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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Les plateaux Bourguignons

Posté par francesca7 le 23 mars 2013

Les plateaux Bourguignons dans Bourgogne les-vaches-de-bourgogne-300x248

De la lisière septentrionale du Morvan au plateau de Langres et d’Auxerre à Dijon s’étang une zone de plateaux calcaires au climat un peu rude qui constituent le seuil de Bourgogne, zone de contact entre le bassin de la Seine et celui de la Saône (les mers s’y rejoignaient ici lors du plissement hercynien) : ici s’est constitué l’Etat bourguignon, au point de jonction de contrées différentes qu’il était ainsi possible de contrôler.

D’une altitude généralement médiocre (400 à 500 m), ces plateaux s’inclinent lentement au Nord-Ouest, mais s’abaissent brusquement au Sud-Est. Leur aspect sec contraste avec celui verdoyant des vallées : Yonne, Serein, Armançon. On distingue d’Ouest en Est les plateaux de l’Auxerrois, du Tonnerrois et du Châtillonnais. Au Sud du pays d’Othe, l’Auxerrois est une plate-forme rocailleuse, fissurée de nombreuses vallées, où apparaît le calcaire d’un blanc souvent éclatant. Les versants bien exposés ont permis de développer la culture de la vigne autour de Chablis, d’Auxerre et d’Irancy, ainsi que celle des cerisiers. On y trouve aussi, plus inattendue, une certaine variété de truffes.

Les plateaux du Tonnerois présentent des caractères semblables à ceux du plateau de Langres, mais l’altitude est plus basse et le climat proche de celui du Bassin parisien.

Le Châtionnais apparaît comme une litanie de plateaux monotones, souvent dénudés, parfois surmontés de « tasselots » rocheux et creusés de vallées sèches. C’est un pays aux sols perméables : les eaux s’infiltrent dans la croûte calcaire et réapparaissent sous forme de résurgences ou « douix » (comme à Châtillon), tandis qu’existe tout un réseau hydrographique souterrain. Les grandes cultures, céréales, oléagineux, quoique craignant les années sèches, sont bien représentées ; quant à l’élevage laitier, il s’est développé à partir de la race brune des Alpes.

Autrefois, la forêt couvrait presque tous ces plateaux. Les moines des abbayes de St Seine, Molesmes, Clairvaux et Fontenay ont activement participé au défrichement, puis à l’exploitation du minerai de fer. Actuellement, l’industrie du bois tient une place importante et le reboisement est organisé d’une façon méthodique. Les forêts de résineux (mélèze, pin noir, épicéa, pin sylvestre, pin argenté) côtoient les forêts de feuillus (chêne, hêtres, charmes, frêne).

L’Auxois

A l’Est du Morvan, l’Auxois de formation liasique est un pays de grasses et fortes terres burinées par les eaux. Là se sont installées les riches prairies d’élevage bovin : la race charolaise (blanche) fournit la viande, tandis que la montbéliarde (tachetée), présente surtout dans le Haut Auxois – région de Semur et de Montbard – donne le lait. Les chevaux de trait de l’Auxois complètent cet important élevage. Les fermes, où le bétail est nourri en hiver, dirigent des domaines atteignant 200 ha (la moyenne bourguignonne est de 65 ha).

Les buttes rocheuses portent des bourgs fortifiés, tels que Semur en Auxois, Flavigny sur Ozerain   et Mont St Jean, l’antique oppidum d’Alésia sur le mont Auxois, des châteaux en ruine comme Thil, sentinelle esseulée surveillant les passages.

Le bassin d’Autun

Cette dépression a été, à l’époque primaire, un vaste lac, peu à peu comblé par des dépôts houillers et des schistes bitumineux qui furent à l’origine du développement industriel de la région. Le minerai local s’appelle « uranite » ou « autunite ».

l’Autunois comprend : le bassin d’Autun proprement dit, drainé par l’Arroux, les croupes granitiques qui le dominent au Sud-Est et le sillon où coulent en sens opposé la Dheune vers la Saône et la Bourbince vers la Loire ; les vallées de ces rivières sont empruntées par le canal du Centre, qui dessert le bassin minier de Blanzy-Montceau-les-Mines et le centre métallurgique du Creusot ; longtemps utilisé par la batellerie comme voie navigable joignant Lyon à Paris, il a été amené pour la navigation de plaisance.

Tandis que le plateau de l’Arrière-Côte est occupé par les cultures, les bois et les pâtures, le talus oriental, ensoleillé, est couvert de vignes.

« Le vignoble, a écrit Gaston Roupnel, se cantonne sur les pentes basses et faciles. Il appuie son bord supérieur sur les premiers bancs calcaires. Il finit en bas dès que cesse toute pente et que la plaine commence sa lourde terre. Cette étroite et lente montée de pierrailles, c’est le vrai territoire du vignoble ».

Les villages se sont installés en plein vignoble, au débouché des combes permettant de communiquer avec l’arrière-pays et suffisamment bas pour profiter des sources, toujours abondantes au pied des versants. Les vignerons étant pour la plupart des propriétaires exploitants, ils mènent une vie généralement plus large que celle des autres agriculteurs. Les essais d’extension du vignoble, vers la plaine, se sont soldés par des échecs sur le plan de la qualité. En revanche, la partie supérieure du plateau, favorable aux vignobles des Hautes-Côtes, est progressivement replantée. Au pied de la Côté, on exploite les carrières de pierre de taille et de marbre de Comblanchien et de Corgoloin.

Le Dijonnais

C’est dans la région de la métropole, où le climat est continental, que se trouvent réunis tous les caractères des pays bourguignons ; zone de plateaux calcaires, buttes-témoins, grasses prairies, vaste plaine alluviale, « côte » couverte de vigne. Pourtant dénuée d’une importante rivière, l’ancienne capitale du duché s’est développée en cristallisant autour d’elle l’activité économique du Châtillonnais, de la Haute Bourgogne, de la Côte, des plaines de la Saône et du Morvan. La Bourgogne vignes-201x300 dans Bourgogneméridionale, Charolais et Mâconnais, est plutôt attirée par Lyon.

La terre dijonnaise fournit à la capitale régionale les produits de son agriculture et de son élevage, tandis que la cité alimente des activités industrielles et surtout tertiaires. Au croisement des grandes routes de la Méditerranée vers Paris, la région de Dijon est le centre d’un commerce très actif, desservi par les voies de communication rapides.

        Le Mâconnais

C’est le prolongement, au Sud, de la zone montagneuse que forme la Côte d’Or, la grande différence avec cette région provient de ce que l’abrupt des côtes est tourné vers l’intérieur, tandis que dans la Côte l’abrupt domine la plaine de la Saône ; les collines sont couvertes de vignes ou de prairies d’élevage. Le calcaire du jurassique se découvre sur les éperons de Solutré, Brancion ou Vergisson.

La zone de plaines est particulièrement bien développée au Sud de Châlon grâce à la vallée de la Grosne (Cluny). Comme sa voisine la Bresse, elle produit des céréales, des betteraves, des légumes et l’on y pratique l’élevage des volailles.

La vallée de la Saône

Les pays de la Saône, voie de passage de premier ordre, s’étalent au pied des plateaux calcaires. Les terres alluviales des plaines de la Saône et de ses affluents – Ouche, Tille – souvent inondées l’hiver, sont recouvertes de grasses prairies et de terres à cultures. Aux blés, betteraves à sucre, pommes de terre, s’ajoutent les cultures maraîchères comme l’oignon à Auxonne, le maïs, le tabac, le houblon (mais les houblonnières sont en voie de disparition) et les oléagineux.

L’élevage bovin s‘est beaucoup développé ; la race tachetée de l’Est, appréciée pour ses qualités laitières et sa viande de boucherie, est de plus en plus concurrencée par la pie noire pour la production de lait et par la race charolaise pour la viande. La vallée de la Saône est en pleine expansion économique. L’activité industrielle s’est manifestée principalement à Chalon : On peut citer la « Société Industrielle de Ferblanterie » (1900), « Brunet-Meige » (1912), « Niepce et Fetterer » (1918), « Fonderie Mathieu Fils et Cie » (1925), « Dussau » (1926), devenu « Ventec » en 1937. La verrerie « Aupècle » se développa au xixe siècle dans la fabrication de flaconnage. La société Saint Gobain s’implanta à Chalon pour la fabrication de verre imprimé. La Société Kodak Pathé a sélectionné en 1954 la Ville de Chalon-sur-Saône comme implantation industrielle lui permettant de transférer progressivement les activités de son usine de Vincennes en province. Cette implantation, démarrée depuis1962, s’est considérablement développée en créant plus de 3 000 emplois. L’évolution technologique de la pellicule argentique à la photo numérique au début des années 2000 a conduit à un déclin rapide de l’activité de ce complexe industriel et à sa fermeture en 2008. Mâcon restant la capitale administrative de la Saône et Loire. La canalisation de la rivière progresse doucement et le canal de dérivation de mâcon permet aujourd’hui la navigation estivale.

Le Charolais et le Brionnais

De toutes les régions jouxtant le Morvan, le Charolais, au Sud, est la seule qui ne soit pas une dépression. Ces collines et plateaux aux ondulations larges dont elle est faite sont les rebords du Massif Central. Le Brionnais est un petit pays de l’ancienne province de Bourgogne, compris aujourd’hui dans l’arrondissement de Charolles. Les marnes donnant d’excellents herbages, l’élevage des bovins, est la grande richesse de ces deux régions. Engraissés pendant plusieurs mois dans les riches 

vaches

prés dits « d’embouche », les bœufs charolais ont une réputation bouchère de premier ordre. Leur sélection remonte au 18ème siècle ; chaque individu est immatriculé au registre généalogique (herd-book), dont le siège est à Nevers. Lors d’importantes foires comme à St Christophe en Brionnais, les bestiaux s’échangent dès potron-minet pour être expédiés vers la région parisienne ainsi que dans plusieurs pays de l’Union européenne ; le marché terminé, vers 9 heures, les blouses noires entament le casse-croûte à la côte.

 

     La Bresse

Vallonnée, sillonnée de nombreux ruisseaux (les « caunes ») piquetée de boqueteaux, la plaine bressane, au sol argileux et marneux, s’étend de la Sapone au Revermont jurassien à l’altitude la plus basse de Bourgogne. Le pays est principalement orienté vers l’élevage ; vaches laitières, porcs et surtout volaille, dont la qualité a fait le renom de la Bresse. Les poulets
s’ébattent en liberté durant leurs premiers mois sur le tapis d’herbe des limons, puis sont enfermés à « l’épinette » (cage étroite) pour être engraissés. Les grands marchés sont ceux de Louhans (« concours de volailles mortes ») et de Bourg en Bresse.

 

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La table de Bourgogne

Posté par francesca7 le 23 mars 2013

La table de Bourgogne dans Bourgogne bourguignon-300x225

Tout porte à croire que la Bourgogne est née à une tablée attachée à son terroir et cultivant l’art de vivre, la région se définit par la bonne chère. La réputation de ses vins et de sa gastronomie est établie depuis l’époque gallo-romaine – les enseignes culinaires conservées au musée archéologique de Dijon en témoignent -, mais c’est au temps des Grands Ducs que notre gourmandise nous porte, lors d’une fastueuse réception au palais, et l’on rêve un instant des fumets affriolants qui émanent du chaudron magique des cuisines ducales. De nos jours, les établissements de renommée mondiale – Côte St Jacques à Joigny, Lameloise à Chagny, côte d’Or à Saulieu – les états généraux de la gastronomie française à la Foire internationale de Dijon perpétuent la tradition du bien-boire et du bien-manger avec moins de cérémonie, l’assiette de pays accompagnée de son verre de vin peut aussi donner du bonheur…

Les produits locaux : Les solides

Plantureuse province, la Bourgogne dispose pour la viande de l’élevage de l’Auxois (bovine et chevaline), du Bazois et du Charolais ; de la Bresse en matière de volailles, chapons et dindes ; de forêts profuses en gibier, parmi les plus réputés de France. Le pigeonneau du Morvan, que l’on trouve sur la table soit rôti soit en croûte, est élevé en volière.

La région fournit des légumes de premier ordre, de délicieux champignons –mousserons, cèpes, morilles, girolles, truffes aussi, des fruit succulents (cerises de la région d’Auxerre – bigarreaux, marmotte et burlat), des poissons blancs de la Loire et de la Saône, truites et écrevisses des rivières morvandelles aux eaux vives, et bien sûr des escargots.

Longue tradition aussi, d’origine quelquefois bénédictine, la fabrication de formages :   les « pâtes molles » Soumaintrain et Epoisses  , tous deux au ton ocre, ce dernier très coulant et très fort, à la croûte lavée au marc (l’une des 34 AOC en France) ; le non affiné saint florentin, de la région Auxerroise ; le bouton de culotte, un chèvreton élaboré en Mâconnais, c’est le fromage le plus cher ; le « trappiste » Cîteaux, à la pâte pressée non cuite. Un « grand moment » gustatif sera l’alliance d’un grand nom millésimé avec l’un d’entre eux.

kir_royal dans Bourgogne      Le vin : le repas débute par un moment de convivialité : l’apéritif. Sur ce chapitre, l’ambassadeur de Bourgogne s’appelle le Kir et de préférence, Royal. Pour le réussir, il convient de prendre une ligueur de cassis peu alcoolisée, c’est à dire 16°, parce qu’il faut équilibrer le sucre de la liqueur avec la légère « acidité » du vin blanc aligoté, en respectant la proportion : 1/5 de ligueur et 4/5 de vin. La recette du Kir royal est la même, mais le champagne – de préférence un mousseux, crémant de Bourgogne par exemple – remplace le vin blanc.

Ensuite, il s’agit de choisir le vin adapté aux mets qu’ils vont accompagner. On peut recommander de servir :

-          avec huîtres, coquillages, poissons : chablis, meursault, pouilly-fuissé, mâcon ou autres vins blancs secs servis frais et non frappés (10-12°) ; le puligny-montrachet accord parfaitement ses arômes de noisette grillée et d’amande fraîche aux fruits de mer ; pour atténuer le gras du saumon fumé, un simple aligoté convient très bien ;

-          avec volailles, viandes blanches et plats légers : chambolle-musigny, côte de beaune, mercurey, beaujolais ou autres vins rouges légers servis à la température de la cave (15-16°)

-          avec gibier, viandes rouges cèpes et formages : chambertin, côte de nuits, pommard et autres vins rouges corsés servis chambré (16-18°) ; pour autant, avec les chèvres secs, ne pas hésiter à déboucher une bouteille de blanc tel qu’un pouilly fumé délivrant ses arômes de bois brûlé et de végétaux.

vinLe choix d’un vin doit tenir compte du renom de son cru mais aussi du millésime qui peut largement en modifier la qualité ; les conditions climatiques déterminent en effet une hiérarchie des années, qui sont parfois très contrastées …

Même s’ils n’ont pas l’exceptionnelle longévité du vin jaune du Jura, les vins de Bourgogne vieillissent assez bien et atteignent leur apogée après quelques années ; le temps de garde conseillé est le plus souvent de 5 à 7 ans, mais il va de 8 à 10 ans pour les grands vins blancs et de 10 à 15 ans pour les grands vins rouges. Le vieillissement est variable selon les conditions de stockage, qui doivent respecter certaines règles ; lieu sombre et aéré, température stable de 15° environ, terre battue couverte de gravier, hygrométrie de 70 %. Précisons pour finir que les bourgognes rouges, moins tanniques que les bordeaux, ne demandent pas à être décantés avant le service (ceux qui voudraient approfondir le sujet au point d’en faire métier peuvent s’inscrire à l’université de Dijon qui prépare au diplôme national d’œnologue).

Avec le café, les agapes se termineront agréablement sur un marc de Bourgogne. Cet alcool ambré et charpenté est produit par la distillation des marcs de raison – peaux et pépins – et vieilli en fûts de chêne.

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Les plats Bourguignons

Posté par francesca7 le 23 mars 2013

 

Les plats Bourguignons dans Bourgogne bourgogneA l’image du terroir, la cuisine en Bourgogne est riche et généreuse ; point de prétention dans ces élaborations, elle se façonne avec les produits que lui donne sa terre et nourrit l’appétit rustique du gros mangeur bourguignon comme celui de l’invité au bon coup de fourchette. A noter que le premier livre de recettes fut concocté par La Verenne, cuisinier du marquis du Blé d’Huxelles à Cormatin, au milieu du 17ème siècle. Ecoutons la bonne parole de Vincenot : « Composer un repas est du même ordre que créer un poème, une symphonie, un tableau et manger pour être un acte nécessaire et plusieurs fois quotidien n’en est pas moins une manifestation solennelle de l’amour de la vie ».

Le vin, gloire de la province, joue là encore un rôle de premier plan : les meurettes, sauces onctueuses à base de vin aromatisé et épicé, liées avec du beurre et de la farine accompagnent les poissons, les cervelles ou les œufs pochés. Le saupiquet est une autre sauce à base de vin blanc, additionné de crème, qui accompagne le jambon à l’os coupé en tranches et poêlé ; c’est aussi le nom de la recette, appelée parfois « jambon à la chablisienne », à accompagner naturellement d’un chablis. Les haricots rouges se préparent au lard et au vin rouge. Le coq au vin est arrosé d’un côte de nuit villages, même lorsqu’il est dit – ultime prétention « coq chambertin ». N’oublions pas le classique bœuf bourguignon, plat familier et traditionnel (le collier de bœuf est longuement mijoté dans du vin rouge, avec oignons et lardons) dont on rehaussera la saveur en l’agrémentant d’un bon cru régional, par exemple un irancy ; c’est un plat qui gagne à être consommé réchauffé, après que la viande s’est bien imbibée de la sauce : elle fond alors sous la langue.

La cuisine régionale offre d’autres petites choses délicieuses : le jambon persillé (les morceaux maigres sont pris dans une gelée de volaille puissamment aillée et persillée), l’andouillette de Châblis, le poulet Gaston-Gérard (du nom du maire gastronome de Dijon dans les années 1920), la potée bourguignonne (le Morvan est aussi adepte du pot au feu traditionnel), l’oignonnade auxonnaise, la pôchouse, matelote de poissons de la Saône au vin blanc (brochet, tanche, perche, carpe ou anguille), le lapin à la dijonnaise (à la moutarde) ou le râble de lièvre à la Piron. Les fameux escargots dits de Bourgogne, « hélix pomatia », sont maintenant élevés en effet dans la région. On les prépare ici avec du beurre aillé, rencoquillés et cuits en cocotte selon une recette remontant à 1825. Du temps des Eduens, il semble que l’escargot était dégusté au dessert.

Les gourmets sont gâtés en Bresse ; parmi quelques recette s locales, signalons le gratin de queues d’écrevisses, préparé dans une sauce Nantua – beurre d’écrevisse et crème fraîche – les cuisses de grenouilles sautées avec une persillade, le poulet à la crème et le gâteau de foies blonds –oeufs, crème et foie de volaille.  

Les spécialités

Pour accompagner la dégustation des grands crus, chablis comme corton, fixin comme meursault, la traditionnelle gougère est une bouchée soufflée faite de pâte à chou au fromage de gruyère, à consommer tiède.

pain-300x225 dans BourgogneLes plus célèbres des spécialités sont dijonnaises. Forte ou aromatisée, la moutarde de Dijon –dénomination réservée à la pâte fabriquée avec des produits blutés ou tamisés (décret du 10 juillet 1937 imposant ingrédients et procédé) – est celle que les européens consomment le plus ; la société Amora, gros producteur qui a créé  un musée, a absorbé en 1960 une marque vieille de trois siècles, « Vert-pré ». Très répandue en Bourgogne dès le Moyen Age, la moutarde fut pour Rabelais « ce baume naturel et réparant l’andouille ». Il est à parier que la devise de Philippe le Hardi, « moult me tarde »,   est pour quelque chose dans ce succès.

On n’oublie pas pour autant dans la capitale ce que douceur veut dire. Pains d’épices, par exemple. Fait avec du seigle, du miel et de l’anis, il se présente sous deux formes. Sec, sous forme de pavé, c’était une base d’alimentation semblable à une tartine de pain sur laquelle on mettait du beurre, de la confiture, d’où son appellation « pavé de santé ». Moelleux, rond, fourré de marmelade, recouvert d’un glaçage ou décoré de fruits confits et enveloppé d’un papier d’argent, c’est la vrais friandise qui porte le no m de « nonnette » parce que faite autrefois parles nonnes, dans les couvents.

cassis       Le cassis, pour sa part, entre dans la préparation de bonbons, les cassissines, de gelées, confitures, jus de fruits et surtout de la liqueur dire « crème de cassis » (AOC « Cassis de Dijon ») commercialisée depuis un siècle et demi par Lejay Lagoute. Une variété particulièrement aromatique de cette groseille, dite « noire de Bourgogne », se trouve en abondance sur les coteaux de Nuits. La recette de la crème est très simple : les baies sont broyées avant de macérer dans de l’alcool neutre additionné de sucre.

 

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Lac de Guerlédan

Posté par francesca7 le 22 mars 2013

 

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Le lac de Guerlédan est un lac artificiel situé à cheval sur la commune de Saint-Aignan dans le Morbihan et la commune de Mûr-de-Bretagne dans les Côtes-d’Armor. Sa formation est due à la construction du barrage de Guerlédan en 1930 sur le cours d’eau du Blavet. Il matérialise, en partie, la limite entre le Morbihan et les Côtes-d’Armor. Son nom vient du breton vannetais : Gouer ledan, soit : le ruisselet large.

D’une superficie de 400 ha, long de 12 km et profond de 40 m au pied du barrage, le lac de Guerlédan est le plus grand lac artificiel de Bretagne.

Ce lac a été créé pour alimenter le barrage de Guerlédan. Le chantier dura sept ans de 1923 à 1930 et dut faire face à de nombreuses difficultés d’ordre géologique, technique et financier.

La création de ce lac et surtout celle du barrage a coupé la continuité du trafic fluvial sur le canal de Nantes à Brest qui emprunte, à cet endroit, le cours du Blavet. 17 écluses du canal furent noyées sous les eaux du lac.

Aujourd’hui le lac de Guerlédan est devenu un lieu touristique. On peut y pratiquer diverses activités nautiques ou bien se promener sur les rives du lac et profiter de jolis points de vue panoramiques, notamment au rond point du lac et à l’anse de Landroannec.

Le lac était asséché tous les dix ans depuis 1951, dévoilant ainsi un paysage étonnant : figée dans les profondeurs, la vallée engloutie ressurgit avec ses maisons, ses jardinets, ses écluses. Aujourd’hui, la technologie permet de s’affranchir de cette vidange.

L’embarcadère de Beau-Rivage, premier site aménagé sur le lac, offre de nombreuses activités qui combleront autant le pêcheur que le promeneur : déjeuner en salle face au lac, bar panoramique, location de barques, et bateau à pédales. : http://www.guerledan.com/

Les Vedettes de Guerlédan,

 beau rivage, 22530 CAUREL

 tél : 02.96.28.52.64 fax : 02.96.26.09.37

 

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Le lac de Guerlédan est un lac artificiel issu de la construction d’un barrage sur les cours (communs à cet endroit) du Blavet et du canal de Nantes à Brest. 

Mis en service en 1933 le barrage de Guerlédan inonde la vallée du Blavet sur 13Km de long, couvrant une surface de 400 ha. Sa profondeur est de 45m et son volume de 55 millions de mètres cubes. Le lac est dominé au sud vers Cléguérec, par des crêtes et la forêt de Quénécan, massif de plus de 3000 ha. Plusieurs plages aménagées sont proposées aux baigneurs dont une à l’anse de Sordan.

Contrairement à certaines légendes,  aucun village ne fut engloutit lors de l’inondation de la vallée. Seules les maisons d’écluses et quelques autres furent recouvertes par les eaux. Autrefois vidangé tous les 10 ans (la dernière fois en 1985) pour des contrôles sur le barrage, le site offrait alors un paysage lunaire attirant une foule de visiteurs…

La vallée du Blavet, engloutie pour les besoins de la production électrique, s’est ainsi transformée en un lac superbe. Au fil des ans, il est devenu de plus en plus apprécié des promeneurs et des amateurs de loisirs nautiques, au point d’être aujourd’hui l’un des principaux pôles d’attraction de la Bretagne intérieure.

Un lac aux rives découpées

Le site, il est vrai, est magnifique, avec la forêt de Quénécan et les grands bois de la rive nord qui descendent en pente abrupte jusqu’aux rives découpées du lac. Tout autour de ce paysage grandiose, rayonnent les vallées encaissées des rivières du bassin du Blavet, les gorges de Daoulas etdu Poulancre.Terre bénie des amoureux de nature sauvage et de sites pittoresques, le pays de Mûr s’offre à la découverte grâce à un réseau serré de chemins et de sentiers, de crête en vallon, de crique en falaise, de lande et fûtaie.

  • Le barrage de Guerlédan, dont la construction a commencé en 1923, a été achevé sept ans plus tard. Ce barrage était un précurseur des grands ouvrages alpins. Avec sa hauteur de 45 mètres, sa longueur de crête de 206 mètres et sa largeur à la base de 35 mètres, il était à l’époque le plus imposant du pays. Sa retenue d’eau, qui a englouti maisons, villages et forêts de la vallée du Blavet sur une longueur de 12 kilomètres, compte 55 millions de mètres cubes. Elle couvre une superficie de 400 hectares et sa profondeur atteint 40 mètres. Elle alimente une usine hydro-électrique de 23 mégawatts. On peut observer l’impressionnant ouvrage, en aval du barrage, mais on ne peut en approcher la base, incluse dans l’enceinte de la centrale électrique.

La chapelle Sainte Suzanne

A I’entrée nord de Mûr, la chapelle Sainte Suzanne dresse son élégante silhouette, au beau milieu d’un jardin ombragé par les vieux chênes qui ont inspiré Corot (le peintre, un ami du maire M. Le Cerf, était un habitué de Mûr). Au pied des grands arbres, un cercle de pierres dressé voici près de 40 ans témoigne de la perpétuation du druidisme : ici se sont tenus les «Gorsed», ces rassemblements de druides, bardes et ovates unis dans le culte ésotérique de la nature.

Un splendide rétable

  • Selon la légende, on priait autrefois sainte Suzanne non loin de là, près des fontaines de Menehiez, sur le site d’un culte préchrétien. Cette subsistance païenne incommodait le clergé local, qui a décidé de transférer la statue de la sainte au bourg de Mûr. Mais la charrette qui la transportait, emportée à un train d’enfer par des boeufs devenus subitement d’une vélocité incroyable, a subi un brutal cahot qui a éjecté la statue. Celle-ci s’est fichée en terre, debout au pied d’un grand chêne. C’est sur ce lieu qu’a été érigée la chapelle, au XVIIe siècle.
  • L’édifice, à l’élégant porche-clocher, daté de 1670, abrite un splendide rétable présentant une grande toile représentant sainte Suzanne, des statues polychromes et un ex-voto marin. On y trouve aussi un exceptionnel chemin de croix, peint sur la totalité des lambris couvrant les plafonds.

Beau Rivage, le port du lac

Situé au bout d’une pointe enserrée entre le corps du lac et une petite anse, Beau Rivage le bien-nommé se donne des allures de petite station balnéaire. Ses plages, ses campings, ses embarcadères, ses mouillages en font le grand lieu touristique de la région.

  • On y trouve également des restaurants, crêperies et cafés ouverts toute l’année. La foule ne s’y presse guère hors saison : c’est plutôt le rendez-vous des gens du pays et des pêcheurs. Le lac est poissonneux : ony trouve des perches de belle taille dépassant les 40 centimètres, des sandres de 14 livres et des brochets d’un mètre 10, dont on parle encore autour d’un petit bordeaux au retour de la pêche. « En plein hiver, c’est toujours bien calme, confie le patron de la jolie crêperie panoramique « Les pieds dans l’eau ». Mais, en été, les vacanciers sont nombreux à venir se balader, faire de la voile ou du ski nautique ».
  • Autre temps fort de Beau Rivage : l’ouverture de la pêche.  » Une armada de 400 bateaux vient traquer les allee-couverte-300x225 dans LACS DE FRANCEpremiers poissons. Sans compter tous ceux qui pêchent du bord… »

L’allée couverte de Coët-Correc

Entre Mûr et Caurel, sur les hauteurs de la Lande Blanche qui culmine à 309 mètres, l’allée couverte de Coat-Correc fait partie des nombreux mégalithes dispersés dans la campagne (menhirs et tombeau gaulois de Saint-Mayeux, allées couvertes de Liscuis). L’allée, dont on peut voir les restes de pavage entre les pierres dressées, est surplombée d’une étonnante arche d’ardoise. Elle a été bâtie à la fin du XIXe siècle par un paysan qui avait voulu christianiser ce monument païen. Elle était, à l’origine, surmontée d’une croix aujourd’hui disparue.

De là-haut, on domine de 180 mètres l’étendue du lac qui se découpe à trois kilomètres au sud.

 

 

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La fille d’Auberge en 1840

Posté par francesca7 le 22 mars 2013

La fille d’auberge

par

François Coquille

~ * ~

QUOI qu’on puisse dire, l’antiquité avait du bon !

Si, parmi tant d’autres inventions, les auberges étaient inconnues des anciens, c’est que chaque maison servait d’auberge. Certes, il était doux pour le voyageur, arrivant, épuisé de fatigue, dans une ville étrangère, de se voir entouré d’une foule d’amis qu’il ne se savait pas, et qui briguaient l’honneur de l’avoir pour hôte ! On l’emmenait en triomphe ; de belles esclaves lui lavaient les pieds, et lui prodiguaient les parfums les plus rares. La place d’honneur lui était réservée à table : on se fût gardé de lui demander son nom, comme d’une grave incivilité ; et quand, le lendemain, il s’éloignait sans avoir rien dépensé, le maître du logis le reconduisait hors de la ville, et, le suivant longtemps des yeux, il lui criait encore de loin : « Merci, ô étranger, merci ! »
La fille d'Auberge en 1840 dans ARTISANAT FRANCAIS auberge-234x300
Eh bien ! ce luxe d’hospitalité primitive, la civilisation a su le remplacer avantageusement par l’invention de l’auberge. Une auberge, c’est le foyer domestique de tous les étrangers ; c’est la table de tous ceux qui ont faim, le lit de tous ceux qui sont las. On court aussi, parmi nous, au-devant du voyageur ! on se le dispute, on s’empare de sa malle et de lui, – de sa malle surtout, lorsqu’elle est d’une dimension rassurante ? – Qu’il commande, et des esclaves lui apporteront, s’il le faut, un bain complet ; qu’il dise un mot, et les meilleurs vins, les mets les plus recherchés lui seront offerts. Maîtres et serviteurs s’empressent à sa voix, ils s’étudient à le contenter et à lui plaire ; ils lui sourient sans cesse, ils se montrent heureux de sa présence, ils voudraient le garder toujours…….. Mentionnons seulement deux petites formalités que ne pratiquaient pas les anciens : on lui demande son passe-port quand il arrive, et on lui présente une carte à payer quand il part.

La condition première, le complément indispensable d’une auberge, c’est la fille d’auberge. La fille ! ne lui cherchez pas d’autre nom. Vieille ou jeune, laide ou jolie, fille ou femme mariée, peu importe ! Elle a quitté jusqu’à son nom de baptême, par égard pour le voyageur : attention délicate qui épargne à celui-ci un grand travail d’esprit et de mémoire. Il peut parcourir la France entière, et s’arrêter dans cent hôtels différents ; il y aura toujours quelqu’un qui répondra à sa voix, quand, de ce ton impérieux que l’on prend hors de chez soi, il criera : La fille !

D’où vient que Paris a relégué la fille d’auberge en province, et que – le garçon – règne sans partage dans nos cafés, nos hôtels et nos restaurants ? A Dieu ne plaise que je ferme les yeux aux qualités de ce dernier. Ses cheveux, coupés ras et soigneusement rabattus sur ses tempes, sa cravate, d’une entière blancheur, comme celle d’un médecin ; sa veste ronde, ses bas et ses souliers, donnent à sa personne une distinction que je suis forcé de reconnaître. Qu’il soit moins bavard, moins lent, d’un service plus commode que la fille, j’en conviens ; qu’il conseille plus sagement, et disserte avec plus de profondeur sur le menu de la carte et les provisions de l’étalage, je le veux encore ; mais il est si froidement attentionné, si insolemment poli, si égoïstement dévoué ! son amabilité choque, ses grâces fatiguent, ses soins repoussent. Sa perfection est un composé de défauts.

La fille d’auberge, qui a des prétentions moins élevées, plaît davantage. Elle est curieuse, distraite, négligente ; elle vous laissera vous morfondre près d’un dîner qui refroidit, pour se mêler à un commérage, pour voir défiler la parade dans la rue ; mais du moins elle vous sourira au retour, elle fera attention à vous, vous serez quelque chose pour elle ; vous lui plairez ou vous lui déplairez, et, en dépit de votre orgueil et de votre aristocratie, le sentiment de sa bienveillance vous occupera, vous tiendra compagnie.

Demandez aux Anglais qui viennent s’épanouir un peu au soleil de Paris : les Anglais ne connaissent chez eux que la fille d’auberge. Le garçon est une de ces curiosités qu’ils regardent sans les comprendre. On sait ce mot naïf d’un gentleman tout jeune, et qui, n’ayant rien vu, ouvrait des yeux étonnés à l’aspect d’un garçon de restaurant.

« Gârçon, disait-il avec cet air grave d’un homme qui s’est longuement consulté sur un cas difficile ; gârçon !

– Voilà, monsieur, voilà !

Gârçon….. étiez-vous le fille ? »

C’est à la fille d’auberge surtout qu’on peut appliquer cette variante du proverbe – Dis-moi où tu sers, et je dirai qui tu es. – Entre la grosse paysanne de cabaret et cette créature si alerte et si découplée des grands hôtels et des tables d’hôte, quelles nuances diverses, quels contrastes de langage et de manières ! Elles ne se ressemblent pas ; et pourtant, comme les nymphes de Virgile, elles ne diffèrent entre elles qu’autant qu’il convient à des soeurs. 

Facies non omnibus una,
Nec diversa tamen, qualem decet esse sororum.

Voici d’abord venir la fille d’auberge de village. Ne faites pas attention à ses bras rouges, ou que ce soit pour en admirer la vigueur toute masculine. Sa figure est haute en couleurs, ses cheveux s’échappent en touffes désordonnées de dessous son bonnet, son bonnet lui-même est trop souvent posé de travers ; ni le goût ni la propreté n’ont présidé à sa toilette. Pendant tout le cours de la semaine, la fille se couvre et ne s’habille pas.

Quant à son caractère, interrogeons la maîtresse du logis. Celle-ci se fait toujours un plaisir d’énumérer les défauts de sa servante : c’est une dormeuse qu’on ne saurait réveiller à cinq heures du matin ; une étourdie qui, chargée de veiller à la cuisine, aux enfants et aux pratiques, laisse les plats brûler, les enfants crier, et les pratiques s’égosiller. De quoi n’est-elle pas capable ! ne l’a-t-on pas surprise cent fois en flagrant délit de gourmandise ? ne mange-t-elle pas – autant qu’un homme, – et sa langue mal apprise manque-t-elle jamais de réponses insolentes ? De plus, l’on sait fort bien que mademoiselle fait à l’aubergiste des avances et des agaceries.

A ce jugement sévère que la passion a dicté, opposons celui des habitués de la maison. Quoi qu’en dise l’hôtesse jalouse, si les fermiers du voisinage, si les marchands forains, si les colporteurs préfèrent son cabaret à tout autre, ce n’est pas pour elle, qui est vieille et acariâtre ; ce n’est pas pour son vin, qui ressemble à de la piquette ; c’est pour la fille. Ils l’aiment avec son gros rire, avec ses allures décidées, avec ses airs provoquants. Lorsqu’elle vient à leurs cris répétés, et qu’essuyant la table du revers de son tablier elle leur demande ce qu’il faut leur servir, ils ne s’inquiètent pas que sa personne soit négligée, que ses jupons semblent ne pas tenir à son corps, et que ses doigts menacent d’écrire en hiéroglyphes son nom sur les assiettes et les verres. Les braves gens ne regardent pas à si peu. Ce qui leur plaît dans la fille, c’est qu’elle entend la plaisanterie, qu’elle ne s’effarouche de rien, et que sa pudeur est à l’épreuve des plus gros mots. S’émancipe-t-on avec elle, on en est quitte pour une tape vigoureuse qui disloque à moitié l’épaule du coupable. Douce punition qui invite à recommencer ! Enfin ils résument toutes ses qualités dans ce mot : C’est une bonne enfant !

Et puis n’a-t-elle pas comme une autre ses beaux jours ? Quand vient le dimanche, elle fait, à grand renfort de cendres et de savon, une lessive complète de sa personne. Elle revêt le frais déshabillé, le bonnet blanc, la jupe neuve et le mouchoir de col aux couleurs éclatantes. Des souliers fins – j’entends fins par comparaison – ont remplacé les gros sabots. Dans cette chaussure légère, elle court, elle bondit, elle a des ailes ; c’est à ne plus la reconnaître. Le dimanche s’achève, et cette Cendrillon de village, un moment vêtue en princesse, retourne à ses haillons et à ses souillures ; mais elle ne laisse jamais après elle, pour se faire chercher de quelque prince amoureux, une petite, petite, toute petite pantoufle.

Suivons la fille d’auberge sur un théâtre plus digne de son génie. Elle a quitté l’obscur bouchon et l’humble cabaret pour l’hôtel le mieux achalandé d’une sous-préfecture, et sur la porte duquel brille en gros caractères cette pompeuse annonce : Ici on loge à pied et à cheval.
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Autour d’elle tout est bruit et mouvement ; point de repos, point de relâche : l’hôtel est un petit monde dont la face se renouvelle sans cesse. Les diligences, les bateaux à vapeur amènent, emportent des milliers d’individus de tout âge, de tout sexe, de toute condition. C’est ici que le rôle de la fille d’auberge s’élève, s’agrandit dans des proportions immenses, que son intelligence se développe, et que son activité trouve un digne aliment.

Au village, elle ne paraissait que sur le second plan, et comme perdue dans l’ombre de l’aubergiste, lequel ne dédaignait pas de s’attabler avec ses pratiques et de s’enivrer de son propre vin. Désormais la voilà seule en évidence. C’est elle que l’on connaît, c’est elle qui sert d’enseigne à l’hôtel, ou plutôt qui tient l’hôtel. L’hôte et sa femme vivent cachés dans les ténèbres de la cave, ou dans la fumée de la cuisine. Ils n’en sortent que pour courir aux halles et aux marchés. La fille brille dans la salle à manger, sur les escaliers, dans les chambres. La fille va attendre et guetter les voyageurs à la descente des voitures. – Venatur homines, dit le fabuliste. – Elle les salue de loin, elle leur fait des mines d’intelligence, elle les appelle des yeux, elle les invite du geste, elle exerce sur eux la puissance attractive du regard ; et, quand tous ces moyens indirects ne réussissent pas, elle en emploie d’autres. Elle cite le nom de son hôtel, elle en vante les agréments, la commodité, la bonne chère, le bon marché. Elle vous étourdit et vous subjugue. Elle s’empare de votre malle qu’elle fait transporter par un homme à ses ordres : elle vous ferait porter vous-même……. mais sa victoire est complète : elle part, et regagne l’hôtel, suivie des voyageurs qu’elle traîne à la remorque et qu’elle emmène en triomphe !

Alors commence la seconde partie, la partie la plus difficile de son rôle. Il faut justifier ces belles promesses dont elle a été si prodigue. Qui répondra à cent questions diverses ? qui retiendra dans sa mémoire cent ordres différents ? qui sera la carte vivante de l’hôtel ? qui dira ce qui manque et ce qui ne manque pas ? qui excusera les mets mal apprêtés ? qui suffira à tout ? qui sourira à tous ? c’est la fille ; elle court, elle se multiplie : elle écoute les uns, elle répond aux autres. Elle sert vingt pratiques à la fois : qu’est-ce, à côté d’elle, que César dictant à quatre secrétaires !

Quelques-unes de ces filles acquièrent ainsi une importance singulière, et deviennent hors de prix. Une cantatrice en renom, une danseuse à la mode n’est pas plus exigeante ni plus impérieuse. Au moindre mot, elles s’emportent en menaces : elles s’en iront ; elles ne sont pas embarrassées, Dieu merci ! de trouver une meilleure place. L’hôtel de l’Écu leur fait des offres. La Tête-Noire leur a parlé. La Poste a couru après elles. Elles ne s’en iront pas seules. Une partie des habitués les suivront.

Elles partent en effet, et, au bout de quelques années, elles ont promené leurs caprices par toute la ville.

Rien ne peut arrêter cet animal servant.

Changez d’hôtel : vous ne changez pas pour cela de fille d’auberge. Vous retrouvez partout un visage nouveau que vous connaissez, et qui vous sourit comme à un habitué. La fille est toujours fière de ceux qu’elle a servis ailleurs. Elle les reçoit comme des compatriotes sur une terre étrangère ; et tandis qu’elle leur fait les honneurs de l’hôtel, qui est, à l’entendre, le meilleur de la ville, elle fait au maître de l’établissement les honneurs de ces nouveaux venus. Elle aura bien du malheur si elle n’amène pas celui-ci à comprendre que c’est à elle seule qu’il doit leur présence.

Chaque hôtel a, d’ordinaire, une table d’hôte où se presse une population flottante d’employés, de commis, de clercs et de commis voyageurs. Ceux-là ne s’attachent qu’à la fille, ils la protègent et ils sont ses protégés. Vous les entendez de loin qui marchent à grand bruit dans la rue, et qui s’annoncent par des chants, des rires, des discussions animées… Ils envahissent la salle, ils bouleversent les tables et les chaises. Ils sont chez eux. Jeanne ! Henriette ! Adèle ! (ces messieurs, par un privilége spécial, ne l’appellent jamais que de son nom). Que fait-elle ? où peut-elle être ? la voici enfin !

On la fête, on la complimente, on l’agace. Ses mains ne peuvent suffire à la défendre. Mais le potage apparaît, et la sauve. Voilà nos galants en besogne. La fille tourne sans cesse autour d’eux : elle jouit de leur appétit, elle prévient leurs demandes. Elle s’efforce au besoin de pallier les torts du pourvoyeur ou du cuisinier. Que ne peut-elle, comme la veuve Scarron, suppléer à un plat par une histoire ! mais la veuve Scarron elle-même n’aurait pas payé de semblables raisons des convives tels que ceux-ci. Ils s’ingénient à obtenir de leur favorite quelque supplément, quelque douceur, des fruits plus beaux, un vin moins acide. Ils la prient, ils la flattent de la voix, ils la flattent de la main. N’est-elle pas maîtresse et souveraine ? si elle le voulait bien, leur table serait sans doute mieux servie. Ils auraient des primeurs, et, de temps en temps, du gibier… et elle les console, elle les apaise. Elle répond aux prières par de bonnes raisons, aux menaces et aux impatiences par des railleries, et parvient à renvoyer son monde content, sinon rassasié.

Le plus cher de ses amis, le plus zélé de ses défenseurs, le plus opiniâtre des réclamants, c’est le commis voyageur. La fille et lui sont faits pour se comprendre et s’aimer. Un instinct mystérieux les entraîne l’un vers l’autre. Le commis voyageur connaît le faible que la fille a pour lui, et l’ingrat en abuse. C’est près d’elle qu’il se console de ses échecs commerciaux ; c’est à elle qu’il débite ses plus détestables calembours, ses compliments les plus usés, ses anecdotes les plus rebattues. Il l’accapare pour son service particulier, au grand détriment des autres habitants de l’hôtel. Elle n’a des yeux que pour lui, des oreilles que pour lui, des pieds et des mains que pour lui. La chambre du commis voyageur devient le quartier général de la fille ; Hélas ! que voulez-vous qu’on puisse refuser à cet homme qui parle si bien et qui possède une telle barbe !

C’est dans les grands hôtels de Lyon, de Bordeaux, de Rouen, qu’il faut étudier le type de la fille d’auberge. C’est là qu’il acquiert toute sa perfection. Voyez : la fille s’est faite demoiselle, sa robe étroite lui dessine exactement la taille. Elle s’exprime en termes choisis. Elle a de l’aisance, de la dignité, et des bandeaux. C’est toujours, il est vrai, la même assurance de manières, la même intrépidité de regard, mais avec quelque chose de plus fin, de plus assoupli, de plus mesuré. Ses yeux sont fatigués et battus. Un observateur lui trouverait plus de décence, et non pas plus de modestie.

C’est qu’elle voit défiler sans cesse des personnages titrés, de riches négociants, des banquiers dédaigneux. Elle parle leur langue, elle s’anime de leurs sentiments, elle se forme à leurs manières et à leurs moeurs. Physionomiste consommée, un coup d’oeil lui suffit pour juger un homme et proportionner ses soins à la gratification prévue. Elle donne à sa voix une foule d’inflexions diverses. On dirait qu’elle possède un visage différent pour chaque voyageur. Elle s’étudie à vous appeler de votre titre. Vous êtes pour elle monsieur le député, monsieur le receveur général, monsieur le comte, monsieur le marquis. Vous jouissez de votre considération : vous vous complaisez à ces égards, à ces respects, à ces attentions fines…. C’est fort bien tant qu’elle vous parle ; mais derrière vous, elle vous dépouille aussitôt de tous ces titres qu’elle vous prodiguait si libéralement. Vous n’êtes plus pour elle ni receveur général, ni lord anglais, ni même député. Qu’êtes-vous donc ? un simple numéro…. le numéro de votre chambre !

Montez, dit-elle, un couvert au cinq ! – Apportez de l’eau-de-vie pour la dent du trente-six ! – Le neuf est-il sorti ? – Préparez la carte du dix.

Sur quelque route, et par quelques messageries que vous ayez voyagé, ô lecteur, voici une impression de voyage que vous avez sûrement recueillie, et où la fille d’auberge joue le rôle principal.

Clic, clac ! clic, clac ! une de ces maisons roulantes nommées diligences arrive, au milieu de la nuit, dans une ville de province. Les chevaux épuisés retrouvent un reste de vigueur ; le conducteur embouche son cornet à piston, tandis que le postillon semble vouloir réveiller du bruit de son fouet tous les échos de la cité endormie. La lourde machine s’arrête à la porte de l’hôtel le plus apparent.

« Descendez, messieurs et mesdames ; c’est ici que l’on dîne ; vous avez une demi-heure. »

Les voyageurs s’éveillent ; ils se frottent les yeux, ils se secouent, ils étendent leurs membres engourdis. Des bruits confus s’échappent des profondeurs de la voiture. « Conducteur, où sommes-nous ? – Conducteur, sommes-nous bientôt arrivés ? » En même temps, des voix flûtées répètent d’un ton engageant : « Descendez, messieurs et mesdames ; le dîner est servi. »

Alors on voit sortir de leur prison, les uns après les autres, vingt personnages différents, hommes, femmes, enfants, vieillards, affublés d’une manière grotesque, mal affermis sur leurs jambes, les yeux troublés, la figure pâle, et comme possédés du vertige de l’ivresse. Tout ce monde se laisse conduire à la salle à manger qui resplendit de mille feux ; une longue table, couverte de plats, est dressée au milieu de la salle. Plusieurs jeunes filles, à la mine éveillée, vont, viennent, et circulent avec agilité. Saisis par ce brusque passage de l’obscurité à la lumière, et du sommeil à la vie réelle, les voyageurs se croient le jouet d’un rêve ; ils hésitent, ils balancent : il faut que les filles d’auberge, les décident, les poussent, les fassent asseoir, et déplient devant eux leur serviette.

Grâce à elles, le dîner commence enfin !

Cependant les appétits s’éveillent : – la voiture creuse ; – c’est un proverbe de diligence. Les plats sont attaqués avec furie. Malheur au convive inexpérimenté qui perd un temps si précieux en longs discours, ou en vaines politesses ! Les instants s’écoulent. Le conducteur, qui a ses raisons et qu’on dirait payé pour cela, prend soin de rappeler que la demi-heure est déjà passée…. Mais, quoi ! à peine posés sur la table, les mets disparaissent comme par enchantement ! Ce poisson, auquel vous vous promettiez de revenir, disparu ! Ce poulet que vous aviez aperçu au bout de la table, cette perdrix que vous lorgniez d’un oeil de convoitise, enlevés ! Des fées agiles semblent avoir conjuré de défendre votre santé contre vous-même, et d’épargner à votre appétit de dangereuses tentations. Laissez-les faire, et vous exécuterez à la rigueur ce précepte de la médecine, – qu’il faut sortir de table ayant faim. – Et comme tout service mérite salaire, elles iront vous attendre à la porte, sollicitant de votre reconnaissance (ce n’est point celle de l’estomac !), cette modeste rétribution, vulgairement appelée pourboire. Dérision ! demander un pourboire à des gens qui n’ont pas mangé !

Comment la fille d’auberge ne sait-elle pas se contenter de ces menus profits qui lui tiennent lieu de gages, mais qui, répétés tous les jours, atteignent, au bout de l’année, un chiffre fort honnête : c’est ce que l’on a peine à concevoir. Elle ne regarde, l’ambitieuse ! que la recette brute des maîtres de l’hôtel. Les chances auxquelles ils sont exposés, les dépenses, les frais de toute sorte qu’ils ont à supporter, elle ne les calcule pas. Elle ne remarque pas qu’elle est indépendante dans sa servitude, riche dans sa pauvreté, heureuse et insouciante au milieu des soins multipliés dont elle est chargée. Elle veut commander à son tour, et après avoir servi d’enseigne à tant d’hôtels différents dont elle a fait la fortune, elle aspire à avoir une enseigne à elle. Un long noviciat ne l’a-t-il pas suffisamment préparée à ce rôle si difficile et si périlleux ? Ne connaît-elle pas toutes les ressources, toutes les ruses, tous les secrets du métier ? n’est-elle pas déjà assurée d’une clientèle. – Imprudente, qui n’a pas observé à quels retours soudains, à quelles tristes vicissitudes la popularité est sujette !

Les conseils et les représentations ne peuvent la dissuader de ce projet ; on dirait qu’elle est embarrassée de ses épargnes et que le célibat lui pèse. Quelque cuisinier en renom devient l’heureux possesseur de son argent et de sa personne, et le couple aventureux ne se donne point de repos qu’il n’ait acquis l’honneur de payer patente. Ainsi donc une nouvelle auberge, un hôtel nouveau est fondé dans la partie la plus commerçante de la ville ; une enseigne plus fastueuse, des tables plus propres, des siéges plus confortables, des plats plus gros, des chiffres plus modérés : tout est mis en usage pour attirer les chalands. Adieu, et bonne chance ! Puisse la fille d’auberge ne pas regretter les joies de sa première condition, et ne pas tomber de chute en chute au trône de quelque gargotte ignorée !

Mais détournons les yeux de cette triste perspective.

Qui le croirait ? malgré ce prodigieux talent d’être partout, de tout voir, de tout entendre et de tout retenir, malgré ses grâces et ses séductions, la fille d’auberge a une foule de détracteurs. Les voyageurs deviennent si exigeants ! Écoutez-les : suivant eux, elle entreprend de servir vingt pratiques à la fois, et elle n’en sert réellement aucune. A toutes ces voix qui l’appellent de chaque étage et de chaque escalier, elle répond invariablement :

« Oui, monsieur ! oui, on y va ! »
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Où va-t-elle ? le fait est qu’on l’attend inutilement pendant une heure, et qu’elle ne manque pas d’accourir lorsqu’on n’a plus besoin de sa présence. Après vous avoir accueilli avec un zèle si empressé, elle vous néglige, et vous condamne à un isolement complet dans votre chambre. Mais le moment de votre départ approche-t-il ; les sourires et les petits soins reparaissent. Alors, il est vrai, et par forme de compensation, elle vous accable de prévenances. « Faut-il envoyer à monsieur un commissionnaire !.. Voici les bottes de monsieur… Je vais nettoyer le manteau de monsieur… Où monsieur veut-il que l’on porte sa malle ?… Monsieur a attendu un peu hier entre le potage et le boeuf, j’en ai été bien désolée… La voiture va partir dans un quart d’heure… Monsieur désire-t-il encore quelque chose ?… J’espère que monsieur ne m’en veut pas…

Comment résister à tant d’attentions, à des excuses si pathétiques, à une éloquence si entraînante ? malgré soi, l’on se laisse fléchir, on s’attendrit, on oublie ses anciens griefs, et, en partant – l’on n’oublie pas la fille.

On l’accuse encore d’être facile à toutes les tentations, et d’offrir le type véritable de la femme libre, si longtemps et si inutilement cherchée. Mensonges et calomnies que leurs auteurs n’avouent pas, et qui ne prévaudront point contre la bonne renommée de la fille ! Mais, je vous prie, où trouverait-elle le moment d’être tentée ? Ses jours empiètent sur ses nuits ; sa vie n’est qu’une veille prolongée, et le sommeil est la plus rare de ses jouissances. Incessamment occupée des soins les plus nombreux et les plus fatigants, elle n’a pas de passions : les passions sont filles de l’oisiveté. Ses regards assurés, cette facilité à tout dire, à tout entendre et à tout permettre, prouvent invinciblement son innocence ; elle serait prude, si elle était moins sage. S’il était vrai, ce qui n’est pas vraisemblable, qu’elle eût pu succomber, ce serait une surprise qu’on lui aurait faite, et elle n’aurait été coupable que de distraction.

Au surplus, voici qui confondra ses accusateurs. Ce qui nous impose le plus impérieusement l’obligation de bien vivre, c’est l’exemple des ancêtres dont nous portons le nom, ou des prédécesseurs dont nous occupons l’héritage. Memoria majorum nos ad benè vivendum incitat. Les filles d’auberge ne connaissent peut-être pas cette maxime de Cicéron ; mais, du moins, et je me plais à le croire, elles ont sans cesse présents à la pensée le grand nom et le glorieux exemple d’une fille qui sauva la France, et qui couronna par le martyre la vie la plus chaste et la plus héroïque.

Indignes détracteurs, silence ! Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans, avait été fille de cabaret.

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 6 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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La femme adultère

Posté par francesca7 le 22 mars 2013

La femme adultère

par

Hippolyte Lucas

~ * ~

 

                                    Allez en paix et ne péchez plus.

La femme adultère dans HUMEUR DES ANCETRES fille1ON disait un jour devant une femme spirituelle que tromper son mari commençait à devenir bien vieux au théâtre, et que les auteurs devraient renoncer à ce moyen.

« Que voulez-vous ? répondit-elle malicieusement, c’est une chose aussi ancienne que le monde, et qui durera autant que lui. Le théâtre est l’expression de la société. »

Beaucoup de femmes se persuadent, en effet, que l’adultère est un corollaire du mariage ; elles se figurent n’avoir pas eu une existence complète si elles ne se sont, pour ainsi dire, élevées à leurs yeux du rang d’épouses à celui de maîtresses, comme à un degré supérieur dans l’échelle des passions.

L’adultère ! nous venons d’écrire là un mot qui se prononce rarement, même en ce temps, où la chose est si commune, et que l’on tient même pour un mot de mauvaise compagnie ; mais qu’il nous soit permis de l’employer. Ce mot, le désespoir des gens du monde, doit faire le bonheur des étymologistes. Aucune expression ne porte mieux son idée. Adultère vient d’un verbe latin qui signifie altérer, et rien n’altère, en effet, davantage les choses et les sentiments.

L’adultère ! quelle école d’hypocrisie et de dol ! il fait des femmes autant de Machiavels au petit pied. Non contentes d’introduire dans leur famille une bande de jeunes Lacédémoniens, si nous pouvons nous exprimer de cette façon, lesquels, comme habitués au vol dès leur naissance, s’en viennent enlever une part d’héritage aux légitimes enfants, elles vivent dans un état de dissimulation qui corrompt les bons instincts du coeur, et dégrade les meilleures natures. La pudeur s’y perd en même temps que la probité ; le mensonge s’incarne dans leur chair et dans leurs os, et plus elles ont d’égards, plus elles ont de torts ordinairement envers leurs maris ; elles passent avec leurs consciences de misérables transactions. A quel degré de mauvaise foi la femme qui manque à ses serments d’épouse arrive presque à son insu ! Chez elle le sens moral s’abolit peu à peu.

Voyez-la d’abord redouter en public la vue de son amant : ses joues se couvrent de pourpre aussitôt qu’un nom trop cher est prononcé, surtout en présence de son maître légitime ; elle croit qu’on aperçoit sur ses lèvres la trace de coupables baisers ; elle tressaille à toute heure comme si elle était devant un juge ; elle marche en baissant les yeux. Mais bientôt son front désapprend à rougir, ses nerfs se calment, son pas s’affermit, ses yeux s’enhardissent : elle a plus d’assurance que la vertu la plus éprouvée. Elle attire alors son complice sous le toit conjugal, il prend place à sa table, à son foyer. Elle cimente effrontément, entre cet homme et celui qu’elle déshonore, une amitié perfide. Il n’est sorte de bassesses auxquelles l’un et l’autre ne soient prêts pour cela, car l’adultère avilit jusqu’à l’amant, qui devient l’humble serviteur d’un homme détesté par lui. Écoutez leurs projets. Ils s’étudient à renouer le bandeau sur les yeux de la victime dont ils se raillent en secret. Un jour on substituera des lettres respectueuses, lettres officielles, aux billets mystérieux et passionnés de l’amour ; une autre fois un dédain affecté étouffera les germes d’un soupçon, et la réconciliation sera obtenue par le mari lui-même, à quel prix, grand Dieu !

Allons plus loin.

Cette femme, si réservée jusqu’alors, qui paraissait la plus chaste des mères, que déconcertait la moindre expression équivoque, qui se faisait une loi d’une économie austère, cette divinité du toit domestique se métamorphosera en bacchante échevelée, pendant que son mari consumera en longs travaux ses jours et ses nuits pour qu’elle puisse mener une existence décente et s’entourer de toutes les délicatesses de la vie intérieure ; elle se livrera aux joies prodigues de la courtisane, elle dépensera en folles aventures quelquefois le pain de sa famille, sans avoir le sentiment de sa dépravation. Comparez-la à ces autres femmes plus honnêtes qu’elle au fond, à ces femmes sans nom qu’un spirituel écrivain vous a dépeintes, et qui se donnent à tous sans faire tort à personne, elle criera à l’infamie, elle qui en est venue à mépriser son mari en raison même des affronts qu’elle lui fait.

Entrons plus avant dans ce sujet.

L’adultère n’est pas moins fâcheux pour les enfants que pour le mari : voilà souvent la cause des préférences ou des antipathies cachées. Tantôt les enfants du mari sont sacrifiés à ceux de l’amant ; tantôt les êtres malheureux nés d’un attachement passager, rompu avant leur naissance, se trouvent considérés comme un funeste résultat ; heureux si, conçus dans des circonstances périlleuses, ils ne font pas naître la pensée d’un autre crime, et si le sein qui les porte ne devient pas leur tombeau ! On voit quelles sont les honteuses et coupables suites de l’adultère, et combien une femme a lieu de s’en garder, si peu qu’elle ait de réflexion ; mais beaucoup de femmes manquent de réflexion.

Donnons un trait de plus à ce sombre tableau.

L’adultère engendre l’adultère. La femme une fois lancée dans cette route tortueuse ne peut plus s’arrêter. On croit n’être qu’une femme sensible en cédant à une première affection : cette affection brisée, et toujours elle se brise, on a besoin de la remplacer. Le vide du coeur ne se supporterait plus. D’ailleurs on cherche à s’étourdir sur une déception. L’amour-propre engage à oublier un amant infidèle, et surtout à lui prouver qu’on ne le regrette pas, et qu’un consolateur n’a pas manqué : on devient femme galante. Quand le remords n’entrave plus les pas, et le remords, comme une herbe gênante, est bien vite arraché du chemin de l’adultère, la pente est facile à descendre, les intrigues se multiplient, se découvrent ; il faut quitter sa famille, son pays, aller cacher sa honte dans quelque grande ville où l’on finit, faute d’appui naturel, par s’abaisser au rang de femme entretenue, à moins que le suicide ne l’emporte sur la prostitution. Nous posons en principe qu’il est, pour une femme, plus difficile de n’avoir eu qu’un amant que de n’en pas avoir eu du tout. Lorsqu’il s’échappe un grain du collier de sa vertu, les autres ne sont pas longs à défiler. Dans quels bras tombe-t-elle encore ! Le goût se perd en même temps que la pudeur. Où donc est la femme adultère qui n’a pas ses moments de vertige, et qui, comme la Titania de Shakespeare, n’entoure de ses bras caressants une tête d’âne aux oreilles velues.

fille2 dans LITTERATURE FRANCAISECependant le moraliste le plus sévère ne pourrait se dispenser de faire valoir les circonstances atténuantes servant parfois d’excuse à la femme soumise, il faut le dire, à de trop rudes épreuves pour sa faiblesse, et laissée au dépourvu. Ce serait injuste de ne pas présenter la défense de la partie adverse ; ce serait d’autant plus mal à celui qui écrit ces lignes, que sa plume ne s’est pas toujours montrée si rigoureuse en un pareil sujet. Dans un état social comme le nôtre, où les mariages consultent rarement les inclinations, où la fortune plus que l’amour procède à l’acte le plus important de la vie, il arrive inévitablement que le défaut de sympathie se remarque en un jour. On essaye de se résigner chrétiennement à son sort ; mais les reproches, les querelles, les ennuis, naissent de toutes parts. Alors paraît intolérable un intérieur où gronde un orage perpétuel. De la nécessité de supporter quelqu’un qui déplaît à l’espérance de trouver le repos sous l’abri d’une liaison étrangère toujours à proximité, il n’y a pas un grand écart pour la pensée ; et la vertu attaquée, minée en secret plus encore par la rudesse de l’époux que par les prévenances de l’amant, succombe après de longs combats. La faute en est souvent à l’inconséquence des parents, qui vendent en quelque sorte leur fille au premier venu, lorsque ce premier venu s’appelle un parti. La faute en est encore à l’imbécillité des maris.

Le mariage étant une des choses les plus importantes de la vie, il serait bon d’y regarder de près, et, par une bizarrerie incroyable, la plupart des hommes donnent plus de soins aux bagatelles les plus fugitives qu’à cette indissoluble convention, dans laquelle pourtant ils mettent leur honneur. Quelques personnes timorées ont pensé que les railleries jetées par la comédie à la tête des maris trompés attaquaient la société par sa base, en dégradant l’institution du mariage. Ces âmes honnêtes sont tombées dans une grande erreur. Il n’y a pas d’autre contre-poids à la cupidité qui préside si souvent au choix d’une femme. Ces sarcasmes mis dans le plateau de la balance l’emportent quelquefois sur le caprice et l’amour-propre, et empêchent un homme de compromettre dans une union mal assortie le bonheur d’une existence entière. La comédie est donc dans son droit, ainsi que le monde, en se moquant des disgrâces des époux, et les plaisanteries dont certains esprits délicats s’offensent n’en possèdent pas moins une très-haute valeur morale ; elles ne cesseront pas même d’amuser tant qu’il y aura des maris trompés en France, pays classique en ce genre, c’est-à-dire jamais.

On compte au répertoire du Théâtre-Français cinq cents pièces où les maris se trouvent plus avancés que le Sganarelle de Molière, ce Sganarelle qui ne se plaint que d’un mal imaginaire. Molière surtout a su allier une profonde philosophie à la liberté du théâtre. Lorsqu’on le lit avec attention, on comprend quelle haute idée il s’était faite du mariage, et jusqu’à quel point il le voulait basé sur la sympathie des caractères et sur les convenances sociales ; en deux mots, sur l’amour et sur la raison. Toutes ses plaisanteries ne tendent qu’à se moquer de ceux qui, comme Arnolphe ou Georges Dandin, s’exposent à de fâcheuses conséquences en bravant les plus simples lois du bon sens. Vouloir lier sa destinée entière à un être dont on contraint le penchant, n’est-ce pas mériter d’être puni ? sacrifier à des intérêts d’argent ou de vanité son repos domestique, n’est-ce pas appeler sur soi les sarcasmes des hommes ? Voilà ce qui ressort de toutes les comédies de Molière.

Le drame sentimental est cent fois plus pernicieux aux bonnes moeurs que ces franches saillies de Molière, qui ne tirent pas à conséquence : lorsqu’on colore le mal avec des semblants de passion, on le rend plus capable de séduire qu’en l’exposant dans sa nudité. Les transports romanesques, les rencontres fatales, les faiblesses involontaires ou repentantes, toutes les ressources du jargon passionné, ne font que donner au vice un prétexte de prendre des airs de vertu. Croit-on, pour ne citer qu’un exemple, que dans Misanthropie et Repentir, Madame de Meinau, sur les malheurs de laquelle l’on verse tant de larmes, offre un bien digne et bien sage modèle ? Ne pourrait-on pas inférer de cette pièce de Kotzebuë que, pour recouvrer une honorable position dans le monde, après avoir trahi son époux et abandonné ses enfants, une femme n’a besoin que de se repentir.

On peut diviser la classe des femmes parjures en trois catégories, selon que le coeur, l’esprit ou les sens, ont jeté ces dames hors du mariage. La première classe est celle que les romanciers ont adoptée, et qu’ils se sont plu à revêtir de toutes les séductions de leur talent. Ils ont décrit avec une extrême complaisance les luttes de la passion et du devoir ; ils ont enchâssé comme des diamants les larmes tombées des yeux de ces tendres coupables, sans trop s’inquiéter du danger de leurs peintures sentimentales. Il y a, en effet, un charme dans ces douleurs, et plus d’une faible épouse, en possession d’un honnête homme fort empressé de lui plaire, s’est mise à se créer de chimériques infortunes afin d’arriver au romanesque état de ces héroïnes ; elle s’est abandonnée à des caprices d’imagination, qui sont dégénérés à la longue et véritable catastrophe pour son époux. Un des effets les plus lugubres et les plus déplorables de la littérature moderne, et nous avons tous contribué à ce désordre, il faut en convenir, c’est qu’elle a peuplé la France d’une foule de femmes incomprises, que leurs maris arrivent à ne comprendre que trop. La femme dont nous venons de tracer le portrait, soit qu’un intérieur pénible, ou qu’un désenchantement imaginaire l’ait rendue infidèle, conserve une apparence de réserve et de candeur.

La seconde catégorie renferme la femme dont le manque de foi est inexcusable, la femme adultère par excellence. La trahison est pour elle une occupation d’esprit, un besoin de ruse, d’activité, de mouvement, un véritable plaisir. La créature décevante dont parle Figaro, et de qui l’instinct est de tromper, se montre ici dans tout son éclat. Recevoir des billets galants, en écrire, se ménager des rendez-vous, courir mille risques, compromettre jusqu’à sa vie, voilà un jeu pour son génie inventif. La vanité la guide la plupart du temps. Elle aime à ravir, par exemple, à une de ses amies (car ce sont ses amies qu’elle choisit de préférence pour victimes) les attentions d’un homme à la mode ; elle est tranquille sur le résultat de ses amours. Sa progéniture, quelle qu’elle soit, est traitée également : la même indifférence, la même négligence règne pour tous. Une nourrice élève ses enfants jusqu’au moment où le collége les reçoit. La sécheresse de l’esprit a remplacé les entraînements du coeur et les erreurs de l’imagination. Elle admet avec une facilité extraordinaire les paradoxes au moyen desquels on a essayé de justifier les atteintes portées au mariage ; elle s’en amuse avec ses amants. On lui accorderait plusieurs maris, comme à certaines femmes de l’Asie, que cela ne la satisferait pas. L’intrigue n’y serait plus, c’est l’intrigue qui lui plaît avant tout.

Comment déterminer d’une manière précise la variété qui comprend la troisième catégorie de notre division ? Il est encore de nos jours plus d’une Abisag, vierge charmante condamnée à la couche de quelque David énervé ; il est des Héloïses renfermées dans le sanctuaire conjugal, ainsi que dans un cloître austère, et forcées de revêtir leur corps jeune et ardent du cilice de la mortification. Combien enfin de belles fleurs, l’amour et le désir des jeunes gens, qu’on voit flotter sur la surface du mariage, ainsi que des nénuphars sur des eaux solitaires et tièdes ! Ces belles mariées, sans maris, vivront-elles toujours dans un veuvage auquel la loi actuelle les enchaîne impitoyablement ? Non, assurément. Elles trancheront le noeud gordien avec l’épée d’Alexandre ! A-t-on trop le droit de les blâmer ?

L’adultère est un canevas qui est le même partout, mais que chaque pays brode à sa façon. Nulle part il ne s’étale avec plus de liberté qu’à Paris : voilà sa patrie. Si l’adultère n’avait pas existé depuis la création, Paris l’aurait inventé. C’est là qu’il est à l’aise, qu’il se pavane, et qu’il relève sa tête, humblement baissée en province. Vous le voyez marcher bras dessus bras dessous avec le mariage, qui lui sert quelquefois de patron ; vous le coudoyez à chaque pas que vous faites sur les boulevards ; il vous couvre de flots de poussière au bois ; il s’accoude sur le velours de la meilleure loge de nos théâtres ; il affectionne surtout le drame moderne, créé en son honneur ; il sépare la femme du mari, auquel il envoie des lettres de faire part lors de la naissance de son enfant ; il ose demander à l’époux s’il veut en être le parrain : mais l’adultère ainsi audacieux et consenti, l’adultère officiel perd le prestige du mystère. Détournons les yeux de ces ignobles tolérances, de ces marchés scandaleux. L’adultère, le véritable adultère, digne de son nom, se maintient toujours dans des conditions de silence et de dissimulation. Il sait ce qu’il est : il a honte de lui.

De quelle façon, me dites-vous, se pratique l’adultère ? Contez-nous-le, si vous le savez. Peignez-nous l’adultère de bon ton, l’adultère bourgeois, l’adultère chez le peuple.

Vous le voulez ? Eh bien ! voyons :

Remarquez ce fiacre (un fiacre, notez cela) traversant quelque rue silencieuse et écartée ; il se dirige, avec des stores hermétiquement fermés, vers une maison discrète qui semble se cacher au milieu des autres. Le véhicule numéroté s’arrête devant une petite porte qui s’ouvre d’elle-même : au premier étage, derrière des persiennes entr’ouvertes, un blond jeune homme, aux cheveux bouclés, aux petites moustaches frisées, avance le cou imprudemment, et vous qui passez là par hasard, revenant de visiter une vieille parente, vous avez surpris un regard de femme parti du fiacre et adressé au joli garçon, dont la tête s’est retirée de la fenêtre avec précipitation. Un peu de curiosité fait que vous vous retournez : soudain, légère comme une sylphide, une gracieuse femme, coquettement habillée, s’élance de la voiture, en effleurant à peine le marchepied. Un voile d’un tissu serré enveloppe son chapeau. Elle a passé comme l’éclair, et la porte s’est refermée promptement sur elle. Bien qu’à deux pas, à peine avez-vous pu distinguer sa taille souple et son pied mignon que vous croyez avoir vu descendre d’un brillant équipage aux Bouffes et à l’Opéra. Vous êtes sûr que cette femme est des plus élégantes, et des mieux titrées. Elle a jeté dans l’air en passant des parfums comme la divinité de Virgile. Recueillant alors vos souvenirs, vous vous rappelez qu’un soir au théâtre vous avez observé des signes d’intelligence entre ce blond jeune homme qui vous est bien connu et l’une de nos femmes à la mode les plus adorées. Soyez discret, je vous en prie, c’est la grande dame adultère !…

Pour quoi donc, visiteur malencontreux, êtes-vous allé chez la femme de cet agent de change, de ce négociant, de ce banquier votre escompteur, à l’heure de la Bourse et des affaires ? Vous avez trouvé madame assise dans son boudoir, car les femmes d’agent de change, de négociant, de banquier, ont toujours des boudoirs : elle sort du bain ; elle a pour toilette un simple peignoir de mousseline claire retenu par une ceinture qui dessine sa taille, et laisse apercevoir, à travers la transparence du corsage, des chairs blanches et rosées. Son pied, un peu large, est enfermé dans une babouche turque. Ses cheveux, négligemment tournés, retombent en boucles sur son cou. Mollement inclinée sur un divan, elle tient un livre pris soudain à votre arrivée, et qui paraît l’occuper beaucoup. Ce livre est donc bien agréable ; est-ce un nouveau roman de George Sand ? D’où vient que la belle lectrice semble si contrariée de votre présence ? Vous jetez un coup d’oeil à la dérobée sur cette oeuvre attachante, c’est unTélémaque ou un Robinson Crusoé, laissé sur le divan par un fils, jeune collégien de beaucoup d’espérances. Voilà qui est étrange ! Si vous avez la maladresse de vous asseoir et d’engager une longue conversation sans vous apercevoir de la mauvaise humeur avec laquelle on vous répond, vous ne savez pas vivre, permettez-moi de vous le dire. A un coup de sonnette qui ne tardera pas, vous verrez la lèvre supérieure de votre interlocutrice s’avancer sur la lèvre inférieure, et son sourcil se froncer ; puis on introduira un grand beau brun, dont vous aviez déjà soupçonné les assiduités dans quelques soirées : c’est lui qui tourne la musique au piano. On recevra ce jeune homme comme un étranger, avec une froideur de glace. Si vous m’en croyez, partez au plus vite ; vous êtes de trop chez la bourgeoise adultère.

Voulez-vous connaître à présent les grandes causes qui ont provoqué l’infidélité de ces deux femmes ? C’est un noeud de ruban tombé dans un bal du sein de la baronne, et furtivement relevé par le jeune homme aux blonds cheveux, ce même noeud qu’on faisait entrevoir discrétement placé sur le coeur pendant que Rubini roucoulait mélodieusement Il mio tesoro…. C’est un succès colossal obtenu par le beau brun, premier clerc de notaire, aux soirées de la femme du banquier, avec les chansonnettes de mademoiselle Loïsa Puget ou de M. Amédée de Beauplan.

Reste la femme du peuple. Celle-là aime à cueillir avec un jeune ouvrier des bluets dans les blés, ou à s’égarer dans les bois de Romainville et de Meudon, le dimanche, tandis que son mari garde les enfants lassés. Mais l’adultère est avant tout un fils de l’oisiveté et de l’ennui ; il a moins de prise sur cette classe laborieuse, où le travail entretient l’honneur. Chez la femme du peuple, l’adultère a été souvent le fruit de la violence. La femme du peuple s’est vue longtemps en proie à la débauche des grands. Qu’on se rappelle les mystères du Parc-aux-Cerfs. Des historiens un peu aventureux ont cherché à démontrer, à ce propos, l’heureuse influence de l’adultère sur la civilisation moderne. Ces singuliers philosophes ont prétendu que l’adultère, comme un rat, a rongé les mailles de l’énorme filet  aristocratique par lequel le peuple était emprisonné, c’est-à-dire que les faiblesses des grandes dames, et les convoitises roturières des grands seigneurs, en mêlant un sang vulgaire au pur sang des ducs et des princes, ont porté un coup mortel à l’hérédité des priviléges, et détruit aux yeux des nations les illusions de la noblesse et de la royauté.

filleIl ne nous siérait pas d’agir ici la grave question du divorce, palliatif insuffisant lui-même à ce fléau qui dévore les familles comme une lèpre secrète, et contre lequel les lois n’ont pas de remède ! La loi ne répare le mal que quand il est fait. Il n’y a que l’exemple des bonnes moeurs et la résignation qui puissent avoir quelque efficacité. Cependant il est bon de rappeler que, dans tous les temps, la femme adultère a été rigoureusement punie, parce que le repos des sociétés est fondé sur le mariage. Les Hébreux la lapidaient avant que le Christ eût dit qu’il fallait être sans péché pour lui jeter la première pierre ; les Grecs et les Romains la condamnaient à la flétrissure publique, à la déportation. En France, on la privait autrefois de sa dot et de ses conventions matrimoniales, puis on la reléguait dans un monastère ; de plus, on la fouettait dans les rues : mais on renonça bientôt à cet infâme traitement, de peur, dit avec naïveté un écrivain, que cet affront n’empêchât les maris de reprendre leur femme, comme Ménélas reprit la sienne après qu’elle eut passé dix années en pérégrination. Maintenant le mari, dans certaines circonstances, a droit de vie et de mort sur sa femme ; il ne tient qu’à lui d’user de l’article 137 du code pénal, article ainsi conçu : « La femme convaincue d’adultère subira la peine de l’emprisonnement pendant trois mois au moins, et deux ans au plus. » Le mari peut toujours arrêter cette condamnation, car le crime d’adultère chez nous est considéré comme privé, quoiqu’il soit souvent excessivement public.

La loi française contre l’adultère a été faite évidemment par des maris trompés, s’il faut dire la vérité : tout y est contre les femmes et rien en leur faveur. L’épouse convaincue d’infidélité est punie d’un emprisonnement qui peut s’élever jusqu’à deux années. Le mari qui entretient une concubine, et encore faut-il qu’il l’ait fait entrer chez lui, n’est passible que d’une simple amende. Le Code accorde en quelque sorte au mari outragé le droit de venger de ses propres mains l’affront qu’on lui fait lorsqu’il en est témoin ; le code se tait à l’égard de la femme qui surprendrait dans le lit conjugal une maîtresse de son mari. En présence d’une pareille législation est-il donc étonnant que les femmes, qui, si elles ne règnent pas sur les codes, règnent sur l’opinion, compensent par un peu de ridicule l’inégalité des peines ? aussi rit-on généralement des maris malheureux.

L’adultère, du temps de Faber, était considéré comme une espièglerie de société. Notre société n’est pas moins espiègle que celle d’alors, et l’on pourrait se plaindre, comme les anciens auteurs, de ce que cet amusement est trop fréquent dans le royaume.

Aristote raconte avec naïveté que dans les eaux du Phase il croissait de son temps un petit arbuste dont un rameau, cueilli par l’époux et caché dans le lit conjugal, rendait la femme chaste. Excellent Aristote ! où donc est-il ton rameau ? Il s’en est allé avec ta Poétique ; car l’on ne conserve pas plus le coeur de sa femme avec ce procédé, qu’on ne fait de bonnes tragédies au moyen des tes maximes dramatiques. L’heureux choix, la sympathie, les soins constants, voilà les meilleures sauvegardes de l’honneur d’un mari.

Montaigne, ce profond esprit, qui a si bien résumé la sagesse antique, a écrit dans ses Essais quelques lignes belles, nobles et engageantes, dans lesquelles le mariage est bien dignement apprécié. Nous voulons terminer par ces lignes cette physiologie de la femme adultère, afin de faire excuser, en faveur du but où nous arrivons, les sinuosités du chemin que nous avons été obligé de parcourir avec quelque liberté. « C’est une douce société de vie, dit-il, que le mariage, plein de fiance et d’un nombre infini de bons et loyaux services et obligations mutuelles : à le bien façonner, il n’en est point de plus belle dans la société ; aucune femme qui en savoure le goût ne voudrait tenir lieu de simple maîtresse à son mari. »

Heureux ceux dont la vie peut prendre pour épigraphe la phrase de Montaigne, et pour lesquels le mariage est cette fidèle union qui consola nos premiers parents de la perte de l’immortalité.

 

SOURCE : Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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Morvan, un pays de légendes et traditions

Posté par francesca7 le 21 mars 2013

 

Histoire de la famille BOYARD.

Le Morvan, sa forêt, sa faune sauvage, quel dur pays autrefois. Anciens prédateurs des loups, les lynx ont disparu. Les loups également ; autrefois, les meutes hantaient la région. Ces petits groupes de cinq à huit marchaient à la queue leu leu, ne laissant qu’une trace. Sur le toit, le « tuile à loups » accrochée à la crête, sifflait avec le vent froid du Nord, annonçant bien souvent l’arrivée de ces animaux redoutés. Dans la maison étaient accrochées le « fourche aux loups » très meurtrière et la « rhombe » que l’on faisait tourner au bout d’une ficelle et qui émettait un bruit effrayant les loups.

 

 Dans sa demeure de Précy sous Thil , le père Boyard, moustache pendante, évoque sa journée de travail au bas fourneau. On extrait le minerai de fer puis, sans le laver, on le fond sur place dans de vastes fours de 1,5 à 2 mètres de haut. Quand le bois pour la chauffe ou le minerai pour la fonte s’éloignent du centre d’activité, on reconstruit une nouvelle installation plus loin. Les journées sont longues. On se repaît sur place. Justement, ce jour même, Jacob, grand ami d’Hippolyte, s’est distingué par son féroce appétit. Un vrai Gargantua !

«  ah ah ah  reprend le père, si jamais il devient grand comme Gargantua notre Jacob !….

Tiens, vous savez les enjambées qu’il faisant Gargantua ? Eh bien, d’un coup il allait du mont Dieu au mont Ligault. D’ailleurs, pour tout vous dire, le mont Dieu et le « Ligault » ne sont jamais que des mottes de terre tombées de ses bottes, tout comme  le « Mouron », sans lui mes fils, vous seriez dans une plaine sans fin.

Une autre fois, Garguantua se reposa là-bas derrière. Il s’endormit la bouche ouverte et commença à ronfler. Le ciel s’assombrit. Les premiers éclairs zèbrent l’espace. Sur le coteau, un berger rassemble en hâte son troupeau. Les nuages de plus en plus épais noircissent encore la nuit ; les premières gouttes piquent l’herbe sèche. Vite, vite, un abri ! Là, une caverne ! Allez « le chine », aide-moi. Allez « mes moutons », rentrez vite vous protéger. Et il frappe le sol de sa houlette pour rythmer ses paroles. Hélas, cent fois hélas, cette grotte n’est autre que la bouche grande ouverte de notre géant. Enervé par tous ces picotements, des hoquets agacés, il avale brusquement tout à la fois, bêtes et hommes.

A son réveil, un peu pâteux, Gargantua assoiffé fait quelques pas hésitants. D’étirant, il s’approche de la Brème, et d’une gorgées, assèche la pauvre petite rivière. Réveillé, il doit faire face à des besoins bien naturels. Et ainsi, ses spectaculaires évacuations nous créent l’étang de la Vénarde et… la Seine ! Ragaillardi, il refait deux ou trois pas. Tout va mieux à présent, ou presque, car au cinquième la fatigue de la nuit se faisant sentir, croisant du regard une belle pierre carrée, la Pierre-Champeu, apte à former un siège idéal, il s’assoit et se repose quelques instants, ne manquant pas de laisser l’empreinte de son fessier dans la roche.  

 Parfois, lors de ses passages dans la région, Gargantua fait halte au moulin Cassin près de Dompierre en Morvan. Il grignote rapidement la soupe de douze hommes et vingt livres de pain ».

 Vraiment, le père Hippolyte connaît tout de Gargantua, et ce soir, devant l’âtre rougeoyant, il n’en finit pas de raconter anecdotes sur anecdotes tout en dégustant lentement sa vieille « Fine de Bourgogne ». On regarnit le feu. Les flammes se réveillent. Demain, Antoine, un fils Boyard, le plus jeune, va partir pour accompagner le bois jusqu’à Paris. Quelle chance il a l’Antoine de voir Paris ! La cathédrale, l’Ile de la Cité ! Mais quel métier aussi.

 L’Antoine fait partie des 2 600 voituriers d’eau (les convoyeurs) qui guident les bûches sur la Seine et sur l’Yonne en mars et avril.

Morvan, un pays de légendes et traditions dans LEGENDES-SUPERSTITIONS coupeur-de-bois-11

 

Enfant, il aimait grimper aux arbres ou marcher sur le faîte des murs. Aussi, quand vint l’heure de son indépendance, il quitta chaque année sa famille au printemps pour se tourner tout naturellement vers cette dure profession. Les barrages peinent à maintenir de leurs muscles de béton leurs réserves de mètres cubes d’eau pleines à craquer ; comme à chaque voyage, la mère s’inquiète. De plus, l’Antoine garde une réputation de traînard, jamais accroché au rythme astreignant des heures. Et traîner dans la région, quel risque énorme de rencontrer du côté de Nan sous Thil, le « Chien Barrai ». Une seule solution, fuir sans se retourner ou l’horrible bête féroce noire et blanche se jette sur le voyageur et le dévore.

 Alors, tous comptes faits, autant savoir son fils occupé à guider les bûches.

 Toujours inquiète la mère, la Germaine Boyard. Un soir un moineau se trouva enfermé dans l’église et voletait en quête de sortie, butant en tintant contre les vitraux. Quelle peur ! Elle crut bien entendre le père Loritot officier. Je vous explique :

 Le père Loritot est mort depuis plusieurs mois. Prêtre courageux, il travaillait sans relâche, mais ne réussit pas à terminer toutes les messes qu’il avait à dire avant d partir pour le Ciel. Aussi, dans les saisons qui suivirent, on entendit son âme revenir à la nuit tombée terminer son ouvrage. On entendit tourner les pages du grand livre de messe et chaque matin suivant, on constatait la disparition d’hosties. Plus jeune, Germaine fut une des nourrices si appréciées du Morvan. Elle aussi connaît la capitale. Quand elle fut à même d’allaiter, elle alla à Paris comme beaucoup d’autres pauvres femmes passer quelque mis pour vendre son lait aux riches bourgeois. Elles devinrent célèbres les nourrices du Morvan…

 

Certaines accueillaient des enfants de l’assistance dans leur ferme. En 1880, 1 500 enfants surnommés les Petits Paris furent recasés en Morvan. Ah ! elle vécut à la dure notre Germaine, et sa fille ne lui ressemble guère, la blonde Jeannette. Une jeune fille gaie cette Jeannette, une jeune et jolie fille qui aime danser et le fait bien. Pour la Fête Dieu, elle a déjà gagné deux fois le fromage blanc traditionnel offert par la municipalité à la meilleure danseuse. Ensuite, la lauréate offre son présent qui baigne dans de la délicieuse crème fraîche à un des pauvres du village de son choix. Quelle fierté pour Jeannette. Par contre, le jour de Carnaval, elle n’est pas plus fière que les autres filles du bourg. C’est le jour où la Beuffenie, vieille et laide fée légendaire, vient chercher son Epatie, écheveau de fil préparé par toutes les fileuses. Et gare à celles qui ne filent pas ! La Beuffenie les emporte pour toujours avec elle.

 

Tout la région connaît la Beuffenie (ou Boefnie). Elle préside à sabbat, dit-on. Dans le ravin de la Galaffre, on entend le bruit de ses fêtes. Si vous osez vous y aventurer, vous y trouverez de bien étranges pierres sculptées qui ne sont autres que… son siège, sa marmite, son lit…. Etc., qu’elle changea en roches le jour de son départ. Mais prenez garde de ne pas vous faire prendre par la nuit sans avoir dans votre sac un peu de pain et de sel pour vous protéger des maléfices faute de quoi on ne vous reverra jamais.

 Mais revenons à la maison des Boyard. De belles bûches grésillent dans la cheminée. La plus belle bûche de la réserve, souvent longue de deux mètres, de préférence en bois dur de charmes (ou parfois en chêne) sèche tranquillement en attendant Noël. Ce soir-là, sacrée « souche de Noël », elle entretient précieusement la flamme toute la nuit et parfois même jusqu’à l’Epiphanie, tandis que la famille se rend à la messe de minuit. Comme bien des choses changes ! On jouait, on s’amusait en attendant l’heure de cette grande messe. On jouait au rouleur de noix, on jouait au charbon ardent. Vous ne connaissez pas ?

Le jeune du rouleur de noix dérive du jeu des œufs de Pâques. Vous ne connaissez pas non plus ! Eh bien voilà…. On fait cuire les œufs au dur avec pour les colorer, de la suie pour le mauve, de la stellaire pour le jaune vif, des pelures d’oignons simples pour le jaune foncé ou grillées pour l’ocre, de l’anémone pulsatile pour le violet, des bourgeons de peupliers, de l’oseille… Des motifs préalablement dessinés avec un corps gras gardent leur couleur initiale. Puis les enfants les font rouler sur une planche inclinée en visant un autre œuf installé à la base. Bien vite, ils se retrouvent en mille morceaux et le gagnant les rangent ou, prudent, les grignotent tout de suite pour éviter de se les faire reprendre dans une remise en jeu.

 Quant au charbon ardent, imaginez la scène. On prend dans l’âtre un charbon bien rougeoyant que l’on suspend au plafond jusqu’à hauteur de la boche de deux joueurs situés face à face. Alors, chacun commence à souffler en essayant d’expédier la braise vive à la figure de son adversaire. Le premier touché ou le premier qui s’écart a perdu.

 De retour de l’église, un repas réunit les amis. On chante, d’abord des cantiques, on manque un repas de fête souvent assorti d’une belle oie, on s’amuse.

 Adrien Boyard se lève. Aîné des enfants, il travaille tout à côté à la ferme du père Jacquenot. Actuellement, tous font très attention aux bêtes. Une drôle d’affaire vient d’arriver à  Lédavrée. Une histoire de sorcier pour tout vous dire. Constatant que ses bêtes s’affaiblissaient de jour en jour, un riche fermier de Lédavrée est allé voir le sorcier local en quête de conseil. Après étude approfondie de ce cas, l’homme de l’art déclara être face à un cas d’envoûtement une seule solution, démasquer le coupable. « La formule est simple, expliqua-t-il. Ce soir à minuit, vous taperez de toutes vos forces sur un tonneau. La première personne qui se présentera sera votre opprimeur ». Ainsi fut fait. A minuit, un bruit sourd et régulier réveilla la campagne. Le gendre du propriétaire se précipita et découvrit son beau-père tapant à tour de bras. Une dispute éclata, mais notre homme, pris d’un doute, en resta là, préférant retourner voir le sorcier.

« Intéressant, conclut notre expert en cas spéciaux. Je vous prescris une nouvelle formule. Ecoutez-moi : ce soir à minuit, vous bouterez le feu à un buissons proche de la ferme et le premier qui se présentera sera votre tourmenteur ». Ainsi fut fait de nouveau et de nouveau, le gendre se précipita un seau à la main. De nouveau, uns dispute éclata, un petit peu plus violente toutefois. De nouveau, notre homme se calma pris d’un doute. Les choses auraient pu durer longtemps, le fermier allant voir le sorcier, le sorcier conseillant une nouvelle solution… Mais un des jours suivants, le commis de ferme fut surpris détournant du fourrage pour le donner à ses propres bestiaux. On comprit alors que les animaux de la ferme se mourraient tout simplement de faim.

 L’Adrien sort dans la cour terreuse. Des corbeaux dérangés croassent de colère. Il pense aux gens de Beurizot, les « Croulous de cras » ; qui de nuit vont à la chasse aux corbeaux avec de grands sacs de toile sombre. Ainsi équipés, ils secouent les grands arbres pour faire tomber ces noirs volatiles dans leurs pièges. Le voici arrivé près de ses vaches. Tout est calme. Adrien avance avec sa lanterne. La Blanchette meugle un petit coup. Rien de grave, juste une petite blessure au cou qu’elle rappelle à son maître. Adrien sourit de nouveau. « Ah, ma Blanchette ! Ils t’auraient arrangé ceux de Massingy les Semur. Quelle histoire !


De vrais Ecossais ». Comme vous savez, des touffes d’herbe poussent souvent sur les vieux toits. Pourquoi la laisser perdre ? Ils attachèrent alors une vache par le cou pour la hisser sur cette prairie de fortune. La pauvre bête hurlait de douleur alors qu’une des malins s’écriait : « Ecoutez-la, elle est si pressée de manger qu’elle meugle d’impatience ». Sacrés villageois ! Ne dit-on pas que ces avares légendaires se chauffent en battant l’air à coup de pelle pour le réchauffer. Et les poussins, connaissez-vous la meilleure méthode pour en avoir un maximum à  moindre frais ? Eh bien, plantez donc des plumes de poules !

Adrien inspecte aussi ses bœufs. De puissantes bêtes de trait que l’on a oubliées aujourd’hui. Elles tirent tout à cette époque. Charrues, charrettes, débardage de bois…. Et même quelquefois des statues, mais pas forcément avec succès. A Saint-Martin de la Mer un habitant essaya de transporter la statue de la Vierge de Conforgien (89) jusqu’au moulin Chamboux (21). Mais les boeufs refusèrent de démarrer. A Sussey également. On attela plusieurs paires de bœufs pour abattre la Pierre Pointe mais les cordes se brisèrent tandis qu’un pigeon blanc s’envolait, petite fée déguisée, âme de la Roche.

 En ce temps-là, les animaux étaient d’une importance capitale. Ils faisaient presque partie de la famille. A Noël, on leur offrait le plus beau foin appelé la « gerbe de Noël », on leur donnait à boire de l’eau pimentée d’une pincée de cendre de la bûche de Noël. Ne dit-on pas d’ailleurs que, cette nui-là, les animaux parlent entre eux ?

 Adrien s’en retourne dans la maison. Antoine le voiturier, l’homme des forêts, anime la discussion. On évoque l’affaire de Saulieu, l’affaire du bis des Carons. Une vieille affaire. Deux bûcherons se querellant en viennent à se battre à coups de hache. L’un coupe la tête de l’autre avec tant de rage et d’énergie qu’elle tombe violemment au sol. Si violemment qu’une profonde trace vierge de toute végétation en garde l’empreinte depuis des années.

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La Germaine n’aime pas bien toutes ces histoires. « Sans doute des histoires de femmes » grommelle-t-elle. La Jeannette se révolte. Mais la mère tient à garder le dernier mot. « Toi ma jolie, attends un peu d’être mariée pour discuter ». Mariée ! La jeannette ne rêve qu’à la veillée des Rois. Enfin, elle saura. Ce soir-là, en effet, on jette les feuilles de buis sur la plaque bien chaude du poêle. Avec la chaleur, elles sautent aussitôt en l’air. Auparavant, on pose une question. Si la feuille pirouette et retombe à l’envers, la réponse à cette question est OUI. Si elle se repose sur la même face, la réponse est NON. Et vous vous doutez bien des questions toutes prêtes que notre Jeannette a en tête. Plus tard viendra mardi gras…

 On chante de ci, de là :   Mardi-Gras, n’t’en vas pas, j’ferons des crêpes, j’ferons des crêpes.

 

                                           Mardi-Gras, n’t’en vas pas, j’ferons des crêtes et t’en auras.

Et puis voici la Borde, fête du premier dimanche de Carême. Toute la journée, les jeunes quêtent au village paille, fagots et bûches pour dresser un immense bûcher. Dans certains villages, cette quête dure tout le mois. Les jeunes mariés fournissent une longue perche à laquelle on accroche un mannequin de paille. Le soir, après une retraite aux flambeaux à travers le village, on boute le feu à la pyramide. Quand les dernières flammes fatiguées se retranchent dans les braises rougeoyantes, on entreprend dans la pénombre un concours de sauts par-dessus le brasier endormi dans lequel on enfourne les galettes traditionnelles. Quant à celui qui n’aurait offert ni paille ni fagots, ni bûches ni troncs, malheur à lui.

Nous avons oublié le dernier des Boyard, l’aîné. Un homme de courte taille, souvent en voyage. Il n’est point voiturier d’eau comme son frère, ni galvacher, charretiers célèbres du Morvan qui livrent les lourds marchandises aux gares et aux usine. Joseph a trouvé sa vocation. Compagnon, il taille les pierres. Tout un art. Travail recherché qui lui conduit d’une grande demeure à un autre, d’églises en basiliques. Réparations, restaurations attendent les maîtres. Le village de Saint Thibault, tout près d’ici, n’est-il pas un lieu de culte pour tous ces Jacques, adeptes du « Tour de France » ? 

Il fut embauché à Vézelay, sa grande fierté, et plus simplement au château rouge de Viserny, celui-là même qui possède un fabuleux trésor gardé par un énorme taureau noir. A Vic sous Thil, ce rôle de gardien est voué  à  la Vouivre. Animal légendaire, serpent ici, dragon là. A Fontangy, elle demeure au fond d’une sombre grotte. A La Roche en Brenil, elle loge au Château Vernon et se plaît à ravir les enfants en détournant leurs parents avec des pièces d’or dispersées à bon escient, surtout le jour de la Fête-DIEU. 

compagnons-218x300Joseph connut aussi le miracle de Viserny alors qu’il travaillait à la nouvelle chapelle. Quelle histoire ! On s’en souvient encore. Les répliques de sainte Christine arrivaient de Rome pour venir à Viserny, tirées par une robuste et infatigable mule. A flanc de montagne, l’animal pourtant puissant dut redoubler d’efforts, si fort et si fort qu’il en grava l’empreinte de son pied dans la roche au lieu-dit aujourd’hui le « Pas de la Mule ». Au village, la construction de la chapelle commençait. Mais chaque matin, on trouvait l’ouvrage de la veille détruit et même, un beau jour, les outils demeurèrent introuvables. Après de longues recherches, on les découvrit rangés sur le flanc du coteau ? Alors, la vérité s’imposa. La chapelle devait être édifiée ici même. Ainsi fut fait et les travaux ne connurent plus d’incidents, saint Christine elle-même dirent certains, transportant de grosses pierres dans son tablier.

Parfois, quand son ouvrage ne l’appelle pas trop loin de la maison pour plusieurs mois, Joseph s’arrange pour rentrer plus régulièrement. Il doit prendre garde, lorsque la nuit arrive, aux feux follets qui éblouissent le voyageur et l’entraînent au bord d’un étang où il tombe et se noie sous les rires des oiseaux de nuit, des arbres et des pierres amusés. Et puis, on fait parfois d’étranges rencontres. L’autre semaine, à la croisée des chemins du haut, il surprit deux individus occupés à minuit à percer le cœur d’un bœuf avec une épingle, veille formule d’envoûtement propre à faire ressentir les mêmes douleurs à la personne évoquée en pensée.

 Vous connaissez maintenant tous les Boyard. Peut-être cette rapide présentation s’est-elle égarée de temps à autre hors des frontières d’une chronologie bien précise. Mais à travers ces six personnages, vous avez certainement imaginé la richesse des traditions, légendes et coutumes de mon Pays grâce à ces quelques bribes tirées de l’écheveau fantastique tissé par la Beuffenie avec les épaties du jour de Carnaval.

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A Villers la Faye en Côte d’Or

Posté par francesca7 le 21 mars 2013

 A Villers la Faye en Côte d'Or dans Côte d'Or lafaye

C’est au cœur de la Bourgogne, à quelques kilomètres de Beaune et du célèbre village de Nuits-Saint-Georges, que la Tonnellerie Meyrieux a été créée en 1991, par Daniel Meyrieux. Familiale, dynamique et artisanale, la Tonnellerie Meyrieux perpétue le savoir-faire unique des tonnelleries  bourguignonnes à travers des fûts de caractère et de qualité. 

En 2010, la Tonnellerie Meyrieux rejoint la holding JLS-Investissements (dirigée par Jean-Luc Sylvain), se restructure et se modernise afin d’être encore plus efficace. Elle renforce ainsi son prestige, tout en étant assurée de demeurer un établissement artisanal qui respectera ses origines. JLS Investissements et la Tonnellerie Meyrieux partagent des valeurs humaines de confiance, d’authenticité et de générosité. Elles sont toutes deux animées d’une volonté commune de progresser et d’améliorer sans cesse la qualité de leurs produits en alliant tradition et modernité. 

Désormais, la tonnellerie Meyrieux réalise quelques 3 000 fûts par an et veut s’imposer comme une référence des tonnelleries bourguignonnes.

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LE SAVOIR FAIRE

La sélection du bois : Le bois, matière première du tonnelier, est un matériau noble et prestigieux. Nos bois proviennent exclusivement de chênes des forêts françaises qui bénéficient d’une renommée mondiale. Les forêts de Tronçais, de Bercé, de Bertranges, de Fontainebleau, de Compiègne, de Haguenau, de Bitche, etc., dans lesquelles nous nous approvisionnons, sont des forêts domaniales qui sont toutes gérées par l’ONF selon des critères de développement durable.

Chez Meyrieux, la sélection de nos bois se fait selon un processus rigoureux, identique, année après année. Nous avons choisi nos fournisseurs pour leur professionnalisme, leur sérieux et leur capacité à se montrer réguliers dans leurs approvisionnements. Un cahier des charges a été mis en place pour permettre une meilleure sélection des merrains. Au cours des années, des liens étroits de confiance sont venus renforcer la relation entre la Tonnellerie Meyrieux et son réseau de merrandiers. Ainsi, nos fournisseurs connaissent mieux nos exigences et nos critères de sélection des bois.

Dès l’arrivée des merrains à la tonnellerie, une procédure de traçabilité est mise en place pour que l’origine du bois reste identifiable à chaque étape de la fabrication, afin d’exercer un contrôle maximum sur notre matière première.

Le séchage en clair : Une fois arrivés à la Tonnellerie, les merrains sont dépilés et contrôlés visuellement. Puis, ils sont empilés traditionnellement en cheminée pour un séchage en clair. Ce procédé de séchage du bois est unique et assure un séchage homogène, optimal et naturel à l’air libre pour chacune des douelles. 

D’une durée minimale de 24 mois, ce procédé permet à chaque douelle de bénéficier d’une exposition régulière aux éléments naturels qui vont « laver » le bois des excès tanniques et des fragrances amères et âpres qu’il contient naturellement. Ainsi, le séchage en clair permet au bois d’arriver à maturation et de s’affiner au maximum. 

Malgré les avantages indéniables de ce procédé, il n’est quasiment plus utilisé en raison du temps et de l’espace qu’il requiert.

La chauffe : Nos chauffes, réalisées sur un lit de charbon avec une flamme au ralenti, sont traditionnellement lentes et pénétrantes afin de révéler les arômes subtils du bois. 

Fort de son expérience, la Tonnellerie Meyrieux a développé des chauffes uniques, toutes particulièrement adaptées à des types de bois spécifiques et à différents cépages.

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ACTUALITÉS chez Meyrieux

Les 9 et 10 Février dernier s’est déroulé à Turin « Le Loro Maesta », forme de dégustation croisée de grands crus de …EN SAVOIR +

Plus de 1 000 visiteurs sont venus découvrir les quelques 200 vignerons – principalement Bourguignons qui présentaient leurs vins le 30 …EN SAVOIR +

Toute l’équipe de la Tonnellerie Meyrieux vous souhaite d’heureuses fêtes de fin d’année.EN SAVOIR +

Le célèbre restaurant Italien de Beaune organise la 5ème édition de sa Saint-Vincent. Prenez rendez-vous le 30 janvier, de 18h à Minuit …EN SAVOIR +

Meyrieux soutient la dégustation « Au PInot Noir », organisée le 12 décembre 2012.EN SAVOIR +

Venez nous rejoindre sur notre stand n°3202 – hall 1, allée E, les 27, 28 et 29 Novembre 2012, à l’occasion du salon Vinitech de …EN SAVOIR +

Pour cette saison 2012-2013, la Tonnellerie Meyrieux sponsorise l’équipe de rugby OCCM des Maranges. Bonne saison à eux !EN SAVOIR +

Le Samedi 17 Novembre 2012, de 17h30 à 22h, soyez nombreux à venir nous rejoindre pour l’événement phare du Domaine Boyer-Martenot …EN SAVOIR +

La Tonnellerie Meyrieux sera présente au SIMEI du 22 au 26 Novembre 2011. Retrouvez-nous sur notre stand. EN SAVOIR +

Lundi 14 novembre 2011, de 15h30 à 21h, la Tonnellerie Meyrieux soutient la dégustation organisée par l’Equipe au Pinot Noir, …EN SAVOIR +

« Début de campagne enthousiasmante en Australie, avec des résultats de dégustation prometteurs », souligne Darren Lange, agent de la T …EN SAVOIR +

TONNELLERIE MEYRIEUX
21700 VILLERS-LA-FAYE 
FRANCE 

LATITUDE NORD 47 109 03 
LONGITUDE EST 4 87 282 

TEL: +33 3 80 62 99 89 
FAX: +33 3 80 62 70 27 
EMAIL: MAIL@TONNELLERIEMEYRIEUX.COM

 

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Histoire de la petite ville de Saulieu

Posté par francesca7 le 21 mars 2013

 Histoire de la petite ville de Saulieu dans Côte d'Or saulieu-carte-du-pays

 

Le nom de Saulieu (sans patronyme connu) est issu de la ville de Saulieu en Bourgogne (21). L’ajout du nom de terre de La Chomonerie (olim la Chomonerie à Lurcy-le-Bourg, Nièvre) date du XVIIIe siècle. Une branche aînée, subsistante ne le porte plus à l’état civil.

Si la filiation de cette famille n’est parfaitement connue que depuis le début du XVIe siècle, le nom est cité dès le XIIe siècle.

Avant le XVIe siècle, des familles portant le nom de Saulieu se succèdent : les vicomtes de la ville, vassaux des évêques d’Autun s’éteignent au XIIIe siècle, tandis qu’une autre branche semble avoir déjà quitté le Morvan. Hugues de Saulieu est ainsi l’un des premiers bailli de Bourgogne (bailli de Langres et de Champlitte). Il faut ensuite attendre la fin du XIVe siècle pour retrouver à Autun un juriste dont la descendance a donné au XVe siècle des spécialistes du droit. Ils ont successivement servit la Maison de Chalon-Arlay, princes d’Orange, puis les ducs de Bourgogne. Si leur ascension à cette époque se traduit par des mariages de plus en plus fameux (l’on passe d’alliances avec des grands bourgeois de Besançon, à des familles féodales comme les familles de Chalon et des Beaux), on perd subitement leur trace vers 1450.

Les Saulieu ont donné de nombreux personnages marquants depuis le XVIe siècle et notamment un contrôleur des armées du Roi, des échevins de Nevers et un contrôleur des finances de cette même ville, des bourgeois de Paris, deux receveurs des tailles du Nivernais, un page du Roi, des officiers,des chevaliers de différents ordres (Mont-Carmel et Saint-lazare, Saint-Louis, Ordre du Lys et de la Légion d’honneur). Par ailleurs, quatre générations successives ont occupé la fonction de maire de Lurcy-le-Bourg (Nièvre), leur commune d’origine.

Cette famille maintenue noble en 1702 a fourni à au moins quatre reprises des preuves de sa noblesse (1667, 1702, 1756, 1765). Elle a comparu en 1789 dans l’ordre de la noblesse du bailliage du Nivernais. Plusieurs générations n’ont pas craint de prendre des qualificatifs de bourgeoisie dans le cadre de l’exercice d’activités commerciales, ce qui illustre bien la complexité de la société de l’Ancien Régime, beaucoup moins strictement cloisonnée qu’on ne le pense parfois.

Plusieurs des représentants ont portés sous l’Ancien Régime le titre de chevalier et ses représentants actuels portent habituellement ceux de comte (courtoisie, branche ainée) et vicomte (courtoisie, branche cadette)

La Maison de Saulieu est composée de trois branches. Les comtes de Saulieu, Les vicomtes de Saulieu de La Chomonerie et les vicomtes de Saulieu O’Toole (courtoisie). Guillaume, comte de Saulieu est le chef de famille depuis le décès de son père : Jacques, comte de Saulieu. François, vicomte de Saulieu de La Chomonerie a fondé le journal Les Routiers en 1934 et en 1935 la chaîne des Relais Routiers. Le journal est dirigé depuis 2002 par son petit fils Laurent de Saulieu O’Toole succédant à son père Patrice de Saulieu O’Toole. La famille de Saulieu est décorée de l’ordre de Cincinnati pour son aide apportée à l’armée américaine lors de la guerre d’indépendance des États-Unis, comme la Bataille des Saintes aux côtés du comte de Rochambeau et dumarquis de La Fayette. Jacques Amable, vicomte de Saulieu de La Chomonerie est co auteur avec Jean de Vaulchier et Jean de Bodinat de l’Armorial de l’ANF. Armorial de référence pour l’héraldique français. Les vicomtes Jacques Amable et Patrice de Saulieu ont publiés de 1962 à 1965 un journal mondain : La gazette du Monde et de la Ville.

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Propriétés de famille

  • Miré, Propriété du vicomte et de la vicomtesse de Saulieu de La Chomonerie
  • Grand-Rullecourt, Propriété du vicomte de Saulieu O’Toole
  • Le Moulin Barry, Propriété des vicomtes Bertrand et Thierry de Saulieu de La Chomonerie
  • Pommera, Propriété du vicomte Laurent de Saulieu O’Toole
  • Lurcy, Propriété du comte de Saulieu
  • La Roche, Propriété de Monsieur Jean-Paul Mornet
  • Vicomte de Saulieu de La Chomonerie . Actuel : Jacques Amable de Saulieu de La Chomonerie
  • Vicomte de Saulieu O’Toole. Actuel : Patrice de Saulieu O’Toole
  • Noms de Famille : Sur la demande du vicomte Patrice de Saulieu est ajouté au nom de Saulieu le nom O’Toole. O’Toole, nom de Jeune fille de La vicomtesse François de Saulieu.

Titres : Comte de Saulieu. Actuel : Guillaume de Saulieu

 

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Image de François, vicomte de Saulieu de La Chomonerie  

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La portière du 19ème siècle

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

La portière

par

Henri Monnier

~ * ~

La portière du 19ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS la-portiere-170x300QUAND nous venons au monde, nous autres modestes enfants de Paris, peu de personnes assistent à notre arrivée : ce sont ordinairement l’accoucheur, la garde et la portière de la maison où nous avons reçu le jour. La servante, si la dame du lieu ne fait pas elle-même son ménage, va, vient ; tourne et rattourne de la cuisine à la chambre à coucher, de la chambre à coucher à la cuisine, et le mari n’est jamais là.

Toutes les formalités usitées en pareil cas une fois terminées, le sexe du petit bonhomme bien et dûment constaté, on le purifie, on l’empaquette, on le ficelle, on le reficelle, on lui brise bras et jambes pour qu’il occupe le moins de place possible dans ses langes ; puis on le présente à la maman, qui le reçoit des mains de la garde. Le docteur, dont les soins ne sont plus nécessaires, plie bagage, tire sa révérence, et la portière reprend le nouveau-né, l’inonde de caresses, l’humecte de baisers, et lui voue, à dater de ce jour, une affection des plus vives, un dévouement sans bornes.

Cette affection des plus vives, ce dévouement sans bornes, s’étendent à tous ceux et celles qu’elle accolada à leur venue dans cette vallée de larmes et de misère. Le temps, qui détruit tout, ne diminuera pas cette tendresse ; il ne fera, au contraire, que l’augmenter, que l’accroître, que l’embellir ; jamais elle ne sera payée d’ingratitude : de tout temps le Parisien aima sa portière. J’ai beaucoup aimé la mienne, vous devez avoir aimé la vôtre ; vous l’aimerez, je l’aimerai, nous l’aimerons toujours. Aussi cette haine que, dans un âge plus avancé, nous portons aux autres femmes de sa condition, bien que fort injuste, est-elle une conséquence toute naturelle de cet amour exclusif que nous conçûmes pour la première.

Le portier est plutôt l’homme à la portière, car pour être digne du titre dont il se pavane, il faudrait qu’il partageât les charges et les bénéfices de l’emploi ; et il ne les partage pas. C’est un être à part, un monsieur singulier, comme l’appelle sa compagne dans ses rares accès de gaieté, une espèce de tailleur en vieux. Autant Humann met d’élégance dans sa coupe, autant le portier se distingue par l’inexpérience, la maladresse et la pesanteur de ses ciseaux.

C’est quelquefois encore un cordonnier obscur, qui, au sein même de la capitale, s’est créé des habitudes orientales ; il ne fait rien, le sans coeur, ou si peu, qu’il vaudrait mieux cent fois qu’il restât au lit la majeure partie de la journée. Il tousse, mouche, crache et graillonne à faire tourner le boire et le manger des locataires, dont il a l’impudeur de lire le premier les journaux, puis il humera le jus d’une pipe archiculottée, le nez perdu dans les fonds d’une vieille souquenille rapiécée et rapiéceras-tu, se démettant en faveur de sa moitié de la totalité des ennuis et des tracas de l’association conjugale.

Madame, que nous appellerons la maman Desjardins, est d’une nature diamétralement opposée à celle de son triste époux ; vive, preste, alerte et proprette, elle fait tout par elle-même, porte les culottes, se moque du qu’en dira-t-on, et, depuis son mari jusqu’au locataire le plus huppé, mène à la baguette toute la maisonnée.

A seize ans elle vint du fond de la Bourgogne à Paris retrouver une soeur aînée de son papa, depuis longues années en service auprès d’un vieux garçon vicieux. Son arrivée ne causa pas à la tante un sensible plaisir, elle n’était pas fine, tant s’en fallait qu’au contraire, mais comme tant d’autres elle avait cet instinct naturel, ce gros bon sens, qui longtemps nous font pressentir à l’avance que tel ou tel individu nous sera plus ou moins nuisible ou désagréable. Elle ne tarda pas toutefois à voir ses prédictions se réaliser. Le lendemain à son déjeuner, M. Bournichon demanda à sa gouvernante des nouvelles de l’enfant, comment elle avait passé la nuit, si le séjour de la capitale semblait devoir lui convenir ; il lui adressa cent autres questions encore qui toutes prouvaient jusqu’à l’évidence que déjà la petite ne lui était pas indifférente.

Sa barbe avait été faite en se levant, ses oreilles étaient brûlantes, sa langue épaisse, son regard hébété. Il était sûr et certain que Bournichon n’était plus dans son assiette ordinaire et qu’un notable dérangement d’idées venait de s’opérer dans son imaginative. Il tourna quelque temps encore autour de la question, puis enfin l’aborda en témoignant le désir de voir immédiatement la jeune personne.

La position de la pauvre femme en cette occurrence était des plus critiques : devait-elle la faire venir, ou ne le devait-elle pas ? elle le fit. M. Bournichon se contint, et se renferma dans les limites de la bienséance ; seulement ses regards se portèrent plusieurs fois avec trop de complaisance peut-être sur la petite : au demeurant, il fut très-convenable. Le coup n’en était pas moins porté, la malheureuse tante connaissait le pèlerin, elle savait qu’il ne fallait pas le heurter, qu’il était prudent de ménager et la chèvre et le chou. Elle fit bonne contenance, elle patienta tant bien que mal ; mais une fois le déjeuner terminé, elle fit passer la fille de son bétât de frère devant elle, l’enferma dans sa chambre, endossa son tartan, prit son sac et ses socques, et le soir même elle avait fait maison nette. Petite nièce à sa tante était entrée à l’autre bout de Paris, en qualité de bonne d’enfants, chez une jeune dame dont le mari était aux colonies.

Pour jolie, la petite ne l’était pas, mais elle avait ce que nous appelons la beauté du diable, les plus belles dents du monde, beaucoup de fraîcheur, seize ans, et M. Bournichon en avait soixante-sept bien sonnés.

Depuis le jour où sa tranquillité fut compromise, la compagne du vieux garçon ne fila plus qu’un bien mauvais coton, ses digestions devinrent laborieuses, son sommeil était agité, les âmes charitables du voisinage l’entretenaient dans ses sombres pensées en lui demandant à tout bout de champ des nouvelles de la petite. Bournichon, de son côté, devenait de plus en plus exigeant. Cet état de choses ne pouvait durer longtemps, aussi ne dura-t-il pas, et un beau matin, au moment où elle y pensait le moins, elle prit congé de la compagnie.
 
Bournichon fut médiocrement affecté de la perte de sa Babet, elle lui était devenue odieuse, intolérable ; il remua ciel et terre pour connaître la demeure de la petite que la défunte avait eu bien soin de tenir cachée ; il y parvint néanmoins, la fit venir, lui proposa d’en faire sa compagne, elle accepta. Deux mois après, Bournichon s’en fut rejoindre la pauvre Babet, il laissa à sa nièce peu de chose à la vérité, mais assez encore pour tenter la cupidité du sieur Desjardins.

Peut-être le défunt valait-il mieux que sa réputation, toujours fut-il qu’en sortant de chez lui sa jeune gouvernante aurait trouvé difficilement à s’établir, le monde est si méchant ! Aussi, quand le futur se présenta, elle le prit au mot, dans le seul but de se créer une position.

Le mariage était à peine consommé, que maman Desjardins s’aperçut, mais un peu tard, de la boulette qu’elle venait de faire. Cet homme qu’elle avait paré de toutes les richesses de son imagination, tomba tout à coup à bas du piédestal qu’elle s’était plu à lui élever ; dès ce moment elle ne vit en lui que ce qu’il était réellement, un grotesque, un brutal, un cynique sans bouche ni éperons, aux lieu et place d’un lancier, d’un tambour-major qu’elle avait rêvés. Elle se prit aussitôt à le détester, et le détesta de toutes les forces de son âme.

L’histoire de ma portière n’a rien de bien extraordinaire, de bien merveilleux ; je l’ai contée parce que son histoire, comme elle me l’a mille fois répété, est la celle à toutes les autres…. de portières.

Toutes les dames commises à la garde d’une maison sont en général d’anciennes cuisinières, d’ex-femmes de charge, qui ont appris à tirer le cordon dans les longues et interminables séances qu’elles ont faites dans la loge. Un héritier qui veut épargner à la mémoire de son parent un reproche d’ingratitude, à sa bourse une modique pension viagère, mettra à la porte, sans calembour aucun, l’ex-gouvernante du défunt.

Il en est au reste du métier, de la profession, de l’état de portière, comme de tous les états, de toutes les professions, de tous les métiers en général ; tous ont leur bon et mauvais côté ; il y a dans celui-ci beaucoup de mal à se promettre, sans doute, il ne faut pas se le dissimuler ; mais aussi combien de compensations ! La portière ne règne-t-elle pas en souveraine des plus despotes sur tous les habitants de la maison, n’importe le rang, l’âge, le sexe et la classe à laquelle ils appartiendront ? Tous ne sont-ils pas soumis à ses lubies, à ses moindres caprices ? N’est-elle pas le factotum, le bras droit, le conseil du propriétaire ? N’est-ce pas elle qui perçoit les loyers, qui fait les rapports, donne et provoque les congés, qui dispose des caves, des greniers et des appartements ? Il y a à Paris deux mille maisons que je pourrais citer, que je ne citerai pas, mais dans lesquelles en dix ans on n’a pas vu une seule fois le propriétaire ; souvent même on ignore complétement s’il est homme ou femme, jamais, au grand jamais, on ne s’en est occupé.

Tout ce qui se présente à la reine de la loge ne l’aborde jamais que le chapeau à la main ou la main au chapeau. Le jour de la fête de la Vierge, sa patrone, sa demeure ne peut contenir les fleurs et les bouquets dont elle est assaillie ; au renouvellement de l’année combien de cadeaux, de douceurs de toute espèce ; c’est à n’en plus finir.

Et les fournisseurs, quel intérêt immense n’ont-il pas à se maintenir toujours au mieux avec madame Desjardins ! Si le boucher manque un seul instant, un seul, à son devoir : N’allez jamais chez c’t’ homme-là, dira-t-elle à un nouveau locataire, c’est un fichu boucher ; sa viande est gâtée, il vend à faux poids, sa femme est haute comme le temps, elle vous agonisera de sottises. A-t-elle à se plaindre du boulanger : Gardez-vous, comme de la peste, de prendre vot’ pain dans c’te maison-là, c’est des gens mal propres qu’il n’y a pas leurs pareils ; ils vous ferons manger des cris-cris. Si la fruitière a eu le malheur de traverser la rue sans la voir : Vous ferez bien de ne jamais entrer chez cette femme-là ; elle est si mauvaise qu’elle vous allongera une paire de soufflets si vous avez le malheur de marchander la moindre des choses ; ça ne pèsera pas eune once. Ainsi de suite, tout le monde aura son paquet.

Ne croyez pas que la portière n’ait pas aussi ses petits moments de distraction, elle n’est pas toute l’année à l’attache ; je me plais cependant à lui rendre cette justice, elle sort rarement, mais encore sort-elle quelquefois. Et qui la remplace ? les vieilles béguines qui habitent les étages supérieurs, qui jamais ne donnent rien, sont pour elle d’une complaisance à toute épreuve, et s’emparent du cordon. Ce sont ces femmes jaunes et décharnées, ou grasses à fendre à l’ongle, qui dans la belle saison tapissent le soir les deux côtés de la porte cochère, passent en revue les gens de la maison, les allants et les venants, et les habillent de toutes pièces.

Les desséchées sont de vieilles filles, les âmes damnées du vicaire de la paroisse, des lames à vingt tranchants, les demoiselles de la confrérie de la Vierge.

Les potelées, des veuves, des gardes-malades ou des femmes de ménage. Toutes ces dames se chauffent et s’éclairent toute l’année gratis pro Deo. Elles forment l’état-major, le conseil privé de maman Desjardins, écoutent mordicus les soporifiques lectures de romans incompréhensibles, interrompues à chaque alinéa par la demande incessante du cordon, ou les coups du marteau de la porte, qui les font toutes bondir comme de blancs agneaux sur leurs siéges. Elles épient un regard, un sourire de leur bien-aimée souveraine, qu’elles entourent des attentions les plus fines et les plus délicates.

C’est à l’obligeance de ces péronnelles que nous sommes redevables de la présence de toutes ces portières, qui dans nos fêtes, nos réjouissances publiques, à nos feux d’artifice, le jour de l’ouverture du Musée, à l’exposition des produits de l’industrie, nous coudoient, nous fatiguent, nous assomment et nous marchent autant sur les pieds. Ces femmes sont éminemment curieuses ; ce fut et ce sera toujours leur petit péché mignon. Au fond, ces femmes ne sont pas méchantes, toutes en général sont d’une assez bonne nature ; mais les flatteurs qui tous les jours parviennent à faire changer les meilleures intentions des princes et des rois, changent aussi les meilleures intentions de nos portières et nous les gâtent.

Jamais, avant d’avoir vécu à Paris, nul ne pourra se persuader combien il importe à tout homme, jaloux de son repos et de sa tranquillité, d’être bien avec sa portière. Autrement, plus de bonheur, plus de paix pour lui sur la terre, et encore, malgré toutes les précautions prises en pareil cas, un rien, une idée, un caprice, une goutte d’eau répandue, une sottise commise par votre femme de ménage, de la conduite de laquelle on vous rendra responsable, pourront vous aliéner l’estime et la considération de votre portière.

La tête haute, la conscience pure et paisible, vous chantonnez en tournant le bouton de la porte de la loge où vous espérez rencontrer un gracieux sourire ; pas du tout, au lieu du sourire gracieux, ce sera une mine atroce, une tête de griffon, comme dit mon ami Dantan, une réponse des plus sèches à votre bonsoir, et si vous ne trouvez immédiatement un coin, une place où déposer votre bougeoir, pas une main ne viendra le prendre, il vous faudra le mettre dans votre poche, si vous n’aimez mieux le remonter chez vous.

Le soir vous frapperez vainement à la porte, on connaît votre touche, on ne vous ouvrira pas, et, à moins d’une circonstance imprévue, indépendante de la volonté de maman Desjardins, vous ne pourrez rentrer que le lendemain. Vos lettres, si toutefois on veut bien les recevoir, vous seront remises quinze jours après leur arrivée ; vos billets de garde confisqués, puis on mutilera le cordon de votre sonnette ; la machine à battre les habits sera décrochée, votre carré souillé, votre paillasson prostitué, puis on dira au tailleur : Si l’on ne vous ouvre pas là-haut, c’est qu’on ne veut pas vous payer, voilà la chose.

Toute portière aime les animaux ; chaque loge possède un chien, un chat, des serins, un moineau franc et quantité de petits cochons d’Inde dont les voix aiguës attestent la présence sous l’établi, la commode ou le dessous du poêle.

Le chien semble n’avoir jamais été jeune, tant il est vieux et laid ; il est toujours fort avancé en âge. Il appartient à la race des carlins, espèce presque éteinte et dont quelques individus se trouvent encore de temps à autre chez la portière. Ce chien a quelque chose du mari de sa maîtresse ; cette ressemblance existe au moral comme au physique ; ainsi que le père Desjardins, il est maussade, sur sa bouche, graillonneur et boudeur. Comme lui, il a le nez épaté, la barbe grise, l’oeil éteint bordé de rouge, l’oreille entamée et les jambes mauvaises. Comme son maître, il est fat, important et ne tient aucun compte de leur politesse à ceux qui le viennent visiter. Son organe est tellement fêlé, que c’est tout au plus s’il est facile de l’entendre à deux pas. Egoïste comme tous les vieux garçons, il ne sort jamais dans la crainte des mauvaises charges des polissons du quartier.

Le chat est peu sédentaire, il va et vient, n’est jamais en place, assez bien vu dans quelques parties de la maison, fort mal dans d’autres ; il fournit rarement une longue carrière.

Chaque année les cages reçoivent de nouveaux locataires ; cette odeur de pipe et de ratatouille, qui constamment règne dans la loge, est en grande partie une des causes principales de l’émigration de leurs habitants.

a-portiere-185x300 dans ARTISANAT FRANCAISLes petits cochons d’Inde pullulent d’une manière effrayante ; ils se trouveraient assez bien de la loge, ils s’y plairaient bien davantage encore si tous n’étaient condamnés à être servis sur la table de leurs honorés maître et maîtresse. Jamais je n’en mangeai, mais je tiens de ma portière, qui en consomme fréquemment, que c’est un mets très-délicat et très-recherché.

Chez les garçons, la portière remplit souvent les fonctions de femme de ménage ; c’est même une des belles cordes de son arc, quand elle a le talent de la bien faire jouer : un garçon n’y regarde jamais de près, et si son heureuse étoile veut que le cher homme prenne ses déjeuners chez lui, elle trouve facilement moyen de sustenter, haut la main, elle et tous les siens, à ses frais et dépens.

Plus encore que la femme de ménage, la portière, qui va et vient à toute heure de la jour et de nuit, à l’abri de tout contrôle, a beau jeu pour faire, comme on dit, ses orges, aussi la gaillarde fait-elle danser àbelle baise-mains le bois, le charbon, et tout ce qui s’ensuit : tout généralement y passe ; il n’y a pas jusqu’aux cigares du malheureux locataire qui ne viennent se promener, quelle profanation ! sur les tristes et dégoûtantes lèvres de l’infâme Desjardins.

Puis, quand il prend envie au maître d’abandonner pour quelques jours la capitale, quelles aimables parties, quelles folles soirées, se donnent dans son appartement !

Qu’il serait agréablement surpris s’il voyait ces petits meubles, pour lesquels il a tant d’égards, qu’il traite avec tant de ménagements, à la merci de toutes les commères de sa maison, à l’aspect de ces lumignons errants çà et là de tous côtés, dans tous les coins, illuminant les chastes visages des vierges de la confrérie ; ses beaux albums, ses recueils de vignettes, si précieux, dans les mains de ces matrones humectant le pouce de la main droite à chaque feuille qu’elles passent en revue, écorchant les textes et brisant les marges à faire tomber l’éditeur Curmer en syncope.

Et ses jolies statuettes transformées en patères et recevant  les bonnets de ces dames, et ses belles faïences, qui coûtèrent tant de veilles à Bernard Palissi, donnant, pour la première fois, l’hospitalité à la crêpe, au beignet, au marron boulu !!!

Qu’il faudrait de vertu, à celui qui, rencontrant chez lui semblable compagnie, se renfermerait dans les bornes de la bienséance et de la modération ! Il agirait ainsi, que sa conduite trouverait encore de nombreux détracteurs. « Qu’avait-il tant de besoin, ce grand marabout-là, dira le lendemain, en allant au lait, mademoiselle Pétola, qui n’a point été élevée sur les genoux de madame de Genlis ; qu’avait-il tant de besoin, mame Gabiaud, de nous tomber ainsi sur les épaules, que j’en ai zévuse ma digession toute troublée, que j’en ai passé eune nuit quasiment toute blanche ? il ne sait jamais que vous faire des transes pareilles, c’t’ostrogoth-là.

MADAME GABIAUD,

Avous-vu l’air pas contente qu’il avait, mamzelle Pétola ? Nous a-t-il adressé un seul mot de politesse ; ah ! ben oui, il avait ben le temps, ma foi, il avait ben trop peur de s’compromettre ; dame ! c’est que le roi n’est p’têtre point son cousin, à c’beau muscadin ? »

Il est bien rare qu’une portière donne son approbation quand il prend envie à celui dont elle fait le ménage, de renoncer au célibat, aussi ne garde-t-elle plus aucune mesure, va-t-elle à travers choux, lorsqu’elle croit avoir découvert ce qu’elle appelle le pot aux roses. C’est aussitôt une maîtresse abandonnée, qui se livre aux fureurs du plus sombre désespoir, une lionne, que sais-je, une poule, une levrette, à laquelle on vient d’enlever ses petits. Ni les représentations des voisines, ni les devoirs que lui impose sa double qualité de femme et d’épouse, rien ne la peut calmer ; comme la justice, il faut que la douleur ait son cours. Elle ne peut se faire à cette idée, qu’une autre pourra impunément disposer de tout, dans l’appartement. Elle énumère alors tous les services qu’elle n’a pas rendus à celui qui la délaisse, c’est un fils qu’elle idolâtrait, qui vient de renier sa mère ; elle ne se rappelle plus, l’indigne, ces petits abus de confiance, ces petits emprunts quotidiens qu’elle faisait aux provisions que la famille envoyait à son fils bien-aimé, à la garde-robe que papa Desjardins avait grand soin de dénaturer au plus vite, dût la réputation d’Humann en être ébranlée, en admettant toutefois qu’elle pût jamais l’être.

Elle trimballera ses griefs de porte en porte dans la maison, les boutiques, les magasins, dans tout le voisinage, et Dieu seul sait si le pauvre jeune homme sera ménagé. Ce sera un être atroce, épouvantable, perdu de dettes et de débauches, le mariage d’un tel être une horreur, une monstruosité, une première révolution, il ne se fera pas et le propriétaire qui est la probité même se gardera bien d’y prêter les mains, sa leçon est faite en conséquence si l’on vient jamais aux informations. Ne voyons-nous pas, tous les jours, des mariages à la veille de se conclure ne pas avoir lieu par des causes que tout le monde ignore, par le seul fait d’un mot, d’un rien, d’un propos en l’air parti de la loge ?

Les portières sont tenues au courant, par les servantes, des moindres détails de l’intérieur des ménages ; aussi le meilleur conseil à donner à quiconque a le malheur de se faire servir, est de ne rien négliger, d’employer tous les moyens à sa disposition pour que la bonne soit toujours au plus mal avec la portière. Exemple : vous dites à cette dernière :

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Comment, madame Desjardins, est-ce possible ? Marguerite m’apprend que vous laissez mes journaux et mes lettres, un temps infini, sous le coussin de votre bergère ?

MADAME DESJARDINS. – Faut qu’elle soye malade vot’ domestique, si elle l’est pas elle n’en vaut guère mieux, sans ça, elle en a menti comme une arracheuse de dents qu’elle est ; v’là dix-neuf ans que je suis ici, jamais je n’ai entendu dire des choses pareilles, jamais, non jamais, comme il n’y a qu’un Dieu sur la terre pour nous éclairer.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je me plais à le croire, mais toujours est-il que je ne reçois pas exactement mes journaux ; non-seulement vous les lisez, dit-elle, mais encore vous les faites courir dans toute la maison.

MADAME DESJARDINS. – Et à qui que j’les fais courir, sans vous commander ?

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Vous sentez bien, madame Desjardins, que ce que je vous dis est de vous à moi ; je serais désolé que Marguerite se doutât jamais de ce qui s’est passé.

MADAME DESJARDINS. – Soyez sans crainte, c’est pas ça que j’y dirai.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je sais trop ce que je me dois pour jamais être mêlé dans aucun propos.

MADAME DESJARDINS. – Soyez sans crainte. D’abord il est bon de vous dire aussi que vot’ domestique est une rien du tout, qui n’avait pas, sauf vot’ respect, un jupon à s’mettre au derrière, quand elle est entrée chez vous, et Dieu merci, à l’heure qu’il est, voyez dans son armoire si c’est qu’il y manque quet’ chose ; eune reine s’rait jalouse de ce qu’elle vous a. J’ m’en moque pas mal encore, qu’elle dise c’ qu’elle voura, je ne m’abaisse pas à répondre à plus bas que moi ; d’ailleurs, comme on dit, on n’est jamais crotté que par la boue.

Puis à la bonne :

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Que vient donc de m’apprendre madame Desjardins, Marguerite, que vous jetez tout par les fenêtres, que vous répandez toutes vos eaux dans ses escaliers, que vous avez toute la nuit de la chandelle qui brûle dans votre chambre, et que vous avez toute la journée dans votre cuisine des personnes qui ne peuvent que vous faire du tort ?

MARGUERITE. – D’abord, monsieur, madame Desjardins, il est bon de vous dire que c’est une vieille infection.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Ménagez vos termes, je vous prie, madame Desjardins est une femme respectable.

MARGUERITE. – Une vieille infamie de dire des choses qui n’est pas. C’est la chose de vouloir mette sa belle-soeur à ma place, qui lui fait dire ce qu’elle dit, c’est aussi faux tout comme elle, la vieille fausse qu’elle est.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Ce que je vous dis là, Marguerite, c’est dans votre intérêt.

MARGUERITE. – C’est bien aussi comme ça que je l’prends, et si je v’nais jamais à vous dire c’qu’elle dit aussi sus votre compte à vous, et sus madame, et sus tout l’ monde de chez vous !…

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je ne veux rien savoir.

MARGUERITE. – Que madame est une ci… que madame est une ça…

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – En voilà assez.

MARGUERITE. – C’est que si on me pousse à parler, c’est que je n’suis pas gênée de parler aussi, voyez-vous.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – J’en suis bien persuadé, mais c’est inutile.

MARGUERITE. – C’est pourtant pas juste, que vous l’avez écoutée c’te vieille bique là, que vous ne voulez pas m’écouter tout de même.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Parce que je ne déteste rien tant au monde que les propos, et je vous serai obligé de ne pas lui dire de qui vous tenez tout cela.

MARGUERITE. – Parbleu ! il n’y pas de crainte à avoir de ce côté-là, soyez-en sûr. Une vieille horreur, qui dit qu’elle ne sait pas comment qu’vous pouvez entrer vot’ chapeau sur vot’ tête !

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – J’ai toujours méprisé tous les propos.

MARGUERITE. – Ça n’empêche pas que si madame le savait, elle ne le prendrait pas comme vous.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je vous demande une chose, une seule : c’est de ne point me mettre dans tout cela.

MARGUERITE. – Je le veux bien, mais j’y dirai pas moins ce que j’ai à y dire.

Aussitôt commencent les hostilités, on s’évite, on se boude, on se fait de mauvais tours, puis quand les parties semblent vouloir se rapprocher, vous les éloignez de plus belle.

Quand la portière a des demoiselles, elles sont exposées à plus d’un danger. Par la raison qu’on a vu des rois épouser des bergères, de même on a vu maint fils de propriétaire épouser la fille du portier. Ce sont ordinairement de petites personnes pleines de vanité et très-ambitieuses. Admises chez la plupart des locataires, elles puisent dans un monde plus relevé que celui dans lequel elles sont nées, des idées de luxe et de grandeur qui leur préparent souvent de grands chagrins et qui plus tard leur font regarder leurs parents comme bien peu de chose.

a-porteDès leurs premiers ans, elles voyagent perpétuellement de la loge aux appartements et des appartements à la loge. On les fait monter pour exercer aux soins maternels la jeune mariée dont l’hymen fructifiera ; on les fait monter pour les associer aux jeux des enfants d’une classe plus heureuse. Elles sont à même d’établir une incessante comparaison entre la soupente natale et le salon, entre le luxe et la misère, entre le travail et l’oisiveté. Bientôt l’atmosphère enfumée de la loge ne convient plus à la délicatesse, à la sensibilité de leur chétif individu. L’aiguille et la couture sont dédaignées ; on se destine au théâtre, où se promènent bien des princesses qui jadis ont tiré le cordon. Mais si quelques filles de portière s’élèvent au-dessus de la sphère paternelle, un grand nombre descend au-dessous, c’est bien bas !

Une portière qui aimerait son art, qui l’exercerait avec amour et dignité, pourrait rendre d’immenses services à la société ; mais à quoi bon ? on ne lui en aurait aucune obligation, et l’habitude ferait dire d’elle ce qu’on dit des autres : la race des portières est une vilaine engeance.

——

Source : Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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