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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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La Modiste du 19ème siècle

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

La modiste

par

Maria d’Anspach

~ * ~

La Modiste du 19ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS mode1Il est dix heures : Paris s’éveille, les magasins sont ouverts. Quelques promeneurs longent le boulevard pour respirer l’air du matin et secouer l’engourdissement du sommeil ; des commis se rendent à leurs bureaux ; des femmes d’extérieur modeste, des jeunes gens en habit du matin vont au bain ou en reviennent ; de diligents célibataires entrent dans les cafés pour déjeuner et lire leurs journaux. Si, parmi tous ces individus d’aspect différent, vous voyez passer une jeune fille à la tournure dégagée et libre, qui marche vite, est mise avec plus de coquetterie que de bon goût, jette un coup d’oeil curieux sur tout ce qui l’entoure, et prête, chemin faisant, l’oreille aux galants propos des jeunes gens qui la suivent ou s’arrêtent sur son passage ; – c’est la modiste. Suivez-la vous-même un instant, et vous la verrez se rendre à un magasin où les demoiselles de vente l’ont déjà devancée pour faire leur brillant étalage.
 
L’étalage, cette chose si futile et si simple en apparence, est pourtant une spécialité qui exige autant de savoir que de bon goût : il donne au magasin ce cachet d’élégance qui éblouit et attire. L’art ici vous fait deviner bien plus qu’il ne vous montre ; on dirait d’un livre dont le titre éveille la curiosité. Il faut que d’une disposition savante ressortent la forme et la couleur des ravissants chapeaux apportés de l’atelier si frais et si jolis qu’on croirait qu’ils se sont faits sans être touchés. Regardez : l’étoffe n’est pas froissée, le ruban n’a pas un pli, le brillant du satin n’a rien perdu de son lustre. Eh bien ! mettez ce vert à côté de ce bleu, et vous verrez quel horrible contraste choquera vos yeux. Combinez les nuances, variez les tons : que le vert, le blanc le rose, le bleu, habilement rapprochés, se fondent dans un ensemble harmonieux. Placez à côté du noeud qui s’attache à la modeste capote de poult de soie, la riche plume qui orne l’élégant chapeau de velours épinglé. Ces coquilles de dentelle et ces marabouts vaporeux ressortiront mieux à côté de l’humble bruyère et de cette touffe de violettes ; la fleur aimée de Rousseau se penche avec plus de grâce auprès de l’aigrette orgueilleuse, et les grappes de perles de ce turban pendront comme des gouttes de rosée au-dessus des fleurs de l’aubépine à demi cachées sous les barbes flottantes de ce léger bonnet de blonde. – Prestigieux effet du grand art de l’étalage !
 
Un autre talent de la demoiselle de vente est de mettre au premier rang les choses destinées à éblouir, et de cacher, comme un trésor, les parures créées d’hier que les petites curieuses des autres maisons ne manqueraient pas de copier. Car ici, comme dans beaucoup d’autres professions, la jalousie revêt différentes formes pour s’approprier le succès ou les inventions d’une maison rivale. Quelquefois une demoiselle se glisse incognito dans un établissement plus en réputation pour y acheter des modèles. Cette sorte de contrebande n’est pas sans quelque danger pour celle qui la fait : un accueil peu flatteur, voire une expulsion honteuse sont souvent les seuls résultats de cette audacieuse tentative.

La demoiselle de vente a besoin aussi, pour satisfaire aux exigences de son art, d’un tact et d’une finesse admirables. Vous la prendriez pour un conseiller désintéressé, quand elle s’empresse d’offrir à une jolie blonde des couleurs pâles, et sait persuader à sa cliente qu’il est de son intérêt de prendre ce chapeau qui demain l’aurait fort embarrassée ; car, encore un rayon de soleil, et il serait fané. Grâce aux mille séductions de sa faconde commerciale, les formes vieillies, les couleurs passées de mode, disparaissent ainsi des armoires où elles gisaient abandonnées, et c’est toujours comme en lui faisant violence qu’on l’en débarrasse.

Les demoiselles de vente sont prises, en général, parmi les plus expérimentées et les plus capables de représenter dignement une maîtresse de maison : c’est le bataillon d’élite.

Mais revenons à la jeune fille que nous avons aperçue tout à l’heure. Mademoiselle Julia entre dans le magasin. C’est une petit brune à l’air mutin : elle est frisée comme une femme qui va au bal, porte une robe de soie rayée, un cachemire français, des bottines vernies et des gants noirs. Elle est à la fois en négligé et en toilette. Sa robe est faite en peignoir, et son cou s’entoure d’une chaîne d’or d’une grosseur remarquable ; son col garni de dentelle est fixé sur sa poitrine par une énorme broche à laquelle est attachée une seconde petite chaîne qui suspend une cassolette. Mademoiselle Julia a quelquefois des attaques de nerfs, des migraines, des spasmes qui se calment à l’aide des sels renfermés dans cette cassolette. Car n’allez pas croire, avec ses malignes compagnes, que c’est pour faire voir toutes ses richesses qu’elle se charge ainsi d’un magasin d’orfèvrerie. – Or, mademoiselle Julia gagne trente francs par mois.

Julia monte dans l’atelier où se trouvent réunies douze ou quinze jeunes filles qui causent entre elles en formant plusieurs groupes ; car ce que disent celles-ci ne doit pas être entendu par celles-là. Ce sont les apprêteuses, ainsi appelées parce que leur tâche est de préparer les éléments de travail pour la première demoiselle. La plus habile d’entre elles prend le titre de seconde.

Au dernier échelon de la hiérarchie des modistes se trouvent les trotteuses. – Ce sont de pauvres petites filles, qui font, chargées d’un énorme carton, les commissions de la maison, et paient ainsi leur apprentissage par une sorte de domesticité.

L’arrivée de la nouvelle venue suspend les conversations. « Vous venez bien tard, Julia, dit la première demoiselle ; la patronne se fâchera. – Est-ce ma faute, si je ne puis m’éveiller plus tôt, répond-elle dédaigneusement… Bonjour, Mariette ; tu n’es jamais en retard, toi : je ne sais comment tu fais. – Oh ! pour Mariette, c’est bien différent, reprend une autre, elle est comme l’alouette ; dès que le jour paraît, elle chante et travaille. – Aussi, j’ai déjà quelques pratiques, et ce matin j’ai fait un chapeau pour la fille de ma propriétaire ; je l’ai fait tout entier, j’y gagne dix francs ! – Pauvre Mariette ! dit Julia d’un ton de pitié insultante. – Quel air de protection ! Est-ce parce que ma robe, au lieu d’être de soie comme la vôtre, n’est qu’en mousseline de laine à deux francs l’aune ? j’aime autant, ma chère, être pauvre comme je le suis que riche comme vous l’êtes. » Julia, sans répondre, ôte tranquillement son châle et son chapeau, qu’elle suspend à un clou sur la muraille, en compagnie des châles et des chapeaux des autres demoiselles : en sorte que l’on pourrait se croire chez un loueur de costumes en temps de carnaval, ou chez une marchande à la toilette. Tout le monde est arrivé. C’est le moment du déjeuner que l’on trouve toujours mauvais, mais que l’on n’a guère le temps de critiquer ; car ces demoiselles viennent presque aussitôt s’asseoir en deux files autour d’un long comptoir, sur de hauts tabourets, la première demoiselle à leur tête.

mode11 dans ARTISANAT FRANCAISDisons un mot de la première demoiselle. Elle est ordinairement la moins jeune et la plus prétentieuse ; elle commande en souveraine, parle volontiers de son talent, et gagne de 800 à 3,000 francs. Plus elle est payée, plus elle hausse son propre mérite. Elle se croit réellement artiste ; car si elle emprunte au peintre ses modèles, le peintre, à son tour, ne lui prend-il pas les siens pour embellir ses tableaux ? Ne riez pas de son enthousiasme ; la modiste aime son état. En effet, quel plus agréable travail que d’avoir sans cesse entre les mains, sous les yeux, le velours, la soie, des fleurs et des plumes ? Aussi, que de rêves n’ont pas fait faire ces gracieux chapeaux à la jeune fille qui se pique les doigts et se fatigue en se hâtant, parce que dans une heure votre caprice de coquetterie aura changé. Ce qui l’ennuie surtout, c’est de corriger. Parce qu’elle n’aura pas réussi à rendre jeune une vieille, jolie une laide, on maudit son oeuvre. « Je voulais un chapeau comme celui de madame de…, et celui-ci ne lui ressemble en rien. » Observez que madame de… a vingt ans, qu’elle est jolie, et que celle qui parle en a cinquante bien comptés. Que de patience il faut, que de sang-froid surtout pour ne pas répondre à cette femme : « Mais, madame, je ne puis changer vos traits, moi, ni rendre à votre teint ce qu’il a perdu. » La modiste se tait : elle se rappelle à propos que cette femme achète le droit d’être ridicule impunément. Il faut que vous sachiez en revanche qu’être belle et distinguée, c’est une recommandation aux yeux de la modiste. On se surpassera alors, car cette jolie tête parera votre chapeau comme elle en sera parée. Mais malheur à la femme assez mal avisée pour oser se livrer à la critique des oeuvres de la modiste ; on défait avec rage, et refait en dépit du bon goût ce qui va être trouvé charmant à force de ridicule. Pour quelques-unes, c’est une profanation de leur donner ce qui est bien ; elles trouvent mieux le bizarre et l’extravagant. Celles-là tendent à l’originalité.

L’heure du travail a sonné ; la première demoiselle distribue à chacune de ses élèves la tâche de la journée. L’ouvrage terminé, elle le reprend pour y mettre la dernière main, le façonne, l’embellit, et lui donne ce je ne sais quoi qui constitue la perfection. « Voilà, Julia, un chapeau pour vous ; c’est une tête de soixante numéros. – Ah ! quelle horreur ! ce ne peut être que pour une Allemande : grosse tête, grands pieds, grandes mains… Total : jolie femme de Carlsruhe. » En disant cela, elle jette un regard malicieux à une grosse blonde placée vis-à-vis d’elle. Thomassine est Allemande et ne sait pas un mot de français. Elle regarde avec étonnement ses camarades qui rient aux éclats. « C’est mal, mademoiselle Julia, de vous moquer d’une étrangère, reprend à son tour Betzi, grande Anglaise à l’air timide et modeste, ce qui ne l’empêche point de montrer ses épaules nues, selon la coutume des beautés d’outre-mer. – Qui vous dit, mademoiselle, que j’ai attaqué quelqu’un ici ? Eh ! mon Dieu, si je voulais faire un portrait, je n’aurais peut-être pas besoin d’aller chercher bien loin l’original. Je pourrais vous dire, par exemple, que les Anglaises s’habillent comme des mannequins, marchent comme des soldats qui ont les jambes trop longues, et qu’on aimerait la fraîcheur et l’éclat de leur teint, si on ne savait le prix du blanc et du rouge. – A propos de blanc et de rouge, reprend une petite brune à l’air espiègle, n’avez-vous pas remarqué hier notre patronne ? toute la journée elle était pâle comme le clair de lune, et le soir elle avait les plus jolies couleurs du monde ; qu’en pensez-vous ? – Vous êtes toutes des médisantes, répond vivement la première demoiselle ; au moins, puisque vous voulez parler, parlez plus bas. – Comme elle est triste depuis quelques jours, poursuit une toute jeune fille à l’air candide. Est-ce que sa maison tomberait ? – Vous êtes bien sotte, ma pauvre enfant ; vous apercevez-vous que nous ayons moins à faire ? – Est-ce qu’elle tromperait son mari ? demanda Julia. – Fi ! mademoiselle ; un mari à qui elle doit tout. – En ce cas, c’est à d’autres qu’elle paie. »

Ce mot excite une hilarité générale à laquelle la première demoiselle ne peut s’empêcher de prendre part. « N’avez-vous pas remarqué, mesdemoiselles, continue une blonde à l’air réfléchi, que toutes les marchandes de mode ont une histoire pareille ? C’est toujours une demoiselle assez jolie qui sait travailler passablement, se fait courtiser d’abord, et finit par se faire épouser, ou à peu près, par un homme riche qui l’établit ; alors elle prend sa revanche. Elle commande, fait travailler les autres, et travaille elle-même toute la journée… à sa toilette. Ne faut-il pas que madame représente, lorsque par hasard elle daigne paraître en personne dans le magasin ? Quant à l’atelier, elle y est suffisamment représentée par la première demoiselle ; aussi ne s’y montre-t-elle guère que de loin en loin. Habituellement madame ne quitte pas sa chambre à coucher, où elle ne reçoit que quelques élus, qui ont leurs petites entrées. Le soir, elle va se désennuyer des affaires au bal ou au spectacle. Pauvre femme ! Il est vrai que quelquefois, par compensation, elle montre une sollicitude toute maternelle à l’endroit de la vertu de ses employées, auxquelles elle accorde le logement, par une mesure qui profite en même temps à la morale et à sa caisse. Les bonnes moeurs des demoiselles sont d’un excellent rapport pour certaines maisons : dans ces vertueux établissements, les veilles laborieuses se prolongent fort avant dans la nuit. »

En ce moment entre une demoiselle de vente. – Il faut un turban pour une soirée chez le ministre, un bonnet pour un dîner chez l’ambassadeur, une coiffure pour un bal à la cour. – Tout cela va être fait par la première demoiselle ; elle prend sur ses genoux une tête à poupée. Ce n’est plus le turban juif qu’il faut, ce n’est plus le turc ou l’arabe : ils sont trop connus ; il faut qu’elle innove. Alors vous voyez se métamorphoser sous ses doigts tout ce qu’elle touche, selon son inspiration et sa volonté. Le petit bout de ruban devient un noeud coquet, un morceau de gaze fera le soir naître bien des jalousies féminines, et bien des hommes seront aimables près de la femme au merveilleux turban, qui, sans ce faible auxiliaire, serait peut-être restée inaperçue. La première demoiselle sait cela. Elle sait aussi que l’on demande : Où avez-vous fait faire ce turban ? je n’ai jamais rien vu d’aussi joli ; ma marchande de modes ne saurait m’en faire un pareil, je veux la changer pour la vôtre. – Son orgueil est doucement caressé à l’idée que peut-être on saura qu’elle est l’auteur de ce chef-d’oeuvre ; elle puise un nouveau courage dans l’espoir d’une réputation de talent distingué, puis avant de se séparer de ce qu’elle vient d’achever, elle l’essaie. Pourquoi n’est-ce pas pour moi ! dit-elle tout bas ! » Elle le donne ensuite à emporter en poussant un gros soupir ; car il ne lui est pas permis, à elle, de porter des choses aussi luxueuses.

Cependant la première demoiselle n’est pas toujours également heureuse dans ses créations, mais toutes les femmes ne se montrent pas non plus aussi difficiles… « Quand je vois de jolies choses, dit Mariette, je regrette toujours de ne pas être née riche. Oh ! pourquoi ne sommes-nous plus au temps où les seigneurs aimaient tant les modistes, et se plaisaient à en faire de grandes dames ? Elles se mariaient ensuite. Nos seigneurs, à nous, sont des dandys qui viennent nous regarder à travers les glaces du magasin, nous écrivent de fort belles lettres, mais ne nous épousent pas. Tenez, c’était autrefois le bon temps, les hommes avaient plus d’esprit, plus d’amabilité… et plus d’argent…. »

Ce dernier trait soulève parmi quelques-unes un murmure d’improbation, louable sans doute ; mais peut-être le sentiment qui l’a fait naître est-il plus excusable, au fond, qu’il ne le paraît d’abord. Et, en effet, il ne faut pas trop en vouloir à la modiste si elle montre, en général, un zèle trop peu dissimulé pour le culte du veau d’or. La fortune et la mode sont deux divinités également capricieuses et qui se donnent la main. A la fois prêtresse et oracle de la magicienne aux goûts fantasques, aux bizarres créations, comment la modiste serait-elle plus stable qu’elle, et comment ne briguerait-elle pas ses faveurs la première, quand elle voit ses élus se disputer les oripeaux brillants qui donnent un éclat irrésistible à la beauté et voilent la laideur ? N’est-ce pas la mode encore dont le prestige créateur fait deviner une grâce partout où sa présence se révèle, qui grandit et fascine par de séduisantes visions l’imagination des poëtes ? Chaque femme devient alors pour l’homme un ange, quelque chose d’idéal et de parfumé qui émeut doucement son âme, et qu’il adore en lui-même. Et pour une femme, plaire est plus qu’un désir, c’est un penchant, une idée fixe, le besoin de toute sa vie. La nature l’a faite ainsi : enfant, elle s’essaie à paraître belle, elle aime à se parer de ses plus beaux habits, et sourit ingénument au miroir qui réfléchit son image gracieuse. A mesure que l’instinct féminin se développe, elle épèle avec plus de facilité chaque page de ce grand livre de la coquetterie, dont l’amour lui révèlera plus tard les secrets les plus merveilleux. Il n’est donc pas étonnant que la modiste aime le luxe ; car elle est plus à portée que personne d’en apprécier tous les avantages, et elle manifeste, dans la même proportion, une horreur prononcée pour la pauvreté. Faible créature, touchant également à la misère et à l’opulence, c’est un écueil bien grand que les futilités brillantes dont elle est entourée ; les privations usent sa moralité. Elle consume la moitié de sa vie à désirer, et gaspille l’autre à saisir le plaisir sous quelque forme qu’il se présente.

Et si vous remontez plus haut dans la vie de la modiste, vous y trouverez encore bien d’autres raisons de la plaindre et peut-être de l’excuser. Qu’est-ce, en effet, sous le point de vue moral, que la modiste ? une pauvre fille éloignée de sa famille, quand toutefois elle en a une ; ou bien une jeune orpheline trop bien élevée pour être une simple ouvrière, et trop peu instruite pour devenir une sous-maîtresse ; ou enfin quelque fille d’artisan, dont la dureté la rebute, et dont la grossièreté contraste péniblement avec l’élégance et la politesse des personnes avec lesquelles ses occupations la mettent en rapport journellement. Dites donc à la pauvre enfant de brider son imagination, d’étouffer ses désirs et d’éteindre les bouffées d’ambition qui lui montent au coeur à la vue des riens éblouissants qu’elle façonne elle-même, et qui resplendissent à ses yeux tout le long du jour.

Que si vous me demandez encore comment et pourquoi elle est devenue ce qu’elle est, je vous répondrai qu’elle est devenue modiste, comme vous êtes peut-être vous-même devenu artiste, comme on devient aujourd’hui homme de lettres, – faute de mieux, parce que cela est commode, n’engage pas l’avenir, et que c’est parfois un moyen d’arriver à quelque chose, quand on ne meurt pas en chemin de désespoir et de misère. Ce n’est pas une profession, un état, comme disent les grands parents et les négociants ; mais c’est une position assez avantageuse pour attendre, pour épier la fortune et la saisir au passage. On est en évidence, ou du moins on croit l’être, et qui sait ? les banquiers, les mylords, et les princes russes visitent quelquefois les ateliers de modes aussi bien que les ateliers de peinture, et s’ils achètent un tableau dans ceux-ci, ils font souvent choix d’une jolie femme dans ceux-là.

La modiste a, parmi beaucoup d’autres inclinations, l’amour inné de tout ce qui est beau et distingué. Le comme il faut est sa manie, son thème éternel, sa religion ; la seule chose sur laquelle elle se montre véritablement inflexible et d’une susceptibilité désespérante. Doutez de son talent, de sa vertu, de sa beauté même, c’est une injure, une injustice peut-être, qu’elle excusera pourvu que vous la reconnaissiez, d’ailleurs, pour une femme comme il faut. Ce titre-là, elle y tient comme un Rohan à son blason ; c’est sa noblesse à elle, et elle n’hésiterait pas, s’il le fallait, à défendre ses droits par tous les moyens qui sont en son pouvoir. La modiste est donc avant tout, de gré ou de force, à tort ou à raison, une femme comme il faut. Cette expression compose à peu près tout son vocabulaire fashionable : elle ne porte que les choses les plus comme il faut, ne fréquente que les jeunes gens comme il faut, et estime singulièrement l’air comme il faut ; et, si vous m’en croyez, vous ne la contrarierez pas trop sur la légitimité de ses prétentions. Sa reconnaissance peut, sous ce rapport, la mener fort loin avec vous… ne fût-ce qu’au Ranelagh.

Ici nous sommes forcé d’établir, dans l’espère que nous avons choisie, des classifications nécessaires à l’intelligence de ce que nous venons de dire. Nous n’entendons parler que de la modiste parisienne, telle que le progrès nous l’a faite, et telle qu’elle existe en deçà de la rive droite de la Seine, et dans les régions élevées du monde élégant. La modiste de province n’est qu’une pâle copie de la modiste de Paris, et la modiste des bas quartiers de la capitale se confond avec le grisette, cette plante indigène du pays latin, enracinée dans la terre classique, qui croît et meurt enlacée au bras de l’étudiant.

mode-2La différence qui existe entre la grisette et la modiste ne saurait être contestée ; bien qu’un élégant écrivain ait malheureusement confondu ces deux types également intéressants. Cette erreur a soulevé de part et d’autre de vives réclamations ; grisettes et modistes ont crié à l’hérésie, et l’on ne peut s’empêcher de déplorer sincèrement ce désaccord entre les deux pivots intelligents de la fashion. Au point de vue de l’art, la question se résout évidemment en faveur de notre modèle : la grisette n’est qu’une ouvrière ; la modiste est un artiste, et nous devons ajouter qu’elle en a même le désordre et l’insouciance dans ses habitudes, comme dans son intérieur. La grisette appartient plus particulièrement à la classe des couturières. C’est cette jeune fille au sourire provoquant, à la jupe courte et retroussée, qui court le nez au vent, coiffée d’un simple bonnet, sur le pavé glissant d’outre-Seine, ou le long des trottoirs encombrés des rues marchandes ; qui travaille tout le long du jour dans un atelier sous la direction d’une maîtresse ouvrière, ou va, pour son propre compte, à la journée, taillant et cousant à domicile les robes de la portière, ou remettant à neuf les hardes des petits ménages. Quel rapport, je vous le demande, entre ce travail grossier, purement manuel, et les ouvrages élégants échappés de l’imagination et de la main industrieuse de la modiste ? Quelle ressemblance entre cette bonne fille, si accorte, si pauvre et si gaie, contente de peu, contente de rien, et ces jolies habitantes de nos riches magasins que vous rencontrez, sans les reconnaître, en manchon de martre et en chapeau de velours ? celles-là, certes, ne sont pas contentes de peu, elles ne sont souvent contentes de rien. Vous figurez-vous, au milieu d’un de ces élégants salons de modes, l’inséparable compagnon de la grisette, l’Étudiant, le vrai et primitif habitant de la rue de La Harpe ou de Sorbonne, la casquette sur l’oreille, la pipe à la bouche, et les mains veuves de gants qu’il a oublié de mettre ou d’acheter ?

Il faut le dire, malgré les efforts et le prestige d’un admirable talent, les jolis anachorètes blancs et roses de la rue Vivienne resteront toujours dans le souvenir des habitants de ce brillant quartier, comme un beau rêve, comme une poétique vision qu’on regrette ou qu’on aime sans y croire.

Quant à la marchande de modes, cette puissance occulte qui règne despotiquement sur la plus gracieuse et la plus capricieuse moitié du genre humain, c’est une physionomie à part, le type d’une classe non encore décrite par les physiologistes. Cette espèce bâtarde participe essentiellement de la simple modiste par ses antécédents, et de la femme élégante par ses allures et ses habitudes nouvelles. Elle exagère, en général, tous les défauts de ses jolies subordonnées, et elle en a depuis longtemps perdu les grâces faciles et l’heureuse inexpérience ; elle affectionne les grands airs, les pantoufles brodées, les peignoirs de mousseline et le far niente ; mais elle abhorre la morte saison. La morte saison est l’abomination de la marchande de modes et la joie de la modiste. Tandis que la première voit avec regret les femmes élégantes, ses meilleures clientes, émigrer pour la campagne ou pour les eaux, la seconde se réjouit, chôme, lit des romans, prend du travail à son aise et des congés le plus qu’elle peut ; c’est aussi pour elle le temps des voyages en province, des visites à la famille, des pérégrinations à Londres, à Vienne, à Saint-Pétersbourg…

En attendant, vous qui les avez suivies avec nous jusqu’ici, veuillez bien les suivre encore jusque chez elles…. Il est dix heures du soir ; la première demoiselle donne le signal du départ, toutes se hâtent de sortir ; elles ont soif d’air pur et de liberté. Le repos ou le plaisir les rappellent, celles-ci dans un appartement confortable, celles-là dans une mansarde, cette autre dans sa famille. Julia s’arrête au second étage d’une maison de belle apparence ; Mariette s’en retourne sous la sauve-garde de sa mère ; Pauline a pour une heure de chemin, à travers des rues fangeuses, avant d’avoir regagné son modeste garni.

Elles vont ainsi dans la vie chacune par un chemin différent. La plus enviée aujourd’hui sera peut-être la plus pauvre demain, tandis que l’autre aura oublié ses jours de souffrance en s’éveillant un beau matin petite bourgeoise, ou même grande dame ; d’autres finissent on ne sait comment. Ce sont de pauvres filles ballottées par le vent de l’adversité, qui meurent en laissant de riants souvenirs à plus d’un homme grave maintenant. – L’infortunée qui donna follement sa jeunesse au plaisir n’a pas d’amis. Celui qui rêve encore d’elle, comme d’un plaisir passé, ne l’aperçoit plus que semblable à une ombre vaporeuse qui s’évanouit derrière des préjugés et des ambitions de toute espèce.

Source : Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS | Pas de Commentaire »

Loups et Sangliers des bois au 19ème siècle

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

 


La commune de Dompierre en Morvan (21) ne possède que quelques hectares de bois communaux, exclusivement réservés aux affouagistes du hameau de Courcelotte, réputé pour être le plus pauvre de l’ensemble. Toutefois, le massif forestier couvrant les communes voisines de part et d’autre de la vallée de l’Argentalet est important. S’ils ne cachent plus aujourd’hui que quelques renards et sangliers, ces bois étaient autrefois hantés par les loups, mais aussi on pouvait y voir les huttes rassurantes de charbonniers.

Les loups, avec leur mauvaise réputation, répandaient la terreur chez les enfants du 19ème siècle, bien qu’ils ne s’attaquassent pas aux humains. La nuit, les habitants devaient garder les troupeaux de moutons ou de caches afin qu’ils ne fussent pas attaquées par une meute de loups. Comme ce jeune garçon d ‘une dizaine d’années, terrorisé, qui passa quelques nuits sur le dos de l’un de ses bœufs…

Ou encoure ce « violoneux » rentrant de noce la nuit à travers vois, qui dut, chemin faisant, jouer sans arrêt de son instrument, suivi qu’il était par une horde… Les loups ont été définitivement délogés de nos forêts lors de la création de la ligne de chemin de fer Saulieu-Avallon, via La Roche en Brenil (21), à partir de 1878.

Les sangliers, quant à eux, c’est pendant la guerre, en janvier 1918 « dans une battue particulière, qu’un sanglier, du poids de 42 kg, a été abattu près du bois des Battées, par M.D. accompagné de plusieurs poilus en permission. Chasseurs, profitez du temps de neige pour faire une rafle de sangliers qui, la belle saison revenus, recommenceraient leurs méfaits. D’ailleurs, un plat de venaison fait toujours plaisir et les primes à toucher ne sont pas non plus à dédaigner ».

Le 10 août 1919, « M. le Maire expose au conseil que la destruction des sangliers est devenue, faute d’être poursuivie avec méthode et persistance, une question d’intérêt primordial pour l’agriculture, et il invente l’assemblée à demander à l’autorité supérieure de prendre des mesures urgentes pour faciliter la destruction de ces animaux.

Le conseil,

Loups et Sangliers des bois au 19ème siècle dans Côte d'Or sanglierConsidérant que les sangliers pullulent dans notre région et notamment sur le territoire de notre commune, cependant peu boisé, mais limitrophe des importantes forêts dites de « Romeneau et Gifer » situées sur La Roche en Brenil (21), dans lesquelles les bêtes sauvages vivent et se multiplient en toute tranquillité .. ;

Considérant qu’il n’est pas rare de voir ces animaux, isolés, le plus souvent par bandes, parcourir nos champs en plein jour, sans se hâter, choisissant leur nourriture ;

Considérant que les céréales, surtout dans le voisinage des bois dont il s’agit, ont été presque anéanties, et que les pommes de terre et le sarrasin, déjà sérieusement endommagés, subiront le même sort si de promptes et énergiques mesures ne sont prises dans le plus bref délai ; (…)

Prie M. le préfet de vouloir bien autoriser, sinon ordonner l’organisation de nombreuses battues, non seulement sur le territoire de Dompierre, mais aussi, si possible, dans les forêts contiguës à notre territoire et situées sur la commune de La Roche en Brenil et de Lacour d’Arcenay ».

 

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Château d’Ancy le Franc

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

 

Son allure extérieure simple presque austère, ne laisse pas prévoir le décor raffiné de la cour intérieure : situé sur les bords de l’Armaçon et du canal de Bourgogne ce superbe palais Renaissance reste, en dépit de maints aléas, une des belles demeures de la région.

La situation : dans l’Yonne (89), 18 km au Sud Est de Tonnerre par la D 905. 28 km au Nord-Est de Montbard (21) par D905)

Les gens : en juillet 1999, le palais a été acquis par un riche mécène américain M.Stephen Roy, grand amateur de l’art Renaissance (le mot est d’actualité), qui lance aussitôt une grande campagne de restauration.

Histoire d’Un palais au bois dormant –  Antoine III de Clermont, gouverneur du Dauphiné et grand maître des Eaux et Forêts, époux d’Anne Françoise de Poitiers, soeur de la célèbre Diane, le fit construire en 1546 sur les plans de Sébastien Serlio. Le talent de cet architecte bolonais, venu à la cour de François 1er joua un grand rôle dans l’introduction des principes de la Renaissance italienne en France. Les travaux seront terminés 50 ans plus tard par Du Cerceau.

En 1684, le domaine fut vendu à Louvois et conservé par ses descendants. Au milieu du siècle dernier, la famille de Clermont-Thonnerre en redevint propriétaire ; à la mort du dernier duc (1940, le château d’Ancy le Franc revint à ses neveux, le s princes de Mérode. En 1980, la propriété indivise est cédée et l’opulent mobilier vendu aux enchères. Depuis 1985, le château a vécu une période noire de quasi abandon avant son rachat en 1999.

Les extérieurs : Le château, formé par 4 ailes en apparence identiques reliées par des pavillons d’angle (type inspiré de Bramante), constitue un ensemble carré d’une parfaite homogénéité. Les douves, comblées il y a plus de deux siècles, seront restituées.  Cette architecture est le premier modèle de la Renaissance classique en France. Le vaste quadrilatère a ici l’ampleur d’un véritable palais ; les côtés Nord et Sud comportent une longue galerie ouvrant par trois arcades. Serlio y utilise la travée rythmique (alternance d’arcade et de niche, créant un temps fort entre deux temps faibles).

En intérieur : La somptueuse décoration murale intérieure exécutée en plusieurs campagnes dans la moitié du 16ème siècle, fut confiée à des artistes régionaux mais aussi aux élèves de Primatice, et de Nicolo del l’Abbate (seconde école de Fontainebleau). Les rares pièces du mobiliser initial du palais ne donnent qu’une idée lointaine du luxe de l’époque et de l’harmonie d’ensemble.

 Au rez-de-chaussée ; il abrite la salle de Diane (Diane surprise au bain par Actéon), dont les voûtes d’inspiration italienne, datent de 1578, et de l’autre côté de la cour, les monumentales cuisines.

Au premier étage, à partir de l’aile Sud, on découvre successivement : la Chapelle Ste Cécile, restaurée en 1860, elle est établie sur deux niveaux et voûtée en berceau. Les peintures en trompe l’œil sont l’œuvre d’André Ménassier, artiste Bourguignon.

Château d'Ancy le Franc dans CHATEAUX DE FRANCE ancy1

image issu du site : http://www.chateau-ancy.com/fr/index.php?page=salles 

L’imposante salle des Gardes (200 m²) a été décorée spécialement pour Henri III qui, pour des raisons familiales, ne séjournera jamais au château. Face à la grande cheminée, portrait en pied du maréchal Gaspard de Clermont-Tonnerre (1759) par Aved. Après la galerie de Pharsale et la chambre des Fleurs, la chambre des Arts expose un rare cabinet italien du 16ème siècle à décor de marqueterie. Les murs de la chambre de Judith sont ornés de neuf tableaux de très belle qualité (fin 16ème siècle) racontant l’histoire de Judith.

Si Judith est ici représentés sous les traits de Diane de Poitiers, Holopherne reprend ceux de François 1er. Le cabinet du Pastor Fido1  est lambrissé de chêne, sculpté, magnifique plafond à caissons Renaissance. La bibliothèque, riche de 3 000 volumes, puis la galerie des sacrifices mènent au salon Louvois (ancienne chambre du Roi dans laquelle Louis XIV a dormi le 21 juin 1674).

 ———

Pastor Fido : les cènes peintes en haut des murs du cabinet son tirées d’une tragicomédie de Guarini (1590), elle-même inspirée du drame pastoral du Tasse, Aminta. Le thème en est d’un oracle arcadien devant mettre fin au traditionnel sacrifice d’un jeune homme à Diane (toujours elles) grâce à un  « berger fidèle ».

 

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Le château de Posanges

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

 

Le château de Posanges dans CHATEAUX DE FRANCE le_chateau_de_posanges

Depuis la Révolution, le château de Posanges a successivement appartenu aux familles Thenadev, Lestre et Lanibert. Acheté 6,000 francs en 1810 par un membre de la famille Lestre, il était encore évalué 6,000 francs dans le partage de sa succession en 1837. 11 y a déjà quelques années que M. le docteur Lacoste, maire de Vitteaux, est devenu propriétaire de cette belle ruine; entre de telles mains la conservation en est aussi assurée (possible. Mais qui peut répondre de l’avenir? Pour ne rien laisser au hasard, il m’a semblé utile de faire précéder mon étude sur les seigneurs de Posanges, d’une description complète du château. J’ai ainsi mêlé « archéologie à l’histoire, me souvenant du conseil de M. de Caumont, qui, dans un livre devenu classique, conjure ses confrères (l’explorer et de décrire les monuments civils et militaires du moyen âge plus particulièrement que tous les autres, parce qu’ils sont aussi plus que tous les autres exposés à la destruction.

A quelques kilomètres de Vitteaux , la route départementale qui mène de cette ville à la station des Laumes traverse le petit village de Posanges ‘, dont les maisons couvertes de chaume ou écrasées sous de lourds toits de lave, se divisent en deux groupes principaux, les unes étagées, à droite de la route, sur un coteau pierreux, les autres baignées, pour ainsi dire. Par les eaux quelquefois terribles de la Brenne . Sur la rive droite de cette rivière et à une distance à peu près égale des collines qui en dessinent le bassin, on remarque les ruines assez bien conservées (l’un manoir féodal qui passe à juste titre pour un des spécimens les plus remarquables de l’architecture militaire bourguignonne au 15ème  siècle.

La grande féodalité avait choisi, pour y percher ses nids d’aigle, les collines abruptes et les crêtes les plus escarpées des montagnes.

On trouve encore en Bourgogne quelques vestiges des grandes citadelles de cette première époque. Elles étaient toutes situées sur les hauteurs. Témoins Saulx-le-Duc ‘, ce nid à rat.. comme disait Henri IV; Mont-St-Jean, qui balança au X1Ve siècle la puissance des ducs de Bourgogne; Thil, dont les écorcheurs s’emparèrent en 1366 ; Charny; Salmaise, ancienne châtellenie ducale; Sombernon ‘, Montbard , Semurr ‘, et un grand nombre d’autres moins importantes.

La chronique rapporte qu’un seigneur de Vergy, ambassadeur en Espagne, disait au roi que bat le  foin de la Castille ne rempli pas les fossés. Des ravins escarpés, de profondes vallées, de hautes assises de rochers formaient la défense naturelle de ces forteresses, qu’une double ou triple enceinte et un système savamment combiné de tours, (le courtines, de tranchées pratiquées dans le roc aux endroits les plus accessibles, achevaient (le rendre imprenables. Dans quelques provinces reculées et essentiellement montagneuses, ce genre de constructions militaires survécut aux temps féodaux proprement dits. On pourrait citer sur les pics basaltiques des Cévennes, dans les montagnes de l’Auvergne, aux premiers plans des Alpes dauphinoises, un grand nombre de ces châteaux que la Révolution trouva encore habités et à peu près intacts. Forcés et pillés par les Suédois de Gustave-Adolphe dans leur course rapide à travers l’Alsace, ce fut seulement sous les coups des généraux de Louis XIV que tombèrent les vieux burgs de la chaîne des Vosges.

 En Bourgogne il n’en fut pas ainsi. Nos dues, modelant leur politique sur celle des rois de France, s’attaquèrent de bonne heure aux grandes maisons féodales qui, issues pour la plupart des anciens (dues ou comtes bénéficiaires, s’étaient partagé aux Xe et X1C siècles, lit du pays. A la fin du XIVe siècle, ces familles quasi souveraines ont presque toutes disparu; les unes se sont éteintes ; d’autres ont émigré ; celles qui subsistent encore et n’ont pas quitté le sol bourguignon, abandonnent peu à peu les sauvages retraites de leurs montagnes. On les voit affluer à la cour des ducs de la seconde race et se construire de somptueux hôtels dans les grandes villes de la province.

posanges-225x300 dans Côte d'OrParmi les châteaux de ces vieilles races éteintes ou amoindries, il en est un certain nombre qui, par achat, confiscation ou alliance, sont entrés dans le domaine ducal. Ils seront désormais gouvernés par de simples châtelains aux gages du souverain, ou bien les ducs les emploieront, SOUS le nom de domaines engagés, et avec les vastes terres de leur dépendance, à récompenser les loyaux services de leurs officiers. Au point de vue militaire, ces châteaux ainsi réduits ne sont plus une puissance; on se borne à ne les point laisser tomber en ruines, mais voilà tout. Quant à ceux qui ont échappé à ces premières tentatives de centralisation, leur importance disparaît bientôt avec la grande féodalité qui se meurt.

Le château de Posanges affecte la forme d’un rectangle légèrement allongé du nord-est au sud-ouest , et enfermé entre quatre murailles ou courtines d’égale hauteur et parfaitement parallèles.

Percées de rares et étroites meurtrières et, sur la face sud—ouest, de trois larges fenêtres à embrasures évasées, ces courtines sont commandées aux quatre angles par autant de tours rondes. Il y a quelque différence, mais peu sensible, dans les dimensions de ces tours, dont la décoration consiste en un simple cordon peu saillant courant à la moitié ou aux deux tiers de la hauteur. Trois d’entre elles sont encore surmontées de leurs toits coniques, qui reposent, non pas sur des créneaux, connue il se voit le plus souvent, mais sur de simples corniches. Celui de la quatrième est entièrement rasé. Les fossés larges et profonds sont aujourd’hui à sec et ont perdu, sur la plus grande partie de leur parcours, le revêtement en maçonnerie qui devait sans doute en consolider la contrescarpe. Une simple dérivation des eaux de la Brenne les rendrait aisément à leur première destination.

A Posanges, ce qui frappe tout d’abord, c’est le parfait état de conservation de l’édifice. Les matériaux étaient excellents, l’appareil irréprochable, de telle sorte que le temps n’a pu entamer ses épaisses et solides murailles. Le premier coup d’oeil vous jette dans une complète illusion. Si quelques groseilliers sauvages ne surgissaient çà et là au sommet des remparts ou que de gracieuses touffes (le pariétaires ne fussent suspendues aux linteaux des fenêtres, à coup sûr oit croirait cette féodale demeure encore habitée par ses nobles hôtes et les meurtrières dont elle percée toutes prêtes à vomir la mitraille.

La façade principale n son aspect au nord-est. La grande porte à cintre surbaissé qui la divise en deux parties égales est la seule qui donne accès dans la place. Elle était précédée d’un pont-levis dont les étroites rainures sont encore visibles. A gauche s’ouvre la poterne ou guichet autrefois destiné aux piétons, et au-dessus du cintre ou remarque une niche avec tin cartouche sculpté et cette inscription :

AD MAJOREM — 1715 — DE! GLORIAM

Les chambres des étages supérieurs sont uniformément rondes ou à pans coupés, et éclairées par une ou deux fenêtres étroites avec bancs de pierre dans l’embrasure. Partout les traverses des plafonds sont visibles.

Çà et là on remarque des meurtrières ouvertes sur la campagne. Enfin chaque pièce a sa cheminée, une de ces cheminées façon 15ème siècle, dont le manteau repose sur de minces colonnettes engagées à hase prismatique. Ici encore la décoration est très simple. Point de sculptures, à part quelques écussons sur la tablette des cheminées j’ai relevé celui des Dubois de Posanges et celui de Bourgogne moderne, dont les quartiers ont été maladroitement intervertis.

On accède aux divers étages de chacune des tours de la façade par un escalier à vis percé alternativement de meurtrières et de petites fenêtres carrées, et se terminant à la hauteur des combles par un lanternon en bois. De là le regard embrasse l’ensemble du château. Avant de redescendre, le visiteur aura soin (le donner un coup d’oeil aux charpentes ; c’est surtout dans la grosse tour du sud-ouest qu’on en peut admirer l’élégante disposition, la hardiesse ingénieuse et le parfait échantillonnage. Elles ont leurs analogues dans les tours du vieux château de Semur.

Un chemin de ronde sans parapet intérieur – l’extérieur est en partie démoli, – régne au sommet des remparts sur trois côtés du rectangle et joint les quatre tours entre elles, Des deux tours (du sud-ouest, il n’y en a qu’une, avons-nous (lit, qui soit restée intacte. C’est celle de gauche. Mais aussi c’est la plus remarquable et par la solidité de son appareil et par l’ampleur de ses proportions

Je n’étais pas seul dans ma visite aux ruines de Posanges. J’avais pour compagnon un ami, archéologue presqu’aussi novice mais  moins zélé que moi, et nous nous proposions de terminer par l’église notre petit voyage d’exploration, d’autant plus qu’on nous y avait signalé l’existence d’une tombe dont nous désirions relever l’estampage. Pour quiconque se pique tant soit peu d’archéologie, la moindre église de campagne n’a-t-elle pas d’ailleurs son importance? C’est entre le donjon et le clocher que, pour la plupart de nos villages, s’est déroulé le modeste drame de leurs annales et, à défaut de documents écrits toujours rares, quelquefois introuvables, on est bien souvent réduit à demander à ces vieilles pierres, témoins véridiques des siècles écoulés, le secret de leur histoire. Malheureusement l’église de Posanges n’est pas ancienne et l’on ne saurait rien imaginer de plus rustique. C’est un bâtiment rectangulaire, bas, écrasé, sans architecture et sans clocher, quelque chose comme un mot d’un peu moins vulgaire qu’une grange. Elle est située entre la Brenne et les fossés du château, à deux pas de la maison Commune qui se dresse à ses côtés, comme une puissance nouvelle, toute fière de ses deux étages et de son irréprochable badigeon. On l’a  construite il y a une cinquantaine d’années sur l’emplacement (l’une église qui menaçait ruine et qui remontait au 15ème siècle. C’est ce qui résulte de l’inscription suivante en belle minuscule gothique provenant di, l’ancienne église et aujourd’hui encastrée dans une embrasure de fenêtre

CESTE EGLE, FVT DEIMEE LE 1ÏMIlR JO D’AOVST L’

MIL CCCC XLVIII.

posanges1-225x300Outre cette inscription il reste encore de l’ancienne église une crédence d’un assez bon style, ornée de l’écusson des Dubois, et la tombe dont il a été question tout-à-l’heure.

En vérité c’est peu de chose, mais l’archéologue se contente souvent à bon marché.  A la fin du XIIIème  siècle, Posanges appartenait à l’illustre maison de Frolois qui portait, comme on sait, dans ses armes, le faruh’ d’or et d’azur de Bourgogne ancien. Eu 1299, le lendemain de Pâques charnel, Eudes de Frolois reconnut tenir eu fief du duc Robert, ta ville de Varnicourt et celle de Posanges, où il y avait déjà une maison forte, comme nous l’apprend l’acte d’hommage’.

Eudes de Frolois mourut en 1308 et les généalogistes ne lui donnent qu’une fille, mariée dans la maison de Mailly , C’est, croyons nous, une erreur. On peut très—vraisemblablement lui attribuer encore deux fils : Jean et Miles. Jean, l’aîné, hérita des plus importantes seigneuries de soit et jouit d’une grande faveur à la cour de nos ducs. Leduc Eudes IV, qui l’appelait son cousin, lui confia la charge considérable de maréchal de Bourgogne, et, pour le récompenser de ses services, il réunit en 1348, tous les fiefs que ce seigneur possédait en Bourgogne et pour lesquels il devait plusieurs hommages, en un seul fief qui reléverait désormais du duché sous la condition d’un seul et unique hommage. On peut juger du rang élevé que tenait Jean de Frolois dans la noblesse terrienne de Bourgogne par la simple énumération de ses seigneuries. Il y en avait trop dans la mouvance de la châtellenie ducale de Salmaise, deux dans celle dit de Frolois qu’un seigneur de ce nom avait cédé au duc Robert 11 dès l’année 1298, et une dizaine d’autres réparties dans plusieurs bailliages et parmi lesquels nous citerons seulement la maison forte de Posanges. 

Ecrit par J. D’ARBAUMONT. Issu du document original 

 

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Les Portefaix

Posté par francesca7 le 19 mars 2013

 

         Le marché d’Arras était l’un des plus prestigieux du royaume. La quantité de grains apportée chaque semaine Les Portefaix dans ARTISANAT FRANCAIS portefaix-225x300représentait 5 000 à 7 000 hectolitres. Réorganisé en 1722, le marché aux grains employait une armée de bouteurs, inspecteurs, mesureurs et aussi les portefaix.

   Le portefaix était un personnage essentiel du marché aux grains. Il devait pour exercer sa charge, obtenir l’approbation du Maire et des  Échevins. Il joignait à sa demande un certificat de bonne vie et moeurs et la somme de 90 livres (en 1786). Il devait également être agréé bourgeois d’Arras, sa requête en réception lui en coûtant 12 livres.

    Vêtu d’une  ample vareuse, libérant les mouvements, le portefaix était coiffé d’un chapeau caractéristique, très emboîtant, couvrant bien la nuque, appelé « coltin ». Un sac de jute placé sur le cou et les épaules achevait sa protection lorsqu’il transportait ses lourdes charges ( les sacs de grains pesant de 80 à 100kilos )

    De nombreux Dainvillois y étaient employés sur le marché d’Arras ( on en dénombre 80 en 1780). Ces derniers avaient le monopole du transport des grains, de la charrette des vendeurs jusqu’aux « pacus » de la Grand-place et, après achat du « pacus » aux entrepôts, caves voisines et même jusqu’au port ( Quai du rivage). De là, des péniches emmenaient le grain vers le reste de la France, les Pays -Bas autrichiens, l’Angleterre, etc…

    Tous les deux ans, Dainville, au mois de mai, fête ses portefaix. José Ambre, célèbre patoisant de la Commune a même écrit une chanson  en leur honneur.

a-point dans ARTISANAT FRANCAIS

Plus tard, le mot docker, contraction de l’anglais dockworker (littéralement, « ouvrier du quai »), est attesté pour la première fois en français à la fin du XIXe siècle et s’est peu à peu répandu dans la majorité des ports du monde au cours du xxe siècle avec la mondialisation des échanges et la suprématie économique du monde anglo-saxon. Toutefois, le terme débardeur, moins usité de nos jours en Europe, s’est maintenu plus largement au Québec.

À Marseille entre autres, le terme de portefaix était utilisé pour désigner la corporation qui œuvrait sur le Vieux Port pendant la marine à voile qui n’avait pas seulement un rôle de déchargement ou de chargement de la marchandise mais aussi une spécialisation dans connaissance de la qualité du produit manipulé, les portefaix représentaient aussi les intérêt du négociant « Maitre Portefaix » et avaient aussi le rôle d’acheminer la marchandises dans les magasins..

Le terme aconier, parfois écris acconier (ou l’anglicisme stevedore), recouvre des notions proches mais néanmoins différentes d’un point de vue juridique. De fait, l’aconier est l’entrepreneur dont le métier consiste à préparer matériellement et juridiquement les opérations de réception, de déplacement et d’entreposage de marchandises transportées par voie maritime et est donc l’employeur des débardeurs.

Histoire

Les dockers ont souvent donné l’image de « gros bras », ce qui était souvent mérité par le passé, où nombre de marchandises étaient transportés dans des sacs, à dos d’homme. Seules les marchandises très volumineuses, ou en vrac, étaient chargées par des grues. Les dockers empruntaient la coupée pour monter à bord du navire et déchargeaient leur cargaison des cales.

Pendant la deuxième moitié du 20e siècle, la modernisation du transport maritime a radicalement changé la profession. Les navires restent maintenant à quai une journée, voire deux, contre de nombreux jours auparavant. L’automatisation (par exemple avec les conteneurs) accélère les mouvements et a obligé les dockers à acquérir plus de compétences. Ils doivent pouvoir manœuvrer une grue ou un chariot élévateur, saisir des conteneurs, etc.

La profession a également changé durant les vingt dernières années : les dockers travaillaient en tant qu’ouvriers professionnels intermittents journaliers à employeurs multiples, mais sont dorénavant des ouvriers professionnels mensualisés dans une entreprise de manutention ou un groupement d’entreprises, complétés par des ouvriers dockers occasionnels en cas de grande affluence des navires (Loi du 9 juin 1992). Dans la quasi totalité des ports du monde, les ouvriers dockers ont toujours été représentés par des syndicats professionnels puissants avec un fort taux de syndicalisation.

musique-notes-00009La Chanson des Portefaix   musique-notes-000091

Amèn’ech’ sac ed grain,

Mets-me le sur mes reins,

T’y r’prinds point à tros fos

Ch’est du premier cop

Qu’in l’met sur sin dos,

Amen’ech’sac ed grain,

Mets me le sur mes reins,

Et, n’ravise point au poids,

Un bon Dainvillois

Jamais i quéra!

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Te décarqu’des sacs ed’ grain,

Avec entrain,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

A chaqu’sac te gagn’ tin pain,

Et pis t’n'héring,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Tant que l’terre don’ra du blé,

T’iras oeuvrer,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Tout l’journée, carquer décarquer, jamais s’arrêter,

Ohé!

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Tous les soirs te vas chiffler,

Au cabaret,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Eun’grand choppe ed jus d’houblon,

Du beau, du bon,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Quand et’ pinte al’s'ra finie,

T’iras au lit,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Dins les draps, à t’tiot’ dintellière, te diras tout fier:

J’t'as querre!

Amèn’ ech’ sac ed grain,

Mets-me le sur les reins,

T’y r’prinds point à tros fos

Ch’est du premier cop

Qu’in l’met sur sin dos.

Amèn’ ech sac ed grain,

Mets-me le sur mes reins,

Et, n’ravise point au poids,

Un bon Dainvillois

Jamais i quéra!

Non, jamais i quéra!

Saint fiacre, ch’est l’saint patron des jardinniers,

Des bergers l’saint patron, si te l’sais point, ch’est Saint Druon

Pour les tailleurs de pierre, i-a Saint pierre

Et in appelle comme cha ch’ti des grain’tiers, Saint Nicolas,

Ch’ti qui est boulanger fête Honoré

Ch’ti qui est toudis saoul ira prier Saint Arnould,

Nous, portefaix, in n’a un bon,

Ch’est Saint Christophe, not’ saint patron!

fais donc eun’tiot’prière à Saint Christophe,

I-a foqu’liqui t’aid’ra à éviter les catastrophes,

Ch’est li vraimint l’meilleux des saints patrons,

Grâce à li tout va bien, grâce à li tout tourn’ toudis rond,

Un saint patron comm’cha qu’tous les soirs, au cabaret, les portefaix,

Crient: « Tavernier, r’mets un canon,

A la santé d’not’ saint patron! »

( au début)

José Ambre ,  le 26 décembre 1999- issu du site http://www.chez-ulsanne.com

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Les Pionniers du Livradois

Posté par francesca7 le 19 mars 2013

 

LE PAYSAN ET LA MACHINE EN LIVRADOIS

par Lucien GAGHON

Les Pionniers du Livradois dans ARTISANAT FRANCAIS agricultureRésumé. — En Livradois, sur 10 ou 15 très petites fermes, au départ de l’évolution décrite (début du siècle dernier), une ou deux se trouvent aujourd’hui remembrées et agrandies aux meilleures dimensions possibles (10 à 15 hectares de prés ou de champs), équipées et outillées. Mais pourquoi ces trop rares fermes modernisées s’ essoufflent-elles à leur tour, sans tracteur, sans camionnette, sans silos pour l’ensilage en vert, ? Posée pour une petite unité physique, la grande question du paysan et de la machine appelle des éclaircissements qui soient, si possible, de signification universelle. Inspiré par les 3 volumes qu’un professeur d’histoire, B. Charbonneau, vient de consacrer à Z’Etat, nous avons tenté de montrer comment et pourquoi le petit polyculteur- éleveur du Livradois est victime du Léviathan moderne : l’Etat.

 Nous devons l’idée de cet article à l’un des grands maîtres de La géographie agraire, notre ami Daniel Faucher. Daniel Faucher élabore dans le cadre universel un ouvrage sur le paysan et la machine. Comparativement, le champ de notre étude est minuscule : un plateau cristallin d’un millier et demi de kilomètres -carrés de superficie et qui ne porte plus guère que 30 milliers de paysans après en avoir porté 90 et 100 mille vers 1850, il y a seulement un siècle 1. Mais peut-être n’est-il pas impossible, avec un cadre si petit, d’approcher quelques problèmes de portée générale : la ville et lia campagne, le citadin et le rural, l’ouvrier et le paysan, la machine qui vient de la ville et le paysan qui l’utilise sur son exploitation.

 

Réf. 1 L. Gachon, Récentes déprises et reprises humaines sur les massifs anciens du centre de la France. L’exemple du Livradois. R. G. A.. 1952, II, pp. 265-290.

 

ALIRE : Les plus belles fermes-ateliers en Livradois.

La paire de bœufs ou le tracteur.

Insuffisances de l’outillage privé.

Insuffisances de l’équipement public.

L’équipement en moulins.

Le Livradois, corps rural sans organisation économique ni force politique.

Conclusion.

 

SOURCE : Gachon Lucien. Le paysan et la machine en Livradois. In: Revue de géographie alpine. 1953, Tome 41 N°3. pp. 423-441. doi : 10.3406/rga.1953.1104
url :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1953_num_41_3_1104

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La Gaule « Barbare » du 3è au 11è siècle (partie 1)

Posté par francesca7 le 18 mars 2013

 

La Gaule « Barbare » signifie, en grec, « étranger au monde grec » et, par extension, au monde romain. Ce mot s’applique aux huit siècles, soit 25 générations, qui couvrent le Bas-Empire romain et le Haut Moyen Age, période prépondérante dans l’histoire de la population française, de ses zones linguistiques, de son habitat et de ses mœurs. La germination du peuple gallo-romain a été moins profonde qu’on ne l’a dit et cru pendant longtemps et, dans la majeure partie du territoire actuel de la France, les traditions romaines ne sont maintenues dans une population indigène largement prédominante, qui a assimilé rapidement les peuples allogènes, toujours minoritaires et souvent admirateurs de leurs adversaires vaincu. Les immigrés germains (Francs, Alamans, Burgondes, Wisigoths), bretons, gascons, normands, les communautés orientales (juifs, Grecs, Syriens) ou autres (Saxons, Espagnols, Irlandais), se sont fondus dans le peuple gallo-romain en quelques générations, la plupart du temps à la faveur de la christianisation. 

Là encore, les sources se révèlent très rares et discutables, les chiffres invérifiables et les dates souvent approximatives ; on ne connaît même pas celle du baptême de Clovis ! Il n’existe pas de comptes, pas d’enquêtes, pas de pièces administratives. Seulement quelques inventaires de biens ecclésiastiques polyptyques, quelques chartes, quelques annales d’historiographe de l’entourage de Clovis ou de Charlemagne. C’est pauvre ! La toponymie, l’archéologie fournissent des renseignements plus substantiels, mais encore faut-il rester prudent.

Les « barbares », que les Romains contiennent au-delà du limes depuis deux siècles, commencent leurs incursions en Gaule à partir de la fin du II siècle. Mais c’est au IIIème qu’ils multiplient des percées d’autant plus dévastatrices qu’elles sont fréquentes et simultanées. Le destin de la Gaule s’est joué vers le Rhin, au-delà duquel vivent les Alamans (au sud) et les Francs, confédération de tribus sédentaires établies entre la mer du Nord, la Westphalie et la Rhénanie, et dont le nom apparaît vers la moitié du IIè siècle (franco = libre). Ils commencent leurs incursions en Gaule sur la pression des peuples du nord et de l’est (plus tard les Alains et les Huns). Les conséquences catastrophiques de la « transgression flandrienne », submersion des terres basses de la Flandre à la Frise, et la dislocation des bouches du Rhin, réduisent davantage les surfaces franc-saliens-261x300 dans AUX SIECLES DERNIERScultivables. Or, cette Gaule si riche, si active, si fertile et si urbanisée est mal défendue. Les menaces des Parthes et des Perses, en Orient, obligent les autorités impériales à dégarnir le limes occidental et à démilitariser les bourgs et les villes de la Gaule, y compris Trèves, sans défense face aux Germains qui profitent de l’aubaine pour en tirer profit sans détruire cet empire qu’ils admirent.

Aussitôt, commencent des attaques qui vont se systématiser pendant un demi-siècle. En 254, les Alamans franchissent le Rhin et pillent la vallée du Rhône. En 256, les Francs passent la Meuse en ravageant tout, de Metz  l’Espagne. Un moment arrêtés par l’empereur Gallien, ils recommencent en 259, encouragés par la capture de l’empereur Valérien par les Parthes et la mort de Gallien devant Milan : toutes les régions entre le Rhin et la Seine sont dévastées jusqu’aux Pyrénées et au Lyonnais. Tout l’ouest est ravagé en 268. Après une courte stabilisation sous Aurélien, la grande invasion de 275 à 280 anéantit tout le nord et l’ouest jusqu’à l’Aquitaine ; les campagnes sont ruinées, les paysans forment des bandes de brigands (les Bagaudes), 70 cités sont incendiées (seule Narbonne est épargnée). La majorité d’entre elles se relèveront mais en s’entourant de remparts (Senlis, Orléans) et avec une surface et une population réduites (Amiens passe de 100 à 10 habitants). Des forts, appelés Castelliones (Châtillon), sont construits près des ponts et des confluents.

Comme il n’y a plus rien à piller, les « rois » francs et alamans préfèrent composer avec les autorités impériales qui parviennent parfois à les calmer ; l’empereur Probus organise l’incorporation des Germains dans les troupes auxiliaires de l’armée romaine qui possède même des corps totalement germaniques, les Numeri, avec mission de contribuer à la défense de l’empire contre les autres barbares jugés plus redoutables ; prudents, les Francs combattent dans l’armée romaine jusqu’en 476. Probus, après sa victoire en 278 sur les Alamans, incorpore 16 000 prisonniers dans son armée et, après une expédition des Vandales en Bretagne (Angleterre) déporte, puis installe de force ses captif germains, sur les terres abandonnées par les Gallo-Romains, avec ordre de remettre en état ce qu’ils ont détruit, vers Amiens, Beauvais, Troyes, Langres. Ces Laeti (Lètes) colonisent ainsi le pays de Rènes (Champagne) et des Lingons (Bourgogne du nord), et se calment.

salinsDes Francs s’installent près de Cambrai et du Salzsee (d’où leur futur nom de Saliens), sur des terres cédées par Rome, et seuls leurs frères, les Francs Ripuaires, du Rhin restent dangereux. Avec cette installation pacifique imposée par Dioclétien et intensifiée jusqu’à Théodose, le nord-est de la Gaule se germanise, mais les colons et les soldats d’origine germanique se romanisent rapidement. Après quelques incursions d’Alamans et de Burgondes à l’est en 282, de pirates bretons et saxons sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, l’empereur Constance-Chlore bat les Alamans en 298 et clame pour un siècle les prétentions dévastatrices des Germains, d’autant plus que de Constantin à Théodose, l’empire connaît un redressement spectaculaire et inespéré, dont les peuples romanisés profitent largement.

 

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La Gaule « Barbarie » du 3è au XIè siècle (partie 2)

Posté par francesca7 le 18 mars 2013

 

Les chefs francs ou vandales atteignent l s plus hautes fonctions, y compris le Consulat, et font de beaux mariages jusque dans les familles impériales ; ces peuples, trop minoritaires, ne veulent pas détruire un empire romain dont ils tirent profit, et qu’ils admirent malgré son déclin, au point d’adopter sa langue, ses mœurs et bientôt sa nouvelle religion.

La menace des cavaliers de la steppe, originaires d’Asies, les Huns, qui se déplacent en masse vers l’ouest à partir de la fin du IVè siècle, va détruire ce fragile équilibre.

La Gaule

La percée décisive a lieu le 31 décembre 406, lorsque les Vandales, les Suèves et les Alains franchissent le Rhin et saccagent la Gaule dans tous les sens pendant trois ans, avant de continuer en Espagne, au Portugal et en Afrique. Seuls quelques Alains restent pendant une génération, le temps de laisser leur nom à quelques villages : Allainville (près d’Orléans), Allogne (près du Mans). Venus  de Pologne au IIIè siècle et installés en Souabe et en Franconie, les Burgondes, auparavant alliés des Romains et largement romanisés, profitent de la panique générale pour franchir aussi le Rhin en 406 ; ils s’installent dans le Jura le Genevois, le bassin de la Saône, et atteignent Lyon, puis Vienne en 457 leur royaume donne sa deuxième femme à Clovis, la catholique Clotilde, et disparaît en 534 avec son incorporation au royaume franc par les fils de Clovis et Clotilde, formant le futur comté, puis duché, de Bourgogne. Il reste de leur passage des noms de villages se terminant par : ans, – ens, -anges, -inge, -inges, du Jura au Chablais.

 

venus au IIème siècle des régions baltes, les Goths, installés vers la mer Noire, exigent et obtiennent par la force, en 376, l’autorisation de franchir le Danube pour échapper à la menace des Huns. Mais, percevant un sentiment antigermanique croissant à la cour impériale, ils réagissent en pillant Rome pendant trois jours en 410, avant de passer en Gaule et de s’établir dans la vallée de la Garonne en 412, s’installant à Toulouse, Bordeaux, Narbonne et Valence. En 414, le roi Athaulf épouse une fille de l’empereur Théodose et les Wisigoths, devenant des allées de Rome, du reste peu fidèles et loyaux, vont former le premier royaume barbare en Gaule. Celui-ci s’étendra, pour un siècle, jusqu’à la Loire et le Rhône, englobant la Gascogne, l’Aquitaine, le Poitou, le Berry, la Provence, la Septimanie (Bas-Languedoc), l’Auvergne, le Limousin, sans compter l’Espagne où ils se réfugieront après la contre-offensive victorieuse de Clovis (Vouillé, 507). Les Ostrogoths, installés en Provence jusqu’en 537 (reconquête franque), ont laissé des traces encore plus insignifiantes que les Wisigoths du sud-ouest.

 L’aventure gauloise des Burgondes et des Wisigoths rappelle que les Germains ont été poussés par les Huns dont la principale action dans notre pays a été d’y installer des peuples qui n’avaient aucune raison d ‘y être. Ces réfugiés germains sont considérés par les empereurs romains comme des mercenaires qui sont logés et nourris chez l’habitant et dont les chefs bénéficient de dons de terre et d’or. Rome achète leur pacifisme, voire leur alliance et, objectivement les Germains jouent le jeu contre un ennemi commun. Ainsi, quand Attila brûle Trèves, Metz et Reims, menace Paris et Pille Orléans en 451, i suffit de quelques mois et d’une bataille (les Champs catalaunique) aux Francs, aux Wisigoths et aux Burgondes, alliés aux Romains pour vaincre le « fléau de Dieu », dont la mort en 453 entraîne aussitôt la dispersion des Huns et leur disparition définitive de l’occident.

Etablis en Souabe, moins romanisés, les Alamans sont, au IVè siècle, les plus menaçants des Germains. Ils s’installent, après 406, en Séquanie du nord (Besançon) et en Alsace, mais ils s’intéressent davantage à la Suisse et à l’Italie. Les villages nommés Allemants, Aliemagne, témoignent de leur présence. Là encore, ils sont arrêtés à Tolbiac en 496 par Clovis qui brise de nouveau leur élan en 506. En 536, naît le duché d’Alsace.

Sans refaire l’histoire, d’ailleurs obscure, de Clovis, précisons seulement qu’il n’a pas véritablement fait la conquête de la Gaule, mais plutôt un coup d’état en remplaçant, au nord de la Loire, le Romain Syagrius après la victoire de Soissons (en 486, à l’âge de 20 ans, la cinquième année de son règne sur les Francs Saliens). S’il a éliminé cruellement les autres roitelets francs pour unifier son peuple installé de la Lippe au Pas de Calais, il a usé de prudence et de sagesse avec les Gallo-Romains, dont il adopte la religion catholique (date et lieu de baptême controversés) et qu’il ne traite pas en vaincus, préférant les faire collaborer à son pouvoir, s’alliant avec l’Eglise et l’aristocratie indigène, alliance dont chacun profite. Pour montrer qu’il se détache de sa région d’origine, il quitte Tournai et se fixe à Paris, alors ville romaine assez modeste pour ne pas résister à l’emprise du vainqueur, et s’y fait enterrer en 511.

Sauf à la frontière nord-est, l’influence franque restera cependant limitée, contrairement à ce que pourrait laisser croire la mode des noms de villages : Amouville = la villa (mot romain) et Arnolf / Arnoul (prénom germanique) et des personnes : Bernhard signifie Ours dur, Robert (Rogbert) Gloire illustre, et Gertrude (Garitrud) Lance fidèle ! Ces prénoms francs ne seront remplacés par des chrétiens qu’au XIIème siècle. Cela prouve que l’histoire de la Gaule médiévale est celle de l’Etat franc, mais pas que le peuple franc a envahi la Gaule. En 511, tous les guerriers de Clovis s’étaient mariés avec des femmes gallo-romaines et commençaient à se romaniser après avoir, presque tous, adopté le catholicisme à la suite de leur roi, ainsi que la langue latine. On a vu que l’influence franque incorpore, après la mort de Clovis, les anciens territoires des Wisigoths, des Burgondes, des Ostrogoths et des Alamans. Sous les Carolingiens, elle atteindra la Catalogne, l’Aragon (Marche d’Espagne), la Bohème (Marche Sorbe), la Frise (Marche danoise), mais pas l’Armorique (Marche de Bretagne).

Frise des Mérovingiens

frise dans AUX SIECLES DERNIERS

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La Gaule « Barbare » du 3ème au 11ème siècel (partie 3)

Posté par francesca7 le 18 mars 2013

 

Quelques mots sur les peuples maritimes de la Gaule. La seule installation durable des Saxons se trouve dans le Boulonnais (villages en –thun, comme Offrethn, ou en –sant, comme Wissant) et dans le Bessin (villages en –ham, comme Ouistreham). Bien plus important, les Bretons sont venus du pays de Galles et de Cornouilles dès la fin du IIIè siècle, sur l’appel des Romains, afin de renforcer les garnisons romaines sur la côte armoricaine de la Manche contre les pirates saxons (noms de lieu : Bretteville, Bretonneux…).

La Gaule

 légende  ▲ en rose : royaume de Lothaire

▲en vert : royaume de Louis

▲ en jaune : royaume de Charles

D’autres guerriers bretons passent en Armorique à la fin du 4ème  siècle, avec le Romain Maxime, vainqueur des Pictes et des Scots. Fuyant l’invasion saxonne en Bretagne, les Bretons émigrent en Armorique, surtout entre 450 et 550. Chrétiens, romanisés (sauf pour la langue), ils sont des auxiliaires fidèles des armées romaines, combatifs, mais mal organisés. Vidée de ses habitants au Bas-Empire, l’Armorique se repeuple ainsi facilement et ses noms se celtisent : les pagi deviennent « pou », les plèbes « plou » et les vici « gui ». A l’ouest d’une ligne Vannes/ Saint Malot, la fusion avec la population autochtone, très réduite, est rapide. Le particularisme linguistique breton entraîne rapidement un séparatisme belliqueux, voire un expansionnisme qui oblige les Francs à s’en protéger en construisant une sorte de limes, en ligne de forts appelés Werke (La Guerche).

martel dans AUX SIECLES DERNIERSAutres réfractaires à la poussée franque : les Basques, ou Vascons (Glascons), peuple proto-ibérique réfugié dans les montagnes pyrénéennes, qui acceptent mal la domination gothique et encore plus mal l’expansion franque. L’épisode le plus significatif de leur état d’esprit est l’attaque du col de Roncevaux au moment où Charlemagne passe en Espagne afin de lutter contre les Sarrasins. Il faut attendre la deuxième vague d’invasions qui va troubler et disloquer l’Etat carolingien.

Le royaume wisigothe de Tolède, qui englobe encore la Septimanie (Bas-Languedoc), même après la défaite de Vouillé en 507, s’effondre en quelques années sous la poussée des Arabes qui commencent leurs percées en « France » dès 719, prise de Narbonne, puis d’Avignon (721), de Toulouse et de Carcassonne (725). Nîmes, Arles, Autun, Lyon, Mâcon, puis lors d’une deuxième vague, Bordeaux et Poitiers sont menacées par les musulmans qui enlèvent richesses, femmes et enfants. Des Pyrénéens se convertissent à l’Islam. Les Tourangeaux commencent à trembler quand Charles de Herstal (Martel), maire du palais du dernier roi mérovingien, arrête l’expansion arabe à Poitiers (732). Mais les musulmans ne lâcheront le Roussillon et la garnison disputée de Narbonne qu’en 759, sous Pépin le Bref, premier roi carolingien. Reprenant l’idée des empereurs du 2è siècle, les souverains francs font venir des réfugiés goths d’Espagne pour remettre en valeur les terres du Narbonnais, dévastées au 8è et 9è siècle ; les Carolingiens leur donnent même des propriétés. Les invasions vont reprendre au 11è siècle surtout après le partage de Verdun (843).

Un moment intimidés par la puissance de Charlemagne, les Arabes d’Afrique du Nord reprennent leurs attaques au IXè siècle, en visant l’Italie, plus riche. Entre 806 et 810, la Corse est d’abord dévastée, puis totalement occupée par les pirates maures, et si ses habitants s’enfuient dans les montagnes, d’autres sont déportés par centaines en esclavage.

La mort de Charlemagne enhardit les Sarrasins qui ravagent les côtes provençales entre 828 et 842, attaquent Marseille en 838 et 848, Arles en 842 et 850, la Camargue en 869, et établissent, pour un siècle, à La Garde Freinet, une base de départ constantiensis_1540pour leurs expéditions vers les alpes (lac de Constance, Piémont, Valais). Les villes de Fréjus, d’Antibes, de Toulon disparaissent ; Nice et Vence déclinent ; l’intérieur de la Provence se vide, et même après la chute de La Garde-Freinet en 972, les Provençaux s’installent dans des villages perchés, car les razzias continuent régulièrement jusqu’au début des croisades. Les Maures ont laissé des traces dans la toponymie, sauf dans le massif qui porte leur nom, et dans quelques patronymes, tels Maurin, Moreau, Albanic, Alteyrac…

La Magyars d’Ukraine, bousculés par les peuples de la steppe, s’installent en Pannonie vers 850, attaquent l’Italie en 898 et ravagent le quart est de la « Francie occidentale » pendant la première moitié du Xè siècle : la Bourgogne (921), Mende, Metz, Reims (924, les Alpes, la Bourgogne, la Champagne, la Provence (926), la Brie jusqu’à Orléans (937), de nouveau les Alpes, la Bourgogne et la Champagne -954), avant d’être définitivement battus par Othon 1er de Germanie en 955 près d’Augsbourg et contraints à s’installer dans le pays des Avars (Hongrie actuelle). Leurs dévastations n’ont pas eu de conséquences durables, sauf dans nos contes de fées ; le mot « ogre » vient du hongrois.

Les Normands, ces « hommes du Nord, sont les vrais fléaux de Dieu dont auront à souffrir les Français pendant un siècle. Ces cavaliers des mers quittent leur Scandinavie à partir de la fin du VIIè pour des raisons encore obscures (essor démographique nécessitant la conquête de nouvelles terres plus fertiles ?). Ils vont, grâce à leur extraordinaire mobilité qui fait leur force, ravager toute la France et y établir même deux Etats, dont un durable, sur la Basse-Loire et la Basse Seine.

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La Gaule « Barbare » du IIIè au XIè siècle (partie 4)

Posté par francesca7 le 18 mars 2013

 

La Gaule Au début, les Danois se contentent d’incursions côtières, mais dès avant la mort de Charlemagne, pillent de plus en plus systématiquement les vallées des fleuves navigables par leurs Drakkars, attaquant surtout les bourgs, les cathédrales et les monastères prometteurs de butin, assassinant les évêques et torturant les moines. La Seine est attaquée dès 810, pis en 819, ainsi que la Loire. A partir de 830, les expéditions deviennent annuelles et s’organisent : Rouen est brûlée en 842, Nantes et Tours en 843, ainsi que Toulouse, car les Vikings s’aventurent aussi sur la Garonne. 100 drakkars prennent Paris en 845. Les Normandes hivernent en 852 et 853, puis tous les ans. En 857, ils incendient Paris, Chartres, Bayeux, et ils pillent les viles de Saint-Denis, Beauvais, Noyon, massacrant leurs évêques, en 858 et 859, date à laquelle une flottille de 62 drakkars passe Gibraltar, ravage le Roussillon, Nîmes, Arles, Valence, les vallées du Rhône et de la Saône, continuent vers l’Italie avant de revenir en Bretagne en 862 ! Entre-temps, en 860, un autre groupe de Danois prend et pille Paris, pour la troisième fois en moins de 20 ans ! Ils ravagent tout le nord de la France, de la Loire à la Lorraine, pendant 15 ans.

En 885, le comte de France, Eudes, ancêtre d’Hugues Capet, repousse, à force d’or, les 700 drakkars de Siegried venus assiéger Paris pour la quatrième fois ; les Danois partent en Angleterre, reviennent en 900, s’installent en Basse-Loire d’où ils pillent la Bretagne, et en Basse-Seine d’où il s dévastent la Bourgogne. En 911, afin d’affamer Paris, le Norvégien Rollon s’empare de la Beauce et assiège Chartres. Le traité de Saint Clair sur Epte -met fin    l’expansion des Normands, mais rend définitif leur établissement dans les diocèses de Rouen, d’Evreux et de Lisieux, sur le Bessin (déjà germanisé par les Saxons), l’Avranchin et le Cotentin ; La Normandie, qui s’est christianisée, deviendra un Etat puissant, au point d’offrir à l’Angleterre, un siècle plus tard, un roi de fer : Guillaume le Conquérant, descendant de Rollon.

Les Vikings les plus aventureux, qui refusent de se soumettre, forment en 919, sur la Loire, un second Etat normand, éphémère, puisqu’après avoir englobé le Poitou et le Limousin, il st liquidé, en 936, par le petit-fils du dernier roi de Bretagne, vaincu 20 ans auparavant.

Les immigrés normands sont surtout des hommes et peu nombreux. En grande majorité Danois (Norvégiens parfois en Basse Normandie) ils se marient dès la première génération avec des femmes gallo-romaines. D’autres immigrés viennent encore pendant un siècle, mais la langue viking disparaît en moins de 30 ans à Rouen. Elle subsiste seulement dans environ 80 patronymes (Anquetil, Angot, Yver…) dans des noms de lieu s’achevant en –fleur (baie), -havre (anse), – nez (cap), -bec (ruisseau)… et dans le vocabulaire maritime : bâtard, tribord, quille, étrave, dague, lof, digue, crique.

invasions-du-9e-siecle-255x300 dans AUX SIECLES DERNIERSLe goût de l’aventure portera les Normands, même francisés, vers l’Espagne et la Sicile (reconquête contre les musulmans) et l’Angleterre (après 1066). Le mixage des populations gallo-normandes entraînera la naissance de nombreux villages neufs, l’essor commercial de Rouen. Mais, sur le moment, les incursions des Vikings ont provoqué la fuite des populations indigènes de l’ouest vers l’Ile de France, la Bourgogne, le Berry et l’Auvergne, entraînant le dépeuplement des régions côtières menacées, la destruction ou la ruine de nombreuses villes de la Loire et de la Seine, la vente d’esclaves déportés vers la Scandinavie, l’Angleterre, l’Allemagne du nord.

Pour terminer cette première partie, n’oublions pas les Orientaux présents en Gaule du fait de leur appartenance à l’armée romaine ou de leur commerce. Jusqu’au VIè siècle, on trouve des marchands grecs et syriens à Orléans, Tour, Saintes, Bordeaux, Narbonne, Vienne et surtout Lyon. A partir du VIIè siècle, la conquête de la Syrie par les Arabes et la guerre sainte encouragée par Mahomet font décliner les affaires, et par conséquent, le nombre de Syriens. On trouve encore des évêques grecs à Agde, Bourges, Tours, Autun, Saintes et Poitiers.

Les juifs de la Gaule romaine n’ont pas de statut particulier. Beaucoup portent des noms romains (Priscus, Julius), parlent latin et vivent en Gaule depuis l’époque de la Diaspora et la mode des religions orientales (IIè siècle). Ils sont nombreux mais toujours minoritaires à Bordeaux, Marseille, Auch, Arles, Narbonne, Carcassonne, Vienne, Mâcon, Châlon, Bourges, Tours, Orléans, Nantes, Clermont, Rouen. Ils sont extrêmement puissants à Lyon et à Paris. Au VIè siècle, l’évêque d’Uzès, Ferreor, fréquent les juifs, mais à la fin du siècle la persécution se généralise, avec le chantage à la conversion ou à l’expulsion. La synagogue d’Orléans est détruite. Condamnés au double jeu, les juifs sont marginalisés mais restent importants en Septimanie (Narbonne) en Provence (Marseille), à Vienne et à Lyon. Ils sont beaucoup moins nombreux en Gaule du nord (Rouen, Troyes, Mets) et jouissent d’une relative protection de Louis le Pieux aux croisades avant la reprise des pogroms.

Signalons enfin quelques apports isolés de prisonniers de guerre saxons, thuringeois, bavarois installés sous Charlemagne sur notre territoire et, inversement, l’extension de l’Etat carolingien qui a porté les Francs en Angleterre, en Allemagne et encore plus à l’est.

En 987, ces « grandes invasions » qui n’ont pas fini à la Gaule romaine, ou plutôt ces grandes migrations sont terminées après huit siècles d’amples vagues de passages de peuples en transit, d’implantations durables de conquérants, d’incursions de pillards. Le choc du IIIè siècle a été plus violent que celui du Vè siècle. Les peuples barbares se fondent rapidement dans le moule celto-romano-chrétien que leur offre leur nouveau pays. Ils cherchent plus l’entente et la fusion que la destruction d’une Gaule romaine qu’ils admirent même si parfois ils la ravagent.

Les nombreux mixages tendent à l’unification ethnique, mais la féodalité, née de l’insécurité et de l’incapacité des successeurs de Charlemagne à protéger les habitants, va entretenir pour de longs siècles des particularismes politiques, sociaux et culturels ; après un demi-millénaire de cohabitation parfois difficile, l’assimilation est complète, et en 987, sauf les Basques et les Bretons, tous les peuples de la Francie se considèrent comme « français », du moins sujets du bien lointain roi de France et vassaux de leur suzerain local. La germanisation a échoué là où la romanisation avait été forte et seules les frontières nord-est de la France sont vraiment germanisées. C’est à Verdun, sur la Meuse qu’est écrit, en 843, le premier texte détaché du latin : le traité de partage de l’Empire d’Occident qui donne à Charles le Chauve la Francie occidentale, l’obligeant à renoncer pour toujours au vieux rêve de rejoindre le Rhin. La France et la langue française sont nées en 843. Le peuple français existe dès 987, réuni par Hugues Capet.

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