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ARTHUR RIMBAUD par Mallarmé

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

 

 

Stéphane Mallarmé

Arthur Rimbaud : Divagations/Éditions

Chap Book, 15 mai 1896 (pp. 8-17).

 ARTHUR RIMBAUD par Mallarmé dans LITTERATURE FRANCAISE 220px-Rimbaud_Voyelles_caricature

 

À Monsieur Harrison Rhodes.

J’imagine qu’une de ces soirées du Mardi, trop rares, où vous me fîtes l’honneur d’ouïr, chez moi, quelques amis converser, le nom soudainement d’Arthur Rimbaud se soit bercé à la fumée de plusieurs cigarettes, installant, pour votre curiosité, du vague.

Quel, le personnage, questionnez vous : du moins, avec des livres Une Soirée en Enfer, Illuminations et ses Poèmes, naguères publiés en l’ensemble, exerce-t-il sur les évènements poétiques récents une influence si particulière que, cette allusion à lui faite, par exemple, on se taise, énigmatiquement et réfléchisse, comme si beaucoup de silence, à la fois, et de rêverie s’imposait ou d’admiration inachevée.

Doutez, mon cher hôte, que les principaux innovateurs, maintenant, voire un seul, à l’exception, peut-être, mystérieusement, du magnifique ainé, qui leva l’archet, Verlaine, aient à quelque profondeur et par un trait direct, subi Arthur Rimbaud. Ni la liberté allouée au vers ou, mieux, jaillie telle par miracle, ne se réclamera de qui fut, à part le balbutiement de tous derniers poèmes ou quand il cessa, un strict observateur du jeu ancien. Estimez son plus magique effet produit par opposition d’un monde antérieur au Parnasse, même au Romantisme, au très classique, avec le désordre somptueux d’une passion on ne saurait dire rien que spirituellement exotique. Éclat, lui, d’un météore, apparu sans motif autre que sa présence ; issu seul et s’éteignant. Tout, certes, aurait existé, depuis, sans ce passant considérable, comme aucune circonstance littéraire vraiment n’y prépara : le cas personnel demeure, avec force.

Mes Souvenirs : plutôt ma pensée, souvent, à ce Quelqu’un, voici : comme peut faire une causerie, en votre honneur immédiate.  PORTRAIT OF ARTHUR RIMBAUD

BY F. VALLOTTON

 

Je ne l’ai pas connu, mais je l’ai vu, une fois, dans un des repas littéraires, en hâte, groupés à l’issue de la Guerre — le Dîner des Vilains Bonshommes,certes, par antiphrase, en raison du portrait, qu’au convive dédie Verlaine. “L’homme était grand, bien bâti, presque athlétique, un visage parfaitement ovale d’ange en exil, avec des cheveux châtain-clair mal en ordre et des yeux d’un bleu pâle inquiétant.” Avec je ne sais quoi fièrement poussé, ou mauvaisement, de fille du peuple, j’ajoute, de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par les transitions du chaud au froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun.

Comme je descendais des Fleuves impassibles

Je ne me sentis plus guidé par les hâleurs :

Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles

Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

et

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,

L’eau verte pénétra ma coque de sapin

Et des taches de vins bleus et de vomissures

Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

et

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies

Baisers montants aux yeux des mers avec lenteur,

La circulation des sèves inouïes,

Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.

et

Parfois martyr lassé des pôles et des zônes

La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux

Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes

Et je restais ainsi qu’une femme à genoux. 

et

J’ai vu des archipels sidéraux ! Et des îles

Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

Est-ce en mes nuits sans fond que tu dors et t’exiles

Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

et tout ! qu’il faudrait dérouler comme primitivement s’étire un éveil génial, en ce chef-d’œuvre, car Le Bateau Ivre était fait, à l’époque, déjà : tout ce qui, à peu de là, parerait les mémoires et qui en surgira tant qu’on dira des vers, se taisait parmi le Nouveau-venu ainsi que Les Assis, Les Chercheuses de Poux, Premières Communiantes, du même temps ou celui d’une puberté perverse et superbe. Notre curiosité, entre familiers, sauvés des maux publics, omit un peu cet éphèbe au sujet de qui courait, cependant, que c’était, à 17 ans son quatrième voyage, en 1872, effectué, ici, comme les précédents, à pied : non, le premier ayant eu lieu, de l’endroit natal, Charleville dans les Ardennes, vers Paris, fastueusement, par la vente de tous les prix de la classe, celle de rhétorique, à cet effet, par le collégien. Rappels de là-bas, or hésitation entre la famille, une mère d’origine campagnarde, dont était séparé le père, officier en retraite, et des camarades les frères Cros, Forain futur, le caricaturiste Gill, d’abord et toujours et irrésistiblement Verlaine. Un va-et-vient résultait ; au risque de coucher, en partant sur les bateaux à charbon du canal ; en revenant, de tomber dans un avant poste de fédérés ou combattants de la Commune. Le grand gars, adroitement, se fit passer pour un franc-tireur du parti, en détresse et inspira le bon mouvement d’une collecte à son bénéfice. Menus-faits, quelconques et, du reste, propres à un ravagé violemment par la littérature, le pire désarroi, après les lentes heures studieuses aux bibliothèques, aux bancs, cette fois maître d’une expression certaine prematurée, intense, l’excitant à des sujets inouïs, — en quête aussitôt de “sensations neuves” insistait-il “pas connues” et il se flattait de les rencontrer en le bazar d’illusion des cités, vite vulgaire ; mais, qui livre au de mon adolescent, un soir, comme éclair nuptial, quelque vision grandiose et fictive continuée, en suite, par la seule ivrognerie.

L’anecdote, à bon marché, ne manque pas, le fil contradictoirement, mille fois, rompu d’une existence telle, en laissa choir dans les journaux : à quoi bon faire, centième, miroiter ces détails jusqu’à les enfiler en sauvages verroteries et composer le collier du roi nègre, que ce fut la plaisanterie plus tard de représenter dans quelque peuplade inconnue, le poête.

Vous ne me demandez pas autre chose que suivre, comme je les perçois et pour y infuser le plus de belle probabilité les grandes lignes d’un destin significatif ; lequel doit garder dans ses écarts d’apparence, le rythme, étant d’un poëte et quelque étrange simplicité. Toute fois en remerciant de m’aider, par votre question à évoquer pour moi-même, la première fois dans l’ensemble, cette personnalité qui vous séduit, mon cher ami, je veux comme exception remémorer une historiette qu’avec des sourires me contait délicieusement Théodore de Banville. La bonté de ce Maître était secourable. On le vint trouver. À l’intention d’un des nôtres ; et précisait-on en quelque jargon, de permettre qu’il fit du grand art. Banville opina que pour ce résultat, d’abord, le talent devenant secondaire, une chambre importait, où gîter, la loua dans les combles de sa maison rue de Bucy ; une table, l’encre et les plumes comme accessoires, du papier, un lit blanc aussi pour les moments où l’on ne rêve debout, ni sur la chaise. Le jeune homme errant y fut installé : mais quelle, la stupéfaction du donateur méthodique, à l’heure où la cour interne unit, par leur l’arôme, les dîners, d’entendre des cris poussés à chaque étage, et, aussitôt, de considérer, nu, dans le cadre de mansarde là-haut, quelqu’un agitant éperdument et lançant par dessus les tuiles du toît, peut-être pour qu’ils disparussent avec les derniers rayons du soleil, des lambeaux de vêtements : et comme il s’inquiétait, près du dieu, de cette tenue enfin mythologique, “C’est,” répondit Arthur Rimbaud à l’auteur des Exilés, qui dut convenir de la justesse impliquée, certainement, par cette observation et accuser sa propre imprévoyance “que je ne puis fréquenter une chambre si propre, virginale, avec mes vieux habits criblés de poux.” Le hôte ne se trouva correct qu’après avoir adressé des effets à lui de rechange et une invitation à partager le repas du soir, car “l’habillement, outre le logis ne suffit pas, si l’on veut produire des poèmes remarquables, il importe également de manger.”

Le prestige de Paris usé vite ; aussi, Verlaine entre de naissantes contrariétés de ménage et quelque appréhension de poursuite comme fonctionnaire humble de la Commune, certes decidérent Rimbaud à visiter Londres. Ce couple y mena une orgiaque misère, humant la libre fumée de charbon, ivre de réciprocité. Une lettre de France bientôt pardonnait, appelant l’un des transfuges, pourvu qu’il abandonnât son compagnon. La jeune épouse, au rendez-vous, attendait une réconciliation avec mère et belle-mère. Je crois au récit supérieurement tracé par M. Paterne Berrichon  et indique selon lui une scène, poignante au monde, attendu qu’elle compta pour héros, l’un blessé comme l’autre délirant, deux poëtes dans leur farouche mal. Prié par les trois femmes ensemble, Verlaine renonçait à l’ami, mais le vit à la porte de la chambre d’hôtel fortuitement, vola dans ses bras le suivre et n’écouta l’objurgation par celui-ci, refroidi, de n’en rien faire “jurant que leur liaison devait être à jamais rompue” — “même sans le sou” quoique à Bruxelles en vue seulement d’un subside pécuniaire pour regagner le pays “il partirait.” Le geste repoussait Verlaine qui tira, égaré, d’un pistolet, sur l’indifférent et tomba, en larmes au devant. Il était dit que les choses ne resteraient pas, j’allais énoncer, en famille. Rimbaud revenait, pansé, de l’hospice et dans la rue, obstiné à partir, reçut une nouvelle balle, publique maintenant ; que son si fidèle expia, deux ans, dans la prison de Mons. Solitaire, après cette circonstance tragique, on peut dire que rien ne permet de le déchiffrer, en sa crise définitive, certes, intéressante puisqu’il cesse toute littérature : camarade ni écrit. Des faits ? il devait selon 1875, et qu’importe ; puis gagna l’Allemagne, avec des situations pédagogiques, et un don pour les langues, qu’il collectionnait, ayant abjuré toute exaltation dans la sienne propre ; atteignit l’Italie, en chemin-de-fer jusqu’au Saint-Gothard, en suite à pied, franchissant les Alpes : séjourne quelques mois, pousse aux Cyclades et, malade d’une insolation, se trouve rapatrié officiellement. Pas sans que l’effleurât une avant-brise du Levant.

Voici la date mystérieuse, pourtant naturelle, Si l’on convient que celui, qui rejette des rêves, par sa faute ou la leur, et s’opère, vivant, de la poèsie, ultérieurement, ne sait trouver que loin, très loin, un état nouveau. L’oubli comprend l’espace du désert ou de la mer. Ainsi les fuites tropicales moins, peut-être, quant au merveilleux et au décor : puisque c’est en soldat racolé, 1876, sur le marché Hollandais, pour Sumatra, déserteur dès quelques semaines, rembarque au coût de sa prime, par un vaisseau anglais, avant de se faire, audacieusement, marchand d’hommes, à son tour, y amassant un pécule perdu en Danemark et en Suède, d’où rapatriement ; — en chef des Carrières de Marbre, dans l’île de Chypre, 1879, après une pointe vers l’Égypte, à Alexandrie et — on verra, le reste des jours, en traitant. L’adieu total à l’Europe, aux climat et usages insupportables, également est ce voyage au Arar, près de l’Abyssinnie (théâtre d’ évènements militaires actuels) où, comme les sables, s’étend le silence rélativement à tout geste extérieur de l’exilé. Il trafiqua, sur la côte et l’autre bord, à Aden, le rencontra-on toutefois à ce point extrême ! féeriquement d’objets précieux encore, comme quelqu’un dont les mains ont caressé jadis les pages ; ivoire, poudre d’or, ou encens. Sensible à la qualité rare de sa pacotille, peut-être pas, comme entachée d’orientalisme Mille et Une Nuits ou de couleur locale : mais aux paysages bus avec la soif de vastitude et d’indépendance ! et si, l’instinct des vers par quelqu’un renoncé, tout devient inférieur en s’en passant, même vivre, au moins que ce soit brutalement, sauvagement, la civilisation ne survivant, chez l’individu, à un signe suprême.

Une nouvelle inopinée, en 1892, circula par les journaux : que celui, qui avait été et demeure, pour nous, un poête, voyageur, malade, à Marseille, revenu avec une fortune et opéré, arthritique, après le débarquement, venait d’y mourir. Sa bière prix le chemin de Charleville, accueillie dans ce refuge, jadis, de toutes agitations, par la pièté d’une sœur.

Je sais à tout le moins la gratuité de se substituer, aisément, à une conscience : laquelle dût, à l’occasion, parler haut, pour son compte, dans les solitudes. Ordonner, en fragments intelligibles et probables, pour la traduire, la vie d’autrui, est, tout juste, impertinent : il ne me reste qu’à pousser à ses limites ce genre de méfait. Seulement je me renseigne — Une fois, entre des migrations, vers 1875, le compatriote de Rimbaud et son camarade au collège, M. Delahaye, à une réminiscence de qui ceci puise, discrètement l’interrogea sur ses vieilles visées, en quelques mots, que j’entends, comme — “et ! bièn, la littérature ?” l’autre fit la sourde oreille, enfin répliqua avec simplicité que “non, il n’en faisait plus,” sans accentuer le regret ni l’orgueil. “Verlaine” ? à propos duquel la causerie le pressa : rien, sinon qu’il évitait, plutôt comme déplaisante, la mémoire de procédés, à son avis, excessifs.

L’imagination de plusieurs, dans la presse participant au sens, habituel chez la foule, des trésors à l’abandon ou fabuleux, s’enflamma de la merveille que des poèmes restassent, inédits, peut-être, composés là-bas. Leur largeur d’inspiration et l’accent vierge ! on y songe comme à quelque chose qui eût pu être ; avec raison, parce qu’il ne faut jamais négliger, en idée, aucune des possibilités qui volent autour d’une figure, elles appartiennent à l’original, même contre la vraisemblance, y plaçant un fond légendaire momentané, avant que cela se dissipe tout-à-fait. J’estime, néanmoins, que prolonger l’espoir d’une œuvre de maturité nuit, ici, à l’interprétation exacte d’une aventure unique dans l’histoire de l’esprit. Celle d’un enfant trop précocement touché et impétueusement par l’aile littéraire, qui avant le temps presque d’exister, épuisa d’orageuses et magistrales fatalités : sans recours à du futur.

Une supposition, autrement forte, comme intérêt, que d’un manuscrit démenté par le regard perspicace sur cette destinée, hante, relative à l’état du vagabond s’il avait, de retour, après le laisser volontaire des splendeurs des la jeunesse, appris leur épanouissement, parmi la génération, en fruits féeriques non moins et plus en rapport avec le goût jadis, ou de gloire, que ceux quittés aux oasis : les aurait-il reniés au cueillis ? Le Sort, avertissement à l’homme de son rôle accompli, sans doute afin qu’il ne vacille pas en trop de perplexité,trancha ce pied qui venait se poser sur le sol natal étranger : ou, tout-de-suite et par surcroit, la fin arrivant, établit, entre le moribond et diverses voix qui, souvent, l’appelèrent notamment une du grand Verlaine, le mutisme que sont un mur ou le rideau d’hôpital. Interdiction que, pour aspirer la surprise de sa renommée et sitôt l’écarter ou, à l’opposé, s’en défendre et jeter un regard d’envie sur ce passé grandi pendant l’absence. Lui se retournât à la signification, neuve, proférée en le parler natal, des quelques syllabes Arthur Rimbaud : l’épreuve, alternative, gardait la même dureté et mieux la valut-il, effectivement, omise. Cependant, on doit, approfondissant d’hypothèse pour la doter de la beauté éventuelle, cette carrière hautaine, après tout, et sans compromission, présumer que l’intéressé en eût accueilli, avec une fiere incurie, cet aboutissement en célébrité comme concernant, certes, quelqu’un qui avait été lui, mais ne l’était plus, d’aucune façon : à moins que ce fantôme impersonnel ne poussât la désinvolture jusqu’à réclamer traversant Paris, pour les joindre à l’argent rapporté, simplement, des droits d’auteur.

Stéphane Mallarmé.

mallarme-217x300 dans LITTERATURE FRANCAISEÉtienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé, né à Paris le 18 mars 1842 et mort à Valvins (commune de Vulaines-sur-Seine, Seine-et-Marne) le 9 septembre 1898, est un poète français.

Admirateur de Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé fait paraître en revue quelques poèmes en 1862. Professeur d’anglais par nécessité, il est nommé en septembre 1863 au lycée de Tournon-sur-Rhône en Ardèche et passe par Besançon ou Avignon, avant d’arriver à Paris en 1871. Il fréquente alors des littérateurs comme Paul Verlaine, Émile Zola ou Auguste de Villiers de L’Isle-Adam et des artistes comme Édouard Manet qui a peint son portrait en 1876.

S’il rencontre des difficultés dans son métier de professeur (il est chahuté par ses élèves), il mène une vie familiale paisible, avec cependant des difficultés financières et des deuils. Il poursuit l’écriture de poèmes très élaborés et reçoit ses amis créateurs lors des Mardis de la rue de Rome ou dans sa maison de campagne, à Valvins, près de Fontainebleau où il meurt le 9 septembre 1898 à 56 ans.

Attiré par l’esthétique de l’art pour l’art, il collabore au Parnasse contemporain dès 1866, cherchant à dépasser son sentiment d’impuissance lié à un état dépressif, il est dès lors en quête d’une beauté pure que seul peut créer l’art : « le monde est fait pour aboutir à un beau livre », affirme-t-il. Il entreprend des œuvres ambitieuses qu’il retravaillera longtemps comme Hérodiade (1864-1887) ou L’Après-midi d’un faune (1865-1876, mis en musique par Debussy en 1892-94). Admirateur d’Edgar Poe il traduit Le Corbeau, publié en 1875 illustré par Édouard Manet, et écrit le Tombeau d’Edgar Poe en 1876 (« Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change,… ») avant de traduire en prose d’autres poèmes.

En 1887, il fait paraître une édition de ses Poésies qui montrent sa recherche stylistique comme dans le sonnet en yx : Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx ou le sonnet en octosyllabesUne dentelle s’abolit (Une dentelle s’abolit // Dans le doute du Jeu suprême //A n’entrouvrir comme un blasphème //Qu’absence éternelle de lit.) L’aboutissement de cette ambition du poème absolu apparaît dans le poème graphique de 1897 Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. Cette recherche d’une expression tendue vers l’épure lui vaut cependant dès l’époque le reproche d’hermétisme qui reste attaché à l’art mallarméen.

La renommée de Stéphane Mallarmé se consolide encore à partir de 1884 quand Verlaine publie l’article qui l’insère dans sa série des Poètes maudits, et, porteur de modernité et proche des avant-gardes en art comme en littérature, il est reconnu comme un maître par les jeunes générations poétiques, d’Henri de Régnier et des symbolistes à Paul Valéry. Ainsi, auteur d’une œuvre poétique ambitieuse, Stéphane Mallarmé a été l’initiateur, dans la seconde moitié du 19e siècle, d’un renouveau de la poésie dont l’influence se mesure encore auprès de poètes contemporains comme Yves Bonnefoy.

 

Publié dans LITTERATURE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

L’âme complexe de Maupassant

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

Guy de Maupassant : âme complexe, sensible,
méfiante et dénuée d’illusions…

(D’après « Le Gaulois », paru en 1912)

 L'âme complexe de Maupassant dans LITTERATURE FRANCAISE maupassant

Je le vois encore, le pauvre et grand disparu, debout auprès d’une fenêtre ouverte vers quoi montait le tumulte du boulevard, la joie d’une fin de jour lumineuse et tiède, je me rappelle jusque dans les moindres détails sa silhouette et son visage. Il allait alors vers la trentaine. Il débordait de vie saine et intense. Il paraissait bâti pour renouveler les travaux d’Hercule. Il sentait la force. Un sang généreux affluait à ses joues, colorait sa nuque, empourprait ses lèvres sensuelles.

Vous n’auriez jamais cru que ce Normand robuste avait végété comme employé de troisième classe dans un ministère, affronté, à l’âge où l’on a le plus besoin de dépenser sa vigueur, de chercher au hasard sa route, de courir les aventures, l’amertume de subir les sautes d’humeur de quelque rond-de-cuir bilieux et hostile, de rester cloué devant des paperasses fastidieuses du matin au soir, avait pris sur le repos et sur le plaisir des nuits le temps qu’il lui était impossible de consacrer ailleurs aux Lettres.

De taille moyenne, la tête ronde et forte plantée sur un cou ramassé et musclé de taureau, il avait l’apparence et la carrure d’un sous-officier qui arrive d’une école de gymnastique, et aussi d’un gentilhomme campagnard qui fait valoir soi-même son petit domaine, fréquente les foires de village, ne diffère qu’à peine par un reste ineffaçable de race des fermiers avec lesquels il est sans cesse en contact.

Les rides précoces qui ravinaient son front bas me surprirent, ainsi que ses mains de vieil homme dont la peau était toute plissée, toute dégradée, toute bleuie de grosses veines. Ses cheveux châtains ondoyaient, courts et drus, au-dessus des tempes.

Ses yeux faisaient penser à des vasques où l’eau dort sur un amas de feuilles mortes. Ils brillaient profonds et veloutés. Ils changeaient continuellement d’expression, tantôt attentifs, aux aguets, sondeurs, tantôt d’une indifférence voulue, voilés de brume, perdus on ne savait où, tantôt ironiques, gouailleurs, amusés, tantôt d’une douceur pénétrante et câline, tantôt dilatés, illuminés, durcis par une flamme de désir, tantôt presque douloureux, à demi-éteints, saturés d’ennui et de lassitude. Ils révélaient une âme complexe, voluptueuse, sensible, méfiante, timide, dénuée d’illusions, réfractaire aux transports excessifs et aux complications sentimentales, qui se connaît trop bien, qui se replie sur elle-même, qui redoute de se livrer, de s’encombrer de vaines tendresses, qui demeure toujours et partout en défense.

Sa voix avait des inflexions lentes et graves, s’assourdissait par instants comme oppressée et meurtrie, traînait sur les syllabes finales, teintée d’un accent de terroir et un peu zézayante. Un rire saccadé, artificiel, inoubliable scandait certaines de ses phrases.

C’était à l’époque qui fut la meilleure de sa vie brève et tourmentée. La fortune commençait à lui sourire. Il avait loué sur le chemin de halage, à Sartrouville, une petite maison blanche qu’entouraient des tilleuls. A dix pas de la grille fleurie de vigne vierge, parmi les nénuphars, les joncs souples, les aigrettes rosés des salicaires, trois yoles longues et fines se balançaient, amarrées aux chaînes d’un lavoir. D’un côté se déroulait et miroitait la Seine, avec ses processions de chalands, ses essors de voiles blanches, ses reflets multiformes, ses nuances de vieille soie, apparaissaient masquées par les arbres et les charmilles, les villas de Maisons-Laffitte, de l’autre, les coteaux de La Frette couverts de lilas, la forêt de Saint-Germain.

Le torse et les bras nus, nous partions sans but, descendant ou remontant le courant, glissant, durant des heures, au bruit cadencé des avirons, de même qu’un argyronète. O la-féerie splendide des aubes nacrées où le soleil semble une rosé jaune qui se déplie au loin, pétale par pétale, où les feuilles paraissent translucides, vous donnent l’impression qu’elles ¡:vous regardent ! O l’émouvante extase des soirs magnifiques où la nuit tombe comme à regret pailletée d’étoiles vagues, où sur les berges obscures les crapauds préludent, clochettes de cristal aux tintements mélancoliques, où dans la houle des arbres chantent, à la fois, concert éperdu, des milliers de rossignols ! O les belles choses que Maupassant me disait alors avec de la ferveur et de l’angoisse sur l’enchantement et sur le mystère de l’Eau, le regard de vertige qu’il avait en s’exaltant !

La yole dérivait comme une épave, les longs avirons collés à ses flancs, les minutes s’écoulaient telles qu’en un songe et soudain, il se ressaisissait et s’exclamait, irrité d’avoir rêvé tout haut, de s’être abandonné, exagérant à dessein cette brusque fausse note : « Crois-tu que nous sommes assez romance ? »

Des camarades s’invitaient de ci de là, amenaient leurs petites amies de cœur ou d’occasion. Et dans le salon meublé tant bien que mal de fauteuils de jardin, de divans aux ressorts usés, aux coussins rapiécés et où les accessoires peinturlurés naguère par l’aquarelliste Leloir pour une pièce bouffonne d’atelier décoraient les murs, l’on remuait des souvenirs d’insoucieuse bohème, d’exubérante gaieté, de passionnettes éphémères, de fabuleuses gageures, de farces énormes.

Celui-ci racontait les dimanches bruyants et allègres d’Argenteuil, les parties bouffonnes dans des canots loués au garage, les nuits folles où la bande s’entassait pêle-mêle dans une chambre de guinguette, tirait au sort les deux lits dont se composait le mobilier.

D’autres se remémoraient Bezons, la mère Poulain et le logis hasardeux qu’elle louait vingt francs par mois, le lancement de la yole qui avait été baptisée au Champagne par Mouche, une ingénue de Montmartre, des trottins jolies, des élèves du Conservatoire qui leur avaient joué au pied levé la comédie de l’amour et la Société des Crépitiens, qui avait emprunté son nom à Crepitus, le petit dieu malséant auquel Flaubert fait réciter un couplet emphatique dans la Tentation de saint Antoine.

Les paupières à demi closes, le coude appuyé à la table où s’étalaient de grandes feuilles de papier noircies d’une large et ferme écriture et surchargées par places de ratures, de corrections, Maupassant les écoutait, songeait, s’efforçait de rester à leur diapason, d’égaler leur entrain.

Qu’il se sentait déjà changé et assagi ! Qu’ils lui paraissaient déjà lointains les jours où, gai luron, faune narquois et querelleur échappé de la forêt natale, il menait le jeu, il se délectait à mystifier et à persécuter les faibles, les sots et les fâcheux, il augmentait son répertoire de facéties nouvelles, de méchants tours, il s’ingéniait à imiter Henri Monnier, il avait adopté ce nom bourgeois d’aspect rassurant et débonnaire : Joseph Prunier !

Que tout cela pourtant l’avait amusé, les épreuves burlesques d’initiation à ces Crépitiens dont il avait établi, article par article, le code, les ahurissements et les déconvenues d’un pauvre diable d’expéditeur au ministère de la marine, facile à berner, apte à servir de tête de Turc et qui avait failli en perdre la raison, les parades de force, les courses d’écluse en écluse jusqu’à ce qu’il fût à demi-mort de fatigue, les randonnées téméraires que, pour économiser le prix d’un billet de troisième, il faisait le samedi, en pleines ténèbres, de la porte d’Asnières au barrage de Bezons, à travers les terrains vagues, par des chemins incertains, tout seul, s’exposant à quelque attaque de rôdeurs, savourant dans sa plénitude la sensation âpre et aiguë de frôler et de défier le péril, de sentir jusqu’au fond de l’être la piqûre de la peur, et préparant d’avance le récit dramatique qu’il ferait à l’arrivée ! Ah ! jeunesse, jeunesse !

Dans ce coin paisible de banlieue, Maupassant écrivait lentement, soigneusement son premier roman : Une Vie, où il accrochait, disait-il, tous ses portraits et tous ses paysages de famille et qui porte pour épigraphe ces simples mots :L’Humble Vérité. Et soit, lorsque ayant abordé dans une de ces îles où les saules entrelacent leurs branches, forment des alcôves vertes, nous fumions couchés sur l’herbe épaisse et fraîche, soit à l’auberge de Sartrouville lorsque la servante apportait à la fin d’un dîner plantureux la bouteille de vieux calvados, il m’entretenait avec un secret orgueil de son enfance, de ses parents.

Il était né par un soir resplendissant d’août près de Dieppe, au château de Miromesnil, une demeure seigneuriale qui datait de la Régence et dont la façade majestueuse, décorée de pots à feu et de balustres, faisait face à la mer grise et verte, se détachait sur une ceinture de hêtres et d’ormes vénérables, allongeait son ombre au milieu d’un tapis vert à la française. Le grand-père de Guy n’aimait au monde que la table, la chasse et les tendrons, se laissait vivre égoïste, prodigue et fastueux, eût répondu volontiers aux mercuriales apeurées des siens par la phrase célèbre : « Après moi le déluge ! »

Une nuit d’hiver, ayant entendu des loups hurler sous les cinglées de la bise et de la neige, il avait sauté hors de son lit, s’était précipité dans le parc coiffé de son madras, vêtu n’importe comment et le fusil à la main. Et à cause de cette imprudence, le vieil hobereau n’avait pas réussi à dépasser, comme il y comptait bien, la quatre-vingtaine.

Mme Laure de Maupassant était née Le Poittevin, d’une excellente famille de bourgeoisie. Sensible, instruite plus que le commun des jeunes filles, faite pour des labeurs calmes, pour de tendres intimités, affectueuse, intelligente, elle avait eu le tort de céder à l’ambition de s’anoblir, s’était laissé séduire par un beau nom sonore et batailleur, par la prestance et les façons d’un homme qui ne voyait en cette affaire qu’une dot à mettre en comptes courants et qui avait hérité sans en perdre en route les tares ancestrales.

Le résultai avait été navrant, la déception et la rupture presque immédiates. Mère douloureuse et admirable, elle avait repris, sans avoir d’ailleurs à lutter pour y parvenir, ses deux fils et les avait élevés à son image.

Guy l’adorait éperdument, n’en parlait qu’avec une émotion profonde et une ferveur respectueuse, admirait son esprit si droit, si affranchi, si limpide. Il lui demandait sans cesse des conseils. Il lui soumettait tout ce qu’il écrivait. Il s’inquiétait follement dès que, minée par une inguérissable neurasthénie, elle éprouvait quelque trouble cardiaque, quelque défaillance. Seule elle a eu en gage et possédé, vraiment et entièrement, ce cœur insaisissable.

Et je suis certain que, sans oser se l’avouer à lui-même, ce fils passionné souffrait cruellement de partager avec un autre l’affection de cette créature d’élite, de s’imaginer qu’elle n’établissait peut-être aucune différence entre lui, son portrait vivant, la chair de sa chair, le reflet de son cerveau, et son cadet, cette tête brûlée d’Hervé qui se contentait d’avoir de l’allure et du chic et ne put arriver à rien.

Et je me suis rappelé tout cela en apprenant que le conseil municipal de Sartrouville a décidé pieusement de donner à une des rues du village le nom glorieux de celui qui fut mon ami le meilleur.

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J’IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES

Posté par francesca7 le 5 mai 2013


 J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES dans CINEMA FRANCAIS jirai-cracher-sur-vos-tombes

Comédie dramatique de 1959 durée 100′ N&B

             Sortie le 26 juin 1959

Réalisation, scénario et dialogues de Michel GAST

D’après l’œuvre de Boris VIAN

Co-scénariste Jacques DOPAGNE et Louis SAPIN

Co-dialoguiste Boris VIAN

Directeur de la photographie Marc FOSSARD

Musique de Alain GORAGUER

Montage de Eliane BENSDORP

avec

Antonella LUALDI

Christian MARQUAND

Fernand LEDOUX

Daniel CAUCHY

André VERSINI

Paul GUERS

Jean SOREL

Lud GERMAIN

Claude BERRI

Marie-Blanche VERGNE

Jean DROZE

Catherine FONTENEY

Gisèle GALLOIS

Christian BOISSEAU

Renate EWERT

Marina PETROWNA

Monique JUST

 

Résumé

 Dans une famille noire de Memephis, au sud des Etats-Unis, il arrive parfois qu’un enfant naisse avec la peau blanche. Joe Grant est un de ces « nègres blancs ».

 Son jeune frère est amoureux d’une blanche qu’il veut épouser. Accusé de viol, il est lynché, pendu à la branche d’un chêne.

 Traumatisé par ce meurtre, Joe part vers le nord, à Trenton où il est pris pour un blanc. Pour venger son frère, il décide d’humilier sexuellement et de tuer une femme blanche.

cracher dans CINEMA FRANCAIS

J’irai cracher sur vos tombes est l’adaptation cinématographique du roman homonyme de Boris Vian. Ce premier roman de Boris Vian, qu’il écrivit en aout 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan aux éditions du Scorpion, il fit scandale à l’époque en raison de la violence et des scènes érotiques contenues dans cette histoire de vengeance. Le livre paru pour la première fois en 1946 fut le best-seller de 1947.

L’histoire, comme les autres histoires de Vian sous le pseudonyme de Sullivan, se déroule dans le sud des États-Unis et met en scène les difficultés des Noirs Américains dans leur vie quotidienne face aux Blancs. Dans ce roman, Lee Anderson, un homme né d’une mère mulâtresse mais dont la peau est très claire voire blanche, quitte sa ville natale après la mort de son frère qui a été lynché et pendu parce qu’il était amoureux d’une blanche. Arrivé dans cette autre ville, Lee devient libraire et entre dans la petite bande locale de jeunes en manque d’alcool et de sexe. Son but est de venger la mort de son frère.

Loin du style des autres romans de Vian, ce récit est le plus violent, le plus cru et le plus représentatif de la série « Sullivan » où Vian dénonce le racisme ambiant et la condition précaire des Noirs dans le sud des États-Unis.

Peu après sa parution, étant considéré comme pornographique et immoral, ce livre fut interdit (en 1949) et son auteur condamné pour outrage aux bonnes mœurs. Une édition illustrée par Jean Boullet a été publiée en 1947.

Il en existe une version édulcorée :

L’histoire d’un canular devenu roman culte…

 

 « Il n’y a pas beaucoup d’écrits de Vian dont il ne suffise de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite : « Tiens, c’est du Vian ! » »nous dit la 4e de couv’ du roman poche. Etrange remarque car justement ce qui frappe, c’est l’incroyable métamorphose de l’auteur qui, avec ce roman, publié sous le pseudo de Vernon Sullivan, change totalement de registre ! C’est un autre Boris Vian radicalement différent (même si l’on pourra reconnaître, après coup, des clins d’œil à son univers) qui se dévoile sous nos yeux stupéfaits, fascinés… ou effrayés. On est loin des petits nuages roses, des souris parlantes et du nénuphar qui pousse dans la poitrine de « L’écume des jours » (écrit et publié juste avant en 1946) avec ce bijou noir serti de gin, de sang, de sexe et de rage…

Excessif et choquant, le roman a en fait été écrit comme un canular : une parodie des romans noirs américains « hard-boiled », inspirée notamment de « Pas d’orchidées pour Miss Blandish » de James Hadley Chase lui même inspiré de « Sanctuaire » de William Faulkner. A la suite d’un pari, Vian traducteur de Chandler, Cheyney ou Cain notamment, s’amuse ici à reprendre les grands thèmes du genre (gangstérisme, corruption ou encore l’homme seul en lutte contre la société et le système) tout en y ajoutant sa patte personnelle.
Ecrit en deux semaine, best-seller puis procès épuisant et censure en 1949 pour « outrage aux bonnes mœurs » jusqu’à la mort de Boris Vian pendant la projection de l’adaptation ciné qu’il réfutait … : on connaît tous la légende sulfureuse, scandaleuse et tragique qui a entouré la parution du livre « maudit » et qui contribue à le rendre aussi mythique… Au-delà de sa dimension subversive, revenons plus en détails sur ce roman ambigu, entre premier et second degré :

« – Qu’est ce qu’il y a à faire dans ce pays ? lui demandai-je encore.
- Rien, dit-il. Il y a des filles au drugstore en face, et du bourbon chez Ricardo »

 

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Films tournés en Bourgogne

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

Liste des Films tournés dans ma bourgogne

 Films tournés en Bourgogne dans Bourgogne cinema

Depuis 2007 nous n’avons pas eu de tournage de film dans le département.

1949 – L’AUBERGE DU PÊCHEUR. De Jean de Marguenat.Tourné en partie à Semur-en-Auxois. Avec Ginette Leclerc, Jean-Pierre Kérien, André Valmy.

1952 – ILS SONT DANS LES VIGNES. De Robert Vernay. Tourné en partie à Beaune. Avec Line Renaud, Lucien Baroux.

1958 – LES AMANTS. De Louis Malle. Tourné à Dijon et Lusigny-sur-Ouche. Avec Jeanne Moreau, Jean-Marc Bory, José-Luis de Villalonga, Alan Cuny.

1958 – NI VU NI CONNU. D’Yves Robert. Tourné en partie à Semur-en Auxois, place Notre-Dame, dans l’hôtel particulier de la rue du rempart transformé en prison, à Braux, sur le canal de Bourgogne et au château de Marigny-le-Cahuet. Avec Louis de Funès, Noelle Adam, Moustache, Claude Rich, Pierre Mondy. La première mondiale a eu lieu le 2 janvier 1958 au cinéma dijonnais la Grande Taverne.

1960 – LA ROUTE JOYEUSE. De Gene Kelly. Tourné en partie à Semur-en-Auxois. Avec Gene Kelly, Barbara Laagez, Michael Redgrave, Brigitte Fossey.

1961 – LES TROIS MOUSQUETAIRES. De Bernard Borderie Tourné en partie à Montbard, dans la rue du Pavé, Saint-Lazare et dans les bas quartiers de l’|abbaye, dans la cour du château de Courcelles-lès-Semur et au château de Marigny-le-Cahuet. Avec Gérard Barray, Geroges Descrières, Mylène Demongeot, Jean Carmet.

1962 – LE REPOS DU GUERRIER De Roger Vadim. Tourné en partie à Dijon. Avec Brigitte Bardot, Robert Hossein, Michel Serrault, Macha Méril.

1964 – ANGÉLIQUE, MARQUISE DES ANGES De Bernard Borderie. Tourné en partie dans la carrière de Marmagne, à l’abbaye de Fontenay et au château de Marigny-le-Cahuet. Avec Michel Mercier, Robert Hossein, Jean Rochefort.

1965 – LA SECONDE VÉRITÉ De Christian-Jaque. Tourné en partie à Dijon au palais de Justice. Avec Michèle Mercier, Robert Hossein, Jean-Claude Roland.

1966 – LA GRANDE VADROUILLE. De Gérard Oury. Tourné en partie à Beaune et à Meursault. Avec Bourvil, Louis de Funès, Andréa Parisy, Marie Dubois.

1969 – CLERAMBARD D’Yves Robert. Tourné en partie à Dijon, rue Buffon, rue du Vieux-Marché et à Semur-en-Auxois, ainsi qu’au château de Marigny-le-Cahuet. Première mondiale à Djon le 1er octobre 1969. Avec Philippe Noiret, Dany Carrel et Claude Piéplu.

1969 – TOUT PEUT ARRIVER De Philippe Labro. Tourné en partie à Dijon. Avec Jean-Claude Bouillon, Prudence Harrington, Fabrice Lucchini, Catherine Allégret.

1970 – LE CERCLE ROUGE De Jean-Pierre Melville. Des séquences ont été tournées au Restoroute de Bel-Air (aujourd’hui disparu) aux bordures de la RN 6. Avec Alain Delon, Bourvil, Yves Montand, François Périer, Gian-Maria Volonte.

1971 – LA VEUVE COUDERC De Pierre Granier-Deferre. Tourné en partie à Cheuge, à la ferme Boussageon, au bistrot, au port du canal, au pont-levis. Avec Alain Delon, Simone Signoret, Ottavia Piccolo.

1973 – LE TRAIN De Pierre Granier-Deferre. Tourné en partie à Recey-sur-Ource. Avec Romy Schneider, Jean-Louis Traintignant, Régine.

1974 – LES BIDASSES S’EN VONT EN GUERRE De Claude Zidi. Tourné en partie à Chateauneuf-en-Auxois et au lycée Saint-Joseph à Dijon. Avec Les Charlots, Paoloa Stoppa, Heidy Bolen.

1974 – LE CRI DU COEUR Film et premier long métrage du réalisateur dijonnais Claude Lallemand. Tourné à Dijon, à Baune, à Chorey-les-Beaune ainsi qu’au château de Savigny-les-Baune. Avec Stéphane Audran, Maurice Ronet, Delphine Seyrig.

1975 – L’ADIEU NU De Jean-Henri Meunier. Tourné au manoir de Poncey-sur-l’Ignon. Avec Maria Casares, Pierre Maxence, Michael Lonsdale.

1976 – LE BON ET LES MECHANTS De Claude Lelouch. Quelques séquences ont été tournées dans la gare de Châtillon-sur-Seine et à Gomméville. Avec Marlène Jobert, Jacques Dutronc, Bruno Cremer, Brigitte Fossey, Jacques Villeret, Philippe Léotard, Serge Reggiani.

1976 – CALMOS De Bertrand Blier. Tourné en partie dans la vallée de l’Ouche, à la Bussière-sur-Ouche, sur la place du village (dans la maison Jeanniard) et au château de Loiserolle. Avec Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bernard Blier, Brigitte Fossey, Claude Piéplu, Valérie Mairesse.

 1978 – LA MESSE EN SI De Klaus Kirschner. Tourné à l’abbaye de Fontenay. Avec Anna Torrent, Arleen Auger, Julia Hamari. Le film raconte la rencontre d’Ana et de Jean-Sébastien Bach.

1978 – LE PASSE-MONTAGNE De Jean-François Stévenin. Tourné en partie sur l’aire du « Chien blanc » sur l’autoroute à Pouilly-en-Auxois. Avec Jacques Villeret, Jean-François Stévenin.

1980 – L’EMPREINTE DES GEANTS De Robert Enrico. Tourné en partie à Seurre sur le chantier de l’autoroute A 6 près de Pagny-le-Château. Avec Serge Reggiani, Mario Adorf, André Ferréol, Philippe Léotard.

1982 – LA MORTE VIVANTE De Jean Rollin. Tourné au château de Crépanet à l’Abbaye de Molesmes. Avec Marina Pierro, François Blanchard, Mike Marshall, Carina Barone.

1983 – Y A-T-IL UN PIRATE SUR L’ANTENNE ? De Claude Roy. Tourné en partie au château du Clos de Vougeot. Avec Paul Préboist, Joël Pévost.

1985 – PARTIR, REVENIR De Claude Lelouch. Tourné en partie à Châteauneuf-en-Auxois, dans le château et à la gare de Pouilly-en-Auxois. Avec Annie Girardot, Eveline Bouix, Michel Piccoli, Françoise Fabian.

1986 – LE MAL D’AIMER Premier long métrage de Giorgio Treves. Tourné en partie au château de Pisy, près d’Epoisses et à la ferme du Brouillard, près de Précy-sous-Thil. Avec Robin Renucci, Carole Bouquet, Isabelle Pasco.

1986 – VAUDEVILLE De Jean Marbœuf. Tourné en partie à Dijon aux magasins du Pauvre Diable et les Nouvelles Galeries. Avec Guy Marchand, Marie-Christine Barrault, Roland Giraud, Jean-Marc Thibaut.

1988 – L’ETUDIANTE De Claude Pinoteau. Tourné en partie à Dijon, place François-Rude et à la gare. Avec Sophie Marceau, Vincent Lindon.

1988 – L’INSOUTENABLE LEGERETE DE L’ÊTRE De Philippe Kaufman. Tourné en partie à Bèze et à Magny-Saint-Médard. Avec Daniel Day-Lewis, Juliette Binoche, Léna Olin, Erland Josephson.

1990 – CYRANNO DE BERGERAC De Jean-Paul Rappeneau. Tourné à Dijon, dans l’Hôtel de Voguë, ainsi qu’à l’Abbaye de Fontenay. Avec Gérard Depardieu, Anne Brochet, Vincent Pérez, Jacques Weber.

1990 – LES DAMES GALANTES De Jean Charles Tacchella. Tourné en partie aux environs de Semur-en-Auuxois, Châteauneuf-en-Auxois et Crugey. Avec Richard Bohringer, Isabella Rossellini, Marie-Christine Barrault, Robin Renucci.

1991 – L’ANNE DE L’EVEIL De Gérard Corbiau. Tourné en partie à Fontenay. Avec Grégoire Colin, Laurent Grévil, Martin Lamotte.

1994 – JEANNE LA PUCELLE De Jacques Rivette. Tourné en partie près de Semur-en-Auxois, à Epoisses, à Chateauneuf-en-Auxois et au barrage de Grosbois-en-Montagne, ainsi qu’au hameau de Villers-la-Faye. Avec Sandrine Bonnaire, André Marcon, Jean-Louis Richard.

1995 – LES FRERES GRAVET De René Féret. Tourné en partie Beaune. Avec Robin Renucci, Jean-François Stévenin, Jacques Bonnafé, Pierre-Loup Rajot.

1998 – LA CUISINE AMERICAINE De Jean Yves Pitoun avec Eddy Mitchell, Irène Jacob, Jason Lee, Isabelle Petit-Jacques.

2001 – LE CHOCOLAT De Lasse Hallström. Tourné en partie à Flavigny-sur-Ozerain. Avec Juliette Binoche, Judi Dench et Johnny Depp en vedette.

2007 – ROMAN DE GARE De Claude Lelouch. Tourné en partie au Clos Vougeot. Avec Dominique Pinon, Fanny Ardant et Audrey Danna.

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Salaün le Fou

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

Vie de Salaün ar Foll
ND du Folgoët
Récit d’Albert Le Grand publié en 1636

Salaün le Fou dans Bretagne salaun

L’histoire Miraculeuse de Nostre Dame du Follcoat, au Diocese de Leon, a esté ecrite par Jean de Land-Goëznou, Abbé du Monastere de Land-Tevenec, Ordre de S. Benoist, Diocese de Cornoüaille, lequel est témoin oculaire; & de luy l’a prise Messire René Gaultier (1) qui l’a insérée en sa Legende, & est telle: Environ l’an de grace 1350, seant en la Chaire Apostolique le Pape Clement VI, Charles IV du nom tenant les resnes de l’Empire, & le Roy Jean regnant en France, durant le plus fort des guerres Civiles entre le Duc Jean de Montfort (depuis surnommé le Conquerant) et Charles de Chastillon, dit de Blois, Comte de Penthévre, devers sa femme, pour la Duché de Bretagne, Guillaume de Roche-fort estant Evesque de Leon, vivoit, au territoire de Les-Neven, un pauvre garçon idiot, nommé Salaun, qui signifie Salomon, lequel avoit l’esprit si grossier, qu’encore qu’il fust envoyée de bonheur aux écolles, jamais il ne peut apprendre autre chose que ces deux mots: Ave Maria; lesquels il récitoit continuellement avec grande devotion & consolation de son Ame.

II. Ses parens estans decedez, il fut contraint de mendier sa vie, ne sçachant aucun mestier pourrait gagner. Il faisoit sa demeure dans un bois, à l’extrémité de la Paroisse de Guic-Elleaw, prés d’une fontaine; n’usant d’autre lict que la terre froide, sur laquelle il se couchoit, à l’ombre d’un arbre tortu, qui luy servoit de Ciel & de pavillon. Il estoit pauvrement vestu, deschaux la plus part du temps. Il alloit, tous les matins, à la Ville de Les-neven, distante de demie lieuë de son bois, où il entendoit la Ste Messe, pendant laquelle, il prononçoit continuellement ces mots: Ave Maria, ou bien en son langage O! Itroun Guerhez Mari, c’est-à-dire: O! Dame Vierge Marie! La Messe oüye, il alloit mendier l’aumône par la ville de Les-Neven, que luy donnoient volontiers les Citoyens & Soldats de la Garnison; puis; s’en retournant à son Hermitage, rompoit son pain & le trempoit dans l’eau de sa fontaine & le mangeoit sans autre assaisonnement que le saint Nom de Marie, qu’il repetoit à chaque morceau. Lorsqu’il faisoit froid, il se plongeoit dans l’eau de sa fontaine jusques aux aisselles et y demeuroit longtemps, chantant toûjours quelque couplet ou rythme Breton à l’honneur de N. Dame: puis, ayant repris ses accoutremens, il montoit dans son arbre, &, empoignant une branche, se bransloit en l’air, criant à pleine teste: O! Maria, O! Maria!

III. Les villageois du voisiné, voyans ses déportements, le jugerent fol, & ne l’appeloit-on partout autrement que Salaun-ar-foll, c’est à dire, Salomon le fol. Une fois, fut rencontré par une bande de Soldats qui couroient la poule sur la campagne, lesquels l’arresterent & luy demanderent qui vive: « Je ne suis (dit-il) ny Blois, ny Mont-fort (voulant dire, qu’il n’estoit partisan ny de Charles de Blois, ni du Comte de Mont-fort), VIVE LA VIERGE MARIE! » A ces paroles, les Soldats se prirent à rire, l’ayant foüillé, ne luy trouvant rien qui leur fust propre, le laisserent aller. Il mena cette maniere de vie l’espace de 39 ou 40 ans, sans jamais avoir offensé ny fait tort a personne. Enfin, environ l’an 1358, il tomba malade, & ne voulut, pour cela, changer de demeure, quoy que les habitans des villages circonvoisins luy offrissent leurs maisons. Il demanda le Curé de Guic-Elleaw, auquel il se confessa, &, peu aprés, deceda paisiblement, le premier de Novembre, jour de Toussaints. Son corps fut enterré dans le cimetiere de Guic-Elleaw (& non au lieu où il mourut, qui estoit terre prophane) sans autre solemnité. Mais Dieu vouloit que sa sainte Mere fust glorifiée en ce sien serviteur, & fit paroistre aux yeux de tous combien cette devotieuse affection qui portoit à la glorieuse Vierge Marie luy avoit esté agreable.

IV. Car, comme on ne parloit plus de Salaun & que sa memoire sembloit avoir esté ensevelie dans l’oubliance, aussi-bien que son corps dans la terre, Dieu fit naistre sur sa fosse un Lys blanc, beau par excellence, lequel répandoit de toutes parts une fort agreable odeur; &, ce qui est plus admirable, c’est que dans les feuilles de ce Lys estoient écrites en caractere d’Or ces paroles: AVE MARIA! Le bruit de cette merveille courut, en moins de rien, par toute la Bretagne, de sorte qu’il s’y transporta une infinité de monde pour voir cette fleur miraculeuse, laquelle dura en son estre plus de six semaines, puis commença à se flétrir; & lors fut advisé, par les Ecclesiastiques, Nobles & Officiers du Duc, qu’on fouiroit tout à l’entour de sa tyge, pour sçavoir d’où elle prenoit sa racine, & trouva-t-on qu’elle procedoit de la bouche du corps mort de Salaun; ce qui redoubla l’estonnement de tous les assistans, voyans un témoignage si grand de la Sainteté & Innocence de celuy que, quelques années auparavant, ils estimoient fol. Lors, par deliberation commune des Seigneurs qui se trouverent là & des Officiers du Duc, fut conclu est arresté qu’en memoire de cette merveille on édifieroit, au lieu mesme où Salaun avoit fait son Hermitage, une Chappelle en l’honneur de Nostre-Dame, qui seroit appelée Ar-Follcoat, c’est à dire le bois du fol. Le Duc Comte de Mont-fort, adverty de ces merveilles & de la deliberation de ces Seigneurs, approuva leur dessein, & promit à Dieu & à la Glorieuse Vierge, que si, par son assistance, il devenoit paisible possesseur de son heritage de Bretagne, il lui édifieroit l’Eglise du Follcoat, la dotteroit & donneroit salaire aux Ecclesiastiques pour y faire le divin Service.

V. Et de fait, ce Prince, ayant deffait ses ennemys à la bataille d’Auray, l’an 1364, où son competiteur Charles de Blois fut tué, s’alla faire reconnoistre par toutes les villes de son Duché, &, estant à Les-Neven, au mois de Janvier 1365, il fit ladite fondation, & assigna des rentes pour les Doyens, Chanoines, Chappellains &, Sallette du Follcoat, fit prendre les fondemens de l’Eglise & y posa la premiére pierre. On continua le bastiment jusqu’à l’an 1370, que la guerre commença entre le Roy de France Charles VI (1) & le Duc, de l’obeïssance duquel la plupart de ses sujets se revolterent, en haine de ce qu’il avoit logé des Garnisons Angloises à Morlaix, Kemper & Les-Neven, où ils commirent des insolences si grandes, que tout le païs se rua sur eux & les chasserent hors. Cette guerre dura jusques à l’an 1381; pendant laquelle, l’ouvrage ne s’avança aucunement, les deniers qui y estoient destinez ayant esté divertis pour subvenir aux frais de la guerre, laquelle estant sur le point de se rallumer, l’an 1388, à cause de l’emprisonnement du Connestable Olivier de Clisson au Chasteau de l’Hermine, à Vennes; &; l’an 1392, le Roy de France Charles VI menaçant de fondre sur la Bretagne, les susdits deniers furent de rechef arrestez pour survenir aux necessitez occurrantes du païs; enfin, le Duc, mourant au Chasteau de Nantes, l’an 1399, le jour de Toussaints, enchargea trés-expressement à son fils, le Comte de Mont-fort, qu’au plustost que faire se pourroit il s’aquitast de cette fondation; à quoy il ne manqua.

VI. Car, incontinent qu’il fut de retour de France, en l’an 1404, il vint à Les-Neven; il fit son entrée & reçeut les hommages des Nobles de la Comté de Leon, fut au Follcoat, fit venir des ouvriers de toutes parts et y fit continuellement travailler, en sorte que l’Eglise, parfaite, fut dédiée, l’an 1419, par Allain, Evesque de Leon, peu avant qu’il fut transféré à l’Evesché de Treguier par le pape Martin V. Cette Chapelle est l’un des plus devots Pelerinages de toute la Bretagne, renommée par tout pour les grands Miracles que Dieu y a opéré par l’intercession de sa sainte Mere. Tous nos Princes, depuis Jean le Conquereur jusques à François II, y ont fait plusieurs voyages, &, en leurs affaires les plus urgentes, s’y sont voüez. La Reyne Anne de Bretagne, estant venue faire un tour en son païs de Bretagne, y vint en Pelerinage, l’an 1506, y fit sa neufvaine, y laissa de riches presens, comme aussi le Roy François Ier, en Septembre l’an 1532, à l’issuë des Estats de Vennes, où la Duché de Bretagne fut incorporée & inseparablement unie à la Couronne de France.

Cette Histoire est prise de René Benoist, en sa legende, laquelle il a tiré d’un extrait authentique tiré du manuscrit Original, à luy envoyé par feu Rolland de Neufville, Evesque de Leon et Abbé de Mont-fort, partie aussi des memoires manuscrits de Messire Yves le Grand, Chanoine de S. Paul de Leon, Recteur de Ploudaniël, Aumosnier et Conseiller du Duc François II, le tout rendu conforme aux Annales de Bretagne.

Frère Albert Le Grand
Religieux, Prêtre de l’Ordre des Frères Prêcheurs de Morlaix
Vie des Saints de la Bretagne Armorique - 1636

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