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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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La révocation de l’Edit de Nantes

Posté par francesca7 le 6 avril 2013

 

Par l’édit de Fontainebleau (15 octobre 1685), Louis XIV révoque celui de Nantes et met fin à l’existence légale de la religion prétendue réformée ; les curés devront désormais baptiser les enfants ; les décès devront être signés au juge seigneurial ou royal par les plus proches parents, voir deux voisins ; les pasteurs sont bannis dans les 15 jours ou abjurent, et n’ont plus à tenir des registres spécifiques à une religion désormais illégale, mais qui survit dans la clandestinité du « Désert ». 

La révocation de l'Edit de Nantes dans AUX SIECLES DERNIERS nantes-223x300

 De ses réformés, « nouveaux convertis » ou « opiniâtres » imaginent toutes sortes de subterfuges pour échapper aux sacrements catholiques, vont se marier à Genève, en Avignon ou dans les ambassades des pays protestants ; ils enterrent leurs morts près de leurs maisons afin d’échapper au curé, et font baptiser leurs enfants de par les prédicants qui ont remplacé les pasteurs dans les Cévennes, le Dauphiné, le Poitou et qui administrent aussi des mariages. A partir de 1730, quelques registres du « Désert » sont tenus et ils sont recommandés par le synode national du Désert en 1744, en raison d’une tolérance, croissante par rapport à la rigueur des textes officiels, de moins en moins appliquée.

 Louis XVI met fin à cette situation absurde et Tragique par « l’édit de Tolérance » (novembre 1787) qui rétablit un état civil protestant. Les personnes mariées antérieurement ont un an pour déclarer leur mariage devant le curé ou le juge royal ; les fiancés pourront être mariés par un curé ou un vicaire « au nom de la loi », devant quatre témoins. Les naissances sont constatées par l’acte de baptême ou la déclaration devant le juge local. Le curé (ou le juge) enregistrera aussi les décès sans intervenir dans les enterrements. Les registres de mariages, de baptêmes et de décès seront distincts des registres catholique set en double exemplaire, l’un étant déposé chaque année au bailliage.

 Les sources démographiques sur les juifs sont encore plus lacunaires que celles sur les protestants. A Metz, dans le but de maintenir le plafond des 480 familles autorisées à résidence, les syndicats dirigeants laïcs de la communauté ont dû tenir entre 1718 et 1792, des registres de naissances, de mariages et de décès, dont un double était remis au juge local. Ces registres n’étant obligatoires en Alsace que depuis 1784, on n’a conservé qu’un livre de circonciseur d’un village près de Sélestat (en Hébreu). En plus d’un registre des circoncisions de 1706, Bordeaux possède des registres depuis 1738 ; Bayonne depuis 1751 et Avignon depuis 1763. Les « juifs du pape » tiennent mal, et seulement pour les hommes, des registres des circoncisions, en hébreu, ainsi que des rôles de décès, depuis 1620.

 L’exploitation de ces documents pose de nombreux problèmes : absence de noms de famille ; pratique de surnom ; transcription française fantaisiste ; tradition de la femme juive d’accoucher dans la résidence de sa mère. La loi de 1792 créant l’état civil oblige les juifs à adopter des noms et des prénoms fixes, mais ils ne s’y plient qu’après le décret de 1808.

 Parallèlement aux registres liés aux religions et reprenant l’exemple de Philippe VI de Valois en 1328, le pouvoir civil développe du 16ème au 18ème siècle la pratique des dénombrements de feux (foyers), la plupart du temps partiels et locaux, et dont les résultats ont souvent disparu ou sont d’interprétation difficile. Le comptage par la consultation des rôles des tailles (établi en 1349) n’inclus ni les nobles ni le clergé, exempts d’impôts ni, souvent les pauvres non taxés ; il faut également se méfier du mode de répartition et de perception dans le Midi languedocien et provençal (taille réelle), les autres provinces étant soumises à la taille personnelle.

 Dans le souci d’une meilleure rentrée de l’impôt, Colbert produit un « Atlas des gabelles », commande aux intendants des enquêtes locales, ainsi que, tous les ans, des recensements dans les colonies, mais il n’ose pas le faire en métropole par manque de moyens, mais aussi pour éviter les « émotions populaires », le peuple français associant « dénombrement » à « nouvel « impôt ». 

Suivant l’exemple de Colbert, Colbert de Seignelay, son fils, et Pontchartrain, qui lui succèdent aux finances, continuent son œuvre. Ce dernier fait recenser le nombre de bouches à nourrir en raison des mauvaises récoltes qui provoquent une des plus dramatiques famines du siècle, et en 1694, fait procéder à un recensement général du royaume en vue d’établir la capitation, premier impôt frappant tous les sujets du roi suivant leur fortune. 

Vauban, qui avait suggéré cette formule plus égalitaire, aurait souhaité un recensement tous les deux ou trois ans, en vue de planifier l’économie et de soulager les pauvres. Dans son projet de « Dixme royale » ce novateur a tenté même une évaluation de la population française. Des « Mémoires pour l’instruction du duc de Bourgogne » (héritier présomptif de Louis XIV) ont été commandés, en 1697, à tous les intendants ; ceux-ci les ont fournis mais les 32 originaux ont disparu et les 1 000 copies comportent des retouches, des erreurs et des corrections qui rendent difficile leur interprétation. De plus, seuls Bâville et Bignon, intendants du Languedoc et de Picardie ont effectué un recensement paroisse par paroisse. Nicolas Desmarets, neveu de Colbert et nouveau contrôleur général des Finances en 1708, aidé par son frère, Desmarest de Vaubourg, et son beau-frère, Nointel, eurent l’occasion, lors du grand hivers de 1709, qui provoqua gel et famine, d’ordonner un nouveau dénombrement, mais les résultats ont disparu, sauf pour l’Alsace. En revanche, on a conservé ceux du dénombrement de 1713 qui s’avère être l’un des meilleurs documents démographiques pour le règne de Louis XIV. 

Les gouvernements de Louis XV et de Louis XVI ordonnèrent plusieurs enquêtes locales, mais seulement deux dénombrements nationaux, en 1726 et 1762, en raison des difficultés de l’opération et de l’apparition d’une nouvelle méthode ; le multiplicateur universel, qui consistait à calculer la population d’après le nombre des naissances en année ordinaire et de le multiplier par un coefficient déterminé. Mais cette méthode comportait beaucoup d’erreurs, le comportement démographique variant beaucoup selon les régions, surtout en Normandie et en Aquitaine où le taux de natalité était inférieur à la moyenne nationale. Ainsi, en 1784, Necker attribuait à la France 24 670 000 habitants, alors que la réalité approchait les 27 000 000. 

En résumé, les sources de l’histoire démographique française sont devenues d’une extraordinaire richesse en variété. Les trois quarts des registres paroissiaux s’ouvrent dès le 17ème siècle, et on a conservé environ 300 millions d’actes de baptême, de mariage et de décès. En ajoutant les rôles d’impôts aux listes nominatives, on obtient 200 000 actes supplémentaires. Ces sources ont néanmoins souffert d’incendies désastreux (celui de la Chambre des comptes en 1737) ; des destructions massives : pendant la Révolution : la semaine sanglante de la Commune : les deux exemplaires de l’état civil parisien de la guerre de 1914-1918 (dans les régions envahies et dévastées, surtout le Nord et l’Est) ; 1939-1945 (destruction des archives des Ardennes, des Vosges, du Loiret, de la Manche et du Calvados) et, surtout, deux siècles de négligence et de sottise humaine. Au moins un quart des registres paroissiaux ont moisi dans des mairies humides, ont brûlé ou ont été jetés comme papier inutile, voire ont été prêté à des érudits qui ne les ont jamais rendus…. 

La qualité de l’enregistrement est restée inégale d’un village à l’autre, selon le sérieux du curé qui officiait ; mais elle s’est améliorée lentement, surtout après le code Louis et la déclaration de 1737. Les dénombrements s’avèrent aussi très utiles, même s’il faut les examiner et les critiquer avant de les interpréter. A côté de cette source essentielle que constitue l’enregistrement des familles catholiques, protestantes et juives, on peut trouver diverses informations dans des sources de moindre importance, mais non négligeables ; le fonds de Chambre des comptes, déposé aux Archives nationale, offre des registres d’hommages (actes par lesquels les vassaux juraient fidélité à leurs suzerains) dont l’enregistrement permettait au roi de percevoir une taxe et de connaître, par l’aveu, les terres, les fiefs et droits divers tenus par le vassal de son seigneur, et par dénombrement, la description de ces biens. Les terriers, quant à eux, contiennent les déclarations authentiques par lesquelles les vassaux reconnaissent tenir des bines de leur seigneur. A partir du 16ème siècle, de nombreux fiefs sont tenus par des roturiers, généralement bourgeois, qui payes un droit de franc-fief, mais qui ne sont pas forcément enregistrés comme tels. Ces actes permettent de remonter de propriétaire en propriétaire, de dater les changements par acquisition, par mariage ou par héritage. 

La source fiscale peut, elle aussi, être très utile ; dans les archives départementale sou communales, on retrouve, dans le Midi, les estimes, les compoix, les certificats d’habitations, les registres des tailles ; en Bourgogne, les cherches de feux ; en Normandie, les rôles des fouages et des aides ; en Ile de France les registres des tailles ; sans oublier les rôles de la capitation à partir de 1695 (impôt frappant tous les foyers) et du « dixième » à partir de 1710 (sur le revenu), devenu le « vingtième » en 1749. 

Aux archives départementales aussi, les fonds de l’enregistrement et des hypothèques (ou d’insinuations, obligatoires depuis l’ordonnance de Villers Cotterêts) qui remplacent souvent les fonds notariaux afin d’y avoir accès quand les minutes des notaires n’ont pas pu être déposées aux archives. Enfin, et surtout, les archives notariales constituent une mine de renseignements, d’autant plus que les familles conservaient la même étude pendant des générations et que plusieurs actes étaient obligatoirement enregistrés devant notaire : ventes, testaments, constats de bornage, contrats de mariage, inventaires… une fois terminé le « beau 16ème » et le repeuplement de la France à partir de 1560, les Français se sédentarisent, limitant leur vie à quelques paroisses autour de celle de leur naissance où, le plus souvent du reste, ils se marient et se font enterrer. Il y a, toutefois, des exceptions et, selon Pierre Goubert, 500 000 personnes, sur 20 000 000 de Français, auraient migré sous Louis XIV, à l’intérieur de la France ou à l’extérieur.

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