ma douleur ne mourra qu’avec moi… c’est une plaie qui ne se cicatrisera jamais !…

– C’est comme moi, je ne laisse jamais mourir ces douleurs-là… au contraire, je les cultive, et je m’en trouve bien… Je vous conseille d’en essayer… Vous avez peut-être l’intention d’acheter un terrain à perpétuité ?

– Hélas ! ç’eût été mon plus cher désir ; mais ma position ne me permet pas cette dépense…

– Tant mieux, monsieur, entre nous la tombe à perpétuité est un mauvais système, un système de dupe. Que l’on recule les barrières de Paris de quelques centaines de toises, il faudra que tous les morts délogent, et ces tombeaux de marbre, qui devaient durer éternellement, disparaîtront pour faire place à des maisons de cinq étages. Parlez-moi d’un terrain temporaire entouré d’un treillage de bois noir, au milieu duquel nous plaçons un cyprès, un laurier, un saule pleureur, un rosier, un myrte, un jasmin… Nous en avons le plus grand soin ; de l’eau deux fois par jour pendant l’été… ça ne meurt jamais… moyennant dix francs par mois…

– C’est donc au fossoyeur que je parle ?…

– Non, monsieur… je suis jardinier du cimetière. Voici mon adresse : « DUHAMEL tient  assortiment de fleurs, croix neuves et d’occasion, avec larmes et épitaphes ; fabrique les couronnes d’immortelles jaunes, noires, blanches, au plus juste prix ; fait des envois dans les départements. »

– Comment pouvez-vous, dans un pareil moment !…

– Eh ! monsieur, quel moment peut être mieux choisi pour pleurer l’infortuné enlevé à la fleur de son âge par une mort cruelle !

– De qui parlez-vous donc ? je ne vous comprends pas.

– Ah ! c’est juste, je confondais avec le n° 2. C’est que nous en avons trois dans votre arrondissement aujourd’hui… Je disais donc : Quel moment peut être mieux choisi pour pleurer ce jeune homme, l’espoir d’une famille, qui…

– Mais c’est un vieillard que je pleure… c’est mon pauvre père.

– Bien, bien, monsieur, je me souviens maintenant : c’est le n° 1 que vous avez. Je vous dirai donc : Quel moment mieux choisi pour pleurer ce vieillard vénérable, qui fut bon fils, bon époux, excellent père. Nous pouvons allonger cela tant que vous voudrez ; ça dépend de la hauteur de la croix et de la largeur des lettres. Il m’est arrivé ce matin des croix de première fabrique, de premier choix : dix pieds de haut sur dix pouces de large, tout coeur de chêne.

– Laissez-moi donc ; je vous ai dit que mes faibles moyens…

– C’est juste ! alors le sapin du Nord vous conviendrait mieux ; ça supporte parfaitement l’humidité.

– Grâce !… grâce !…

– C’est donc de l’occasion qu’il vous faut ? J’ai votre affaire : un trois pieds huit pouces, dans le meilleur état ; les vertus et qualités sont presque neuves ; il n’y aura que les noms à changer. »

L’impatience crispait les nerfs du jeune D…, il étouffait d’indignation ; la parole lui manquait, et le vampire, lui faisant l’application du proverbe « Qui ne dit mot consent », alla sur-le-champ se mettre à l’oeuvre.

Le jardinier de cimetière dans ARTISANAT FRANCAIS enterrer-300x225
Un mois après cette première visite, le jardinier revint près du jeune avocat. Cette fois il ne fit plus de phrases, mais il lui présenta une longue liste de fournitures mortuaires, dont le total, y compris le premier mois d’entretien échu, s’élevait à 60 ou 80 francs. M. D… pouvait-il marchander les soins donnés à la sépulture de son père ? pouvait-il souffrir que l’on arrachât ignominieusement les témoignages de regret que tout le monde attribuait à sa piété filiale ? Le plus court et le plus sage parti était d’acquitter le mémoire funéraire, et il l’acquitta immédiatement.

Presque tous les jardiniers de cimetière empiètent sur la profession du marbrier ; ils fournissent au besoin la pierre tumulaire, l’urne lacrymale, la colonne tronquée ; mais ce n’est pas là le bon du métier : c’est surtout par le jardinage que s’enrichit cette engeance qui ne jardine pas. Par exemple, que l’un de ces habiles industriels soit chargé d’entretenir quarante tombes à dix plantes ou arbustes chacune, cela fait un total de quatre cents. Eh bien ! le jardinier de cimetière n’en a que cent, et il pourvoit à tout ; et cela, grâce à l’étude approfondie qu’il a faite du coeur humain, grâce à une statistique qu’il a particulièrement étudiée. D’abord il sait que, sur quarante morts, vingt sont oubliés en huit jours par leurs héritiers, qui n’en payent pas moins les fleurs absentes et les soins qu’on ne leur a jamais donnés. Sur les vingt autres morts, six sont visités chaque dimanche, quatre le sont tous les jeudis, dix le sont deux fois par an ; tous le sont une fois par année, le jour consacré solennellement par l’Église à prier pour ceux qui ne sont plus.

Les vingt premiers tombeaux ont pour tout ornement des masses de chiendent de la plus belle venue, agréablement  entrecoupées d’orties et de chardons ; les vingt autres s’arrangent entre eux en bons camarades : les fleurs qui étaient jeudi sur celui-là seront dimanche sur celui-ci ; on découvre saint Pierre pour couvrir saint Paul, et vice versa. J’ai vu un rosier qui avait déjà fait trente fois le tour du cimetière Montmartre, et qui ne paraissait pas disposé à s’arrêter en si beau chemin.

Arrive le jour des Morts. Il faut que leur demeure soit ornée : alors les entreteneurs de tombes s’abattent sur le quai aux Fleurs ; le cimetière ressemble bientôt à un vaste parterre ; le lendemain tout entre en serre sous prétexte de la gelée, et deux jours après la pacotille botanique reprend la route du marché.

Le jardinier de cimetière est, comme on voit, un merveilleux calculateur ; mais il est communément peu lettré, ce qui est d’autant plus fâcheux qu’il se trouve souvent dans la nécessité de confectionner l’épitaphe en style plus ou moins lapidaire. Pour obvier aux inconvénients qui peuvent résulter de son ignorance en matière de langue française et d’orthographe, il fait fabriquer à l’avance un grand assortiment de pierres et de croix avec épitaphes variées, qui se payent à tant la lettre ; et c’est probablement à cause de cela que tant de gens vertueux ont si peu de vertus après leur mort, tandis que tant d’intrigants en ont un si long catalogue sur leur tombe : les noms seuls sont à mettre. Voici ce qui est arrivé à un de mes amis qui venait de perdre son oncle.

Ce jeune homme, voulant bien faire les choses, avait accueilli les offres de service du jardinier, et lui avait donné les noms et qualités du défunt. Six semaines après, il prit fantaisie au neveu de voir comment ses intentions avaient été remplies ; il se rend au cimetière Mont-Parnasse, se fait conduire à l’endroit où ont été déposés les restes de son oncle, et sur une pierre tumulaire d’une dimension fort convenable il lit :

CI-GÎT
FRANÇOIS-XAVIER GIRARDEAU,
ANCIEN CAPITAINE DE DRAGONS,
CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR,
QUI FUT LA GLOIRE ET L’EXEMPLE DE SON SEXE.
SA FAMILLE DÉSOLÉE
DÉPOSA SUR SA TOMBE
LA COURONNE VIRGINALE.

C’est, je crois, le même jardinier qui planta dans le même cimetière une croix sur laquelle on peut lire :

ICI REPOSE
CHARLES-EMMANUEL BODIN,
QU’UNE MORT CRUELLE
ENLEVA
A L’AGE DE SEPT ANS ET DEMI.
IL FUT BON FILS, BON ÉPOUX, BON PÈRE
ET BON CITOYEN.
PRIEZ POUR LUI !

Les deux tiers de la clientèle du jardinier de cimetière se composent de veuves. Cela se conçoit : rien n’est plus propre à faire trouver un mari que le regret que l’on témoigne de n’en plus avoir. N’est-il pas tout à fait touchant de lire sur une tombe, après l’énumération des noms, titres et qualités du défunt :

SA JEUNE ÉPOUSE,
AU DÉSESPOIR,
ATTEND AVEC IMPATIENCE
QUE DIEU LA RÉUNISSE
A SON ÉPOUX BIEN-AIMÉ.

Ou ces quatre vers :

Mon époux de la vie a quitté les combats !
Il a fini le temps d’épreuve
Que Dieu nous impose ici-bas !
Ce temps commence pour sa veuve !

 dans ARTISANAT FRANCAIS
En ce cas, l’épitaphe d’un mari est presque toujours grosse d’un mariage. Aussi est-ce avec une sorte d’assurance que le jardinier de cimetière se présente chez les veuves, particulièrement chez celles qui sont jeunes et jolies ; il tient toujours prête pour elle quelque anecdote appropriée à la circonstance, qu’il débite en variant les inflexions de sa voix, selon l’intensité de la douleur exprimée sur la physionomie de la personne à laquelle il s’adresse ; car cet homme est aussi un habile comédien, qui change à sa volonté de ton et de visage. J’ai entendu parler d’une jeune femme qui paraissait profondément affligée de la perte récente de son mari, et à laquelle le funèbre oiseau de proie tint à peu près ce langage :

« Ah ! madame, un si bon mari !… jeune, gracieux, aimant… Il devait aimer les oeillets : nous lui mettrons des marcottes choisies… tout ce qu’il y a de mieux en panachés… Il avait été militaire, je crois ?

– Lieutenant dans la garde nationale.

– J’ai un laurier superbe qui lui ira comme un bas de soie… Entourage solide, une urne à chaque coin, colonne en granit comme celle que M. Adolphe de N… m’a commandée pour la tombe de sa femme. Pauvre jeune homme ! en voilà un qui a du chagrin.

– C’est un jeune homme ?

– Oui, madame, un grand brun, fort beau garçon, ma foi, avec des yeux à la perdition de son âme, et qui pleure !… Si vous le voyiez… Il faudrait avoir un coeur de roche pour ne pas se sentir venir la larme à l’oeil… Si ça continue, il en mourra ; il n’y a que le mariage, un mariage d’amour capable de le sauver.

– Il est bien à plaindre !… Il doit aller souvent au cimetière ?

– Tous les dimanches, de deux à cinq heures. »

A quelques jours de là, la jeune femme et Adolphe de N… se rencontrèrent au champ des morts ; ils échangèrent quelques regards. Huit jours après ils mêlèrent quelques paroles ; huit jours plus tard ils confondaient leurs pleurs. Ils passèrent de là aux soupirs, aux serrements de main, aux mutuels aveux ; puis ils en vinrent à oublier complétement le chemin du cimetière, à la grande satisfaction du jardinier, qui n’oublie pas, lui, de venir, à chaque fin de mois, se faire payer chez M. et madame de N… de l’entretien de deux tombes pour lesquelles il n’a rien fait.

Dans cette circonstance, c’est à l’amour qu’il aura dû son succès ; dans une autre, il s’adressera à l’amour-propre ; l’intérêt ne sera pas non plus négligé dans ses opérations spéculatives.

« Non, monsieur, disait une veuve de quarante-cinq ans à l’un de ces dépisteurs de morts, je ne ferai aucune dépense inutile : mon mari m’a laissé des enfants ; c’est à eux que je dois songer maintenant.

– Justement, madame, c’est à cause de cela qu’il faut des fleurs à la tombe du défunt ; nous lui en mettrons des plus belles et des plus rares : ça attire les promeneurs ; on s’arrête volontiers, et on lit tout naturellement l’épitaphe. Vous feriez distribuer deux cent mille prospectus, que cela ne vaudrait pas pour votre commerce ces simples paroles peintes en blanc sur un fond noir :

CI-GÎT
LOUIS-BERNARD ROUDIER :
IL EUT TOUTES LES VERTUS D’UN BON
PÈRE DE FAMILLE.
L’HUMANITÉ SOUFFRANTE
LUI DOIT L’INVENTION
DES PESSAIRES EN CAOUTCHOUC,
POUR LESQUELS
IL A ÉTÉ BREVETÉ
DU ROI
ET DE SON AUGUSTE FAMILLE,
QUE SA VEUVE INCONSOLABLE
CONTINUE A FABRIQUER
AVEC LE MÊME SUCCÈS,
RUE…  N°….

Tout Paris a pu voir, pendant dix ans, au cimetière du Père Lachaise, cette épitaphe qui donna à la maison une vogue à laquelle elle fut redevable d’une fortune immense. Pour elle, le jardinier du cimetière avait été un bon génie, tant il est vrai que rien n’est absolument bon, ni absolument mauvais ; tant il est vrai que l’absolu n’existe pas.

Ce n’est pas toujours au domicile du mort que s’adresse l’entrepreneur de tombeaux : assez souvent il attend au sortir du cimetière les parents de celui qui vient d’être inhumé. Mais tout n’est pas roses, là non plus qu’ailleurs ! La concurrence est grande, et les spéculateurs rivaux se font une guerre acharnée, car chacun d’eux est doué de cette impudeur, de cette énergie qu’enfante la soif de l’or.
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Il arrive quelquefois qu’une nuée de ces harpies s’abat sur le funèbre cortége comme une nuée de corbeaux sur un cadavre : alors quel spectacle hideux de voir ces étranges commerçants offrir en plein air à un père, à un fils, à un mari navrés de douleur d’honorer au rabais les restes encore chauds de personnes qu’ils ont aimées ! N’est-il pas affreux de les entendre crier autour de vous, avec une infatigable persévérance :

« Monsieur, voici mon adresse ; vous ne trouverez pas de maison mieux assortie.

– Monsieur, veuillez jeter les yeux sur nos prix courants : c’est le triomphe du bon marché ; nous pouvons vous fournir des saules pleureurs à vingt pour cent au-dessous du cours.

– Monsieur, défiez-vous de la mauvaise marchandise.

– Monsieur, n’écoutez pas ces gens-là ! c’est moi qui vous ai parlé le premier !

– Monsieur, vous savez le proverbe : « Aux derniers les bons ! » Ma maison touche au cimetière.

– Monsieur, c’est chez moi qu’on trouve tout ce qu’il y a de meilleur en occasion ! »

Des marchandises d’occasion en ce genre, me direz-vous ; c’est une plaisanterie ! Non, sans doute, rien de plus réel. Dans le commerce du jardinier de cimetière comme beaucoup d’autres, il y a abondance de marchandises d’occasion ; et ces marchandises-là, que l’on donne à bas prix, sont celles sur lesquelles les marchands gagnent le plus !… Lorsque le temps de la concession est expiré, les morts ne peuvent empêcher les vivants de vendre leurs tombeaux ; dans la classe moyenne, comme dans les autres, les plus grandes douleurs ne sont guère au-delà de cinq ans ; celles qui vont jusqu’à dix ans sont fort rares. Si donc un honnête négociant, dans le paroxysme du chagrin, ne s’est décidé qu’avec la plus grande difficulté à tirer cent écus de sa caisse pour assurer à quelqu’un des siens une tombe particulière pendant cinq ans, il est certain que, ce temps écoulé, il ne renouvellera pas le bail. Cependant la colonne tronquée, la croix de chêne, l’entourage de bois peint seront encore dans un état très-satisfaisant : qu’en fera-t-il lui qui ne veut plus payer, et qui ne se soucie guère de pleurer ? Il abandonne tout simplement ces objets au jardinier, qui les a déjà peut-être vendus à l’avance, et qui lui donnera en échange quittance du dernier mois d’entretien. Voilà comment, en fait de fournitures sépulcrales, les marchandises d’occasion ne manquent jamais ! Voilà pourquoi le jardinier de cimetière est l’ennemi né des concessions à perpétuité.

Et pourtant le jardinier de cimetière, cet homme sans émotions, sans entrailles, cet homme qui traverse la vie avec l’invulnérable impassibilité d’un mort, a une famille ; il est marié. Sa compagne se reconnaîtrait entre mille : c’est presque toujours une grande femme noire, sèche, aux formes anguleuses, à la parole aigre, mal habillée, mal tenue ; le sourire n’a jamais effleuré ses lèvres minces et flétries ; on lit sur sa physionomie qu’elle a toujours été étrangère aux joies de ce monde. Le jardinier de cimetière a quelquefois un enfant, rarement deux, jamais davantage : la cupidité ne peuple guère. Et quelle triste race, bon Dieu ! Pâles, maigres, scrofuleux, rabougris, ces pauvres enfants habitent le rez-de-chaussée d’une maison humide et sombre ; ils passent leur journée à confectionner des couronnes funèbres ; ils n’ont d’autre promenade que le cimetière, où ils n’entrent que pour arroser les fleurs des tombes ou servir de guides aux visiteurs. Jamais leur visage ne s’épanouit sous l’influence d’un rayon de bonheur ; les jeux de l’enfance leur sont inconnus : ce sont de pauvres jeunes plantes qui s’étiolent à l’ombre du toit paternel, et qui, pour la plupart, s’inclinent et meurent sans avoir vécu.

N’allez pas croire toutefois que ce tableau d’intérieur soit une généralité sans exception. Il est un jardinier de cimetière dont la maison élégante, ornée d’un perron à double escalier, appuie sa construction, imitée de l’architecture de la renaissance, sur la murailles du champ du repos ; les appartements de cette maison, où tout se trouve réuni en fait de comfortable, sont meublés dans le dernier goût. Quant au propriétaire, c’est un homme de cinquante ans environ, de bonnes manières, d’un langage distingué, d’une figure gracieuse, et dont les vêtements sortent des ateliers d’Humann. Il a une femme de trente-six ans, belle brune aux grands yeux noirs, qui touche du piano comme Hertz, chante la Folle comme madame de Sparr, et fait de l’opposition en politique comme un député de l’extrême gauche ; il a une fille de dix-sept ans, jolie blonde qui ressemble à une gravure anglaise, qui a été élevée dans un de nos pensionnats à la mode, que l’on songe à marier, et à laquelle les adorateurs ne manquent pas. Elle aura 120,000 francs de dot.

Ce jardinier de cimetière court au bois de Boulogne à cheval, en tilbury, comme un habitué de Tortoni ou du café Anglais. C’est un dilettante, un abonné des Bouffes, et il ne manque jamais de louer une stalle pour toutes les premières représentations qui se donnent sur les théâtres de Paris. L’hiver, il donne des soirées où l’on fait de la musique, où l’on joue, où l’on danse comme à la Chaussée-d’Antin et au faubourg Saint-Honoré ; où parfois il arrive que, tandis que les flammes bleuâtres du punch se mêlent aux vives clartés des bougies odorantes, on aperçoit du balcon doré d’autres flammes qui s’élèvent de la poussière des tombes, comme pour remplacer ces images de mort que l’ancienne Égypte mêlait à toutes ses fêtes, comme pour dire à celui qui assiste à ces joyeuses réunions : Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris.

—-

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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